DÉFIMTION DE LA GÉOLOGIE
d'une tÂclie pour laquelle il faudrait pouvoir réunir toutes les compétences. Car une théorie gépgénique n*est acceptable que si elle ne blesse aucune des lois connues de la mécanique, de la physique, de la chimie et même de la physiologie. Lors donc que tant d'obscurité règne encore sur la cause de bien des phénomènes qui s'accomplissent sous nos yeux, comment s'étonner que le passé, dont la connaissance ne peut s'acquérir que par voie d'induction et d'analogie, renferme pour nous de si nombreux mystères, et qu'à l'heure présente un même fait géologique puisse parfois recevoir plusieurs explications contradictoires?
Néanmoins l'établissement des théories géogéniques est le but final des efforts des géologues, et leurs patientes observations n'ont de raison d'être, au point de vue philosophique, que si elles doivent conduire à la découverte des causes qui ont présidé aux transformations successives de la matière terrestre. De nos jours, d'ailleurs, l'expérimentation a pu être utilement appelée au secours des spéculations théoriques et, quelque disproportion qu'il y ait entre les procédés de la nature et ceux de nos laboratoires, ce mode de rechercbe a déjà réussi à éclairer d'une lumière inattendue plusieurs des problèmes de la géogénie.
On voit par cet exposé combien l'œuvre de la Géologie est complexe, et quelle variété de connaissances ou d'aptitudes il faut pouvoir mettre à son service. Aussi le principe salutaire de la division du travail s'y est-il depuis longtemps introduit. Si donc il est vrai que le nom de géologues convienne surtout aux savants qui se consacrent à l'étude directe du terrain et à l'interprétation géométrique et théorique des faits observés, il serait injuste de refuser la même qualification à ceux que leurs goûts entraînent plutôt vers la lithologie ou la paléontologie, toutes les fois du moins que, s'élevant au-dessus de la définition des espèces, ils s'efforcent de dégager eux-mêmes les conséquences géologiques de leurs observations. La science du globe est d'ailleurs par>enue, dès aujourd'hui, à un degré de complication qui ne permet pas, même à l'intelligence la mieux douée, d'embrasser, d'un coup d'œil également assuré, toutes les parties d'une seule des branches naturelles dans lesquelles elle se partage. Chacun s'attache donc, de préférence, à un chapitre déterminé, et ainsi la Géologie se développe par le concours d'une foule d'activités diverses qui, pour n'avoir pas toutes des titres égaux à la reconnaissance des amis de la science, n'en contribuent pas moins d'une façon très utile à ses progrès.
Mais il est un devoir commun qui s'impose à toutes : c'est celui de la prudence dans les affirmations. Qu'il s'agisse d'une superposition douteuse ou d'une explication théorique, l'expérience est là pour dire à quelles surprises on peut être exposé. Nulle science n'offre une complication comparable à celle de la Géologie. La variété des opérations naturelles est infinie, et souvent les causes les plus dissemblables donnent naissance à des produits dont un premier examen ne laisse pas soupçonner la différence. De même, l'état actuel de morcellement de l'écorce terrestre admet les juxtapositions les plus inattendues. Une sage réserve
à regard de tout ce qui n'est pas directement observable s'impose donc à ceux qui ont quelque souci de l'autorité de la science, et l'esprit d'exclusivisme, toujours dangereux, serait ici moins à sa place que partout ailleurs.
Si maintenant nous cherchons à résumer, dans une formule précise, ce qui ^lent d'être dit sur le rôle de la Géologie, nous y parviendrons en faisant intervenir cette grande idée d'ordre, qui domine la science, quand elle veut rester ^igne de sa haute mission, et dans laquelle tout esprit non prévenu se plait à ireconnaître l'évidente manifestation de l'Intelligence suprême qui a présidé à la •disposition de toutes choses.
Dans cette vue, nous rappellerons que les constatations du géologue tendent à établir, avec tordre de juxtaposition et de superposition des masses minérales, Vordre de succession des faunes et des flores. De plus, les spéculations de la géogénie aboutissent à la reconnaissance de Vordre suivant lequel les forces naturelles, toujours identiques dans leur essence, ont xu se modifier leur mode d'action à la surface du globe, en délerminajit, dans chacune de leurs phases, •des associations minérales ou organiques en rapport avec les combinaisons de forces mises en jeu. Par suite, la mission à la fois descriptive, historique et théorique de la Géologie sera convenablement exprimée, si nous disons que cette science a pour objet V étude de Vordre suivant lequel les matériaux du globe terrestre ont été disposés dans le temps et dans V espace.
Une telle déOnition oflre l'avantage d'embrasser, dans une même formule, les •divers aspects sous lesquels la Géologie peut être considérée. Veut-on ne voir, dans cette science, qu'un guide rationnel pour la recherche des substances minérales, on accordera que le seul moyen de diriger cette recherche avec fruit •est de connaître l'ordre qui a présidé à la répartition des matières utiles. Si c'est l'histoire de la succession des événements terrestres qu'on a surtout en vue, la formule s'y applique avec une égale rigueur. Enfin elle ne se justifie pas moins si l'on envisage ce lointain avenir qu'il n'est pas défendu de rêver pour la science du globe et qui consisterait à ne plus voir, dans les transformations de notre planète, que des mouvements effectués, dans l'espace et dans le temps, par des atomes soumis à des forces définies.
De toute manière, en donnant la place d'honneur à l'idée d'ordre, la formule que nous proposons affirme le caractère élevé et philosophique de la Géologie, ^n laissant pressentir que c'est à elle surtout qu'il appartient de mettre en pleine lumière l'unité et la simplicité admirables du plan de la Création.
COUP ITŒIL SDR L'fllSTQIRE DE U SCIENCE GÉOLOGIQUE.