‹ Traité de géologieChapitre 328 sur 533 · GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE INFRACRÉTACÉE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE INFRACRÉTACÉE

Caractères généraux et division» de la période. — À la série jurassique

succède la série crétacée, susceptible, comme la précédente, d'une double division. Pendant la première partie de cette phase de l'histoire du globe, le mou-

vement d'émersion des latitudes élevées de l'Europe, qui avait été le trait donnai) Waagcn, in Neues Jahrb., 1872, p. 984. (42) Whiteaves, Amcric. Journal, 3° série, XVI, p 71. (3) Steinmann, iïeuct Jahrbuch, 1 Beilageband (1881).

PÉRIODE INFRACRÉTACÉE. 909

nani de la période oolithique, s'accentue au point que les sédiments d'eau douce l'emportent de beaucoup sur les dépôts marins. Durant ce temps, les formations de la région méditerranéenne gardent le caractère pélagique et de véritables récifs, analogues à ceux de l'oolithe, s'y élèvent en divers points. Par contre, la période suivante voit l'Europe septentrionale s'abîmer, en quelque sorte, sous les eaux marines, et ne plus guère recevoir de dépôts que ceux où l'action sédimentaire est sensiblement dépassée en intensité par celle des organismes microscopiques. En revanche, les mers subalpines semblent moins ouvertes et après que la grande famille des rudistes y a édifié ses puissantes constructions, des symptômes d'émersion se produisent autour de la Provence et des Pyrénées.

Les temps crétacés doivent donc être divisés en deux périodes ; c'est dans la seconde que se montre la craiey cette roche tendre et traçante qui a mérité de donner son nom à la série. Par suite nous laisserons au système qui la représente le nom de système crétacé et les dépôts de la première période, desquels nous allons maintenant parler, constitueront pour nous le système infracrétacé.

Nous diviserons ce système, avec d'Orbigny, en quatre étages : à la base le néocomien, ainsi nommé de Neuchâtel en Suisse ; puis Yurgonien, qui tire son nom d'Orgon, près d'Arles; ensuite Yaptien, développé aux environs d'Âpt; enfin Yalbien, dont le type a été choisi dans le département de l'Aube.

La période infracrétacée se relie assez étroitement, par l'ensemble de ses caractères, à celle qui l'a précédée. Sa flore, où dominent les cycadées et les conifères et où les dicotylédones angiospermes sont encore inconnues, est une flore jurassique (1). Si des pins, des sapins et des cèdres s'y montrent associés aux types tropicaux, cette association prévaut aussi bien près du pôle, au Groenland, que dans l'Europe centrale et atteste que les climats devaient offrir encore une grande uniformité. Toutefois, on ne peut manquer d'être frappé de ce fait que les formations de polypiers qui, pendant la période oolithique, s'avançaient jusque dans le Yorkshire, par plus de 54° de lat. N., ont sensiblement reculé vers le sud; car les calcaires à réquiénies (caprotines), qui sont, pour la période infracrétacée, l'équivalent des calcaires à dicérates, ne se montrent guère que dans la zone méditerranéenne. 11 ne semble donc pas excessif d'en conclure que déjà les conditions tropicales, qui seules conviennent aux formations coralligènes, avaient abandonné la partie septentrionale de notre hémisphère.

L'empire de la terre ferme, durant cette période, parait avoir appartenu aux grands dinosauriens bipèdes, pourvus de caractères mixtes qui les font participer à la fois des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Quant aux animaux marins, à part la prépondérance relative des céphalopodes à tours déroulés, on peut dire qu'ils ne font que continuer les types oolithiques.

Néanmoins, comme un changement considérable se produit dès le début de la période suivante, on doit penser que la fin des temps infracrétacés a vu se pro-

(1) De Saporta, Le monde des plantes, p. 194.

duire des modifications i m poil an (es, dont l'exacte appréciation ne sera possible que le jour où l'on connaîtra des dépôts terrestres de celle dernière époque.

En tout cas on peut noter, comme un trait caractéristique des assises supérieures du système, l'abondance exceptionnelle, dans toute l'Europe septentrionale, des gisements de phosphate de chaux ferrifère en nodules concrétion nés.

