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Alors l'ensemble du fond des océans sera représenté par une autre courbe, inverse de la précédente; et tandis que la partie couverte de hachures correspondra au relief émergé, la partie sur laquelle ont été tracés des cercles concentriques figurera, dans les mêmes conditions, la masse océanique. Quant aux raisons qui légitiment le rapprochement, sur une même verticale, des valeurs extrêmes de l'altitude et de la profondeur, elles seront expliquées plus loin.
Convexité do fond de» mer». — Avant de quitter le sujet des profondeurs océaniques, il importe de remarquer que le fond des mers est presque toujours convexe. En effet, soit A un arc terrestre d'amplitude égale à 2*>, en supposant, pour plus de simplicité, que la terre soit exactement sphérique. Pour que le fond d'une mer s'étendant d'une extrémité de l'arc jusqu'à l'autre fût concave, il faudrait que la profondeur au milieu dépassât la longueur de la flèche de l'arc. Si /"désigne cette flèche et r le rayon terrestre, on sait qu'on a
fz= r (1 — cosw) = 2r sin* \ w.
Pour l'Océan Atlantique, où 2«= 70°, la valeur de la flèche serait de 1150 ki-
donnait chaque année une figure où ces deux éléments étaient disposés symétriquement, par moitiés égales, de part et d'autre d'un diamètre du cercle. Plus récemment, & la suite d'une communication faite à la Société géologique de France [Bulletin, 5* série. Vil. 346) et dans laquelle nous avions cherché à démontrer que les grandes saillies continentales font immédiatement suite aux grandes profondeurs maritimes, M. de Chancourtois a eu l'heureuse pensée, qu'il a bien voulu nous communiquer, d'exprimer ce rapprochement par une nouvelle disposition dn diagramme. C'est celte idée qui a été réalisée dans la figure 5.
lomètres, c'est-à-dire près de cent soixante fois plus grande que la plus forte profondeur de cet océan.
Une mer de 5 degrés d'amplitude aurait une flèche de 6k,15. Son fond ne pourrait donc être concave qu'à la condition de descendre au-dessous de 6000 mètres. Or ce cas n'est réalisé par aucune des mers intérieures si profondes de Sulu, de Célèbes ou de Banda, qui toutes ont plus de 5 degrés et moins de 5000 mètres.
En revanche, le Pas de Calais est concave, car la flèche d'un arc de 52 kilomètres est de 19 mètres et le détroit en a une soixantaine.
Cette considération est importante, pour restituer au mot de dépressions océaniques sa signification véritable. Ce sont bien réellement des parties déprimées delà surface du globe. Mais il serait tout à fait abusif de les représenter comme de profonds sillons creusés dans l'écorce solide.
Jusqu'ici nous n'avons considéré que le relief absolu de l'écorce terrestre et les proportions suivant lesquelles il se partage entre les zones de diverses altitudes. Mais il importe de compléter les notions acquises par l'étude de la distribution réelle de ce relief; car on pourrait être tenté d'admettre à priori une régularité de répartition dont nous allons voir que la nature ne nous offrira jamais l'exemple. Sans doute la distribution du relief n'est point capricieuse ; elle se montre, au contraire, parfaitement ordonnée à qui sait l'analyser. Mais l'ordonnance à laquelle elle obéit n'est pas celle de la symétrie géométrique, comme il est aisé de s'en convaincre en recourant à l'observation directe et précise du terrain.
BéùMU d'homogénéité des continent». — Par cela seul qu'une partie du monde a mérité, grâce à un ensemble de conditions géographiques spéciales, d'être considérée comme une individualité distincte et est ainsi devenue ce qu'on appelle un continent, on se figure trop volontiers que ce continent représente une unité bien homogène et que les grandes lignes de sa structure doivent se coordonner autour d'un dessin régulier. De là, sur le relief de la terre ferme, quelques erreurs assez communes que, par une singulière rencontre, renseignement tout moderne de la géographie physique a contribué plutôt à enraciner qu'à détruire.
En effet, en développant, avec plus de bonne volonté que de mesure, la notion des lignes de partage et de la séparation des bassins; en publiant, sous le titre de cartes physiques, des dessins où, à la représentation fidèle du relief du sol, étaient substitués des tracés théoriques de chaînes idéales, partout intercalées, de parti pris, entre les lignes hydrographiques principales, on a répandu assez.
généralement ridée qu'un continent devait être un corps symétriquement constitué, dont les montagnes seraient en quelque sorte le squelette.
Quand nous disons qu'on a répandu cette idée, il serait plus juste de prétendre qu'on l'a ressuscitée, car pour les anciens philosophes, et notamment pour les scolastiques, les montagnes étaient les os de la terre ferme. Quoi qu'il en soit, il ne manque pas, même à l'heure actuelle, d'atlas où l'on voit figurée, d'un bouta l'autre d'un continent, avec des caractères de première importance, une ligne générale de partage des eaux, qui forme comme la colonne vertébrale du système et d'où se détachent, à titre de membres, susceptibles eux-mêmes de ramifications secondaires, d'autres chaînes ayant pour fonction de séparer les bassins des différents cours d'eau.
Peut-être cette conception a-t-el le trouvé d'autant plus facilement créance qu'elle s'accordait avec les idées de certaine école géologique, pour qui les montagnes ne sont plus que le reste de masses continentales, formant autrefois de vastes plateaux contre lesquels les agents atmosphériques se sont acharnés pendant une suite indéfinie de siècles. En pareil cas, en effet, il est naturel qu'à moins d'une grande inégalité dans la distribution des précipitations atmosphériques, les lignes de haut-relief, derniers débris du plateau primitif, finissent par occuper une position centrale et que leur importance soit directement proportionnelle à celle, les éléments hydrographiques dont elles définissent les bassins.
À quel point cependant une telle manière de voir est erronée, c'est ce qu'il nous sera facile d'établir en traçant, à travers les continents, quelques coupes convenablement choisies. Ces coupes devant embrasser une grande étendue de pays, nous les supposerons menées suivant des arcs de grand cercle dont il y aura lieu de mettre en évidence la courbure. Pour les hauteurs, obligé de les exagérer beaucoup, nous adopterons une échelle uniforme de un centimètre pour quatre mille mètres.
