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RUISSELLEMENT

thalwegs en suivant partout les lignes de plus grande pente. Aussi l'imperméabilité d'un terrain, quand l'écoulement des eaux y est facile, se révèle-t-elle au premier abord par sa surface ondulée et le grand nombre de ravinements secondaires, le plus souvent à sec, qui le parcourent en tous sens. A chaque grande pluie, l'eau ruisselle dans ces ravinements, avec une vitesse suffisante pour en dégrader le lit, emportant de la vase et des cailloux et donnant naissance, toutes les fois qu'un élargissement survient qui amortit sa vitesse, à un petit cône de débris. Les thalwegs principaux se remplissent rapidement de ces eaux limoneuses et ainsi les rivières des pays imperméables sont caractérisées à la fois par la rapidité de leurs crues, par la hauteur à laquelle les grandes eaux s'y élèvent et par les troubles dont elles sont chargées. Leurs inondations sont d'ailleurs aussi courtes qu'elles sont violentes, à cause de la rapidité avec laquelle s'opère la concentration des ruissellements partiels. Enfin, les cours d'eau n'étant guère alimentés qu'en temps de pluies, la plupart d'entre eux ne sont qu'éphémères et tarissent du moins dans la saison chaude. Gomme exemples de cours d'eau de cette catégorie, on peut citer ceux qui alimentent l'Yonne en descendant des pentes du Morvan, dont le sol granitique est imperméable aussi bien que celui des marnes jurassiques qui s'appuient sur ses flancs. Mais le Morvan est une région montagneuse, où la valeur des pentes est assez forte et peut suffire pour donner aux cours d'eau un certain caractère torrentiel. Il n'en est pas de même sur les plateaux si uniformes de la Normandie, notamment dans le pays de Caux ; et pourtant grâce à l'imperméabilité de l'argile à silex qui, sur une épaisseur capable d'aller parfois à 35 mètres, constitue le sous-sol du plateau, le terrain, jusqu'à la jonction de l'argile avec la craie, offre une multitude de thalwegs sinueux, à la rencontre desquels !les silex, transportés lors des grandes pluies, forment de petits amas coniques. Souvent aussi, des traînées de silex, aux angles à peine émoussés, occupent le fond de ces ravinements secondaires.

L'inspection d'une carte topographique permet de reconnaître à coup sûr les pays où le ruissellement se produit en raison de l'imperméabilité du sol. Le nombre considérable des cours d'eau, leur faible importance, l'allure capricieuse des ravinements, circulant en tous sens, sont des indices certains que le sol ne se laisse pas pénétrer par les infiltrations. Au contraire, dans les régions perméables, l'eau se réunissant en nappes profondes ne circule pas à la surface, mais s'échappe par les sources en des points privilégiés et se concentre, dans les grandes coupures du terrain, sous la forme de cours d'eau importants et espacés. C'est ainsi que Belgrand a fait voir comment les diverses zones concentriques, qui encadrent si régulièrement le bassin de Paris, étant alternativement perméables et imperméables, se révèlent sur une carte, par la disposition de leurs cours d'eau, avec autant de sûreté que par l'application des teintes géologiques correspondantes.

Effet» méeaalqaes du ruissellement. Eaux sauvages. — - Les effets méca-

niques du ruissellement dépendent de la niasse de l'eau et de sa vitesse, cette dernière étant surtout déterminée par la pente. Us varient beaucoup suivant que la disposition du terrain favorise ou non la concentration des eaux pluviales. Supposons d'abord que cette concentration n'ait pas lieu sur une échelle appréciable. Les eaux des grandes pluies cheminent à la surface du sol suivant toutes sortes de directions, méritant ainsi le nom d'eaux sauvages qui leur est souvent attribué. Dans leur parcours elles dégradent plus ou moins le sol sous-jacent et peuvent en changer beaucoup la configuration extérieure.

Toutes les fois que le ruissellement s'exerce sur une pente modérée, formée par un grès ou un conglomérat, offrant de gros blocs solides noyés dans une matière, facile à désagréger, telle que du sable, Faction des eaux sauvages tend à isoler les blocs et à les laisser en saillie à la surface du sol. Tantôt cet isolement place les blocs dans un état d'équilibre instable et un moment arrive où ils roulent en bas de la pente ; tantôt ils demeurent entassés les uns sur les autres, dans la position où l'enlèvement progressif du sable les a fait peu à peu descendre. Ainsi se produisent des blocs perchés, des pierres branlantes, et des accumulations souvent irès pittoresques, dont les pays granitiques offrent de nombreux exemples. En effet, le granité a une tendance marquée à se désagréger en une arène meuble au milieu de laquelle certaines parties plus compactes demeurent sou» la forme de gros nodules. A peine visibles sur le sommet des plateaux, ces nodules restent en pleine saillie sur les pentes parce qu'ils ont été débarrassés du sable environnant. Dans certains cas, les parties solides de la roche, au lieu de former des nodules arrondis et isolés, constituent plutôt des amas lenticulaires, et le ravinement lors des grandes pluies finit par les isoler sous la forme de chapiteaux naturels couronnant des colonnes de roche plus friable.

