‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 75 sur 483 · GROTTES · texte numérisé non relu

GROTTES

Le phénomène des grottes est exceptionnellement développé dans la région des Alpes de la Carniole et de Tlstrie, entre Laybach et Fimne. La figure 44 reprè-

Fig. U. — Goape de la grotte de Lneg (d'après SchmidI et Yuillemin).

sente, d'après M. SchmidI, la coupe de la grotte de Lueg, où il est aisé de constater la tendance des galeries à s*écarter peu de Thorizontale.

La célèbre grotte d'Adelsberg, située dans la même région, correspond à Tancien cours souterrain de la Poik et, dans une grotte contiguë, celte rivière accomplit encore un parcours caché qu*on a pu suivre en bateau sur près d'un kilomètre. La salle du Calvaire, dans la grotte principale, forme une voûte de 200 mètres de portée» dont le plancher est constitué par une véritable colline de débris, jonchée dune forêt d'aiguilles stalagmitiques. Tout autour, à la surface, le pays est parsemé de profondes dépressions en forme de bateau, au fond desquelles Feau de pluie disparaît en tournoyant ; à chaque instant les ruisseaux se perdent dans le sol comme dans les trous d*un crible (1).

La Poik sort de ce système de grottes sensiblement plus puissante qu'elle n'y était entrée, grâce à des affluents cachés dont quelques-uns ont été directement constatés. Dans tous les endroits où ces rivières souterraines peuvent être abordées, le mugissement de leurs eaux', le bruit des cascades attestent leur puissance d*érosion et de transport, bien que cette puissance s'y exerce d'une façon moins continue que dans les rivières torrentielles à Tair libre, les cours d'eau souterrains étant fréquemment interrompus par des cloisons rocheuses qui donnent naissance à des lacs étages. On a pensé -également que la dissolution du calcaire par les eaux pouvait jouer un rôle dans la formation des grottes ; mais cette action serait assez faible relativement au travail mécanique pour qu'il ne nous paraisse guère utile de la faire entrer ici en ligne de compte.

En Grèce, un grand nombre de cours d*eau se perdent dans des gouffres nommés eatatothra et plusieurs vont sortir au jour, à d'assez grandes distances, par des ouvertures du rocher, dites céphalaria ; malheureusement celte sortie s'accomt plit le plus souvent si près de la mer que le cours d'eau n'est plus utilisable poules besoins de l'agriculture.

[i) Reclus : La Terre, I, p. 356.

En résumé, les grottes des terrains calcaires semblent devoir être attribuées à raclion d'eaux sauvages, amenées par voie d'infiltration dans les profondeurs du sol, bien qu'à un niveau supérieiu* à celui des vallées et obligées de s'y frayer une route en profitant de toutes les lignes de moindre résistance du terrain. C'est pourquoi, si c'est bien le phénomène général de l'infiltration qui préside à leur naissance, du moins le travail de leur creusement nous ramène à l'action torrentielle, dont il n'est qu'un cas particulier. De plus, les résultats de ce travail, tels qu'il nous est donné de les constater dans les grottes aujourd'hui accessibles, dépassent de beaucoup la portée du régime hydrographique qui prévaut actuellement dans les mêmes régions. Non seulement nombre de grottes sont étagées sur les flancs des vallées calcaires, à des hauteurs considérables au-dessus des thalwegs et en des points où il ne se produit même plus de suintements ; mais celles que parcourent encore des rivières souterraines laissent clairement apercevoir les traces d'un régime tout différent. Leur creusement, dans les proportions qu'il a prises, a certainement exigé une beaucoup plus grande énergie de la part de l'agent liquide employé à ce travail. Ici donc, comme pour les torrents ot les rivières, il faut admettre, à une époque antérieure, un notable excès des précipitations atmosphériques et, sans doute aussi , des mouvements du sol propres à accroître par intervalles la puissance vive des eaux en les faisant agir sur une plus grande différence de niveau. Peut-être même y a-t-il lieu d'ajouter à ces causes des actions chimiques qui auraient aidé à l'enlèvement, par voie de dissolution, d'un calcaire n'offrant pas partout la même compacité.

L'histoire de la formation des grottes, pour être complète, exigerait la description du revêtement de stalactites dont la plupart sont ornées. Mais ce revêtement, œuvre de la période qui a suivi l'assèchement des grottes, est un phénomène d'ordre chimique, dont la mention sera mieux à sa place dans un chapitre ultérieur.

Ébonlemeats naturels. — Le travail des eaux d'infiltration ne se borne pas à la formation de nappes et de rivières souterraines. Bien souvent cette pénétration des eaux de pluie dans le sous-sol entraîne des mouvements qui affectent profondément le relief de la surface. Ces mouvements sont de deux sortes ; les éboule' ments ou glissements, qui se produisent sur le flanc des vallées et les effondrements qui font naître à la surface des gouffres inattendus.

Lorsque, dans un pays de montagnes, des roches solides fissurées reposent sur des assises imperméables, l'eau de pluie ou celle qui provient de la [fonte des neiges, en s'infiltrant dans les crevasses, s'y accumule en quantités considérables et, sous l'influence de la pression qu'elle acquiert, fait effort pour s'échapper à la jonction des deux systèmes de couches. Peu à peu, les parties supérieures du massif argileux se délayent et en arrivent à ne plus former qu'une boue liquide, incapable de résister à la pression du système qu'elle supporte. Ainsi se produisent de gigantesques éboulements comme celui qui, en 1855, fit écrouler une partie de la Dent du Midi, en Valais. Le résultat fut un mélange de matières

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