GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE PLIOCÈNE
Caractères généraux de la période. — La période pliocène est celle qui s'est écoulée entre le principal soulèvement des Alpes et l'avènement du régime climatérique favorable à rétablissement des grands glaciers. Assez intimement liée à l'époque actuelle pour que quelques auteurs ne croient pas devoir l'en distraire, elle offre cependant une individualité distincte, et si son importance est loin d'être égale à celle des deux autres périodes tertiaires, elle représente néanmoins un état de choses assez différent de celui qui prévaut de nos jours. Sans doute, en général, les contours des mers pliocènes s'éloignaient extrêmement peu de ceux de nos continents actuels. Toutefois, sur plus d'un point, les sédiments de cet âge sont aujourd'hui inclinés et portés à des hauteurs notables, et la faune qui les remplit, antérieure au refroidissement des régions boréales, marque plutôt la fin que l'inauguration d'une ère.
Dès le début de la période pliocène, le relief de l'Europe est à peu près définitivement acquis. Cependant la mer avance encore, par de longues échancrurs. au delà des estuaires actuels de nos fleuves et de grands lacs occupent le pitd des Alpes et la basse vallée du Danube, pendant que, en diverses régions & l'Europe occidentale, d'imposantes manifestations volcaniques prolongent l'activité éruptive de la période miocène. Sous ces diverses influences, un climat relttivemcnt très doux permet à l'Europe de nourrir une végétation où les type» dfl riches forêts du Nord sont associés à ceux des îles Canaries et des contins de \i région caucasienne. Mais la température s'abaisse peu à peu, en même temps que la mer se retire; la flore s'appauvrit pour ne plus rien acquérir désormais; les espèces les plus délieates émigrenl vers le sud et les palmiers ne se trouvent plus qu'à des latitudes inférieures de 10 degrés à celles qu'ils atteignaient ion du miocène. Enfin la période s'achève avec une flore qui, assez riche encore poœ fournir une abondante nourriture à de gigantesques herbivores, ne contint plus, en chaque point, d'espèces qu'il ne soit aujourd'hui facile de retrouver en descendant de quelques degrés vers t equateur.
Faune et More aiioeeues. — La note caractéristique de la faune pliocène esl donnée par les grands prohoscidiens et spécialement par Elephas meridionalii. dont les incursions s'étendaient alors jusqu'en Angleterre, tandis que le genre
lima. Partscli, du mminien de Vienii
Maslotlon quittait. l'Europe avant lu fin rie la période pour survivre plus longtemps en Amérique. Los Rhinocéros et Hippopotamus sont à leur apogée, et le <lil velopppmeiil de ces animaux, de même que celui des cervidés et des bovidés. atteste la riche provision d'aliments que leur ménageait alors le règne végétal. Le genre Equm fait son apparition. Les singes ont quitté l'Europe. Muant à l'homme, il n'a été recueilli aucune preuve irréfutable de son existence durant cette phase de l'histoire terrestre.
PÉRIODE PLIOCÈ.NE.
Les organismes marins offrent avec ceux des mers actuelles assez peu de .différences pour que les zoologistes hésitent à les en séparer spécifiquement. De nombreux cétacés jonchent de leurs ossements les plages septentrionales, et les députa marins littoraux, sables ou marnes, pullulent en individus des genres Futut (fig. 543), Nansa (fig. S-ti), Voluta (fig. 545), Ckenopus, Dentalium, Peclen (fig. 546), Pectuncutus , Arca (fig. 545), Venu», Panopœa, Cyprina (fig. 547), Mactra, etc., tandis que les eaux lacustres abondent en
FiK. SB.
Fig. 543. - Arca {.Inomofoea Lin a., du pliocène
Concerta (Dreyisensia) (fig. 544), Auricula, Paludina, Malanopsis, etc., et que de belles espèces d'Hélix laissent leurs débris parmi les sédiments terrestres.
La flore européenne commence par perdre les grands palmiers et les camphriers; seul, le Ckamxrops humilie parvient à se maintenir jusqu'à la fin de la période aux environs de Marseille. Puis, après avoir eonservé quelque temps les séquoias et les bambous, l'Europe se peuple d'espèces très voisines de celles qu'elle possède aujourd'hui, mais destinées à reculer vers le sud dans les ages suivants. Le chêne, le hêtre, l'érable, le peuplier, le noyer, le mélèze, sont prépondérants au centre de la France, offrant quelques types dont les identiques doivent être aujourd'hui demandés à la flore de l'Algérie, à celle du Portugal ou même au Japon (1). Plusieurs des espèces végétales du pliocène européen sont aujourd'hui indigènes des grandes forêts de l'Amérique.
Di lisions du ■yatemo pliocène. — Le système pliocène formait autrefois le seul étage mbapennia de d'Orbigny. Il parait convenable d'y introduire une double division : à la base, l'étage messinien de M. Ch. Mayer {mio-pltocène de quelques auteurs, sancléen {in part) de M. Seguenza); au sommet, l'étage aslien, comprenant les marnes subapennines et les sables de l'Astésan et parfois subdivisé en plaisancien et aUien proprement dit. Quelques auteurs distinguent encore un étage supérieur, le saharien de M. Mayer, correspondant au forest-bed d'Angleterre et à la zone de l'Elephas meridionalis, qui forme la transition entre le pliocène et l'ère quaternaire. En Belgique, le messinien est représenté par ïanvenien de quelques auteurs, tandis qu'à l'astien correspondent les systèmes diestien et scaldisien.
(I) DeSaporta, le Monde det plante; p. 513.
GaOCPK TERTIAIRE.
Aagiatovn. Crmg «or«uia, Cra^ roag«. — Le pliocène est représenté a Angleterre par une série de sables et de graviers coquilliers, puissante de 40i 45" au plus et connue sous le nom de crag. Le crag repose en général sur b surface ravinée de la craie ou de l'argile de Londres. Dans la série des couches, qui sur aucun point n'est complète, on peut distinguer :