‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 142 sur 483 · SALSES. 4M · texte numérisé non relu

SALSES. 4M

Pieiro, a passé en 1839 par un paroxysme qui a bouleversé lo terrain environnant. Le mélange gazeux y renferme, avec Thydrogène protocarboné, un carbure plus riche en carbone. En 1859 on y a observé du bitume noir.

Une autre salse du Modénais, celle de Sassuolo, a subi de nombreux paroxysmes, déjà mentionnés par Pline et renouvelés en 1660, en 1789 et en 1835. Â cette dernière époque, Tëruption fut accompagnée de violentes secousses et de projections de débris. Le sol se fendit en plusieurs points, la température s*élevant notablement dans les crevasses ; la salse rejeta plus de 10 000000 de mètres cubes de boue et de pierres (1), ces dernières se recouvrant rapidement d*efflorescences de sel marin. Non loin de Sassuolo se rencontrent, au Mont Zibio, des sources de pétrole connues depuis la plus haute antiquité.

Terrains ardents. — Prés de la route de Bologne â Florence, les dégagements do gaz combustibles des Apennins, au lieu de se faire dans Teau, s'opèrent â la surface d'un sol sec et pierreux et donnent naissance, quand on y met le feu, aux terrains ardents étudiés par Voila à Pietra-Mala et par Spallanzani à Barignzzo dans le Modénais. A Bocca-Suolo, il y a quatre foyers distincts, distribués le long d'une même ligne sur environ 100 mètres, dans un terrain pierreux complètement bouleversé par des éboulements. Dans tous ces foyers c'est le gaz dos marais qui domine.

A Porretta et aux environs, le gaz combustible se dégage dans l'eau et de là résultent des fontaines ardentes, dont quelques-unes exhalent une forte odeur de pétrole, ce qui prouve que le gaz des marais y est accompagné de carbures d'hydrogène liquides. L'eau des sources, à la fois alcaline et salée, est à une tempéj-ature comprise entre 30® et 38«,5. Il s'y trouve un peu d'hydrogène sulfuré et jusqu'à 5 7o d'acide carbonique.

Défa^ments d'hydroearbnres enAmértqae et dans dlTerses contrées. — Les sources d'huile minérale [oU springs) sont très répandues en Amérique, où les imprégnations de pétrole ont, dans la profondeur, une importance considérable. Les gisements sont en rapport avec les dislocations du sol et les principaux d'entre eux sont concentrés sur des lignes de soulèvement, dans les fractures desquelles l'huile minérale parait s'être accumulée. Beaucoup de ces gisements sont d'ailleurs situés dans des terrains, tels que le silurien et le dévonien, audessous desquels il ne peut y avoir aucun combustible à distiller.

La plupart des puits d'eau salée des États-Unis donnent aussi des hydrocarbures gazeux et liquides. Dans la vallée de Kenawha, en Virginie, se trouve, au milieu de la chaîne des salines, une source naturelle de gaz très forte {the buming sprtng). Partout, dans cette région, on observe la réunion du sel, de l'hydrogène carboné et de l'huile minérale.

En Chine, les émanations hydrocarbonées abondent dans les provinces Yunnan, Szutschhuan, Kuangsi et Schansi, où elles sont associées aux émissions salifères. Les sources de feu des Chinois ont été en grande partie découvertes dans des re- (I) Brignoli io Fouqué, toc, cit.

cherches de sel entreprises par la voie des sondages. D'après le missionnaire français Imbert, le pays deSzutschhuan renferme plusieurs milliers de sondages, ayant de 400 à 600 mètres de profondeur et donnant une eau très salée avec du gaz combustible. Les montagnes de feu proprement dites sont dans la province de Schansi.

On sait enfin qu'il existe en Auvergne, au pied de la chaîne volcanique des Puys, une source de bitume qui émerge d'une colline appelée le Puy de la Poix. Le bitume découle également des fissures d'un tuf volcanique et calcaire à Ponldu-Château.

