‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 3 sur 483 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

leçons que le môme maître professait au Collège de France et son successeur, trop tôt enlevé à la science, Charles Sainte-Claire-Devllle, n'a guère pris la plume que pour rendre hommage^ à la mémoire de celui qu'il avait si longtemps suppléé. Les cours du Muséum n'ont laissé de traces durables que dans le domaine de la paléontologie stratigraphique, où d'Orbigny d'abord et ensuite d'Archiac" ont publié des travaux classiques. Enfin l'enseignement de la Sorbonne, s'il a puissamment contribué à faire école de géologues, ne s'est pas traduit jusqu'ici en publications d'un caractère didactique.

Quel que soit l'incontestable mérite d'ouvrages tels que le Traité de Beudant, ceux de Leymerie et de M. Raulin, le Prodrome de M. Vézian» le volume de M.Contejean ou l'Abrégé de d'Omalius d'IIalloy, il n'en est aucun qui réponde complètement aux besoins actuels de l'enseignement supérieur. Aussi sommes-nous restés, à cet égard, tributaires de l'étranger et c'est à des traductions des manuels classiques d'Allemagne et d'Angleterre que nos étudiants ont dû recourir jusqu'ici pour compléter et confirmer l'enseignement oral qu'ils recevaient. Et pourtant jamais, dans notre pays, le besoin d'instruction n'a été plus vivement ressenti; jamais les sciences naturelles, en particulier, n'ont exercé une plus grande attraction.

11 nous a donc paru que le moment était venu d'essayer de combler, dans la littérature scientifique de la France, une lacune regrettable. Élevé à l'école d'Élie de Beaumont, l'auteur de ce livre a eu l'heureuse fortune d'être initié^ sous la direction de ce maître illustre, à la pratique des travaux géologiques. Une collaboration de quinze ans à la Revue de Géologie^ à laquelle l'avait associé M. Delesse, l'a familiarisé avec l'usage des publications étrangères; enfin il a pu acquérir, dans un professorat de six années à l'Institut Catholique de Paris, l'expérience didactique qui lui faisait défaut. Sans se dissimuler les difficultés de la tâche, mais soutenu par de nombreux encouragements, il prend aujourd'hui la plume, moins avec la

i. Coup (Tœil historique sur la Géologie et sur Us travaux tTÊlie de Beaumoni, Paris, 1878.

2. Introduction à F Élude de la Paléontologie stratigraphique , 2 vol .

PRÉFAGiS. vn

aTCc la pensée de produire une œuvre nouvelle que pour faire revivre, en Tadaptant aux nécessités de la science actuelle, l'enseignement des maîtres qui lui ont ouvert la voie.

On trouvera dans ce livre plus d'une réminiscence. L'auteur n'a pas la prétention d'avoir inventé la géologie; il a donc puisé largement dans les ouvrages de ses devanciers, et les manuels classiques ci-dessus mentionnés ont été par lui souvent mis à contribution. Si ces emprunts ne sont pas toujours indiqués d'une manière spéciale, ce n'est pas que nous méconnaissions à quel point les Naumann, les Dana, les Lyell et les Credner avaient facilité notre tâche. Du moins nous sommes-nous efforcé de contrôler, à l'aide des publications originales, les indications données par ces savants auteurs, en y ajoutant le fruit des découvertes les plus récentes.

Peut-être aussi voudra-t-on bien nous reconnaître quelque part personnelle dans la méthode qui a présidé à l'arrangement des matières. La Géologie est de date trop récente pour que le cadre dans lequel cette science doit être présentée soit définitivement fixé. Maître absolu de notre programme dans l'enseignement de l'Institut Catholique, il nous a été loisible de n'obéir, dans sa disposition, qu'à des considérations purement scientifiques ou philosophiques. Celle qui a tout dominé est l'idée d'ordre, et c'est autour de ce grand principe que nous avons cherché à grouper tous les faits d'observation. Persuadé que la science doit toujours s'efforcer de rendre compte des phénomènes qu'elle décrit, nous n'éprouvons pas, à l'endroit des théories et des hypothèses, cette répugnance que manifestent certaines écoles. Un système, pourvu qu'il soit raisonnable et quel que soit le sort que les progrès de l'observation lui réservent dans l'avenir, offre à nos yeux l'avantage d'établir un lien logique entre des faits dont la signification nous échappe quand ils demeurent isolés. Sans réclamer, pour aucun des systèmes que nous aurons l'occasion de présenter, le privilège de l'infaillibilité, nous croyons que l'exposé n'en sera pas déplacé dans un manuel didactique et que le meilleur moyen de conquérir des adeptes à la science est de témoigner soi-même quelque confiance dans la vertu qu'elle a d'édifier des doctrines. Telle n'est pas, sans doute, la méthode

vni PRÉFACE.

des positivistes; mais la nôtre s'inspire d'un tout autre esprit, et seule elle peut mettre convenablement en lumière cette notion d'ordre à laquelle nous attachons tant de prix. Puissions-nous l'avoir fait ressortir avec toute l'évidence dont elle est susceptible et avoir ainsi mérité que ce livre demeure comme un témoignage en faveur de la liberté d'enseignement, dont il est le fruit!

A. DE LAPPARBNT.

Page 1