SÉRIE JURASSIQUE: 2' SYSTÈME OOLITHIQUE
Si a£H£RAI.ITÉS SUR LA PÉRIODE OOLITHIQUE
Caractères i^énéraM de la période. — Le système oolithiqne comprend un ensemble varié de sédiments qui, dans le bassin anglo- français, paraissent s*étre formés au milieu de conditions particulières de calme. Les dépôts arénacés et les conglomérats y sont l'exception et ce qui domine, à toutes les hauteurs, c'est le faciès oolithique, indice presque assuré de formations coralliennes (5). Du reste, en beaucoup de points, les anciens récifs de polypiers se dessinent de la façon la moins équivoque, offrant, dans leur faune, les associations qui, de nos jours encore, caractérisent ce genre de dépôts. Ainsi, durant cette période, exempte de toute manifestation violente de l'activité interne, les organismes ont édifié, dans l'Europe occidentale et centrale, de puissantes assises calcaires, plus largement étalées que les récife actuels et occupant le centre des bassins dont les sédiments liasiques formaient les bords. Si donc la mobilité du fond
(i) BlanfQrd et McdlicoU, Geology ofjndia.
(2) Zeiner, Bulf. de la Soc, géoL de France, 3* série, III, p. 572.
(3) V. ante, p. 564.
PÉRIODE OOLmiIQUE. 841
est attestée par la succession, bien des fois répétée, d*assises de même nature^ du moins il n*a pas dû se produire de ces mouvements brusques qui, changeant tout à coup le contour des côtes, les exposent à une dégradation active et substituent les sédiments mécaniques au produit du travail des organismes.
D'ailleurs la tendance générale, dans l'Europe occidenlale et septentrionale, est moins dirigée vers l'affaissement du sol que vers Témeraîon des détroits qui jusqu'alors avaient séparé les divers îlots de terrain primitif, et dés le milieu de la période le Plateau Central de la France est soudé, d'une part aux Vosges, de l'autre, à la Vendée. Ainsi se prépare l'avènement d'une époque surtout continentale qui, dans l'Europe du nord, marquera la fm de la série jurassique. Le système oolithique, avec ses dépôts d'oolithes calcaires, se renouvelant à tous les niveaux, et le progrès, de mieux en mieux marqué, de l'émersion du bassin anglo-parisien, offrent donc une réelle homogénéité. Aussi nous paraît-il impossible d'en scinder la durée en plusieurs périodes, malgré la netteté avec laquelle se distinguent, grâce à la paléontologie, les divers étages de cet ensemble si remarquablement fossilifère.
Le fait que des récifs coralliens, caractéristiques des mers les plus chaudes, ont occupé jusqu'au centre de la Grande-Bretagne, indique qu'à cette époque le climat de la zone équatoriale s'étendait au delà du 55* degré de lat. N., circonstance absolument incompatible avec l'existence de glaces au pôle arctique. De plus, l'étude de la flore oolithique nous apprendra que des plantes d'affinités tropicales ou subtropicales florissaient jusqu'aux abords du 7i* parallèle, sans que, d'ailleurs, il y eût de différences sensibles entre la végétation de cette latitude et celle du 50« degré, non plus qu'entre la flore anglaise et celle de la Sibérie orientale (1) au même moment de l'histoire terrestre. La période oolithique a donc partagé avec celles qui l'ont précédé, bien que, peut-être, à un moindre degré, le privilège d'une distribution uniforme de la chaleur et de la lumière.
