B. LE TEBRAIN PRIMITIF EN EUROPE
Bavière. — D'après M. Gûmbel, le terrain primitif de la Bavière offre, du haut en bas, la succession suivante :
5 Micaschistes hercyniens.
2 Gneiss hercynien.
i Gneiss de Bojic.
La division inférieure, celle du gneiss de Bojic, est remarquable par son uniformité; on n y observe que des roches gneissiques ; tantôt du gneiss gris, tantôt du gneiss rouge, ce dernier en relation intime avec des nappes stratiformes de granité à deux micas.
Le gneiss hercynien est très complexe ; on y voit de nombreuses intercalations d'amphiboloschistes et de calcaires cipolins avec mica, serpentine et graphite; c'est dans un de ces calcaires cristallins qu'on a trouvé les apparences désignées sous le nom d'Eczoon bavaricum.
WeUerbery*
Silberbciig.
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Fig. 145. — Coupe du lerraia primitif dans les montagnes de la Bavière (d'après Gûmbel). — a. granité ; h, gneiss micacé ; c, leptynite; </, serpentine; e, gneiss amphibolique ; f, granité amphibolique; 9. micaschiste ; A, schistes argileux.
La figure 145 montre la succession des couches primitives dans les montagnes de Bavière, telle qu'elle a été établie par M. Gûmbel. C'est aussi au même auteur
(I) Ànnaieê dea Mineè, Bull. Soc,géol,de France, 1851.
qu'est empruntée la figure i46, qui représente lés intercalations régulières de leptynite dans le gneiss.
Bans le massif du Mont du Labyrinthe, près de Hof, M. Giimbel signale, audessus des chloritoschistes et au-dessous des assises contenant la faune cambrienne, 3000 mètres dé schistes (VrÛionsckiefer). Ces schistes, que M. Gûrabel a nommés phyllades hercyniens, passent, vers le bas, aux schistes micacés et, vers le haut, aux
schistes Cambriens, d*OÙ la distinction, Flg. 146. — Succession régulière du gneiss [n ^ ., , . . j j , . et de la leptynile ib) à Rôdenbach, en Bavière
faite par le même auteur, de deux séries, (d'aprts Gûmbei). celle des phylUtes et celle des schistites.
Dans le Fichtelgebirge, entre Haid et Rosenhammer (fig. 147), il y a lieu de distinguer deux étages dans le système des phyllades. Le premier se compose de
Itosenhammer.
llaiil.
Fig. 147. — Coupe du terrain primitif dans le Fichtelgebirge (d'après GQmbel). — a, quartzites schisteux bf phyllades argileux et phyllades gneissiques; c, phyllades.
couches de schiste argileux, alternant avec des phyllades gneissiqties : l'étage supérieur est uniquement formé de schistes argileux.
Alpes oceldentalea ei centrales. Le gneiss granitoîde, à schistosité peu régulière, identique par sa composition chimique avec le gneiss gris de TErzgebirge, se montre, sur une épaisseur de plusieurs milliers de mètres, à la base du Simplon(l), où il est surmonté par des couches alternantes de micaschistes grenatifères, calcariféres, chloriteux, de gneiss glandulaires ou schisteux et d'aniphiboloschistes. Trois bandes de calcaire cristallin y sont intercalées et le tout est couronné par les chloritoschistes du Mont Leone.
La série des gneiss à grain fin avec amphibolites, serpentines et calcaires saccharoîdes est très puissante dans les Alpes occidentales. La couleur dominante des roches de cet ensemble lui a fait donner par Gastaldi (2) le nom de série des pieireê vertes. On la trouve bien développée au Mont Cervin et au Mont Viso, ainsi que dans toute la région des Alpes italiennes. C'est dans cette série que sont compris les gisements de fer oxydulé de Cogne en Piémont (5). La magnésie
(1) Renevier, Bull. Soc. vaudoite, 1878, XV, p. 28i.
(2) Mem. Comitalo geol. tVltalia, 1871, I, p. 1.
