LB SYSTÈME CRÉTACÉ DANS LA NORMANDIE ET L'ILE-DE-FRANCE
Disposition générale des couches. — La vallée de la Seine offre, quand on la remonte à partir de Tembouchure du fleuve, une bonne coupe ou plutôt une série de bonnes coupes du système crétacé. Non seulement le relèvement général vers Touest du bassin parisien amène au jour, dans les falaises normandes, la base du système, mais plusieurs accidents, tels que la faille de Rouen et celle de Villequier, permettent d'apprécier les transformations que subissent les divers étages en approchant du centre du bassin. A peu de distance de la vallée de la Seine, la déchirure du Pays de Bray fournit à cet égard des indications encore plus continues et plus complètes.
En outre, les falaises qui limitent TIle-de-France laissent apercevoir, à leur pied, les assises crétacées supérieures, et il suffît de s'en écarter très peu, dans la direction de la Picardie, pour voir arriver à la surface, à la faveur d'une série de plissements, les couches voisines de la base du système.
Craie giaveoBlense. — L'étage cénomanien est très développé au voisinage de Temboifchure de la Seine, où on le voit déborder les assises infracrétacées et recouvrir directement, en quelques points, les couches jurassiques.
Cet étage, puissant de 50 à 60"» et formant à lui seul toute la partie supérieure des falaises de la Hève, est caractérisé par la glauconie, hydrosilicate de fer et de potasse, distribué dans la craie sous la forme de petits grains verts, souvent très nombreux, d'où le nom de craie glauconieiise, employé pour désigner le cénomanien de Normandie (2). La base en est généralement constituée par une assise de mame glauconieuse, parfois sableuse, avec petits nodules phosphatés. Cette couche meuble, épaisse de 2 à 4"» et reposant sur l'argile albienne, constitue un niveau d'eau très régulier dans tous les points de la Seine-Inférieure où elle est à découvert. Au-dessus vient une craie dure mouchetée de glauconie, avec silex gris offrant la texture des spongiaires ; quelques lits, plus chargés de glauconie, tranchent sur les autres par leur teinte verte prononcée. A la Hève, cet en-
(1) De Saporta, le Monde des plantes, p. 160.
(2) Brongniart Tavait distingué sous le nom de craie chloritée, h Tépoque où l'on croyait que les grains verts étaient formés de chlorite. Le même étage porte souvent aussi le nom de craie de Rouen et H. Coquand en a fait le type de son étage rotomagien.
semble de lits glauconieux, puissant d*une dizaine de mètres, supporte 15" d*UDe craie grise à gros silex noirs en bandes régulières, et le tout est couronné par 20" d'un véritable tufTeau, c'est-à-dire d'une craie grise, micacée, rude au toucher, contenant des silex gris généralement recouverts d'une enveloppe jaune. Cette craie grise manque à Rouen, où la couche fossilifère du sommet couronne un ensemble tout entier glauconieux. A Saint-Jouin, la craie grise à silex jaunâtres n'a que il* et les couches chargées de glauconie arrivent jusqu'à sa base. En tout cas, presque partout, le sommet de l'étage est formé par un lit de craie à parties noduleuses durcies, dont la surface présente une teinte verte nuancée de rouille et où l'analyse révèle la présence de Tacide phosphorique.
Dans le Pays de Bray, le cénomanien est moins épais que dans la vallée de la Seine ; la glauconie n'y est répandue que dans l'assise meuble de la base, épaisse de 2 à 5°* et par-dessus laquelle apparaît une craie, simplement marneuse dans le sud du Bray, se chargeant de silex aux environs de Forges et finissant par devenir, aux abords de Neuchâtel, une craie grise à silex extérieurement jaunâtres, comme ceux de la Héve.