Fanae oolithique. iTeriébrés. — Les mammifères, annoncés dans le rhétien par Microlestes, ont laissé quelques traces dans certains dépôts oolithiques européens. Ce sont des marsupiaux, Amphilherium, Stereognathus, Phascolotherium (fig. 350), qui apparaissent dés le début de la période, et Spalacotherium, Plagiaulax, Galestes, Triconodon, etc., dont on retrouve les dents et les maxillaires dans les assises les plus élevées. Tous ces genres étaient de petite taille ; les premiers avaient des caractères d'insectivores ; mais le Plagiaulax possédait la dentition d'un rongeur, analogue au Kangouroo-ral, et Galestes paraît avoir été un animal carnassier. Quand on songe que quatorze espèces de mammifères (la plupart insectivores) ont été trouvées dans l'île de Purbeck, sur un espace de moins de 500 mètres carrés, au sein d'une couche de quelques centimètres d'épaisseur, on est fondé à admettre que le nombre des mammifères oolithiques connus s'accroîtrait singulièrement si les formations lacustres ou terrestres de
(1) Heer, Mém, Acad. de St-Pélerthourg, XXV (1878).
la période triaient moins rares. La preuve en est fournie par les dépôts oolithiques fies Montagnes Rocheuses, où H. Marsh (i) a récemment découvert un assez
Fig. 5».
Fig. 552. Fig. 353. Fig. 554.
Fig. 350. — Phoëcolotherium BurklandU Broderip, du bathonien de Stonesfleld -^ Fig. 351. AmmonUet iSlephanocera») Humphriesianus^ Sow., du bajocien. — Fig. 352. Amm. [Heumayria) trtwhynotns^ 0pp., du géquanien du Wurtemberg. — Fig. 353. Amm. (Ludwigia) Murchisotue, Sow., du bajocien inférieur (aalénienj. — Fig.35i. Amm. (Sleph(inocera») macrocephalust Schloth., du callovien.
grand nombre de genres, Dryolestes, StylacodoUy Ctenacodon, Tinodoriy Diplocynodon, Triconodon, dont plusieurs ofirent une remarquable analogie avec les mammifères de Purbeck.
Après les mammifères, le plus intéressant des vertébrés oolithiques est le célèbre Archœopteinfx de Solenhofen. G est un oiseau de petite taille, à affinités reptiliennes si prononcées que quelques auteurs en ont voulu faire un reptile, malgré lempreinte bien conservée de ses ailes, et sa queue empennée, longue de 0™,26 et formée de 20 vertèbres distinctes.
Les reptiles sont représentés par des lézards volants, Plerodaclylui^ Ramphorhynchus, des dinosauriens bipèdes, les uns carnivores, comme MegalosauruSs les autres herbivores, comme le gigantesque Iguanodon; des crocodiliens, Teleosauru$9 Cetiosaurus, ce dernier long de plus de 15 mètres; et de nombreux énaliosauriens, Ichlkyosaurus, Plesiosaurus, Pliomurusy etc. Enfin c*est avec la période oolithique que se manifestent les premiers chéhniens.
Les poissons oolithiques sont surtout des ganoîdes homocerques, comme Aspidorhynchus et des sélaciens. On voit aussi apparaître, mais en petit nombre, les premiers téléostéens ou poissons osseui.
(i) American Journal of Science, XV, p. 459; XVIII, pp. 60, 215, 390; XX. p. 233.
PËRIODE OOUTHIQUE.
Imwewiéhrém. — Parmi les articulés, on remarque, avec des libellules et des arachnides, d'assez nombreux crustacés des genres Eryon et Glyphœa.
Les ammonites (fig. 351 à 560) et les bélemnites (fig. 361, 362) continuent à être abondamment représentées. Les principales familles d'ammonitidés ooli-
Fig. 555.
Fig. 356.
Fig. 557.
Fig. 558. Fig. 559. Fig. 560.
