TRAYAIL DES COURS D*EAU
qu*ils commencent par affecter, de porter notre attention sur les rivières, dont le caractère est d*étre, pour l'activité des précipitations atmosphériques, des instruments permanentSj quoique sujets, dans leur intensité, à des oscillations parfois très étendues.
Quelle que soit d'ailleurs la catégorie à laquelle appartient un cours d'eau, le principe d'où dérive son action mécanique est toujours le même. Par cela seul qu'une certaine masse d'eau existe à une altitude sensible au-dessus du niveau de la mer, elle représente une provision d'énergie potentielle, pour parler le langage de la science, équivalente au travail que l'eau peut et doit développer en s'abaissant, sous l'action de la pesanteur, jusqu'au grand réservoir océanique. Cette énergie n'est d'ailleurs que la représentation du travail accompli par la chaleur solaire, lorsqu'elle a puisé cette masse d'eau dans les mers et l'a fait arriver sous la forme de vapeur, juscpi'au point où a eu lieu sa précipitation.
Or pourvu que cette eau puisse s'écouler, il faut que toute son énergie se dépense en travail effectif; ou bien la vitesse de l'eau augmentera sans cesse à mesure que sa descente s'effectuera, ou la vitesse ne changera pas sensiblement^ mais il y aura production d'un travail mécanique extérieur.
On peut même dire que ces deux effets se produiront toujours ensemble ^ car une masse d'eau animée d'une grande vitesse ne peut manquer de dégrader les parois du canal par lequel elle s'écoule. Dans un seul cas le travail mécanique pourra faire défaut, c'est lorsque la masse sera amenée à se précipiter d'un jet le long d'une paroi inaccessible à l'érosion et dont le pied serait situé près d'un thalv^eg à pente réduite ; car alors toute l'énergie potentielle aura été dépensée dans une chute verticale.
Si donc il est permis ici de s'appuyer sur ce principe, si souvent vérifié, que les agents de la dynamique externe du globe tendent sans cesse vers la conquête de l'état d'équilibre, on peut prévoir que tout cours d'eau devra chercher à diminuer sa pente en creusant son lit de proche en proche. L'origine du thalweg à faible pente remontera ainsi peu à peu vers l'amont, jusqu'à ce qu'elle arrive au cœur même du massif montagneux où le cours d'eau prend naissance. Là le produit des précipitations atmosphériques s'y déversera soit par une cascade, soit par un véritable torrent.
g iMiaea diverses dn tr*tr*ll d'an eo«rs d'eao. Oensementi dlvai^*tloB. — Pas plus que les torrents, les rivières ne sont donc des appareils stables. Ce sont des instruments naturels en exercice, très inégalement avancés, d'ailleurs, dans l'œuvre qui leur incombe, en raison des résistances fort inégales qu'ils ont rencontrées. Or il importe de bien préciser les phases diverses du travail qu'ils ont à accomplir.
En premier lieu, de même €[u'un torrent procède tout d'abord à la création de la courbe du canal d'écoulement, de même une rivière doit creuser son lit, avec une intensité qui dépend de sa masse et de sa pente, en accumulan vers l'aval les matériaux provenant de la dégradation de son cours supérieur. Mais
cela ne suffit pas : car, dans la plupart des cas, la longueur disponible entre Torigine d'une rivière et son embouchure n'est pas assez gi'ande pour que le lit, réduit à la condition de gorge étroite et presque sans pente, offre cette résistance, égale à la force du courant, qui doit produire Téquilibre stable. C'est pourquoi la rivière, tout d'abord torrentielle en raison de l'analogie de son travail avec celui des torrents, doit changer ensuite son mode d'action. Elle commence par élargir sa vallée, c'est-à-dire qu'après avoir fixé son profil en long, elle fixe son profil en travers. Les eaux des grandes crues, ne pouvant plus creuser le canal d'écoulement, dépensent leur force vive contre ses parois, qu'elles font écrouler, surtout à la faveur des fissures existantes, des affouillements et aussi avec le secours des agents atmosphériques. Bien entendu, une partie notable de ce travail s'effectue déjà en même temps que le creusement du lit s'achève. Par ces écroulements successifs, qui atteignent leur plus grande intensité aux points où la rive présente sa concavité au cours d'eau, la vallée s'élargit peu à peu et, dans un lit désormais trop considérable pour être rempli à d'autres époques que celles des inondations, la rivière cherche à réaliser, par un allongement de son parcours horizontal, entraînant de perpétuels changements de lit, cette augmentation des résistances extérieures qui lui procurera la situation d'équilibre. Elle passe donc à l'état de rivière divagante et cet état, pendant lequel la rivière, déjà en possession d'un proGl en travers, cherche à fixer son plan, est pleinement acquis le jour où la vallée est assez large pour que, même dans ses crues, le flot n'en fasse plus écrouler les parois.
Toutefois ce n'est pas seulement par des destructions que la riviéi'e obtient cette conquête; elle-même accumule sur son lit de nouveaux obstacles, qui en multiplient les sinuosités et en augmentent par conséquent la résistance. Ce qu'elle détruit en un point, elle va le déposer dans d'autres, où sa vitesse s'amortit, opérant ainsi sur son propre passage un travail d* aUuvionnemenl d'autant plus considérable que sa masse est plus forte. La formule de ce travail est très simple ; la rivière affouille les rives concaves et alluvionne sur les rives convexes. Aussi, tandis que les premières, contre lesquelles le flot vient toujours se heurter, offrent des parois abruptes, constamment prêles à s'ébouler, les secondes sont constituées par de longs promontoires, à pente très faible, jonchés des cailloux et des sables que les cimes y ont jetés.
Ces matériaux ne sont pas fixes; sans cesse remaniés lors des divagations de la rivière, ils cheminent de proche en proche, s*usant et s'arrondissant de plus en plus jusqu'à ce que, dans les parties basses du cours, ils viennent former des bancs de sables, mobiles avec les changements du courant.
État de régime. — Lorsqu'une rivière primitivement divagante se borne à déplacer ses allu\ions de proche en proche sans entamer sensiblement ses berges principales, on dit qu'elle est parvenue à l'état de régime. Mais ce régime n'est pas la stabilité absolue, c'est l'oscillation régulière autour d'un état moyen d'équilibre. En effet, rien n'est moins uniformément distribué que les précipitations