M. Hébert a divisé la craie glauconieuse en trois zones, qui sont, à partir de la base, la zone à Holaster snborhicularù^ la zone à H. nodtUosus (H. carinatus) et la zone à B. subglobosus. Quant à la couche noduleuse du sommet, que quelques auteurs attribuent à l'étage turonien, elle constitue le gisement de Belemnites (Actinocamax) plenus.
Les fossiles abondent généralement dans la craie glauconieuse, surtout dans les couches exemptes de silex gris-jaunâtres. Les espèces les plus caractéristiques sont : Ammonites navicularis, A. MantelUt A, rotomagensis, A. Leioesiensis, A. variansy A. GentonU Turrilites costatus, T. tuberculatusy Scaphitet œqualU, S. obliquus, Belemnites minimusy Ostrea conica, Spondylus Hriatuiy Inoceramuf striatus, Pecten asper^ Janira quinquecostaia, AveUana cassUy Terebrattâa bipUr cafa, Terebrirostra lyra, Rhynchonella compressa, Discoidea subucubis, Salenia petalifera, Cidaris veskuhsa, Epiaster crassissimus, Discoidea cylindrica^ Pseudodiadema variolare.
La couche à fossiles de la côte Sainte-Catherine, à Rouen, représente un horizon assez élevé dans l'étage cénomanien. Réunie aux couches à silex du Bray, elle peut servir à former, avec la zone à Bel. plenus, un sous-étage où les Amm, GenUmi et i. cenomanensis sont les ammonitidés les plus répandus (1).
Craie mameiisc. — L'étage turonien, ou craie marneuse deBrongniart (craie à Inoceramus labiatus de divers auteurs), est formé d'une craie tendre, non traçante, un peu argileuse, tantôt dépourvue de silex» comme dans le Bray, tantôt offrant, comme à Rouen, au milieu de l'étage, une zone à silex noirs, généralement de faibles dimensions. L'épaisseur de la craie marneuse est, en moyenne, de 60 à 70«», et l'on y voit régner, du haut en bas, Inoceramus labiatus (Lprth
(i) Douvillé, Bull, de la Soc. géoU de France^ Z* série, VIII, p. 317.
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blemattcus). Mais ce fossile, sous sa forme typique, est surtout abondant à la base, où, dans une craie avec veines argileuses verdâtres, on recueille aussi de grandes ammonites, A. nodosoides^ À. rusticuSf A, catenus, A. Woolgari. La zone moyenne renferme Echinoconus subrotundus^ Rhynch, CuvierU Terebratula semiglobosa. Enfin la zone supérieure est le gisement de Terebratulina gracilis» Cette zone se charge d'ailleurs peu à peu de silex et passe à la craie blanche proprement dite par une assise où Ter. gracilis est associée à Micraster breviporus et Edaster planus. Les ammonitidés, destinés à disparaître presque entièrement dans la craie blanche parisienne, se montrent encore à ce niveau sous la forme des Amm. Prosperianus et Scaphites Geinitzi.
Épaisse de 70"» entre Dieppe et le Tréport, la craie turonienne n'a plus que 45"" à Fécamp et 12™ à Saint-Jouin. 11 est, d'ailleurs, la plupart du temps, impossible de tracer une ligne de démarcation nette entre cet étage et celui qui lui succède, la craie marneuse perdant peu à peu ses caractères pour devenir une véritable craie blanche. C'est surtout à la base et dans la partie moyenne de l'étage que tiont ouvertes les carrières de pierre à chaux de la région normande.
Craie biaache. — L'étage sénonien est formé par la craie blanche des auteurs, laquelle débute, en général, par une assise où les silex noirs ont une enveloppe assez épaisse d'un blanc rosé. Au-dessus vient une craie à silex rares, mouchetée de taches grisâtres plus dures que le reste de la masse et offrant, à Vernonnet, au Bas-Caumont, aux Andelys, à Louviers, à Beaumont-le-Roger, ainsi qu'en Picardie, aux environs de la Faloise, des couches propres à la construction des édifices. C*est la craie noduleuse. En beaucoup d'endroits, notamment dans les falaises voisines d'Étretat et de Fécamp, on voit, au-dessus de la craie noduleuse, une craie à silex zones, où les lits de silex, souvent épais de plus de O'^jSO, sont continus et offrent une structure zonée très caractéristique.