Panne întrmcTitmpét. — Les restes de mammifères faisant défaut dans les dépôts iufracrétacés, il n'est pas possible de savoir si des types nouveaux ont

succédé à ceux du Purbeck. Au nombre des reptiles, à coté de tortues, de crocodiles et de représentant attardés des genres Plesiosaurus, Ichthyosaurus, Pterwinctyhts, on voit surtout dominer le genre Iguanodon. Ce dinosaurien, dont fannlnmie entière a pu être reconstituée, grâce à une trouvaille d'une impur-

reloppés

t Ifl ou 12 mëlw il pouvait s'appuyr, s doigts, tandis qu'atw brassait le Irouc d'"1 es de replis (fig. il*

PÉRIODE 1HFR.ACRÊTACÊE.

Les crustacés offrent, dans les eaui douces, de nombreux individus de Cyprit (ftg. 415) et, dans les eaux marines, des crabes lels que Pakeocoryttet, Meyeria, elc.

Parmi les mollusques, les céphalopodes jouent encore un rôle très important.

F if. 4SI. Amamnita {Hopliltt) iaut»*. Part., d.- l'.ilbien. - Fig. 4«- Âmm. (HoplilaT) «ricit, Schloth. Ue l'iptiw. — Fie. *Ï3. Hnmii.r. alttaualM, Sont., de l'albien. — Fig. iîi. Jiicylwvrvu (Ciw«™) Maihcroninnn*, d'ûrb., de l'aplien.

Les ammonites (fig. 416 à 4'22) sont nombreuses, représentées surtout par les sous-genres Hoplite» (fig. 4171, Olco*tephanu> (fig. 418), Acanthoceras (fig. 419).

Fbr. 4ÎS.

Fig. «a.

Fig. 4Î7.

Fig. 4X8.

Fig. 4M. Criée Ftg. 481. Bel {Oublia, E

trot lluinli, le,..

n. - Fig. 4M. lern-rli du néocornien (le lest

■si fendillé).'

d'Or -Fi

.. del'olbicn m. Httrmn

Avec elles apparaissent beaucoup de céphalopodes à tours disjoints ou enroulés en hélice. Criocems [Ancylocerai) (fig. 424, 425), Bamilei (fig. 423), Turritites

(fig. 426). Les Bélemniles (fig. 427 à 430), 1res répandues, offrent beaucoup d'espèces aplaties, du sous-genre Duvatia.

Dans le groupe des acéphales se montrent en abondance les Inotxramta {fig. 431, '432), Trigonia (fig. 433), Ostrea (fig. 435, 437, 438), Perna(fig. 436),

Kig. «9. Btiiinailt.- min

comien.-Fiu. Cl. l»< l'olbien. - Fig. 1S3. 7W

fig. 43Î.

-, de l'ilhien. — Fie- 4.W. 0*1. IOmmIm) dilata/ i «mlrlnii, Part., de l'ilblea. — Kig. 4M. Inoc. andala, *s.,del'albien.-Hg.43l. Iftiût WtaUtiwU,

Janira (fig. 439), pendant (pic les eaux douces abondent en Vnio (fig. 454), avec les gastropodes Melania, Paludina. D'autres gastropodes, Cerithium, Rosteliaria, Aporrhais, ffatica, Plerocera, sont à noter dans les couches marines.

Kig. «s. o«

La famille des Chamacés présente, à la place des dievrates oolitliimies ' remplissant un rôle analogue, les Requienia [Chama. Caprotina aucl.) (fig. 44 1 )' Tottcasia, Monoplettra (fig. 4*2).

Les oursins fourmillent dans certaines assises sous la forme des spatangue'*

PÉRIODE INFRACRÉTACÊE, 913

Toxaiter (Echinoxpatangus) (fig. 440), avec les genres Beteratler, Pyrina, Bo-

Fig. as. fin. as. FiE. lia.

Fig. 138. Outre* Coulani, d'Oib. IBmggra mlaiimalit, LeTm.)< du néocomim. — Fig. 458. Jouir • {S'eWtta) atava, d'Orb., du néocomiep. — Fig. HO. Tojauler camplanntiH, *g. IEchino*i»laHgai eirdiformu.

d'importance qu'à

Fig. Ut. Krqui.

Fig. 411.

Fig. 4IS.

tionîn, Guliir. tp., de l'urgonien. — Fig. Uï. Monopleura d'Orb., de .".iigonien.

l'époque oolilhi que. Hais les foraminifères deviennent nombreux avec les couches à Orbital ina.