Fig. 355. Ammonites [Phyllocera») viator, d'Orb., du batlionien de Provence (ombilic masqué par la ganffue). — Fig. 356. Amm. [Pkijllocera») pitjchoicut, Quenst., du jura blanc alpin. ~ Fig. 357, Amm. {Harpoceras) crenatut^ d'Orb., de l'oxfordien. — Fig. 358. Amm, {Stephanoceraa) coronalus, Bnig., du callOTien de Pongues (ombilic masqué par la gangue). — Fig. 359. Amm. {Amaitheus) cordatut^ Sow., de Toxfordien supérieur. — Fig. 360. Amm, (Amaltheus) Lamberli^ Sow., de l'oxfordien.
thiques sont les Stéphanocératidén (Stephanoceras (fig. 351, 354, 358), Cœloceras^ Sphœroceras, Pelloceras^ Reineckia, Morphoceras^ Perisphinctes , Parkinsonia ^ Pictonia, Aspidoceras), puis les Cosmoceras, Neumayria (fig. 352), Oppelicy Uarpoceras (fig. 357). C'est également dans cette période qu'apparaissent les ammonitidés à tours disjoints, tels que Toxoceras. Souvent les ammonites oolithiques ne sont représentées que par un de leurs organes internes, appelé Aptychm.
Les gastropodes, très nombreux, appartiennent spécialement aux genres Nerinea (fig. 365), Itieria, Phasianella {ChemniUia) \fig. 364), Pleurotomaria (fig. 365), Pterocera, Purpura^ Trochutf Turbo.
Les huîtres (fig. 366 à 370), constituent des bancs entiers, offrant, à côté des genres 0$trea (fig. 567, 568, 569), et Gryphœa (fig. 574), des types spéciaux, ceux des Exogyra (fig. 366) et Lopha (fig. 570), souvent associés aux genres
Trigonia (fig. 57i à 573), Pema (fig. 375), Lima (fig. 376), Avicula (fig. 377),
Fig. 361. Fig. 362.
Fig. 365.
Fig. 364.
Fig. 366.
Fig. 367. Fig. 363. Fig. 368. Fig. 36J.
Fig. 361. Belemniles hoêlatUM, BlaioT., de l'oxfordien. — Fig. 362. Bel, unicanaliculatn», Hart., du )>»jocien. — Fig. 363. Nerinea tuberculoMO., Boern., da kimmeridgien. — Fig. 364. Phasianella {ChemmUxia) itriaia, Sow. (réduite), de l'argovien. — Fig. 365. Pleurotomaria conoidea, Desh., du bajocien. — Fig. 366. Kxogyra virgula, Goldf. du Tirgulien. — Fig. 367. Ottrea delioidea, auct. (0. tubdelioidea, Pellat) (réduite), du séquaniei). — Fig. 368. Ostrea gregarea), Sow. (Alectryonia Potieri, Bayle) de l'oxfordien. — Fig. 369. Ostrea acuminata, Sow., du bathonieo.
Pecten, etc., pendant que, dans les dépôts marneux, abondent les genres PAo/adofmya (fig. 378), Ceromya, etc.
Fig. 570. Fig. 371.
Fig. 570. — Lopha fïabelloides, Lam., sp. {Ostrea Marshii, Sow.), de l'oxfordien. — Fig. 571. Trigonia
clavellata, Park., de l'oxfordien.
Les Térébratulidés et les Rhynchonellidés (fig. 579 à 385) présentent des types variés, ainsi qu'une grande richesse en individus des genres Terebratula {ûg, 382),
PÉRIODE OOLITHKMJE.
Fig. 372. Fig. 373. ' Fig. 374.
Fig. 372. Trig. conlata. Sow., da bajocicn. — Fig. 373. Trig. gibbosa, Sow., du porUandien. Fig. 374. Gnjphma dilatata, Desh. (réduite), de l'oxfordien.
Fig. 376.
Fig. 375. Fig. 377. Fig. 378.
Fig. 375. Perna mytiloides, Lam., de Toirordien. — Fig. 376. Lima proboseidea^ Sow.. du bajocien. - Fig. 377. Avicula echinata, Smith., du bathonien. — Fig.378. PhoUutomya cxaltata, Ag., de roxtordien.
Fig. 379.
Fig. 380.
Fig. 383. Fig. 38i. Fig. 385. Fig. 386.