Profil des continent». — La première coupe (fig. 6) est dirigée du nord au sud à travers le continent asiatique, depuis l'embouchure de l'Ob jusqu'à celle du (iange. Pendant le premier tiers de son parcours, elle ne rencontre que des
Fig. 6. — Coupe N. S. à travers l'Asie entre le 69* et le 29* paraît, de la t. nord : 1, Sibérie. — 2, Altaï. — 5, Thian-chan. — 4, Lob-nor. — 5, Kouen-lun. — 6, Tibet. — 7, Kantschintschinga (Himalaya).
terres basses : puis le sol s'élève, et, au milieu de la coupe, la chaîne de l'Altaï prépare celle du Thian-chan, dont le faite varie de 4000 à fiOOO mètres; mais
bientôt les plaines basses reparaissent avec la dépression du Lob-nor. Enfin le dernier tiers de la coupe est constitué par un massif d une hauteur énorme, celui du Tibet et de l'Himalaya, dont l'altitude va en croissant jusqu'à son extrémité sud, qui fait directement face à la mer des Indes. Ainsi tout le relief est accumulé à Tune des extrémités du continent et bien
loin qu'il y soit symétriquement disposé, c'est à la limite même de la terre ferme
qu'il acquiert sa plus grande valeur.
Fif. 7. —Coupe O.S.O. — E.If.E. 4 travers l'Afrique entre le 15* et le 2* paraît. Iat. N.i, Monts Mossamba. — 3, Lac Tanganyika. — A, 31' Kiliraa' ndscharo.
1, Benguela.
La figure 7 représente une section transversale de l'Afrique entre Benguela et la côte indienne. C'est au centre même du continent que l'altitude est le moins élevée et le littoral oriental est bordé par une chaîne de 2000 mètres de hauteur, servant de piédestal au gigantesque Kilima'ndscharo, tandis qu'elle sépare l'océan Indien des dépressions intérieures occupées par les grands lacs. Là encore, la dissymétrie est frappante, ainsi que l'absence de relief au centre du continent.
fy 8. — Coupe 0. N. 0. — E.S.E. à travers l'Amérique du Nord entre le 42* et le 35* parall. Iat. N. — 1. Mont Shasta. — 2, Grand Lac-Salé. — 5, Union Peak. — 4, Longs Peak (Montagnes Rocheuses). - S» iiswnpt à Saint-Louis. — 6, Monts Alleghanys.
L'Amérique nous fournira des enseignements analogues. Ainsi, dans la figure 8 on voit une section menée du littoral du Pacifique à celui de l'Atlantique. Tout contre la côte occidentale se dresse une haute chaîne, que domine le mont Shasta; mais cette chaîne s'abaisse bien vite pour laisser apparaître le grand plateau du Lac Salé, qui, s'il est encore très au-dessus du niveau de la mer, n'en constitue pas moins, relativement aux contrées voisines, une dépression marquée. Ensuite surgit la puissante chaîne des Montagnes Rocheuses, interrompue par des plateaux et dominée par des sommités comparables à celles des Alpes. Hais cet effort du relief n'atteint môme pas le milieu du continent et à sa suite vient l'immense bassin du Mississipi, qui s'abaisse en pente douce vers la wer. Seulement, avant qu'il l'atteigne, la chaîne des Alleghanys vient former
une barrière maritime, offrant, ainsi qu'on l'a depuis longtemps remarqué, avec l'océan Atlantique auquel elle fait face, le même rapport de dimensions que celui qui unit la chaîne côtière de l'Orégon au Pacifique, sous les flots duquel son versant occidental disparait.
Une suite de plateaux ou de dépressions, séparés par des montagnes et tout l'effort du relief porté d'un seul côté, tel est donc le plan sur lequel est construit le continent de l'Amérique du Nord.
axa
Fig. 9. — Coupe 71.0. — S.E. à travers l'Amérique du s«d entre le 2* parallèle lat. H. et le i5r parallèle lat. S. — 1, Chaîne des Andes de Colombie. — 2, Heure des Amazones. — 3, Fleure San-Franciseo. — 4, Sierra Tmba.
La structure de l'Amérique du Sud est encore plus simple et mieux accentuée, (fig. 9). D'un côté, la chaine des Andes, concentrée sur le versant Pacifique et offrant la juxtaposition de la ligne de relief la plus importante, par sa continuité comme par son altitude, avec la plus grande masse d'eau qu'il y ait au monde. De l'autre, contre le littoral atlantique, les chaînes brésiliennes, écho bien atténué des Andes, et augmentant de hauteur à mesure qu'elles se rapprochent de la mer; enfin, dans l'intervalle, la grande plaine où coule le fleuve des Amazones, sans qu'il y ait la moindre chaine de partage entre le bassin de ce fleuve et celui de la Plata, qui se déverse dans la direction diamétralement opposée.
Fig. 10. — Coupe 0.11.0. — E.S.E. à traTers l'Australie entre le tropique et le 32* degré de lat. S. —
1, Monts Angostas. — 2, Lac Eyre. — 3, Mont Sea-View.
Comme l'Amérique du Sud, mais sur une échelle bien plus restreinte, l'Australie (fig. 10) nous offrira l'exemple d'un continent presque entièrement formé par un bassin déprimé, encaissé entre deux lignes de hauteurs, dont celles de droite, faisant face au Pacifique, sont sensiblement plus importantes que celles qui regardent la mer des Indes.
On pourrait multiplier ces exemples et montrer comment une coupe de l'Europe, du nord au sud, débute par la chaine Scandinave, après laquelle le sol s'abaisse et prépare la dépression de la Baltique et les plaines de l'Allemagne du Nord. Puis, au sud de la coupe et pressé contre la Méditerranée, on rencontrerait le puissant relief des Alpes, jouant, relativement à l'Europe, le même rôle que l'Himalaya relativement à l'Asie. Et de même que les plus hautes cimes asiatiques font
face à la mer des Indes, de même les chaînes successives dont l'ensemble forme le massif alpin sont de plus en plus hautes à mesure qu'on marche vers la Méditerranée.