Her Morte. — C'est encore au nombre des salses qu'il nous parait convenable, malgré l'absence de dégagements gazeux apparents, de ranger la mer Morte on lac Âsphaltite. Cette mer intérieure, dont la surface est à 592 mètres et le fond à 700 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, couvre aujourd'hui 1200 kilomètres carrés; mais son niveau a été autrefois bien plus élevé, comme en témoignent les couches de marnes gypseuses et de sel gemme étalées sur les flancs des collines environnantes (i). Elle occupe une dépression dans laquelle on ne peut se refuser à voir le résultat d'un gigantesque effondrement longitudinal.

La ctensité de l'eau de la mer Morte est, en certains endraits, de i,250 et même de 1,250. La quantité de sel marin y est deux fois plus considérable que dans l'eau de la Méditerranée et la proportion du chlorure de magnésium dépasse encore celle du chlorure de sodium ; mais c'est la teneur en brome qui est surtout extraordinaire, car elle varie de 1 à 7 grammes par kilogramme d'eau. En revanche, l'iode, si caractéristique des eaux de l'océan, fait ici défaut. De plus, la quantité de brome augmente avec la profondeur, ce qui laisse supposer que les substances chimiques sont amenées par des sources minérales jaillissant près des bords et surtout au fond du lac. C'est de là également que proviennent les fragments de bitume qui viennent flotter à la surface du bassin.

M. Louis Lartet (2) a fait la remarque que tous les sels contenus dans l'eau de la mer Morte et celle du Jourdain sont également (à l'exception peut-être du brome), renfermés dans les eaux des sources chaudes du même bassin, notamment celles de Zara, de Callirhoè et d'Emmaûs. D'ailleurs la composition de la mer Morte ne semble pas la même en tous les points de sa surface et, en quelques endroits, il se dégage des odeurs fétides qui rappellent un mélange de bitume et d'hydrogène sulfuré. Il est donc permis de penser qu'à l'heure actuelle des sources minérales surgissent encore au-dessous du niveau de la mer Morte el que cette dernière doit aux phénomènes internes une composition que. pour aucun motif plausible, on ne saurait attribuer à une intervention antérieure des eaux mannes. Le bassin de cette mer est un ancien lac d'eau douce, occupant une dépression produite par effondrement, et dont la composition a été ullè-

(1) Lartet, Bulletin de la Soc. giol. de France. 2« série, XXIî, p. 420. (ti) Bulle in de la Soc, géoL de France, 2« série, XXIH, p. 719.

MOFETTES. 495

l'îeurement modiOée sous Tinfluence des phénomènes volcaniques qui ont agité cette contrée à une époque assez voisine de la nôtre.

Hofeties. — L*acide carbonique, soit seul, soit mélangé avec Teau, se dégage en abondance dans la plupart des régions volcaniques, où ces exhalaisons ont reçu le nom de mofette*.

Tout le jTionde a entendu parler de la célèbre Grotte du Chien, près de Naples,^ où le gaz, qui s'échappe à travers les fissures du terrain, vient former une couche in*espirable sur le solxle la grotte. Les mofettes sont au nombre de plus de mUle dans TEifel, notamment aux environs du lac de Laach, où elles remplissent tantôt de petites grottes, tantôt des entonnoirs bien abrités. Elles abondent en Auvergne, où les mofettes de Clermonl et de Royat sont bien connues, ainsi qu'en Vivarais. A Java il existe un lieu dit « Vallée de la Mort » où l'acide carbonique S4^ dégage en telle abondance que le sol y est, dit-on, jonché des débris des auinisiux qui se sont laissé surprendre par ces émanations.