Pyramide» de terre. — Si le terrain est meuble, étant formé d'argile, de grès tendre, de sable ou de gravier, les eaux sauvages y tracent une infinité de rigoles,, qui finissent par découper le sol en longues aiguilles pyramidales, desthiées à s'écrouler bientôt. Les mieux caractérisées de ces pyramides de terre sont celles qu'on observe quand les eaux ruissellent sur d'anciennes boues glaciaires avec blocs disséminés, comme aux environs de Botzen en Tyrol. Soit abc (fig. 28)

Fig. 28. — Formation des Pyramides de terre (d'après Credner).

une dépression comblée par un dépôt de ce genre deb. Chaque bloc de pierre protège contre le ruissellement immédiat la portion du dépôt qu'il recouvre.

L'érosion s'accomplit à droite et à gauche par le creusement de deux rigoles, isolant ainsi, dans l'espace gfh, une série d'aiguilles coniques, dont chacune est couronnée par un bloc perché. Telles sont aussi les pyramides îles fée* qu'on peut voir auprès de Saint-Gervais en Savoie.

Les plus beaux exemples de ce genre d'érosion paraissent être ceux que présente la région du Colorado, dans le bassin du Rio Grande. La figure 29, eni-

(d '3 prit ISiyiiei

d*ns le liasiin du Rio Grande

[inuitée à M. Ilayden, montre une série de ces pyramides avec blocs perchés, prélédant une arcade naturelle que les eaux torrentielles ont creusée dans la rothe meuble. Cette roche est un conglomérat trachytique dont les blocs demeurent en saillie sur les pyramides a diverses hauteurs (fig. 30). La plupart de n* aiguilles ont de 20 à 25 mètres; exceptionnellement, quelques-unes atteignit 00 mètres.

mien et ttmoin*. — Lorsque le terrain exposé a l'action des eaux sauvages «•t formé de roches consistantes, mais divisées par des systèmes de fissures ver tic aies, l'eau des fortes pluies profile de ces fissures et découpe la roche en primies ou en colonnes, tout à fait semblables aux aiguilles que la mer isole en avant de certaines falaises escarpées. La ligure 51 représente trois piliers de grès, font le plus haut a 25 mètres, détachés par érosion, à la faveur de nombreuses élites verticales, dans les parois du torrent de la Rivière Blanche, au Colorado.

Comme les précédents, ce dessin est emprunté à H. Hayden(l). Au loin s'aperçoivent des escarpements naturels absolument comparables aux ruines de ces vieux châteaux qui couronnent, en Europe, la crête de tant de vallées. On peut voir aussi dans la Suisse saxonne, notamment à l'escarpement de la

Bastei, sur les bords de l'Elbe et à l'arcade naturelle connue sous le nom de Prebisch Thor, de beaux exemples des effets produits par les eaux sauvages sur une roche arénacée, en couches horizontales, découpées par plusieurs systèmes de tissures verticales. L'érosion finit par décomposer la masse du grés en colonnes, sur lesquelles la stratification reste parfaitement visible et dont chaque tronçon s'arrondit à l'extérieur, de telle sorte que les piliers naturels de la Bastei, avec leur teinte d'un [blanc-jaunâtre, simulent de gigantesques entassements de miches de pain.

Le travail dos eaux torrentielles offre donc d'assez grandes analogies avec celui des vagues sur les falaises, ce qui se comprend sans peine, puisque, de part et d'autre, c'est la force vive de l'eau, aidée par les matériaux transportés, qui constitue l'agent d'érosion. Aussi la figure des escarpements produits ne peut-elle, à aucun degré, indiquer à elle seule si leur formation est l'œuvre de la mer ou celle des torrents. C'est ainsi que bien des falaises intérieures, avec aiguilles détachées et arcades naturelles, ont été autrefois attribuées à tort à l'action ma-

(1) Gtol. Survry o{ Ihc terri toriet, 1(1". animal Report, 1878, p. 85.

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