Hais il est superflu d'insister davantage sur un mode de structure aussi nettement mis en évidence. On peut donc poser en principe, comme une régie applicable à tous les continents, d'abord que les grandes lignes de relief n'occupent jamais une position centrale, ensuite qu'elles bordent toujours ou l'Océan, ou les surfaces relativement déprimées dont se compose la plus grande partie de la terre ferme.
Un continent est donc une succession de plateaux ou de bassins, séparés les uns des autres et séparés de la mer par des chaînes de montagnes et, en général, l'importance de ces chaînes est en rapport direct avec celle de la dépression dont elles marquent la limite.
Tout cela peut se résumer d'un mot, en disant que la dissyniétrie, mais un* dissymétrie ordonnée, est en quelque sorte à la base de la structure de chaque continent.
Il convient aussi d'ajouter que les plateaux ou bassins dont un continent se compose offrent, les uns par rapport aux autres, une réelle indépendance. Un abaissement du sol de moins de deux cents mètres suffirait pour isoler le Brésil du reste de l'Amérique du Sud ou pour séparer la Russie de l'Europe centrale, comme aussi l'Espagne de la France. La chaîne de partage de l'Europe, qui cesse d'avoir aucune signification au col que franchit le canal du Midi, en a bien moins encore dans les marais de Volhynie où, pendant la saison des grandes pluies, le produit des précipitations atmosphériques peut, suivant les cas, se diriger arbitrairement vers la Baltique ou vers la mer Noire. Tant il est vrai qu'un continent n'est pas une unité homogène, mais un composé plus ou moins complexe d'unités distinctes, ayant chacune sa constitution propre.
Psmrale générale du relief des continents et des océans. — C'est précisément cette complexité des continents qui empoche d'envelopper les conditions de leur relief dans une formule générale, susceptible d'être appliquée à toutes les parties du monde. Les géologues américains et, en particulier, MM. Guyot et J. Dana, se fondant sur l'extrême simplicité de structure des deux Amériques, iraient cru pouvoir poser le principe suivant :
• Les continents ont, en général, des côtes montagneuses et un intérieur déprimé, en forme d'un ou de plusieurs bassins séparés par des chaînes intermédiaires. Le bord le plus élevé est celui qui fait face à l'Océan le plus étendu. »
Cette formule, séduisante par sa netteté, semblait s'appliquer à merveille à l'Amérique. D'une part, la dimension des Àlleghanys ou des Apalaches est à celle de l'Atlantique comme la hauteur des montagnes côtières de l'ouest est à U largeur du Pacifique septentrional ; de plus, entre cette dernière et celle du Pacifique méridional, il y a un rapport semblable à celui qui existe entre la hauteur des montagnes de l'Orégon et celle de la Cordillère des Andes.
Mais il s'en faut de beaucoup que la loi s'applique avec une égale netteté aux autres continents. On cherche en vain, sur le bord oriental de l'Asie, une chaîne d'une importance proportionnée à celle du Pacifique et nous avons vu que la partie septentrionale de ce continent, au lieu d'être limitée par une ligne de hauteurs, est absolument plate depuis la mer a relique jusqu'au seuil de l'Altaï. L'Europe s'affranchit bien plus encore de la loi posée. Il n'existe rien, du côté de l'Atlantique, qui forme une bordure côtiére. Les Pyrénées, dans toute la partie principale de la chaîne, séparent le continent français du continent espagnol et sont dirigées transversalement à la mer au lieu de lui faire face. Le Jura est aussi une chaîne intérieure et les Alpes, loin de se dérouler en face d'une grande dépression maritime, voient s'interposer entre elles et la Méditerranée, npn seulement la plaine lombarde, mais encore la chaîne des Apennins. Enfin le Caucase, au lieu de former une séparation longitudinale entre la mer Noire et la Caspienne, affecte justement une direction perpendiculaire.
Néanmoins la loi posée par les géologues américains peut être formulée d'une manière qui en rende l'application générale. Il suffît pour cela de considérer, non plus les continents actuels dans leur ensemble, mais les portions distinctes dont chacun d'eux se compose et, en outre, de remplacer la notion des océans par celle des dépressions, pouvant être encore de nos jours, ou ayant été, aux époques antérieures, occupées par de grandes nappes d'eau.
Il serait sans doute prématuré d'insister sur ce point de vue; car il faudrait faire intervenir la considération des périodes géologiques et reconstituer les étapes successives que chaque continent a dû parcourir. Aussi ne pouvons-nous l'indiquer ici que très sommairement. Contentons-nous donc de dire qu'un bassin continental est, en général, un ancien fond de mer ou de grand lac et que la plupart de ces plateaux qui s'étendent au pied des grandes chaînes de montagnes étaient, à une époque peu éloignée de la nôtre, encore recouverts par les eaux marines ou les eaux douces. Or, à ce moment, la chaîne qui les borde faisait réellement face à une dépression océanique. Ainsi les Pyrénées, baignées au nord par la mer de la mollasse, le Caucase; séparant l'Asie Mineure de la dépression aralo-caspienne, et l'Oural, barrière maritime de l'Europe contre ce chenal, à peine émergé aujourd'hui, qui faisait communiquer la Caspienne avec la mer Arctique ; ainsi enfin les grandes Alpes de la Lombard ie, venant s'enfoncer sous les Ilots de la mer subapennine.
En conséquence, les formes actuelles du relief terrestre ne sont pleinement intelligibles qu'à la condition de faire intervenir la notion du passé. Si donc, malgré la rigueur de la méthode qui doit nous interdire pour le moment toute excursion sur ce domaine, dont l'étude viendra en son heure, nous soulevons» pour un moment, un coin du voile qui le couvre, nous pourrons poser la loi suivante :
Au moment où une grande ligne de relief se constitue sur le globe, elle forme le rivage d'une dépression océanique ou lacustre, sous laquelle elle s'enfonce par 9on
flanc le plus abrupt et, en général, l'importance de la chaîne à laquelle elle donne naissance est en rapport avec celle de la dépression quelle côtoie.