Des dégagements d'acide carbonique se font jour sur l'île Saint-Paul avec des eaux chaudes, dont la température varie depuis 30 ou 55 degrés jusqu'à 96. Le gaz peut être mélangé d'azote seul ou d'air atmosphérique et la proportion d'acide carbonique est d'autant plus abondante que la température est plus élevée. Cette dernière est influencée par la hauteur de la marée et atteint son maximum à l'heure de la pleine mer, ainsi que l'a constaté M. Yélain (i). Les sources les plus chaudes contiennent 95 d'acide carbonique et 5 d'azote pour 100 de gaz dégagés.

Ainsi cet ancien volcan est aujourd'hui réduit à la condition de mofette. }jQ^ émanations gazeuses s'y manifestent non seulement en divers points des parois du cratère, mais à travers l'eau du fond et même à une certaine distance en pleine mer. Mais ici les mofettes sont chaudes, au lieu d'avoir, comme dans la plupart des régions volcaniques, une température simplement égale à celle de l'air ambiant.

fiischof avait parfaitement reconnu la corrélation qui urtit les mofettes aux phénomènes volcaniques. Voici en effet, de quelle manière il s'exprime à cet égard (2) : « Les émanations carboniques ayant fréquemment lieu après les éruptions des volcans, lorsque nous rencontrons ce phénomène dans des contrées où, autrefois, l'action volcanique s'est indubitablement fait sentir, rien n'est mieux justifié que la conclusion qui nous porte à considérer les dégagements d'acide carbonique comme le dernier acte des manifestations du volcanisme. »

Conadérations sur l'orii^Be des émanations. — En considérant le lien étroit qui, par les suflioni, relie les salses et les sources de pétrole aux émanations volcaniques, quelques savants, convaincus que le pétrole doit son origine à la fermentation paludéenne de matières animales ou végétales, ont pensé qu'il convenait d'attribuer une origine organique, non seulement aux gaz des salses et

(1) Miwion à File Saint-Paul 1879. p. 401.

(2) Lehrbuch der chemUchen Géologie^ I, pp. 518, 319.

494 DYiWMIQUE INTERiNË.

des terrains ardents, mais encore à ceux des volcans. Dans ce cas, la chaleur de ces derniers résulterait d*une fermentation anomale, 8*opérant à ime grande pi\>^ fondeur et à Tabri de Tair, et le volcanisme, dans lequel nous nous sommes plu il voir la manifestation la mieux caractérisée de Ténergie interne, ne serait rien autre cbose qu'une tardive expansion de la puissance renfeimée dans certains produits tforigine purement extérieure.

La paternité de cette doctrine doit être attribuée à Volta, qui la développa en 1780 pour expKquer les phénomènes des terrains ardents de la Toscane. Dans les points, disait-il, où se révèlent les émanations des gaz hydrocarbonés, le sol renferme, à des profondeurs inconnues, des marécages, des tourbières, ou même peut-être des amas de houille. N*a-t-(m pas va récemment, igoutalt-il, (1) dans notre contrée, des prairies, des champs fertiles et des villages, ensevelis sous d*énormes masses de terre détachées du flanc des montagnes? N*est-il pas probable dés lors qu'autrefois des portions importantes de la chaîne des Apennins se sont de même éboulées et que dans leur chute elles ont recouvert des quantités prodigieuses de matières animales et végétales, dont la décomposition a fourni la source du gaz inflammable?

Que cette théorie ait été jugée suffisante pour les salses des Apennins, et encore à la condition de substituer des gisements de matières bitumineuses aux enfouis- ^ments accidentels qu'avait admis Yolta, nous le comprenons encore; mais l'extension d'une telle manière de voir à tout l'ensemble des phénomènes volcaniques nous semble singulièrement hasardée et si cette doctrine ne pouvait invoquer en ^ fi|veur l'indulgence, peut-être même la complaisance que lui témoignent quelques savants distingués, nous aurions peine à concevoir qu'elle ait jamais pu rencontrer le moindre crédit. Sans doute, ce qui se passe dans les marais nous apprend que la décomposition des matières organiques est susceptible d'amener, à la surface d'une eau boueuse, des bulles d'hydrogène protocarboné. Mais dans l'analogie que ce phénomène présente avec ceux des salses, il ne faut voir qu'une preuve de plus de cette infinie variété de procédés qui distingue les opérations naturelles et qui, de réactions absolument opposées,, fait parfois soilir des produits presque identiques.