Fig. 379. Tertbratula {Pygope) diphya, Colonna, du Diphya-Kalk. — Fig. 380. Bhynchonella decorala, V. Buch, du bathonien. — Fig. 581. Terebratula (DictyothyrU) coarctata^ Park., du bathonienisupérieur. — Fig. 382. terebratula flabellum, Defr., du bathonien supérieur. — Fig. 383. Waldheimia {Zeilleria) lagenalis, Mûnst., du bathonien. — Fig. 38i. Waldheimia digana^ Sow.. du bathonien. l— Fig. 383. Terebratula (Eudesia) cardium, Lam. sp., du bathonien. — Fig. 386. Diceras arietinumt Lam., du corallien.
Megerlea, Pygope (fig. 579), Eudesia (ûg. 385), Waldhetmia (ZeiOeria (6g. 385. 384), Aulaco1hyrU)y Dictyothyris (fig. 58 i), Hemithyris, AcanthothyrU, Hhynd^ neUa (fig. 580), etc.
Fig. 388.
Fig. 587.
Fig. 392.
Fig. 389. Fig. 390 Fig. 391. Fig. 595.
Fig. 387. Clypeus Ploti, Klein (C. sinuaLu», Leske), du bathonien. — Fig 388.'£c*iiioftn««/« (Nucleolita clunicularisy Blainv., du bathonleu. — Fig. 389. Acro$alenia spinoaa, Ag., du bathonien. — Fig. 390. Echi-) nobrusus gcutalui, Lam.. du corallien. — Fig. 391. CidariM florigemma, Phil., du corallien. — Fig. 392. Miller icrinuêt de Toxfordien. -- Fig. 393. Àpiocrinus Parkitutoni^ Schlotb., du bathonien.
On voit aussi apparaître, vers le milieu de la période, une nouvelle famille, celle des chamacés (Dkeras (fig. 586), Heterodiceras), dont le lest particulière-
Fig. 394.
Fig. 393.
Fig. 397.
Fig. 396. f'»g 398.
Fig. 391. Sçyphia reiiculala, Goldf., de Targovien. — Fig. 393. Calamophyllia SiokaP, du corallien. - Fig. 396. Thamnastrxa arachnoïdes^ du corallien. — Fig. 597. Cycadoj}lerh Brauniana, Zign.. du kimmeridgien. — Fig. 398. Lomaiopteris Balduini, Sap., du bathonien.
ment épais était accommodé aux conditions qui président à l'établissement des récifs de polypiers.
L*embranchement des rayonnes joue un grand rôle dans la faune oolithique;
PÉRIODE OOUTHIQUE.
les oursins, jusqu'alors très pauvrement représentés, deviennent abondants, offrant les genres Clypeus (fig. 387), Echinobrissus (NucleolUes) (fig. 388, 590), Hyboclypus^ Glypticvs^ PygasUr^ Pygurus, etc. et, parmi les oursins réguliers, Cidaris (fig. 391), HemicidarUy Pêeudocidaris, Acromlenia (fig. 389), StomechinuSy Pneudodiadema^ etc. Les Grinoïdes, Apiocrinus (fig. 593), MUlericrinus (fig. 392), Eugeniacrinus^ RhodocrinuSy jonchent certaines couches de leurs débris, tandis que les polypiers, haslrœa^ Thamnasirsea (fig. 396) , Stylina^ Mondi" vaiUtia, Calamophyllia (fig. 595), etc., édifient de puissants récifs, dont les cavités servent de refuge aux oursins, aux dicérates et aux gastropodes à test épais. De même, les spongiaires, Scyphia (fig. 394), etc., se multiplient de telle façon que certains bancs en sont complètement remplis. Les foraminiféres paraissent peu florissants. En revanche, les mollusques bryozoaires pullulent parfois et partagent avec les polypiers la faculté de constituer des couches entières.
Fior« ooiitu^ne. — La flore oolithique d'Europe n*est pas très riche, ce qui se comprend, vu la grande prépondérance des sédiments marins. Les fougères appartiennent en majorité à des types de terrains élevés et secs, comme en témoignent les frondes maigres, exiguës et coriaces des Ctenopteris^ Cycadopteris (fig. 397), Lomatopteris (ùg. 398), Scleropteris, etc. (1).