La rigueur avec laquelle le continent américain vérifie cette loi, surtout dans sa partie méridionale, tient à ce que le dernier relief de la chaîne des Andes est essentiellement moderne. Un jour viendra, peut-être, où, en avant de cette chaîne, une nouvelle ligne de hauteurs surgira des profondeurs du Pacifique, comme la chaîne côtière de l'Orégon a surgi en avant des Montagnes Rocheuses, et alors, dans l'intervalle, s'étendra un bassin plus ou moins déprimé, semblable à celui dont le Grand Lac salé de l'Utah occupe le fond.
DlftftYHÉTME DU RELIEF TERRESTRE Mssymétrie du profil des chaiaen de montagne*. — Nous avons dit que
c'est généralement par son flanc le plus abrupt qu'une chaîne de hauteurs fait
face à une dépression. 11 importe d'insister sur cette considération, dont la
conséquence est que la dissymétrie prévaut, non seulement dans la situation
géographique des lignes de relief, mais encore dans la constitution de leur profil.
L'inégalité de la pente des deux versants d'une chaîne de montagnes peut être
posée comme une règle universelle. Tout le monde sait que, du côté de la
France, les Pyrénées apparaissent comme une gigantesque muraille, s'élevant
d'un seul jet au-dessus de la plaine de Toulouse, tandis qu'en Espagne la saillie
qu'elles forment est à peine sensible, tant elle est préparée à l'avance par des
rides parallèles.
De même le Jura français se constitue en quelque sorte peu à peu par des efforts successifs, tandis que, depuis sa crête principale jusqu'à la plaine de ^euchâtel, il s'abaisse en un seul versant fortement incliné. Enfin la chute brusque des Alpes vers la Lombardie contraste avec la succession des crêtes, d'altitude croissante, qu'on traverse entre Bâle et le Lac Majeur ou mieux encore entre Neuchâtel et le Mont Rose. Mais il ne suffit pas de constater ce fait d'une manière générale, il faut encore indiquer, par des chiffres précis, la valeur de c*tte habituelle dissymétrie.
Rappelons tout d'abord que, sauf dans les parties tout à fait voisines de la crête, la pente moyenne d'une chaîne de montagnes est toujours beaucoup plus Wble que ne le ferait supposer l'impression produite par la vue de cette masse Tenant borner l'horizon du spectateur. Ainsi la pente orientale des Vosges est feulement de 2°30', soit à peu près 4,5 0/0. La pente méridionale des Alpes est de3°20' (5,80 0/0) et celle des Pyrénées françaises, de 5° à 4° <5 à 7 0/0). Rarement la pente générale d'une chaîne atteint un maximum de 6° (10,5 0/0).
Cela posé, examinons les conditions dans lesquelles se présentent les deux versants des principales chaînes de montagnes.
La pente moyenne orientale des monts Scandinaves est juste moitié moindre que celle qui regarde la mer du Nord. A égale distance de la crête centrale des Pyrénées, si Ton considère, d'une part la ville de Jaca en Aragon, de l'autre le bourg d'Arudy en France, on trouve que la première localité est située à une altitude à peu près double de celle de l'autre, soit 750 mètres au lieu de 400. Encore la vallée de l'Aragon n'est-elle qu'une profonde entaille séparant la crête pyrénéenne de celles des Sierras de la Pena et de Guara, tandis qu'Arudy est à l'origine de la grande plaine aquitanienne.
La pente méditerranéenne des Apennins de la Ligurie est double de la pente lombarde. Les montagnes de l'Istrie et de l'Esclavonie ont leur versant adriatique abrupt, tandis qu'elles s'abaissent en pente plus douce vers la Save. Le Caucase, aux environs de Tiflis, est sept fois plus incliné au sud qu'au nord et. plus à l'ouest, au pied de l'Elbrouz, tandis que, du col de Maruch à la mer Noire, il y a une chute de 5600 mètres pour une distance de 55 kilomètres, soit 6,5 0/0 de pente, sur le versant nord il faut parcourir près de 120 kilomètres pour voir l'altitude s'abaisser à 300 mètres.
Une coupe transversale de l'Himalaya, menée en un point où la crête est élevée de 7500 mètres, rencontre, juste à la même distance, au sud, la ville de Silothi, à 1400 mètres d'altitude et, au nord, le lac Mansaraur, source du Brahmapoutra, à 5000 mètres. De même la pente de la Cordillère des Andes vers le Pacifique est au moins double de celle qui regarde le Brésil et, de part et d'autre de la crête de la Sierra Nevada, située entre la Californie et le Nevada» on rencontre, à la même distance du col, haut de 2500 mètres, à l'ouest, vers le Pacifique, la ville de Nevada, à 750 mètres d'altitude et, à l'est, les lacs du Grand Bassin, à 1300 mètres.
Partout donc la même loi se vérifie. Les deux versants d'une chaîne simple sont inégalement inclinés et le plus abrupt est toujours celui qui fait face à la plus grande dépression. En outre, le rapport qui prévaut le plus généralement entre les pentes des deux versants est à peu près celui du simple au double.
Profli de» chaînes composée». — Mais nous n'avons encore examiné que les
n.ô. " 'MimdU'u'fi^ "Se
Fig. 11. — ProÛl transversal du Jura passant par la Chaux-de-Fonds et Neuchàtel
Échelle !de8,0'"fUe0™IÏVn | des hauteurs nnTOT
1, Dessoubre, Riv. — % Doubs, Riv. (705-). — 3, La Chaux-de-Fonds (992*). — 4, Mont Racine (144Ï-).
5, Chaumont (1176"). — 6, Neuf hâtel (435-).
circonstances propres aux chaînes simples; l'étude des chaînes multiples va nous fournir des enseignements non moins caractéristiques.
Les figures 11 et 12 représentent deux profils du Jura, pris transversalement à la direction générale de la chaîne. On y peut constater, d'abord que la crête
JVomou/ d» la. mm* - S.E
Fig. 12. — Profil transversal du Jura entre la vallée de l'Ain et le lac de Genève, passant par la Dôle.
