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ACTIONS CHIMIQUES DANS LES MERS PROFONDES

Argile ronge des grands fonds. — Les recherches du Challenger ont montré que, dans les grandes profondeurs de l'Atlantique et du Pacifique, le fond de la nier est tapissé par une argile rouge ou grise caractéristique, dont la formation parait se faire avec une très grande lenteur et qui ne contient qu'un petit nombre d'éléments détritiques, consistant surtout en esquilles de pierre ponce. Cette argile n'est pas amorphe à la manière des précipités chimiques et, d'après M. Murray(2), il est douteux que la matière amorphe entre pour moitié dans sa composition. Elle est chargée de peroxydes de fer et de manganèse et ce dernier y parait constant, soit sous forme de grains disséminés, soit sous forme de nodules concrétionnés, de couleur brun-chocolat et à cassure terreuse.

Il résulte des études du R. P. Renard (3) que l'argile rouge des grandes profondeurs parait être le plus souvent le produit de la décomposition, opérée sur place, d'un tuf palagonitique, d'origine volcanique, qui formerait, dans ces parages, le fond de l'océan. Cette décomposition, malgré la température, voisine de zéro, à laquelle elle s'effectue, n'en donne pas moins naissance à des minéraux nettement cristallisés, dans lesquels le P. Renard a reconnu des zéolithes appartenant, pour la plupart, à l'espèce dite christianite. Ces zéolithes forment prés du quart du dépôt du fond. Il est probable que la décomposition qui les fait naître s'accomplit avec une lenteur extrême et que l'argile rouge ne forme qu'un mince enduit sur le fond volcanique de la mer. En effet, nous avons vu plus haut (4) que des quantités, relativement considérables, d'ossements de cétacés et de dents de requins, représentant non seulement bien des générations, mais

(1) Reclus : La Terre, II, p. 232.

(2) Murray in Proceedingê of the Royal Society, XXIV.

(3) Nature, n° 516, vol. XX. — Verhandlungen der k. A. geolog. Reich$arutaltt n° 7, 1880.

(4) Voy. aidé. p. 127.

encore bien des périodes géologiques, peuvent s'accumuler à la surface de cette argile sans que ces restes soient exposés à être recouverts par autre chose qu'un enduit plus ou moins épais de peroxyde de fer et de manganèse, déposé par cou- . ches concentriques.

Nodules manganéslféres. — En réalité, ce sont les nodules manganésifères qui paraissent être la principale caractéristique des dépôts d'eau profonde. On les a observés, dans le Pacifique, sans discontinuité depuis Valparaiso jusqu'aux iles Marquises et, de plus, autour des Sandwich ainsi que sur deux zones très étendues, situées entre ces îles et le Japon. L'Atlantique en contient, bien que dans une moindre proportion, autour des Canaries comme entre le Cap- Vert et les Antilles.

Les plus gros de ces nodules ont de 4 à 5 centimètres de diamètre. Ils sont arrondis, mamelonnés et formés de couches concentriques très régulières. On y trouve, avec les peroxydes de manganèse et de fer, de la silice, un peu de chaux, de magnésie, de cobalt et d'acide phosphorique. La concentration du manganèse a toujours eu lieu autour d'un corps étranger, soit un fragment de pierre ponce, soit, le plus souvent, une dent de squale ou quelque autre organisme. De petites scrpules sont fréquemment adhérentes à la surface des nodules. 11 est probable que les substances dont ces curieuses concrétions sont formées ont été, comme les éléments des zéolithes, empruntés au fond volcanique de l'océan; en tout cas on voit que, dans ces profondeurs, une température de zéro et une pression de cinq ou six cents atmosphères ne gênent pas plus l'accomplissement des phénomènes de cristallisation ou de concrétion que celui des fonctions physiologiques.

L'étude détaillée des échantillons recueillis par le Challenger est destinée, sans nul doute, à nous apporter, sur les réactions dont le fond des mers est le théâtre, plus d'une révélation inattendue. Cette étude, dont le soin a été conGé par le gouvernement anglais au R. P. Renard, est aujourd'hui en voie d'achèvement. Jusqu'à ce qu'elle soit publiée, nous devons nous contenter des quelques résultats ci-dessus mentionnés.

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