‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 104 sur 483 · RÉCIFS CORALLIEN · texte numérisé non relu

RÉCIFS CORALLIEN

récif, le côté le plus haut est toujours celui qui fait directement face au vent dominant D*autre part, en s^accumulant dans les intervalles des coraux vivants, les débris y foiment un remplissage solide, que les eaux d'infiltration, chargées de calcaire, auront bientôt cimenté en une masse compacte.

En outre, il n'est pas douteux que la vase calcaire produite par la trituration des fragments ne soit plus facilement attaquable par Teau et n'augmente ainsi la proportion de carbonate de chaux dissoys à l'aide de laquelle les organismes doivent alimenter leurs sécrétions. Enfin les Nullipores, dont le développement exige le choc répété des lames, consolident au fur et à mesure le corps du récif en se tenant à la limite entre la partie vivante et la partie morte. De la sorte, un récif extérieur est une sorte de béton, formé de fragments de coraux cimentés par des eaux calcaires, et à la surface duquel se développe une végétation toujours prête à en accroître la hauteur.

Au contraire, dans un récif intérieur, la masse est formée par les coraux en place, les intervalles ayant été comblés par du sable calcaire pi'ovenant de la destruction, beaucoup moins active, du sommet des polypiers branchus. L'édifice est donc sensiblement moins compact et il est toujours aisé d'y reconnaître les individus qui ont servi à le construire.

A Tongatabu, on observe, sur des récifs intérieurs, des individus de Porites qui ont 8 mètres de diamètre et, dans les îles Fidji, les astrées et les méandrines mesurent de 4 à 5 mètres. Les polypiers en dôme, quand ils arrivent à la surface, ne s'accroissent plus que par les côtés et deviennent de larges cylindres à tête plate. La surface d'un récif de cette nature offre l'apparence d'un pavage cyclopéen; mais le ciment formé par l'agglutination du sable calcaire qui remplit les intervalles est plus solide que celui de tous les ouvrages d'art et dépasse en compacité le corps des polypiers eux-mêmes.

En avant des récifs coralliens, comme au pied de la plupart des rivages facilement attaquables par les vagues, règne une plate-forme, située à peu près au niveau de la basse mer. Les lames, en s'y développant, balayent le sable et les fragments qu'elles apportent sur le récif, et la plate-forme se consolide par le ciment que les eaux d'infiltration y font pénétrer.

Une barrière ou une bordure corallienne peut être interrompue par des ouvertures correspondant aux points où les coraux n'ont pas pu se développer, soit que, sur ces ouvertures, débouchent des courants chargés de matières solides en suspension, soit que la configuration du sous-sol immergé n'ait pas permis aux coraux d'y prendre racine. Ces ouvertures sont généralement très stables, en raison de la nature des circonstances qui les ont fait naître.

Vitesse d aeeroisjieineiit. — La vjtesse d'accroissement d'un récif, sur une base supposée stable, dépend de bien des circonstances : la rapidité avec laquelle se développent les coraux, la densité plus ou moins grande de la plantation corallienne, la direction des courants qui accumulent les débris, l'intervention plus ou moins active des eaux chargées de sédiments, enfin la force des marées

et celle des lames, tels sont les facteurs qui concourent au résultat final. On peut donc prévoir que ce résultat sera très variable suivant les cas et que, à égalité de circonstances, les récifs extérieurs s'accroîtront plus vite que les autres.

Gela posé, Tobservation montre que la vitesse d'accroissement d'un récif est très faible. Une surface couverte de madrépores pourrait s'exhausser, par l'entassement des débris, d'environ O^jOOôS? par an; mais en considérant que les deux tiers à peu près de la surface sont improductifs, il est piiident de réduire ce chiffre à 0'",00223. Avec une méandrine, on atteindrait à peine 0'",0003 et, avec une oculine, 0'",00057. Si l'on admet une moyenne de 1 millimètre et demi, il faudrait près de 670 ans pour que le récif s'accrût d'un mètre.

Quoi qu'il en soit, il arrive toujours, si le fond est stable, un moment où la plantation corallienne, partie de son maximum bathymétrique de vingt brasses, atteint le niveau de la basse mer, qu'elle ne saurait dépasser d'une manière sensible. A ce moment, les coraux ne peuvent plus s'employer qu'à réparer les pertes que les vagues font subir au récif en ébréchant ses bords.

Émeralon Batarelle dn récif t •«• résultats. — Or ces pertes ont pour résultat la transformation totale ou partielle du récif en terre émergée. En effet, les tempêtes, en dégradant les bords, rejettent les fragments sur la plate-forme, qui bientôt se trouvejonchéedegros blocs et de menus débris, dont l'entassement finit quelquefois par dépasser le niveau de la haute mer. Cet effet se produit surtout du côté du vent, là où le récif est naturellement le plus élevé. Quand l'émersion est définitive, des semences apportées par les flots, les vents ou les oiseaux prennent possession du sol et un ilôt de verdure apparaît au milieu de la ligne de brisants.

De tels îlots s'élèvent jusqu'à la plus grande hauteur que les vagues côtières puissent atteindre dans le Pacifique, c'est-à-dire jusqu'à 3 mètres environ, si la marée est d'un mètre, jusqu'à 5 ou 6 si elle est de 2 mètres ou plus.

Ainsi, grâce à la persistance des organismes en présence des assauts de la vague, la force mécanique de l'Océan contribue elle-même à augmenter la hauteur de la digue qui, désormais, va mettre le rivage d'une île ou d'un continent à l'abri de ses coups les plus furieux. Mais ce n'est pas tout; à ce moment, l'espace demeuré en arrière du récif n'est plus qu'une lagune tranquille, de faible profondeur. Si donc cette lagune reçoit un apport suffisant en matériaux sédimentaires, elle est destinée à se combler peu à peu, à l'abri de son cordon littoral d'origine oi^anique, exactement comme, à l'abri des levées de sable et de galet, les lagunes européennes sont colmatées par les fleuves. De cette manière, une barrière de récifs nous apparaît, non seulement comme un rempart protecteur de la terre ferme, mais comme un instrument d'accroissement pour celte dernière. N'y a-t-il pas là de quoi faire pardonner à ces appareils naturels les dangers qu'ils peuvent faire courir aux navigateui^ assez hardis pour s'aventurer dans des parages inconnus?

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