C'es^ alors qu'apparaît la véritable craie blanche, c'est-à-dire traçante, développée à la côte de Canteleu, près de Rouen, avec silex caverneux et cariés, et quelquefois interrompue par des bancs dolomitiques, comme à Beynes. En Pila SeL^aVèmon Cisors P«Y»deBraY Beaxivnia
Fig. 488. — Coupe de Vernon à Beauvais (d'après M. Hébert).
1, sables infracrétacës;^, sables verts et gault; 3, craie glauconieuse ; '4, craie marneuse; 5, craie blanche à Micraster cortettudinarium ; 6, craie blanche à M. coranguinum; 7, craie blanche i Bélemnitelles ; 8, couches tertiaires; F, F', Tailles.
cardie, cette assise est généralement dépourvue de silex. Enfin, àGisors, à Mantes, à Beauvais, à Laon, etc., affleure (fig. 488) une nouvelle assise de craie, à silex rares ou sans silex, d'un blanc généralement moins éclatant que celui de la
craie de Ganteleu. C'est la craie à bélemnitest dont les couches inrérieures s'observent à Beauvais, à Laon et à Gompiègne, tandis que les assises les plus élevées sont visibles à Heudon, et qui forme le sous-étage campanien^ le reste appartenant au santonien,
La craie blanche santonienne est sans silex en Champagne. H en est de même de la craie à bélemnitelles. En revanche, dans l'Yonne, aux environs de Sens, où d'Orbigny a pris le type de son étage sénonien, les silex redeviennent abondants et les divers horizons fossilifères se distinguent fort bien les uns des autres (1). Dans cette région, on compte 250°^ de craie blanche, depuis la base jusqu'à la véritable craie de Heudon à Micraster Brongniartu La continuité semble absolue entre les diverses assises de cet ensemble, comme aussi entre le sénonien de l'Yonne et la craie turonienne, puissante auprès de Sens de 125™.
Il y a, du reste, une continuité minéralogique complète entre les diverses assises de la craie blanche. Cependant, à l'ouest du méridien de Paris, qu'elle dépasse d'ailleurs très peu, la craie à bélemnitelles fait exception à cette règle. En effet, H. deMercey a signalé à Hardivilliers près Breteuil (Oise), à Beauvai près DouUens (Somme), enfin à Dreuil-Hamel près Hallencourt (Somme), des lambeaux d'une craie grise très fossilifère, à Bel. quadrata, fort différente de la craie blanche qui la supporte et offrant un caractère littoral prononcé (2).
La puissance de la craie, dans le bassin de Paris, est considérable. A Gisors, les sondages n'indiquent pas moins de 180°* de craie blanche et les puits artésiens de Paris en ont rencontré plus de 360".
IHvislons paléontoloffl^piei» de laerale blanehe. — La masse, en apparence si homogène, de la craie blanche, a pu être subdivisée en horizons, grâce à l'étude attentive de la répartition des espèces fossiles. La connaissance de cette répartition, à laquelle les travaux de MM. Hébert (3) et de Mercey (4) ont surtout contribué, permet aujourd'hui de reconnaître les assises suivantes :
mucronata. ' ^^^^^ ^® Compiègne à Magai pumtlus.
Craie à , n ' x v' ^ i t D 1 s tt ( Craie à Micraster gluphus* Belemnttella i ^ • j n • i n 7 j - ^^. . ( Craie de Reims à Bel, quadrala.
Q n^' X sM-^ 4^ i Craie magnésienne et craie à Jfar«Mpitef. ]
2. Craie à M,cra*Ur corangmnum. | ^^.^ ^^^^^ ^ Echinoconu* ccicJ. [ Santonien