(5) Parran, Buil. de la Soc. yéol. de France, 2* série, II, 1874, p. 257.
fi.nO CROÛTE PRIMITIVE.
parait en être Télémenl caractéristique et les cipolins y sont fréquemment dolomitiques. Tel est en particulier le cas des calcaires saccharoîdes aTec acUnote, mica et talc qui, dans laValteline, sont très développés, d*aprèsM.Taramelli(i), au milieu du système des gneiss amphiboliques et talqueux.
Dans les Alpes Grées, selon M. Baretti, la zone des pierres vertes, formée de ^eiss, de micaschistes, de cipolins, de serpentines et d*amphibolites, n'aurait guère moins de 8000 mètres d'épaisseur.
Au Saint-Gothard, d'après les coupes relevées par M. Stapff (2) le côté nord du tunnel est percé à travers un système de gneiss gris, alternant avec des gneiss granitiques, des gneiss œillés et des granités gneissiques. Le côté sud perce des micaschistes, des schistes quartzeux avec amphiboloschistes micacés et grenatifères, des seiTpentines, enfin des chloritoschistes. Des cipolins s'observent non loin de la jonction des deux groupes.
Dans les hautes vallées de l'Adîge et de l'Adda, M. Stache- distingue au-dessus des gneiss des schistes talqueux ou sériciteux verts et blancs, des schistes argileux, micacés ou non, des phyllades quartzeux et des roches d'aspect gneissique. Une série analogue se retrouve entre le massif du Saint-Gothard et celui du Finsteraarhorn. C'est probablement à l'étage des talcites qu'il convient de rapporter le schiste à paragonite (3) du Sàint-Gothard, caractérisé par sa couleur blanche et son éclat soyeux, ainsi que par les beaux cristaux de disthène et de staurotide qu'il renferme. Des schistes du même genre, dont quelques-uns sont de vrais schistes à séricite, couronnent le système des schistes amphiboliques e( des chloritoschistes du Simplon (4).
Aipe» autrlchieiineM. — Le terrain primitif des Alpes autrichiennes offre, à Turcheiwand. Hohe Sciiareek. la base, le gneiss Central,
au-dessus duquel vient la -'^/'v^(W''l'^i''^^ /^^'^'^^'^^^^^.«^ calotte schisteuse (Schiefer-
hûUé), composée de mic^ischistes et de schistes verts,
Fig. 148. — Coupe menée par la chaîne centrale des Tauern (d'après assOCiés à Un Système de HeinrichGredner). — 1, gneiss granitolde et gneiss gris; 2, calcaire . ^ ^
cristallin; 3, micaschistes; 4. micaschistes calcarifôres ; 5, chlori- gUeiSS piUS receut que le
toschisles ; 6. schistes quartiiféres. ^^^^j^^ ^^^^^^^ ^gj. g^ ^^^
nier contient de nombreuses intercalations de granité et de gneiss granitique.
Dans la vallée de TAdige, le système gneissique contient aussi des roches pé- (rosiliceuses dont la couleur varie du rouge au bleu et au vert (6).
La figure 148 fait connaître, d'après M. lleinrich Credner, la disposition de l'ensemble de la série primitive dans la chaîne centrale des Tauern.
(1) Ernest Favre, Revue géoL suisse^ \, p, 125.
(2) Archivez des sciences de la Bibliothèque universelle de Genève, 1875, LIV, p. 310.
(5) La Paragonite est un mica sodique et hydraté. (4) Lory, Soc. géol. de France, 7 nov. 1881.
(5^ Von Mojsisovics, Verhandlungen der k. k. geol. Beichanstalt, 1871, p. 301 ; 1872, p. 46.
(6) Stache, Jahrhuch der k. k. geoL Reichanstalt, 1877, XXVIÏ. p. 143.
Saxe, siiéftie, Bohème. — La formation primitive de la Saxe comprend d*abord le gneiss gris normal, à mica noir magnésien, dans lequel sont contenus les filons métallifères de TErzgebirge, puis des leptynites (granulites) riches en grenat, que recouvrent des micaschistes.