Échelle \ d6* ,0ngUeUrS "^ I des hauteurs uiSté
1, Vallée de l'Ain (445-). — 2, Lac de l'Abbaye (819-). — 3, Vallée de la Blenne. — 4, Mont Fier (1375-). 5, Vallée des Dappes (1Î51-). — 6, La Dôle (1678-). — 7, Lac de Genève (375-).
culminante, loin d'occuper une position centrale, est à l'extrémité orientale, tout coiitre la dépression des lacs de Neuchâtel et de Genève, ensuite que chacune des rides dont l'ensemble forme la chaîne jurassique a généralement son versant oriental beaucoup plus raide que l'autre.
Une coupe dirigée à travers le Mont Blanc nous révélerait une constitution semblable ; là encore les versants tournés vers le sud-est sont sensiblement plus raides que ceux qui regardent le nord-ouest. La même chose s'observe dans les Alpes françaises, où le massif de Grenoble et celui du mont Viso présentent un versant sud-est plus incliné que le versant nord-ouest. Ainsi une coupe menée de Yoiron au pic de Belledonne offre une pente graduelle par laquelle on s'élève de 300 à 2087 mètres, jusqu'à la crête de la Grande-Chartreuse; de là une chute brusque ramène de 2087 à 250 mètres dans la vallée de l'Isère; puis, par une ascension modérée, on atteint 3000 mètres au pic de Belledonne, pour retomber rapidement à 1600 mètres à Sables. En continuant la coupe, on atteindrait le& hauteurs des Grandes Rousses (3478 mètres) et du Pelvoux (4103 mètres) audelà desquelles il suffirait d'une pente de peu d'étendue horizontale pour ramener à 1800 mètres à Briançon (fig. 13).
FIf. 13. — Profil des Alpes dauphinoises de Yoiron à Briançon. — 1, Voiron. — 9, Pic de Chtmaehaude (3087-). — 3, L'Isère à Grenoble. — 4, Pic de Belledonne (2961-). — 5, Sables. — 6, Mont Pelvoux (4105-). — 7, Briançon. — (Les hauteurs ont été exagérées sept fois).
Ce n'est pas seulement dans les pays de montagnes que l'on constate cette dissymétrie dans le profil des accidents de la croûte terrestre. 11 est des régions, que leur faible altitude ferait plutôt ranger dans les pays de plaines ou de collines et qui n'en offrent pas moins, dans la disposition générale de leurs pentes,
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ProMI érm wîérm H+émmU%Mr*. — l/éfude d#? h disposition du relief à la surface du j/lobe ne M'iiiil p/ih iitiu\M'U' hï l'on n«'^ligeait d'y comprendre ce que Mou?» nvoiin /i|»|M'h'' If* partir* nnjalire* tU* et* ivliff, c'est-à-dire celles dont le* tti<'K'ilil<''n noiil iii/ih(jim''<'k pur In ii;ipp<* ori^iniquc G*tte étude, dont quelques éli'iin'iilH (1 pi'iiii* iiviiii'iil été réunis il y si pru d'années, est aujourd'hui asseï iiviiiiréi*, nrfirv nu pn^réH di*H explorations sous-murincs, pour qu'il soit possible iI'imi tirer qnelipicH liiiniéreH,
Km preinier lieu, de tiiétne que les limitas elialnes de montagnes n'occupent jtiiiiaiH, (I/iiih len continents, une position centrale, de même les plus grandes prnloiMleurs de l'Océan, au lieu d'être situées au large, dans la partie médiane des déprcNsitiiiM maritimes, sont presque toujours concentrées auprès des côtes ou des chaîne* d'Iles.
Ainsi l'axe de l'Atlantique septentrional est occupé par un plateau sous-marin allongé, dont la profondeur u'excéde jamais 1800 métrés et qui se relève assez» *ou* le 10* parallèle, pour laisser apparaître a la surface l'archipel des Açores. V IohonI de ce plateau se développe une dépression longitudinale, atteignant
jusqu'à 5500 mètres et composée de deux versants très inégaux, l'un en pente douce depuis les Açores, l'autre abrupt, tout près de la côte nord-est des États- Unis. A cette dépression s'en rattache une autre, d'importance au moins égale, qui longe immédiatement la chaîne des Antilles, de telle sorte que la plus grande profondeur de tout l'océan Atlantique, celle de 7100 mètres, obtenue dans cette dépression par les sondages du Challenger, existe non au large, mais tout contre l'île de Saint-Thomas. Il en résulte que la ligne des Antilles doit être considérée comme la crête, à peine émergée en ses points culminants, d'une chaîne de montagnes qui, inclinée en pente très douce vers le littoral américain, plonge brusquement, au contraire, vers la dépression atlantique.
La même chose est vraie du Pacifique, où les îles Mariannes, à l'ouest desquelles la mer s'abaisse en pente modérée, sont immédiatement bordées à l'est par une fosse profonde ; ces îles ne représentent donc que la crête du versant brusquement incliné d'une ride, le plus souvent immergée dans sa totalité, et qui forme du nord au sud, sur plus de vingt-cinq degrés de longitude, le prolongement exact du Japon septentrional et de l'île Sakhalin.
Fig. 15. -Coupe dirigée du N.O. au S.E. à travers le Pacifique septentrional» des Iles Kouriles au groupe telles Sandwich. — 1, Mer d'Okhotsk. — 2, Ile Urup (Kouriles). — 3, Maximum de profondeur (8540") - -t. Ile Cre»po.
