DISTRIBUTION DE LA VIE ORGANIQUE SUR LE GLOBE
§1 LA VIE SUR LES COlf TUCEHT*
L'étude de la répartition des êtres organisés à la surface du globe et dans les profondeurs des océans n'est pas seulement le complément nécessaire de l'examen que nous avons entrepris des formes actuelles de notre planète. Elle offre encore, au point de vue géologique, une importance de premier ordre. En effet, les conditions physiologiques à la faveur desquelles se développent les organismes sont intimement liées aux circonstances physiques du milieu ambiant. Si donc la relation qui unit ces deux ordres de phénomènes était exactement déterminée, on pourrait, par la connaissance des fossiles contenus dans un terrain, toutes les fois du moins que ces fossiles appartiennent à des types dont les analogues existent «core, reconstituer l'ensemble des conditions physiques au milieu desquelles ce terrain a dû se former.
H s'en faut de beaucoup que nos connaissances à cet égard soient aussi pré- Ci) Voir notamment la carte insérée dans E. Reclus, La Terre, II, 462.
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cises; néanmoins elles ont reçu, dans ces dernières années, de notables accroissements, surtout en ce qui concerne les organismes marins et, en même temps que le nombre des espèces connues s'augmentait dans une proportion inattendue» les observations recueillies entraînaient, au point de vue géologique, des conséquences dont il convient de faire ressortir toute la portée. C'est ce que nous allons tenter en examinant, successivement, les conditions de la vie sur la terre ferme et dans les océans.
Conditions générales de la vie des végétaux. Influence dn sol. — C'est
surtout en ce qui concerne le règne végétal que l'étude de la répartition des êtres organisés à la surface du globe importe à la géologie. En effet, les animaux terrestres ont, en général, une faculté de migration ou, tout au moins, de déplacement qui s'exerce parfois dans des limites fort étendues; la plupart d'entre eux peuvent jusqu'à un certain point, par le choix de leurs refuges, se garantir momentanément contre des circonstances défavorables. Au contraire, la plante vit attachée au sol et subit, sans pouvoir s'y soustraire, toutes les conditions physiques du milieu dans lequel son existence est astreinte à se dérouler. Les indications qu'elle fournit ont donc, en chaque lieu, une précision supérieure à celle que peut donner l'étude des animaux.
Tout végétal consiste essentiellement en un assemblage de cellules formées de carbone, d'hydrogène et d'oxygène; il convient d'y ajouter un peu d'azote et quelques substances minérales parmi lesquelles dominent la silice et la chaux, accompagnées d'une certaine proportion de fer et d'alcalis.
Les substances fondamentales, celles qui constituent les tissus, peuvent être et sont souvent empruntées directement à l'air; mais leur assimilation est, dans la plupart des cas, facilitée par une transformation préalable qui les fait entrer parmi les éléments de la couche superficielle du sol. Ce dernier fournit d'ailleurs les substances minérales; de plus il est le support de la plante dont les racines y vont chercher à la fois un point d'appui, des sucs nourriciers, de l'air et de l'humidité. Aussi comprend-on qu'il puisse y avoir une dépendance assez étroite entre la nature des plantes et celle du sol sur lequel elles croissent.
C'est ainsi qu'on a depuis longtemps distingué les plantes calcicoles, c'est-àdire cantonnées de préférence dans les terrains calcaires et les plantes silicicoles, qui ne se montrent que sur les sols siliceux. Dans nos pays, la carotte sauvage appartient à la première catégorie, tandis que la digitale et le châtaignier font partie de la seconde.
Toutefois l'influence de la composition chimique du terrain ne doit pas être exagérée. D'une part, il y a peu de sols qui ne renferment, au moins à l'état de traces, les matériaux nécessaires à la plupart des plantes et les organismes ont une merveilleuse facilité pour extraire ces substances de milieux où l'analyse en révèle à peine une quantité appréciable. D'autre part, l'expérience prouve que la localisation des végétaux dans certains terrains déterminés n'a souvent qu'une valeur tout-à-iait régionale. Ce résultat, indiqué par Thurmann, a été mis hors de