Parmi les cycadèes, on observe des genres de localités humides, Pterozainites et d'autres de stations sèches, Zanûtes (fig. 40i), OtozamileSy Sphenozamitei, Pie-
Fig. 399. Fig. -400. Fig. 401.
Fig. 399. Brachyphyllum nepo», Sap., de l'oolithe. — Fig. 400. Pterophyllum Preêlianum, Goepp., des schistes de Stonesfleld. — Fig. 401. Zamilea Moreanus. Drongt., du corallien.
rojoAyMum (fig*: 400), avec des organes fructificateurs, Beania, Zamiostrobus, etc. C'est à la fin de la période que les cycadèes paraissent avoir atteint. une sorte d'apogée, dans les troncs élancés et ramifiés dont les débris s'observent au milieu dans les couches de Purbeck.
(1) De Saporta, le Monde de$ planieê, p. 191.
Les conifères formaient alors des arbres de grande taille, analogues les uns aux Araucaria^ les auti*es aux cyprès, d*autres aux séquoias, ces trois familles apparaissant pour la première fois dans le système oolithique ; mais les plus caractéristiques de l'époque, les Brachyphyllum (fig. 599), n'offraient que des rameaux raides et des tiges nues. Au nombre des taxinées on retrouve le genre Baiera^ déjà connu dans la flore liasique.
Dans les régions septentrionales, Russie d'Europe, Sibérie, bassin du fleuve Amour, les dépôts terrestres de la période oolitbique sont assez nombreux et ont fourni plus de 100 espèces végétales, parmi lesquelles nous citerons, en fait de fougères, Thyrsopteris, Dicksoniay Asplenium; de cycadées, Podozamites, NiUtoniay Anomozamites; de conifères, Baiera, Glnkgo, Pinus (1).
Aux algues marines oolithiques appartiendraient les empreintes connues sous les noms de Cancellophycus et de Chondrites,
Dans son ensemble, la flore oolithique parait avoir été pauvre, monotone et peu appropriée à la nourriture des animaux (2). Aussi remarque-t-on que les vertébrés terrestres de cette période étaient, pour la plupart, carnivores ou insectivores. Les dimensions des plantes oolithiques sont inférieures à celles de leurs congénères actuelles. Enfin, à en juger par les types observés, la température de l'Europe, à l'époque correspondante, ne devait pas être extrêmement élevée. Comme contraste avec la flore permo-carbonifère, dont nous avons précédemment constaté les rapides variations, la flore oolithique se montre asser stable pour qu'on ait souvent quelque embarras à dire si un gisement de plantes de cet âge appartient au début ou à la fln de la période. Même il y a certains types, comme Podozamites lanceolatuSf qui, répandus dans les dépôts oolithiques, étaient déjà connus dans la flore liasique. Aussi semble-t-il permis d'en conclure que les conditions du relief continental et de l'atmosphère terrestre ont dû varier très peu pendant les temps jurassiques.
Blvlslons da système oolithique. Nomeneiatare anglaise. -* La série des couches oolithiques a été pour la première fois établie en Angleterre, au début de ce siècle, par William Smith. Tout en reconnaissant (et c'est là son grand titre de gloire), que chaque assise était caractérisée par une faune spéciale, Smith n'avait pu fonder sa classification sur l'argument paléontologique, dont l'application eût été alors prématurée. Il s'était donc borné à relever, dans le sud-ouest de l'Angleterre, l'ordre normal de succession d'un ensemble de couches dont chacune se distinguait par la constance de ses caractères pétrographiques. Cette série, précisée plus tard par Buckland (3), puis par Conybeare et Phillips (4), a longtemps servi de type pour l'étude du système oolithique sur le continent. Elle se composait, au-dessus du lias, des termes suivants, énumérés en ordre ascendant :
(1) Heer, Mém. Acad. de St-Péleribourg, XXV, XXVII.