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Mais c'est surtout le long des îles Kouriles que cette position excentrique des grandes profondeurs est le mieux marquée (fig. i5). En effet, immédiatement contre ces îles, la sonde atteint des fonds de 8000 à 8500 mètres, c'est-à-dire les Hiiffres les plus extrêmes qui aient été authentiquement obtenus dans le Pacifique. Or cette zone de fonds supérieurs à 7000 mètres ne s'étend pas au delà de >ii cents kilomètres en avant des Kouriles et, partout ailleurs, le Grand Océan offre des profondeurs beaucoup plus modérées. Il suffit d'ailleurs de jeter les yeux sur une carte des fonds de mer, telle que celle de M. Berghaus dans l'Atlas deStieler (1878), ou encore celle de M. Richard Andrée, pour être frappé de ce fait, que toutes les grandes profondeurs du Pacifique sont concentrées le long de la ùk asiatique ou au milieu de l'Archipel polynésien, formant comme autant de fosses entourées de chaînes d'îles, tandis que pas une seule ne se rencontre dans 'immense espace compris, d'une part entre la Terre-de-Feu, la Nouvelle-Zélande el l'archipel de Paumotou; d'autre part entre ce point, les îles Sandwich et l'Amérique. Ainsi, les fonds supérieurs à 3000 brasses (5500m) forment : la grande fasse dite du Tuscarora, entre les îles Sandwich et le groupe des Kouriles
et des A léou tiennes, avec un appendice longitudinal, à angle droit sur l'enj semble, entre la chaîne des Sandwich et l'Archipel Anson ; les fo$se$ Ammen et
Belknap, entre les Sandwich et les lies équatoriales à guano; la fosse Miller, i; entre ces dernières et les lies du Phénix, que la fosse Hilgard sépare des lies
ij Gilbert; enfin la fosse du Challenger, entre les iles Mariannes, les Carolines et
les iles Marshall, avec une sorte d'ombilic latéral à 8400" au milieu d'un groupe [t d'îlots qui l'entoure presque de toutes parts.
De plus, si la sonde n'atteint pas, contre la côte américaine, des profondeurs comparables à celles de la partie occidentale du Pacifique, il n'en est pas moins vrai que, le long du littoral du Chili et du Pérou, règne un chenal plus profond que tout ce qui s'étend à l'ouest : on peut donc dire que le talus brusque de la chaîne des Andes se continue sous la mer et que le fond du chenal en question forme une arête en creux, inverse de l'arête culminante de la Cordillère.
Sans vouloir multiplier ces exemples outre mesure, il convient encore d'indiquer que la Méditerranée offre, sur la côte de l'Algérie, c'est-à-dire faisant suite au versant septentrional de l'Atlas, une pente incomparablement plus rapide que celle des fonds voisins de la côte espagnole. De plus, la chaîne sousil ; marine qui relie l'Afrique à l'Italie par Malte et la Sicile n'offre, sur son versant
occidental, que des profondeurs modérées, tandis que, sur son versant oriental, on passe brusquement de 565 mètres à 3000 et même 3500 mètres, j ; Enfin, dans le golfe de Biscaye, la plate-forme sous-marine si accentuée qui,
faisant le tour des Iles Britanniques et de la France, prolonge assez loin au large le domaine continental, cesse brusquement à partir de Biarritz et tout le long de la côte espagnole, c'est-à-dire en prolongement du pied de la chaîne pyrénéenne, la sonde atteint de suite les grands fonds. Les récentes recherches* du Travailleur ont même permis de constater, dans ces parages, surtout au nord de Santander et du cap Machichaco, des pentes abruptes et des falaises sousmarines presque verticales (1).
Loi générale de la dlasyméf rie du relief terrestre. — Il est donc permis de
dire, d'une part, que les grandes profondeurs des mers occupent, comme les saillies continentales, une position généralement excentrique relativement à l'ensemble dont elles font partie; d'autre part que le profil de ces dépressions est toujours dissymétrique, se composant de deux versants, dont le plus abrupt est celui qui se rattache immédiatement à un rivage ou à une chaîne d'îles.
De là résultent plusieurs conséquences importantes. En premier lieu, pas plus que les continents, les océans ne sont des unités homogènes. Chacun d'eux se compose de dépressions en quelque soile indépendantes, formant comme autant de compartiments qui n'ont souvent d'autre caractère commun que d'être, en tous leurs points, au-d îssous de la surface de la mer. Parmi ces compartiments, les uns sont franchement océaniques; d'autres, comme ces mers intérieures si
(1) Alph. Milne-Edwards : Assoc. scientifique, août 1880.
profondes entre lesquelles se divise l'archipel polynésien, ont leurs limites en partie émergées. Ils représentent donc exactement ce que serait aujourd'hui le bassin de l'Utah, par exemple, si l'Amérique, venant à s'affaisser sous les eaux, ne laissait plus apparaître que les cimes culminantes des Montagnes Rocheuses et des Monts des Cascades. Ou, pour parler plus exactement, c'est plutôt le bassin de l'Utah qui doit nous donner l'idée de ce que deviendraient les mers intérieures si les rides qui les enserrent s'élevaient de quelques milliers de mètres au-dessus de leur niveau actuel.
En second lieu, la dissymétrie des versants, dans les dépressions maritimes, est exactement la contre-partie de celle qui caractérise les rides continentales. Les unes complètent les autres et leur étude simultanée est propre à éclairer d'une vive lumière les conditions de leur formation. En effet, d'après ce que nous avons vu, toute grande dépression maritime est, ou bien le pied d'une chaîne de montagnes existante, comme le chenal de Valparaiso est le pied de la chaîne des Andes, ou celui d'une ligne de relief encore immergée, comme la grande fosse du Pacifique est le pied du versant dont les iles Kouriles forment la crête. On n'aurait ainsi qu'une idée incomplète du relief du globe si on se bornait à l'étude des rides continentales. Les lignes de hauteurs doivent être considérées en elles-mêmes, abstraction faite de la saillie qu'elles forment audessus de la nappe océanique, dont l'existence ne sert, à ce point de vue, qu'à accentuer le caractère des dépressions, sans créer pour cela deux domaines distincts en ce qui concerne le relief.
Nous pouvons donc maintenant, en nous fondant sur tout ce qui précède, donner de ce relief une formule générale et dire : Toute grande ligne de hauteurs, émergée ou non, est une arête saillante formée par V intersection de deux versants totalement inclinés. Le plus abrupt plonge vers une grande dépression, habituelfonent occupée par la mer ; le moins raide s'abaisse doucement, sous la forme ^ondulations successives, vers une dépression moins marquée, qui le plus souvent WA rester continentale. Le pied du versant abrupt est Varète en creux d'une totonecuon inverse de la première et dont le talus à pente modérée remonte peu à h** jusqu'aux régions de profondeur moyenne des océans. C'est ce qu'exprime le diagramme de la figure 16.
Kf 16. — Diagramme représentant la disposition réciproque des saillies continentales et des dépressions
océaniques. — 0.0. niveau de la mer.