Quant à ce qu*on a appelé le gneiss rouge, il forme des traînées ou des enclaves au milieu du gneiss gris, dont il se distingue par sa forte teneur en silice et par la présence du mica blanc potassique. M. H. Mûller et M. Scheerer avaient considéré tout le gneiss rouge comme éruptif. M. Michel- Lévy (1) attribue cette variété à Tinjection d*une granulite au milieu des feuillets du gneiss ancien. Â Griesbach, le gneiss rouge contient un gisement de calcaire cristallin avec lequel il se fond insensiblement sur les bords, do telle sorte que M. Kalkowsky (2) n'hésite pas à regarder les deux roches comme contemporaines.
. Le système des gneiss et des leptynites de la Saxe est d*ail leurs surmonté par des schistes verts, avec magnétite, hornblende et plagioclase. Quelques géologues signalent, à la partie supérieure, des roches d'aspect gneissique qui contiennent des galets roulés d un gneiss plus franc et plus ancien (5). Ces roches appartiennent à Tétage des phyllades gnemiques (Phyllitgneiss), subordonnés au système des schistes argileux primitifs, servant de base aux terrains sédimentaires proprement dits.
En Saxe, d'après H.^Rudolf Credner (4), les schistes verts d*Hainichen sont surmontés par des phyllades à séricite et des brèches. De même, près de Riesa, M. Pohlig (5) signale, au-dessus de la série gneissique, un ensemble de schistes micacés, de schistes mâclifères et de schistes clairs à andalousite, que couronne un système de schistes à séricite, de phyllades et de quartzites micacés. Au milieu de ces assises existe im conglomérat contenant des cailloux roulés de gneiss granitoîde, reliés par un ciment cristallisé.
Dans le gneiss de l'Eulengebirge, en Silésie, M. Kalkowsky (6) a reconnu deux étages bien distincts : l'inférieur, formé d'un gneiss à mica noir magnésien, tantôt granitoîde, tantôt rubané, est surtout caractérisé par un mélange de quartz et de fibrolithe auquel on a donné le nom de FaserkieseL L'étage supérieur contient à la fois du gneiss à mica noir, à grain homogène, passant parfois au micaschiste et du gneiss à deux micas, plus inégal dans sa texture, ainsi que des intercalations d'amphibolites, de serpentines, d'éclogites, de roches à diallage et de calcaires*
En Bohème, les formations stratifiées reposent sur une série de gneiss, renfei-mant assez souvent du grenat; cette série contient, à Krummau, \m cipolin
(i) Michel-Lévy, Bull, de la Soc. géol, de France, 3« série. IL p. 179. (2) Zeilschr, d. deuUch. geoL GetelUchaft, 1875, p. 623. (5) Sauer, Halle, 1879.
(4) Neues Jahrbuch, 1876, p. 455.
(5) Zeit9ehr. der deuUcken geol. GeselUchaft, XXIX, p. 3.
(6) Die Gneiêtformalian des Eulengelnrget, Leipzig, 1878. — News Jahrburh, 1878, p. 762.
CROUTE PRIMITIVE.
à mica blanc, parfois serpentineux et donnant lieu aux apparences décrites sous le nom d'Eôzoon bohemicum.
Au-dessus de ce gneiss apparaît un système formé de schistes verts, de grès et de brèches, avec pétrosilex diversement colorés, qui forme ce que M. Barrande a appelé Tétage A (1).
Seandlnavie. — Les formations primitives de la Suède compremient deux variétés de gneiss : le gneiss à magnétite ou jemyneiss, souvent rouge, passant, dans sa partie supérieure, à un hàlleflinta rougeâfre et le gneiss gris à grenat, contenant des amphibolites. Au-dessus de ce dernier, que M. Hununel (2) considère comme supérieur au précédent, vient la zone de ïkàlleflinla, formée de roches euritiques ou pétrosiliceuses, quelquefois appelées Ze;>/ite«, et de quartzites gris et rouges, que couronnent des schistes argileux et micacés. Parfois, vers le sommet de la zone de l'hàlloflinla, on observe des espèces de conglomérats,
mais dont la structure ne se distingue pas sur les cassures fraîches, tant les galets (ou noyaux) sont intimement unis à la pâte de la roche.
