TUFS ET CAVERNES
des silex. Les variations brusques de la température y contribuent plus efficacement et Ton sait que souvent les silex, fraîchement extraits de la craie et retenant encore leur eau de carrière, éclatent spontanément àlair libre, même dans les pays chauds. Dans ces circonstances, nous inclinons à croire qu'il y a lieu d'appliquer au phénomène en question une ingénieuse explication récemment proposée par H. S. Y. Wood (1). Cet auteur regarde le limon rouge à silex anguleux comme le résultat des alternatives de gelée et de dégel sur la partie superficielle d'un sol qui, à une certaine époque, devait être constamment gelé dans la profondeur, comme cela se produit de nos jours en Sibérie. Ces alternatives avaient pour résultat de rendre, quel que fût le substratum, Técorce superficielle plus meuble, d'y faire pénétrer l'eau et l'oxygène jusqu'à la profondeur où la congélation était permanente et de soumettre les objets contenus dans cette écorce, notamment les silex, à des changements de température tout à fait propres à les faire éclater. Le séjour des éclats dans cette masse fréquemment amenée à l'état de boue liquide devait d'ailleurs y faire naître la patine blanche, indice d'une altération de surface. Dans les parties horizontales, la couche externe s'altérait sur place, la transformation se faisant sentir à des profondeurs inégales, ce qui a produit les apparences de ravinement, et l'action de la pesanteur entraînait peu à peu, au fond du dépôt, périodiquement réduit en bouillie, les cailloux d'abord répandus à sa superficie. Sur les parties inclinées, le limon, devenu meuble par son mélange avec la neige fondue, pouvait se déplacer par glissement, et ainsi s'expliquent les faits de ravinement réel sur lesquels on s'est parfois fondé pour repousser la théorie de l'altération atmosphérique et revendiquer l'indépendance du diluvium rouge. D'autres fois même, la boue à silex éclatés, entraînée dans les fentes du sol, y aurait donné naissance aux brèches et au limon des cavernes, si remarquables par leurs cailloux anguleux et leur parfaite ressemblance avec le diluvium rouge delà surface. Le même effet, s'exerçant non plus sur du loess, mais sur du gravier, y aurait déterminé la formation de la zone rubéfiée, avec éclatement complet ou partiel des cailloux et galets.
Ainsi, au lieu d'être un simple phénomène atmosphérique, se poursuivant de nos jours dans la même mesure qu'aux époques précédentes, la production de la zone rubéfiée serait, en msgcure partie, l'œuvre d'une phase déterminée de l'époque quaternaire, celle où un froid sec et rigoureux devait entraîner la congélation permanente du sol à une certaine profondeur.
TUFS, GAVBRIIES, TOURBIÈRES
Tutm ealealres. — Les tufs calcaires de formation ancienne sont assez abondants sur les flancs des vallées, où ils attestent la puissance des sources à
(1) Geol. Magazine, 1882, pp. 359, 411.
Tépoque quaternaire. Il est naturel en effet qu'un régime pluvial assez intense pour alimenter de grands cours d'eau et soumettre toutes les pentes au ruissellement, ait aussi accru l'importance des phénomènes d'infiltration. Tantôt ces tufs sont terreux et sans cohésion, tantôt leur compacité permet de les employer aux constructions. Les exemples en sont nombreux dans le bassin de la Seine ; nous mentionnerons seulement l'un des gîtes les plus intéressants, celui de la Celle, près de Horet. Le tuf de la Celle repose sur les alluvions anciennes du fond de la vallée de la Seine : il comprend, de haut en bas, sous une épaisseur de 8 à 15", une couche de tuf concrétionné à Ficus carica; un tuf àZont^, Hélix, Clausilia; une marne rosée à Hélix et Cyclostoma ; enfin un tuf homogène fin avec marne verdâtre, à ossements de Sm«, Castor, Cervus (1).
L'ensemble des fossiles indique un climat plus humide et plus tiède que le climat actuel de la région, avec une diffusion plus uniforme de la faune et de la flore européennes. Pour expliquer la présence, dans la flore de la Celle, du figuier, du laurier, de l'arbre de Judée, coexistant avec l'érable sycomore, il suffit d'une différence de 4 à 5 degrés dans la température moyenne annuelle, différence qui, de nos jours, est réalisée en France, pour une même latitude, au profit des stations maritimes de l'ouest.
Un autre tuf calcaire très célèbre est celui de Cannstadt en Wurtemberg, dont la flore, où M. Heer a déterminé 29 espèces, se compose de chênes, de peupliers, d'érables, de noyers et autres arbres vivant encore dans la contrée ; ces restes sont associés à des coquilles terrestres. Hélix bidens et Zonites actes, cette derrière identique avec une espèce de Moret, et à des ossements d'Elephas primi" genius,
La flore et la faune de La Celle sont assez voisines de celles de Cannstadt pour qu'on admette le synchronisme des deux gisements. Dans ce cas, La Celle fournirait une nouvelle preuve que les vallées du bassin de Paris étaient déjà creusées et presque entièrement déblayées à l'époque du mammouth.
Nous citerons encore les tufs de Roquevaire, près de Marseille, avec empreintes de palmier nain ; ceux des environs de Montpellier, de Massa-Maritima en Toscane, deLipari; il en existe de remarquables dans toute l'Algérie, particulièrement à Tlemcen, et jusque dans le Sahara, par 35 degrés de latitude, enfin dans le désert de Tripoli. Tous ces tufs, indices de sources puissamment alimentées, se montrent exclusivement dans les régions soustraites à l'envahissement des glaciers, sur des points où habitaient alors les éléphants, et attestent l'humidité d'un climat dont les conditions étaient communes à l'Afrique septentrionale et à la France. A cette époque, le saule cendré se montrait à Tlemcem aussi bien qu'A Moret et à Cannstadt, et le laurier, le figuier, le gainier existaient en Algérie comme en Provence et à La Celle (2).
Casernes et brèches à ossemenls. — Dans tous les pays OÙ le sous-sol est con-
(1) Touraouër, Bull, de la Soc. géol. de France, 3* série. V, p. 646.
(2) De Saporta, Revue des Deux Monde; 15 octobre 1881.