Or ce diagramme qui ne fait que traduire, en le dégageant des détails secondaires, un fait à la connaissance duquel l'observation pure nous conduit, sug-
gère immédiatement une réflexion. Le profil qu'il met en évidence est exactement celui que doit prendre une étoffe mal soutenue ou une lame flexible lorsque les deux extrémités qui l'encastrent sont obligées de se rapprocher par l'effet d'une compression latérale. Dès lors et sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune hypothèse sur la constitution interne du globe, on peut dire que sa surface se comporte, dans ses grandes lignes, comme si elle avait été soumise à de puissantes actions de refoulement.
Cette conception est encore justifiée, dans le détail, par l'étude de ces rides parallèles qui, d'ordinaire, précèdent la crête culminante d'une haute chaîne, affectant toutes, comme nous l'avons fait voir, le profil d'une crémaillère inclinée. L'idée d'un refoulement latéral s'impose donc, dirons-nous, par le spectacle des grandes lignes de relief du globe, et comme le bon sens indique qu'un tel refoulement ne peut avoir sa source que dans l'écrasement et la descente en masse de l'écorce, nous voilà ramenés, par une voie tout à fait indépendante, à la notion d'un noyau fluide qui se contracte eu perdant de sa chaleur.
L'étude qui vient de nous occuper n'avait trait qu'aux grandes lignes du relief terrestre. Mais il est d'autres enseignements utiles qu'on peut tirer de la considération des accidents secondaires de la surface du globe et la liaison de ces détails avec la constitution géologique du sous-sol est trop intime pour qu'il n'en soit pas ici fait mention.
Caractère» extérieur» de» ligne» orographlque». — Eli premier lieu, il s'en
faut de beaucoup que toutes les chaînes de montagnes affectent les mêmes caractères extérieurs. Les unes, comme le Jura, offrent une série de crêtes parallèles, d'altitude sensiblement constante, se dessinant sur l'horizon par des lignes droites dont aucune saillie ne vient interrompre la continuité. D'autres, comme les Pyrénées, forment une muraille assez régulière, couronnée par une série de protubérances plus ou moins aiguës, sans que l'altitude de ces cimes dépasse beaucoup celle de la crête qui les porte, et à laquelle leur présence donne, en quelque sorte, l'aspect d'une lame de scie. D'autres fois encore, par exemple dans les Alpes suisses, les parties culminantes se divisent en massifs assez largement étalés, seiTant de piédestal à des pics gigantesques qui, comme le Finsleraarhorn, dressent dans les airs, à plus de quinze cents mètres au-dessus du plateau de neige d'où ils s'élancent, leurs sommets aux formes d'une hardiesse incomparable. Il est des chaînes dont la crête est un plateau séparant les unes des autres des cimes aux contours remarquablement arrondis. C'est le cas des Vosges, avec leurs Ballons caractéristiques. Enfin d'autres chaînes encore appa-
raissent de loin, comme celle des Puys d'Auvergne, divisées en éminences indépendantes, semblables à d'immenses taupinières et dont le caractère volcanique ne saurait échapper à l'œil même le moins exercé. Tantôt l'observateur cherche en vain, sur la ligne de crête des montagnes, des découpures tranchées, qui rompent la monotonie des lignes; tantôt, comme dans le massif du Mont Blanc, les contours des aiguilles sont déchiquetés au point de revêtir une apparence fantastique. Depuis la régularité géométrique du cône du Cotopaxi jusqu'au profil hardi et capricieux du Mont Cervin, depuis les dômes des environs de Glermont jusqu'aux flèches aiguës des Roches Tuilière et Sanadoire, il n'est pas de variété de forme qui ne soit représentée dans la nature et chacune d'elles trouve sa raison d'être, soit dans la constitution même du massif auquel elle s'applique, soit dans le mode particulier d'actions dynamiques qui a présidé à la naissance de la chaîne. L'analyse détaillée de ces variétés serait donc ici prématurée ; mais du moins il convenait d'indiquer la valeur de ces différences extérieures, dont on ne saurait, à aucun degré, chercher la cause dans le caprice des agents atmosphériques. S'il est vrai qu'on doive imputer à ces agents l'isolement actuel de la plupart des cimes, d'un autre côté il faut reconnaître que leur œuvre s'est le plus souvent bornée à accentuer les détails dune architecture interne variable avec chaque nature de massif. Ici le granité, se réduisant en arène, a donné des croupes arrondies, jonchées de blocs qui représentent les nodules les plus durs de la masse. Ailleurs la roche s'est débitée suivant les fissures naturelles dont elle était parsemée, de telle sorte que les escarpements offrent une structure prismatique ou ruiniforme accentuée. Partout donc les formes des montagnes sont intimement liées à leur constitution intérieure et la variété d'aspects . qui en résulte n'est que la traduction d'un ordre de faits dont la connaissance rentre essentiellement dans les attributions du géologue.
Caractères des régions peu accidentée*. — Si, de la considération des montagnes, nous descendons à celle des parties plates de l'écorce terrestre, il faudra distinguer les dépressions proprement dites, qu'elles soient intérieures ou littorales et les plateaux qui, sur un ou plusieurs côtés, dominent sensiblement les régions environnantes. Le caractère des pays bas ou dépressions, c'est que les cours d'eau y circulent à peu près à fleur de terre, tandis que le système hydrographique des plateaux consiste en entailles, souvent très profondes, où l'eau s'écoule à un niveau très inférieur. Dans les dépressions, il est aisé de reconnaître d'anciens fonds de lacs ou des mers desséchées. Quant aux plateaux et aux terrasses, il importe de savoir y distinguer plusieurs variétés bien distinctes. Tantôt ce sont de larges surfaces mamelonnées, dont le niveau moyen se maintient sensiblement constant ou du moins dont toutes les hauteurs sont à peu près tangentes à un même plan presque horizontal, sans que pourtant on y puisse trou?er une surface plane d'une étendue appréciable. C'est le cas de ce qu'on appelle en France le Plateau central, notamment dans le Limousin. Tantôt il
■« LàFPAEEJCT, TRAITÉ DE GÉOLOGIE. tf
8i MORPHOLOGIE TERRESTRE.
s'agit bien d'une surface réellement plane, dans le détail comme dans l'ensemble, où le regard s'étend à perte de vue aussi loin que le permet la courbure du sphéroïde terrestre; ainsi pour la Brie et la Beau ce, ou bien encore pour les caus$es de rAveyron. Dans ce cas, on trouvera toujours que ce plan uniforme s'appuie sur une couche régulière d'une roche dure, contre laquelle sont venus s'arrêter les efforts des érosions de surface. Que cette couche soit une assise calcaire du terrain jurassique ou du terrain tertiaire, ou que ce soit une nappe de basalte formant une immense coulée au-dessus d'un massif de micaschistes, c'est toujoui*s à la Géologie qu'il appartiendra de définir la cause de ces différences.