Flore infraerétaeée. — Nous avons dit que la flore n'offrait pas de caractères

A ffîi

Fi* +!*■ Fig. «S.

,,„.,...«, Hr., du WPildien. — Fig. 141. Gltichtnia Zi/ipei, Hr.. de l'urgonien. — Fig. «ï. Sphcnoyterii Uartttieai, Dunk., du we»ldien.

bien tranchés et demeurait analogue, dans l'ensemble, a celle de l'oolithe, étant composée surtout de fougères, de cycadées et de conifères. Parmi les premières

DE liPl'ilUHr, TKAIIÉ DE «EOLOGII. 58

dominent les genres Sphenopteris (fig. 445), Lonchopteris, Gleichenia (fig. 444), tandis que les cycadées sont des Anomozamites, Glossozamites, Podozamites, Pterophyllum, etc. et que, parmi les conifères, se montrent les genres Séquoia, Cyparissidium, Salisburia (fig. 443), Pinus, Cedrus, Abietiies.

TTPE JURASSIEN DU SYSTÈME IN FRACRÉTACÉ

Néocomien do Jura. Vaienglnien. — Le système infracrétacé est puissamment développé dans le massif du Jura, où les assises de la base forment un ensemble, distingué pour la fpremière fois parJM. de Montraollin et pour lequel Thurmann a proposé en 1835 le nom de néocomien (1).

La coupe complète du néocomien, dans la région du Jura, a été résumée comme il suit par le Fr. Ogérien (2).

8. Calcaires à Bhynch. lata (15 à 20m aux Rousses, 40 à 60m à Saint-Claude), avec Ter. prx~

longa et Ter. tamarindut.

7. Calcaire chloriteux à Nautilus pseudoelegans (20 à 60"), avec Ostrea Couloni, Janira a lava,

Toxaster complanatus.

(>. Calcaires jaunes ou rouges à Ostrea Boussingaulti (15 à 45"), avec 0. Couloni, 0. Leymeriei,

Craxsatella Robinaldina.

5. Marnes bleuâtres d'Ilauterive à Ostrea Couloni (10 à 20"), avec Amm. radia tus, Perna Mulleti,

0. macroptera, Janira atava, Diadema rotulare. 4. Calcaire jaune à Tereb. Marcousana (6 à 50m), avec Trigonia car mata, Dysasler ovulum, Py-

rina pygpca.

3. Calcaire limoniteux à Pygurus rostratus (10 à 50*). avec Amm. Gevriîianus. 2. Marnes et calcaires à Nérinées gigantesques (7 à 15m). 1. Calcaires et marnes à Slrombus Sautieri (Nalica Leviathan), Pygurus rostratus et Toxasler

Campichei (20 à 40m).

Les trois premières assises constituent le sous-étage valengien ou valenginien (3), tandis que les cinq autres forment le sous-étage hauterivien.

L'assise n° 1, aux environs de Neuchâtel, est à l'état de marnes avec bancs calcaires ou dolomitiques, à nombreux bryozoaires. L'assise 2 est un calcaire compact blanc, rose, jaune, ou un calcaire ferrugineux en dalles brisées; on y remarque Pholadomya Scheuchzeri, Nerinea Marcousana, JV. Favrei, N. Meriani. Quant au calcaire n° 3, c'est la limonite de Métabief de H. Marcou (4), ou le calcaire roux néocomien de M. Lory. Cette assise est formée d'un calcaire à oolithes ferrugineuses et d'une oolitbe à grains verts. Le minerai y est souvent exploitable. On y rencontre Trigonia Sanctœ-Crucis et Acrocidaris depre&sa.

Marnes d'Ilauterive. — Les marnes d'Ilauterive sont l'assise la plus caractéristique du néocomien supérieur. Ce sont des marnes bleues, parfois grises ou

(1) Du nom latin de Neuchâtel (Suisse).

(2) Hist. naturelle du Jura.

(3) Nom tiré par Desor du château de Yalcngin ou Vallengin, près de Neuchâtel. On écrit souvent aussi Valangitiien.

(4) Mémoire sur le Jura salinois, Mém. de la Soc. géol. de France, 2# série, III.

Page 1