GÉNÉRALITÉS SUR LES ROCHES ÉRUPTIVES
§1 CARACTÈRES OÉIIÉRAUS DEg ROCBEg ÉRUPTIVES
Manière d*ètre des r<»elies éraptiTes* — Les roclies èruptives se présentent en massifs, en nappes ou coulées et en filons. C'est dans ce* dernier cas seulement que leur origine interne peut être affirmée du premier coup avec certitude, encore à la condition de ne pas prendre pour des filons d'injection, des fenles remplies per descensiim, comme il s'en trouve quelquefois, par exemple, au contact du crétacé et du calcaire carbonifère.
La même affirmation est possible à l'égard d'une nappe, si l'on parvient à saisir sa liaison avec une cheminée d'arrivée (fig. 559) ou si Ton peut prouver
(1) L'auteur a reçu, pour la rédaction de ce Livre, de précieuses communications de MM. Foa<iué et Michel-Lévy.
ROCHES ÉRUPTIVES. MÉTÀMORPHISIIE.
un
qu^elle a été mécaniquement introduite entre les strates encaissantes. S*il s*agit d*un massif, amené par des failles, longtemps après sa consolidation, en contact avec d'autres roches» le caractère éruptif ne peut ressortir que d'une comparaison avec des types de composition identique, dont les relations de gisement soient bien établies.
L'absence de tout élément cUutique ou détritique constitue en général, avec Tétat cristallin de la masse, une forte présomption en faveur de l'origine interne. Néanmoins ces caractères peuvent se rencontrer chez quelques dépôts chimiques externes, comme aussi ils ont pu être acquis par certaines assises sédimen-
Pig. 559. — Filon de mélaphyre, l'échappant en nappe par-deiBus le grés rouge pcrmien de la Bohême (d'après Jokély).
taires, sous l'influence du métamorphisme. D'ailleurs, à toute époque, il s'est formé des tufs, c'est-à-dire que les éléments amenés au jour par l'action éruptive sont plus d'une fois tombés, dés leur arrivée et dans une mesure très variable, sous la puissance des agents extérieurs, qui leur ont imprimé plusieurs des marques distinctives de la sédimentation. Mais s'il en résulte parfois, pour le géologue^ beaucoup de difficulté à reconnaître, sur le terrain, la vraie nature d'une roche donnée, la distinction des formations éruptives n'en garde pas moins, dans la plupart des cas, une indiscutable netteté.
Nous avons d'ailleurs décrit, dans le livre relatif à la composition de l'écorce terrestre, les variétés dont les roches internes sont susceptibles au point de vue de la composition et de la texture, et qui toutes attestent la grande diversité des conditions physiques et chimiques, tant intérieures qu'extérieures, au milieu desquelles a dû se faire leur consolidation.
Métamorphisme d'inAnence. Phénoméiies de eonUiet. -^ Beaucoup de roches éruptives ont fait subir aux terrains traversés des modifications plus ou moins profondes, dont l'ensemble constitue ce qu'on a nommé le métamorphisme d'influence. Ce phénomène, quand il se produit, est une des preuves les plus décisives de rantériorité des dépôts encaissants.
On distingue le métamorphisme de contact, c'est-à-dire l'altération, physique ou chimique, du terrain traversé, sous l'influence directe de la roche éruptive, et le métamorphisme périphérique, où il est permis de voir l'action des liquides et des vapeurs qui, accompagnant la sortie de la roche, ont dû naturellement se concentrer à sa périphérie. Dans le premier cas, la modification physique, qu'on peut attribuer à la chaleur, embrasse en général une zone très peu étendue. A peine y a-t-il calcination ou durcissement sur quelques décimètres, et encore cet effet se produit-il, non avec les roches granitiques ou porphyriques, mais seulement avec celles qui, par la composition et la texture, sont voisines des
iil8 ROCHES ËRUPTIVES.
laves modernes. Le métamorphisme chimique, au contraire» nul ou à peu près nul avec les roches ignées, atteint son maximum avec les roches granitoîdes et donne lieu à la production de minéraux, en général de silicates, dont les éléments sont fournis à la fois par la roche éniptive et par le terrain encaissant La zone de contact où naissent ces minéraux mixtes a d'ailleurs rarement une grande largeur.
Métamorphisme périphérique. — En revanche, le métomarphisme périphérique peut s'étendre à plusieurs centaines de mètres de distance du massif éruptif. Ses effets consistent, soit dans un durcissement notable du terrain encaissant, pénétré d'émanations siliceuses (fig. 560), soit dans une sorte de
remaniement partiel et sur place de ses éléments constituants, avec production de substances cristallisées, mais, en général, sans aucun apport imputable à Téruption voisine.
Dans tous les cas, Tinfluence de cette dernière Fij?. 560. — Coupe prise au Rehberg, prés est essentiellement limitée. L'auré>le métamor»
d'Andreasberff (d'après H. Crednerj. ,. .|, ,. . , r *\^\
^ ^ ^. . p^t^ue qui 1 accompagne n a jamais OU une faible
/7, granité ; b, grauwaclce ei scliisle argi- .
leux, changés en cornéenne au conuct amplitude, et c est à tort qu'ou voudrait imputer du granité. ^ ^^^^ cause les modifications profondes et
lointaines éprouvées par quelques massifs sédimentaires , au milieu desquels aucun affleurement de roches internes n'est visible. Il peut cependant y avoir une exception à cette règle, lorsque Tépanchement éruptif introduit, dans les océans voisins, des substances chimiques capables d*une action prolongée. Ainsi la transformation en dolomies compactes des calcaires triasiques du Tyrol méridional peut être attribuée à Tabondance des sels magnésiens, que les éruptions inélaphyriques de la période jetaient dans les mers contemporaines. Hais la transformation peut avoir exigé beaucoup de temps et, si elle est la suite naturelle de la venue au jour des mélaphyres et des roches associées, ce métamorphisme à longue échéance et aussi à longue portée dans Tespace est un cas tout particulier des influences périphériques.
Endomorplaisme. — 11 arrive quelquefois que le terrain encaissant exerce, à son tour, une certaine réaction sur la roche éruptive au voisinage du contact. De là résulte un métamorphisme endomorphe ou endomorphitme, auquel peuvent aussi contiibuer les émanations contemporaines de Tépanchement. Tandis que ces dernières manifestent leur action en sursaturant la roche de silice ou en exagérant la cristallisation de ses éléments, Tinfluence du terrain traversé se traduit le plus souvent, au contraire, en accroissant, sur une faible étendue, la fniesse du grain de la roche éruptive. On cite en Norvège, aux environs de Christiania, des filons d'un granité à gros grain qui, au contact du gneiss encaissant, ont pris une texture presque pétrosiliceuse, et cela d autant plus que les filons étaient plus minces. De même, au Hartz, M. Lossen a décrit les circonstances du Bode-gang, filon granitique devenu porphyrique au contact des parois.