Elle seule aussi pourra rendre compte de la disposition remarquable que présentent certains pays, comme la France entre Paris et les Vosges, où le sol, aussi bien par son relief que par l'ensemble de ses caractères, peut se diviser en zones concentriques, dont chacune, inclinée vers le centre et butant contre le pied d'une falaise circulaire, se relève vers l'extérieur, où elle forme la crête d'une autre falaise parallèle à la première. Quand on aura prouvé que chacune de ces zones est aussi étroitement définie au point de vue géologique qu'elle jM»ut l'être au point de vue physique, il ne sera plus possible de méconnaître que la surface du globe porte partout, gravée en caractères ineffaçables, l'empreinte des phénomènes d'un lointain passé.
Parttoukurlté* des cour» d«M. — Cette empreinte n'est pas moins nette dans le parcours de la plupart des grands fleuves. Combien n'y a-t-il pas, dans leurs vallées, de portions dont l'allure révèle au premier coup d'œil l'intervention d'une cause profonde? Quand le Rhône, au pied de l'Oberland, trace dans le Valais ces deux sillons à angle droit, se croisant à Hartigny; quand, au sortir du lac de Genève, il se fraye une issue, dans le Jura méridional, à travers des gorges étroites et profondes ; quand le Rhin entre Bingen et Coblcntz, la Meuse entre Mézières et Nainur, s'ouvrent de force un passage à travers des massifs de haut relief, alors qu'il leur serait loisible de se jeter de côté pour éviter cette rude traversée, qui pourrait hésiter à reconnaître une cause bien autrement générale que l'action de la goutte d'eau qui creuse son lit? Qui donc enfin voudrait revendiquer au profit exclusif des agents extérieurs un phénomène comme celui 4e la mer Morte, où un cours d'eau insignifiant vient se jeter dans une dépression lacustre dont la surface est déjà à plus de 560 mètres au-dessous du niveau de la mer?
Ce n'est pas seulement dans les grands fleuves que s'observe cette sorte d'indépendance du régime hydrographique vis-à-vis du relief. Telle région est parcourue par une infinité de cours d'eau, la plupart susceptibles de tarir en été, tandis qu'à côté et, dans des conditions en apparence identiques au point de vue de l'altitude, une autre ne livre passage qu'à un très petit nombre de rivières, remarquables par la permanence de leur régime. Dans le seul bassin de Paris, la Seine passe plusieurs fois par des alternatives de ce genre, uniquement expli-
cables par la constitution du sous-sol. De plus, sa sortie vers la mer s'accomplit à travers un plateau élevé, à l'aide d'une coupure profonde, dirigée suivant une ligne droite autour de laquelle les méandres du fleuve ne font que serpenter. CoaclnsloM. — On peut donc dire qu'un pays de quelque étendue se partage toujours, pour ce qui concerne le relief, en régions naturelles dont chacune offre des caractères constants, susceptibles de se révéler à la seule inspection d'une carte topographique bien faite. Dans chaque région, la concordance du régime hydrographique de détail avec la forme du sol est complète ; mais comme ces compartiments ne sont eux-mêmes que des fractions d'un ensemble qui a sa pente moyenne et dont le régime est commandé par diverses circonstances, parmi lesquelles plusieurs ont une source tout à fait extérieure, il en î-ésulte, pour les grandes artères fluviales, l'obligation de [déroger souvent aux conditions propres à chacune des régions qu'elles traversent. Or la manière dont s'accomplissent ces dérogations prouve que, la plupart du temps, elles ont dû être facilitées par l'intervention de quelque cause interne. Ainsi, tandis que la Géologie de surface est nécessaire pour comprendre la division du sol en compartiments homogènes, ce qu'on peut appeler la Géologie profonde ne l'est pas moins pour rendre compte de la mutuelle association de ces divers éléments.
En résumé, s'il est possible à un observateur attentif de démêler, sans le secours d'aucune science spéciale, les traits généraux de la forme de la surface terrestre : si même, par un patient travail d'analyse, il peut aspirer à classer, citant leur espèce, toutes les variétés dont cette forme extérieure est susceptible, H ne saurait poursuivre un tel travail sans être, à chaque instant, ramené par l'évidence à la notion du passé. Par suite, pour rendre compte, avec une rigueur suffisante, des formes actuelles du globe, il ne faudra pas seulement attendre que l'étude de la dynamique externe nous ait familiarisés avec le mode d'action des agents atmosphériques et des rivières;] il faudra encore qu'une connaissance approfondie des diverses régions de la terre nous ait appris dans 'luette mesure le travail de ces agents peut être commandé par les circonstances antérieures. Nous ne pouvions donc ici qu'effleurer le sujet du relief du globe. toi moins croyons-nous en avoir assez dit pour justifier la part qu'il nous a paru légitime de faire, dans un traité de Géologie, à des études de pure géographie physique.
DEUXIÈME SECTION
PHYSIOGRAPHIE
Sous le titre de Physiographie, nous comprenons l'étude des conditions physiques et physiologiques de l'époque actuelle. La première de ces conditions, celle qui détermine tous les détails de ce qu'on peut appeler la physionomie extérieure du globe, et de laquelle dépend l'existence des êtres organisés, est la chaleur. Nous devons donc commencer par nous rendre compte de la manière dont cette chaleur se trouve répartie entre les diverses portions de la surface terrestre.