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ÉBOULEMENTS

terreuses, d'eau et de glace, donnantune boue noire chargée de 87 % de particules solides, capable de flotter des blocs calcaires et devenant consistante au bout de trois heures.

En 1875, selon H. Vélain, (1) un éboulement de ce genre s'est produit au cirque de Salazie, dans l'île Bourbon, sous l'influence des pluies torrentielles de la région tropicale. Cet événement a coûté la vie à 62 personnes, produisant, sur 120 hectares, un manteau d'éboulis de 5 kilomètres de longueur et de 40 à 60 mètres de hauteur.

Hais ces désastres sont encore demeurés au-dessous de la catastrophe du Rossberg, survenue en Suisse en 1806. Cette montagne, située au nord du Righi, est formée par un conglomérat que supportent des couches argileuses. À la suite d'une saison très pluvieuse, les eaux, s'engouffrant de tous côtés dans les fissures du conglomérat, avaient délayé l'argile sous-jacente et l'avaient transformée en une masse boueuse. Soudain la montagne se mit à glisser sur ce support à demi liquide et vint s'abattre en un moment dans la plaine, engloutissant quatre villages, habités par plus de mille personnes. L' éboulement avait 4 kilomètres de long sur 520 mètres de largeur moyenne et 52 mètres d'épaisseur, représentant ainsi une masse de 40 millions de mètres cubes. La débâcle fut si rapide que des oiseaux furent, dit-on, tués par l'air en mouvement et le glissement fit naître un tel développement de chaleur qu'on vit se produire des projections de boue et de pierres, lancées par la vapeur résultant de la transformation des nappes d'eau.

Partout où de tels éboulements ont lieu, il en résulte un grand trouble dans la

stratification des massifs affectés par les glissements. Les couches prennent une

inclinaison notable, parfois môme se plient et se renversent, affectant des con-

tournements tout à fait comparables à ceux qu'on observe dans les pays où l'écorce

terrestre a subi de grands efforts de compression. Aussi, dans les régions soumises

M travail des eaux, le géologue ne doit-il attacher qu'une faible importance au

plongement des couches lorsqu'il l'observe sur les flancs d'une paroi susceptible

de glissement.

Les éboulements, quand ils se produisent dans une vallée parcourue par une rivière importante, peuvent l'arrêter momentanément dans son cours et l'obliger à former un lac en arrière. Lorsque la pression des eaux de ce lac devient assez grande pour pouvoir triompher de la faible cohésion des matériaux du barrage, ce dernier est emporté et il en résulte une débâcle dont les effets mécaniques peuvent être considérables. Des événements de ce genre ont certainement dû survenir à plus d'une reprise pendant la période de formation des vallées.

Kfibadrement». — Ce n'est pas impunément que des rivières souterraines circulent au-dessous d'un plateau, agrandissant progressivement les cavernes aont leur cours est parsemé. De temps en temps ces cavités s'effondrent, suivant des 'ignés de rupture préexistantes, leur portée étant devenue trop grande pour le poids

(1) Compte* rendus, t. LXXXIH, p. 147, 618.'

qu'elles supportent et il se forme de cette manière, à la surface du sol , des gouffres ou entonnoirs. De ce nombre sont les sinks des États-Unis, les catavothra de la Grèce, les dolinas de la Garinthie, les creux et les emposieux du Jura, les embues, boit-tout, anselmoirs, etc., de diverses régions calcaires en France. Souvent, une série d'entonnoirs de ce genre jalonnent au jour la direction d'un cours d'eau caché et il en est qui , dans la saison des pluies, se remplissent jusqu'à une hauteur notable d'une provision d'eau venue d'en bas, sous la pression de la nappe gonflée, impuissante à s'écouler par des orifices trop étroits.

Ces effondrements étant intimement liés à l'existence des grottes et des cours d'eau souterrains, il n'est pas surprenant qu'il y ait lieu de leur appliquer la rein arque déjà faite, sur l'impossibilité d'en attribuer, en général, la production au régime hydrographique actuel. Tel est en particulier, le cas des gouffres si nombreux de la Grèce et de l'Illyrie, situés dans des contrées aujourd'hui remarquables par la pauvreté des précipitations atmosphériques. Si donc la période où nous sommes nous offre assez d'exemples de ce genre pour qu'il soit légitime d'en par 1er à l'occasion des phénomènes qui se passent sous nos yeux, du moins le plus grand nombre mérite-t-il d'être rapporté à une époque antérieure, où les mêmes forces étaient en jeu, dans des conditions semblables, mais avec une intensité très différente.

Du reste il serait certainement excessif de vouloir attribuer au travail des eaux couran tes tous les effondrements en forme d'entonnoirs qu'on observe dans les régions calcaires. Le pays qui en est le plus richement pourvu est la contrée connue sous le nom de Karst, située entre la Garniole et l'Istrie et à laquelle appartiennent justement les grottes d'Adelsberg. C'est à ce point que le nom de cette région a servi à désigner, sous l'appellation de phénomènes du Karst, l'ensemble des singuliers accidents qui donnent à la topographie, superficielle ou souterraine, des pays calcaires, une si grande irrégularité et qu'on retrouve bien développés en Croatie et en Bosnie. Or M. de Mojsisovics (1) a fait observer que la plupart des karsttrichter ou entonnoirs du Karst présentent une régularité beaucoup trop grande pour avoir été produits par voie d'effondrement. Souvent il en existe deux contigus, séparés seulement par une mince paroi qui n'eût certainement pas pu résister à un violent effort mécanique. Au contraire, la présence, dans ces entonnoirs, d'une terre rouge caractéristique, permet de les rattacher à tout un ensemble de phénomènes de nature chimique, que nous aurons plus tard l'occasion d'analyser. Il se pourrait donc qu'avant d'avoir servi de passage aux eaux souterraines, bon nombre de cavités, originairement produites sous forme de fentes pendant les mouvements de l'écorce terrestre, eussent été en grande partie élargies et façonnées par un travail spécial de dissolution; tant il est vrai que les phénomènes naturels sont complexes et que, dans l'explication de chacune des formes de la surface terrestre, il est dangereux de ne vouloir recourir qu'à une seule catégorie d'actions dynamiques.

(1) Von Mojsisovics : Die Karst-Erscheinuugen, in Zcitschrift de* deulschen Alpenvereitu,i98Q.

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