Ce n'est pas une médiocre imagination que celle qui porte à admettre, dans les profondeurs de la terre, des masses de matière organique capables d'alimenter, pendant tant de siècles, l'activité des bouches volcaniques connues. On comprendrait encore que cette hypothèse n*aitpas répugné à l'esprit de ceux qui n'ont vu les volcans à l'œuvre qu'au-dessus de terrains stratifiés, capables, à la rigueur, de contenir des gisements étendus de substances combustibles. Hais comment cette théorie résisterait-elle au fait que les volcans d'Auvergne et le fameux Sangay, de l'Equateur, sont assis sur le granité, c'est-à-dire sur une roche fondamentale, au* dessous de laquelle il n'y a certainement ni calcaires pour dégager de l'acide carbonique, ni couches de houille pour donner par distillation des hydrocarbures, ni

(i) Fouqué, Revue des Deux^Mondes, 1*' avril 1871.

ORIGINE DES ËMANATiOiNS. 495

gisements salifères pour fournir du chlorure de sodium? Beaucoup de volcan^^, comme ceux du Velay et du Vivarais, reposent sur le gneiss et le micaschiste et il en est, parmi les plus élevés du Kamtschatka, qui ont le terrain silurien pour base. On peut encore demander comment il se fait que le phénomène volcanique atteigne en général sa plus grande intensité dans les régions tropicales, qui sont précisément de celles où la Géologie nous enseigne qu'il y a le moins de chances de rencontrer les terrains abondamment pourvus de combustible minéral?

Qu'il y ait, en certains points du globe, des dégagements gazeux, parfois même des manifestations calorifiques intenses, dont la cause peut être attribuée à des phénomènes secondaires, tels que des décompositions organiques, des inflammations spontanées de sulfures ou de combustibles, nous ne le nions en aucun façon ; peut-être même beaucoup des volcans boueux à basse température doivent-ils être considérés comme appartenant à cette catégorie ; mais ce qui nous paraît inadmissible, c'est l'extension qu'on voudrait donner à des actions tout à fait exceptionnelles et locales, alors que partout nous sommes environnés des preuves de la fluidité originelle du globe et que le grand phénomène de la chaleur interne est là pour attester combien les restes de l'énergie primitive sont encore voisins de nous. Libre aux unifarmitairei^ c'est-à-dire à ceux qui n'admettent ici bas d'autres puissances que celles de la dynamique externe, de se faire les champions d'une pareille doctrine. Pour nous il n'est guère de fait d'observation qui ne la condamne.

A nos yeux, l'ensemble des phénomènes volcaniques, depuis les plus violents paroxysmes jusqu'aux simples mofettes, forme une série continue et admirablement ordonnée, de tous points concordante avec la succession des dégagements qui se manifestent dans le cours d'une même éruption. A travers quelques variations locales, c'est toujoui*s et partout cette même loi de décroissance qui, des émanations chaudes et chlorurées, conduit par les gaz sulfureux aux dégagements carboniques, avec prédominance des gaz combustibles aux points où l'oxydation n'a pas pu se faire sentir. Aussi, quelques analogies que les réactions de ce bel ensemble puissent parfois offrir avec des phénomènes superflciels et locaux, nous ne pensons pas qu'on puisse moins faire que de lui assigner une cause générale en rattachant sa production à la fois à l'existence du foyer interne et aux grands mouvements qui affectent l'écorce du globe.

QUATRIEME SECTION

PHÉNOUIÈNES DE DISIiOCATIOIV

Page 1