‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 478 sur 483 · VARIATIONS DE LA GHALEDR EXTERNE · texte numérisé non relu

VARIATIONS DE LA GHALEDR EXTERNE

stances de la température extérieure. C'est ainsi que le phénomène de la précession des équinoxes, à cause de Tinégalité qu'il établit entre la durée des saisons, a paru offrir le moyen d'expliquer le refroidissement et le réchauffement alternatifs de chaque hémisphère. Sur cette donnée, M. Adhémar a édifié une théorie d'après laquelle, tous les onze mille ans environ, les glaces devraient s'accumuler en proportion extraordinaire sur celui des pôles pour lequel le solstice d'hiver coïncide avec l'aphélie et y produire, sur la masse océanique, un effet d'attraction marqué. Telle serait en ce moment la situation de la zone polaire australe.

Cette doctrine, fondée sur la grande quantité de glace qui entoure le pôle antarctique, ne tient pas un compte suffisant de la différence notable qui existe entre les deux pôles relativement à la distribution de la terre ferme. S'il y avait, au pôle nord, un continent semblable à celui dont l'existence parait démontrée dans les régions australes, il deviendrait une cause puissante de refroidissement et peut-être l'accumulation des glaces n'y serait-elle pas moindre qu'au pôle sud. En tout cas, ce phénomène ne saurait produire les brusques effets mécaniques qu'on s'est plu à lui attribuer. Tout au plus, pour maintenir l'invariabilité nécessaire du centre de gravité du globe, devrait-il y avoir un transport lent de la matière terrestre dans la direction du pôle opposé à celui où les neiges s'amoncelleraient et suivant que ce transport affecterait la terre ferme ou l'océan, les effets en seraient diamétralement contraires. Mais, nous le répétons: rien n'est actuellement moins évident que la probabilité de telles alternatives, et ce qu'on sait aujourd'hui de la température des deux hémisphères, d'ailleurs très inégalement partagés au point de vue géographique, établit entre eux des différences trop minimes pour pouvoir servir de base à aucune spéculation sérieuse.

Tariattons de rexcenuielté. — Mais la précession des èquinoxes n'est pas seule enjeu. On sait que Texcentricité de l'orbite terrestre est variable et si la formule des astronomes doit être acceptée comme exacte, les limites de ces variations seraient très étendues, car Texcentricité, aujourd'hui, égale à ^, pourrait tantôt devenir nulle, tantôt s'élever jusqu'à -j^. Dans cette dernière hypothèse, la différence entre le périhélie et l'aphélie, qui est actuellement de 5 millions de kilomètres, deviendrait égale à 26 millions. On conçoit qu'une telle inégalité, si surtout le solstice d'hiver de l'un des deux hémisphères coïncide en môme temps avec l'aphélie, puisse amener une aggravation considérable des rigueui's de l'hiver. Sans doute, par contre, l'été serait beaucoup plus chaud. Mais, en général, les saisons extrêmes tournent à l'avantage du froid, l'excès de chaleur de l'été pouvant être insuffisant à fondre les neiges accumulées en hiver, alors surtout que cette fusion fait naître des brouillards qui localisent la chaleur solaire dans les hautes régions de l'atmosphère et empêchent la terre ferme d'en profiter. Tel est le principe de la thèse développée par M. J. Croll (1) et destinée à expliquer la succession périodique, sur chaque hémisphère, de périodes

(1) Climate and Time. — GeoU Magazine, 1878, p. 390.

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chaudes et de périodes glaciaires. Cette doctrine a été acctieillie avec grande faveur en Angleterre. Mais il s'en faut que tous les physiciens soient absolument d'accord sur les effets que produirait cette combinaison des valeurs de la précession et de l'excentricité. Tandis que, pour H. Croll, un hiver arrivant en aphélie, par une période de grande excentricité, déterminerait le transport vers le nord des alizés du sud-est, et avec eux celui des grands courants marins équatoriaux, venant adoucir la température des hautes latitudes boréales (1), Lyell, au contraire, croyait à un effet inverse et pensait que l'existence d'une plus forte proportion de terres émergées à Téquateur serait une cause de réchaulTement pour le climat des régions arctiques.

En outre, on manque jusqu'ici de preuves décisives attestant que le froid et le chaud ont alterné périodiquement dans le passé. Les faits observés semblent plutôt contraires à cette hypothèse, et nous avons cherché à montrer que le développement des glaciers, au début de l'ère quaternaire, ne réclamait pas nécessairement une cause cosmique de froid. C'est pourquoi, sans méconnaître la possibilité théorique d'une influence imputable aux variations de rexcentricitér nous croyons qu'il faut se garder de chercher, dans ce phénomène astronomique encore mal connu, un chronomètre permettant d'évaluer en années les périodes chaudes et les périodes froides de l'histoire du globe.

GOIISIDÉRATIOIIS SUR X.A DURES DSS TEHFS a£OX.OOIQUBS

Ineertltade des évaliuitloBS de durée. — Rien ne semble plus difficile à apprécier que la durée des temps géologiques. Tout essai de la traduire en chiffres, en se fondant sur le temps qu'exige aujourd'hui la formation d'un dépôt sédimentaire ou Taccûmulation d'un , massif éruptif, se heurte à cette objection, que les forces naturelles, toujours identiques dans leur essence, ont certainement dû varier dans leur mode d'action. On sait d'ailleurs que ces forces, si elles sont constamment à l'œuvre, ont des périodes de grande activité et d'autres de repos relatif, dont la durée échappe nécessairement à toute appréciation. C'est ainsi qu'on peut bien, à la rigueur, évaluer l'épaisseur moyenne des alluvions qu'une rivière drpose dans une de ses crues ; mais qui peut dire à quels intervalles les anciennes crues ont pu se produire, quand, de nos jours, on voit avec quelle irrégularités les inondations se succèdent?

11 ne faut donc admettre qu'avec une très grande réserve les résultats numériques auxquels divers auteurs ont prétendu arriver. Ce qu'on sait, c'est que la succession si vai*iée des couches sédimentaires et l'incessante transformation des faunes et des flores ont dû exiger un temps considérable. Ce n'est pas trop de l'évaluer en millions d'années. Hais, quand il s'agit de préciser davantage, les

(1) G€ol. Magazine, 1878, p. 324.

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