En Norvège, le terrain primitif (Grundgebirge) débute par le gneiss gris franc, se transformant à la base
Pig. 149. — Gneiss micacé traversé par des filons de en gneisS glanduleUX (Augengueiss),
rgnelsstîirra'nlte'" ''»"'*8V '"''"•'*' '«•"'"' " au contact des massifs granitiques.
La pénétration du gneiss et du granité est intime (fig. 149) et souvent on a de la peine à distinguer les deux i-oches Tune de Tautre (5).
Dans ce système, dont la puissance paraît dépasser iOOO mètres à Romsdal,
Fig. 150. — Coupe relevée pri^s de Romsdal par i^enilf — 1, gneiss; % arapliibolite.
OÙ il est remarquable par son uniformité, on observe aussi des micaschistes, des amphibolites, des gneiss amphiboliques et de l'éclogite. Des couches cal-
(1) SyHème silurien du centre de la Bohême, 1840.
(2) Sveriges geol, undersôkning, Stockholm, 1875.
(5; Kjerulf, Géologie des miitleren und sûdlichen Norwegeiif p. 118.
eaires y sont également subordonnées ; de ce nombre est le calcaire à idocrase d'Egg prés de Christiansand. Le gneiss micacé renferme des lits, régulièrement intercalés, de moins de 2 mètres d'épaisseur, d'un calcaire grenu qui contient, avec ridocrase, du pyroxène, du scapolithe, du mica phlogopite, de la chondrodite et du spinelle noir.
Le gneiss est couronné par plusieurs centaines de mètres d'assises alternatives de quartzites et d'amphiboloschistes. C'est à ce niveau que se placent, suivant M. Tôrnebohm, les hâlleflinta ou pétrosilex de Suède, ainsi que les couches qui contiennent les minerais de fer magnétique d'UtO et de Dannemora.
La figure 150 montre comment, à Romsdal, Tamphibolite forme dans le gneiss une lentille allongée, de 0'»,50 «. ,«, ^ . , u- u d ^ i». -•
^ Fig. 151. —Coupe observée par Kjeruii au Romsdaihom. — 1, gueiss
d'épaisseur au plus. granilofde; 2, gneiss commun; — 3, amphiix>lite; A, éclogite.
Dans la figure 151 on voit deux couches, l'une d'amphibolite, l'autre d'éclogile, intercalées dans un gneiss gris qui lui-même s'appuie contre un massif de gneiss granitoîde.
Grande-Bretagne. Espagne. — D'après H. Hicks (1), le terrain primitif de la Grande-Bretagne comprend quatre étages qui sont, de bas en haut :
1® L'étage Léwisien^ formé de gneiss massif avec feldspath rougeâtre et souvent hornblende ; c'est le gneiss fondamental décrit par Murchison dans les Hébrides et le nord-ouest des Highlands.
2» L'étage Dimétien, développé dans le pays de Galles, à Saint-David's, et composé de gneiss granitoîdes et quartzeux à feldspath blanc ou rosé, avec calcaires.
3«. L'étage Arvonien (de Gamavon), formé de roches quartzofeldspathiques, espèces de gneiss euritiques correspondant au hâlleflinta de Suède.
4® L'étage Pébidien, consistant en chloritoschistes et schistes micacés, avec serpentine et calcaire dolomitique cristallin; cet étage s'observe sur les côtes du comté de Gamavon et d'une grande partie de l'île d'Anglesey.
11 existe aussi, dans le district des Lacs du Gumberland, une série de schistes glanduleux, de schistes mâclifères et de schistes micacés qu'il semble convenable de rapporter au même horizon (2).
En Espagne, dans la province de Huelva, la base des terrains stratifiés est formée par des gneiss, des talcites et des phyllades avec intercalalions de calcair(»s cristallins, contenant du pyroxène et de l'amphibole, ainsi que de schistes amphiboliques. Dans la province de Séville, la série est absolument la même et les calcaires cristallins y sont parsemés d'actinote (5).
(t) GeoL Magazine, 1879, p. 433.
(2) Clifton Ward, Quarlerly Journal of the GeoL Soc, of London, XXXI, XXXIL
(5) Macpherson, in HeuM Jahrb., 1879, p. 930.
CROUTE PRIMITIVE.