(2) De SaporU, BulL de la Soc. géol. de France, 2« série, XXÏX, p. 160.
(3) Order oftuperpoiition ofitrata in ihe British hland, 1818.
(4) OtUlines ofthe geology of England and Wale$, 1822.
PÉRIODE OOLITHIQUE. 840
!• Inferior oolite; 2« FuUer*s earth ; 3" Great oolite; 4" Bradford-clay and Foreêtmarble; 5*» Combrash; 6' Kelloway rock; 7*> Oxford-clay; 8*» CoraUrag; %^ Kimmeridge^lay; 10« Portiand satid and Portiand stone; H« Purbeck beds.
IVomendatare systéMali^we. — A partir de 1845, Alcide d*Orbigny déduisit, de la comparaison des faunes, une classification systématique en étages dont toutes les dénominations, à Texception d*une seule, furent empruntées par lui à la nomenclature anglaise. Vinferior oolite, dont le type fossilifère le plus remarquable se trouvait aux environs de Bayeux, devint Tétage bajocien; le nom de bathonien fut appliqué à Tensemble des assises 2, 3, 4 et 5, en souvenir de la ville de Bath, où la couche dite great oolite est le mieux développée ; enfin à chacune des assises suivantes correspondirent respectivement les étages calhvien, oxfordien, corallien, kimmeridgien et portlandien, ce dernier comprenant, à titre d*annexe, les Purbeck beds.
La classification de d*Orbigny fut très généralement adoptée ; mais, quand il s'agit de fixer, sur le continent, les termes qui devaient composer chaque étage, plus d*une fois les attributions faites se trouvèrent en désaccord avec le principe môme de la classification, c'est-à-dire que les assises classées dans un étage déterminé n'étaient pas toujours exactement synchroniques des couches anglaises auxquelles le nom de cette division avait été emprunté. Ainsi, en même temps qu'il reconnaissait, dans les strates qui forment le pied de la falaise de la Héve, une dépendance du Kimmeridge anglais, d'Orbigny classait dans le corallien, à La Rochelle, des assises q\xi doivent être aujourd'hui considérées comme contemporaines des premières. De même les géologues du Jura et, plus tard, ceux du bassin de Paris, s'habituèrent à qualifier de portlandiennes des couches qui n'avaient rien de commun, ni avec le Portiand sand, ni avec le Portiand stone.
De plus, à mesure que les études de détail faisaient des progrès, beaucoup de noms nouveaux s'introduisaient dans la science, soit à titre d'équivalents locaux des désignations de d'Orbigny, soit pour représenter des subdivisions dont les unes n'étaient que de simples sous-étages, tandis que les autres avaient, dans la pensée de leurs auteurs, une véritable indépendance. De cette manière, tandis que le bajocien devenait, en Franche-Comté, le lœdonien de M. Harcou (1), et que, dans le Jura, le corallien tantôt se partageait en glypticien et en dicératien, tantôt prenait le nom de rauracien (2), le bathonien se divisait en vésulien (3) à la base et bradfordien (4) au sommet. Le callovien, démesurément agrandi par quelques auteurs, en venait à englober la presque totalité de l'Oxford-clay, tandis que d'autres, le réduisant au Kelloway-rock, en faisaient un sous-étage de l'oxfordien, le reste formant le divésien^ caractérisé par l'argile de Dives et quelquefois aussi le villersien ou argile de Villers. Vastartien et le séquanien prenaient une place en quelque sorte intermédiaire entre le corallien et le kimmeridgien et
(1) Tiré de tjotdo (Lons-le-Saulnier).
(2) Ci*éé en 1867 par M. Greppin, le nom de Rauracie désignant la région du Jura.
(3) De Vesoul (Marcou, 1848).
(4) De Bradford (Desor, 1859).
OK LAPPAREHT, TRAITA DE OiOLOOtB. 54
ce dernier se subdivisait lui-même en ptérocérien et virgtUien (1)» pendant que, pour éviter de comprendre dans le portlandien des assises contemporaines du sommet du Kimmeridge clay, on créait pour cette division le nom de bolonien (2).
Enfm, Fobservation ayant conduit à reconnaître que les limites des étages étaient loin d*étre partout les mêmes, certaines zones de passage reçurent des noms spéciaux, comme Vaalénien (3) de M. Mayer, ou passage du lias au bajocien, Yargovien de M. Marcou (4), q\xi forme une transition entre Toxfordien el le corallien et le tithonique d'Oppel, qui caractérise le faciès pélagique des couches de passage entre la série jurassique et la série crétacée.
Hétiiode salfle dans ee chapitre. — L*emploi de tous ces noms a fini par produire une certaine confusion et parmi les termes qui viennent d'être énumérés, il n'en est guère aujourd'hui dont la significal ion soitcomprise par tout le monde de la môme manière. Aussi quelques géologues ont-ils abandonné les désignations d'étages pour y substituer celles de zones paléontologiques, caractérisées par un fossile dominant, le plus souvent emprunté à la famille des ammonites. Néanmoins l'avantage de dénominations univoques est trop marqué pour qu'il nous paraisse opportun d'y renoncer. Nous conserverons donc une division en étages et, au besoin, en sous-étages, aussi conforme que possible à la nomenclature de d'Orbigny, mais à la condition de respecter avant tout le principe de la classification anglaise et de ne point appeler coralliennes, par exemple, des assises dont on peut prouver le synchronisme avec une partie du Kimmeridge clay des Anglais. Il est bien entendu, d'ailleurs, que les sous-étages peuvent n'avoir qu'une valeur locale et qu'il serait parfois illusoire d'en vouloir chercher les équivalents exacts dans telle ou telle r«»gion déterminée. L'histoire de la période jurassique comporte ce qu'on a justement appelé des épisodes régionaux ; de ce nombre sont les formations de polypiers ; chacune d'elles est forcément limitée et il faut s'attendre à la voir passer latéralement, quelquefois même d'une façon très brusque, à des sédiments d'une tout autre nature. Un même étage peut ainsi avoir un faciès corallien, caractérisé par les coraux en place et les oolithes (5), un faciès marneux, k pholadomyes ou à spongiaires (pholadomyenySpongilien), ou encore un faciès -pélagique à céphalopodes, sans compter le faciès côtier, représenté par des sédiments argileux ou sableux. Dès l'époque oolithique, la géographie de l'Europe occidentale était assez compliquée pour que, d'un bout à l'autre de ce qui forme
(1) Noms créés en 1852 par Thurmaiw, ainsi que celui d'Aifartieiu Le téquanien est de M. Marcou.
(i) Blake, Quart, Joum, geoL Soc, of London, XXXVI, p. 581. Nom emprunté à la localilé classique de Boulogne-sur-Mei*.
(5) D*Aalen en Wurtemberg.
(4) Tiré de l'Argovie, en Suisse.
(5) Le faciès corallien se reproduisant à divers niveaux, sous des aspects qui parfois semblent identiques dhns un premier examen, quelques auteurs ont cru que le nom d'étage corallien devait être entièrement rayé de la nomenclature. Nous pensons néanmoins qu'il y a lieu de le maintenir, en l'appliquant aux couches syncfaroniques du coral-rag et du coralline colite des Anglais, d^nX l'JbOfiion est d'ailleurs celui où les formations de coraux sont le plus communément répandues*
PÉRIODE OOLITUIQUE.
aujourd'hui la région française, une même assise pût offrir, suivant les points, ces différentes manières d*étre. Ainsi s'expliquent les difficultés qui ont si longtemps arrêté les géologues et dont quelques-unes, à l'heure actuelle, laissent encore prise à la controverse.
Sous ces réserves, voici la série des noms d*étages et de sous-étages qui seront le plus souvent employés dans ce chapitre, avec l'indication des zones paléontologiques correspondantes. Mais il doit rester hien entendu que les