‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 87 sur 483 · LACS · texte numérisé non relu

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moins inattendu que la production d'effondrements, faisant naître des ca\1tés en forme de bassins. La Mer Morte, avec la vallée du Jourdain, est justement un exemple de ce genre que personne, sans doute, n^imaginera d'attribuer à l'activité glaciaire. Le lac Baîkal en est un autre, plus frappant encore, car ses parties tes plus profondes, à 1400 mètres au dessous de sa surface, sont plus basses de mille mètres que le niveau de la mer. Qui donc oserait, pourtant, attribuer aux placiers le creusement d'un pareil bassin, alors surtout qu'il est divisé, presque en son milieu, en deux cavités que sépare une arôte montagneuse arrivant à 50 ou 60 mètres de la surface?

Des cavités de ce genre, quand elles ne sont pas trop vastes pour défier tout remplissage, courent le risque, là où le travail de l'érosion est énergique, d'être peu à peu comblées par l'apport des torrents et des rivières; mais si un glacier vient à s'y établir, il lui sera facile, non seulement de maintenir la forme extérieure du bassin, mais encore d'en débarrasser le fond de tous les matériaux meubles, en leur faisant remonter une contre-pente toujours assez faible, pour les verser dans la moraine frontale. Ainsi, à notre sens, les glaciers peuvent très bien avoir affouillé ou du moins vidé, après coup, des bassins lacustres préalablement remplis d'alluvions ou de dépôts meubles; mais ils ne les ont pas créés et leur rôle s'est borné à empêcber, par leur présence, le travail de destruction par lequel les agents atmosphériques n'eussent pas manqué d'oblitérer peu à peu les formes originelles des dépressions.

Les lacs analogues à ceux des Alpes font défaut dans l'Himalaya, malgré l'immense profondeur des vallées et en même temps la plupart des observateurs ont été frappés du peu d'étendue qu'occupent, dans cette chaîne, les manifestations de l'ancienne activité glaciaire. Toutes les vallées sont des ravinements en forme de V et les deux versants viennent se rejoindre suivant le thalweg, ne laissant presque jamais entre eux de fond plat. Cependant, d'après M. Déchy (1), il suffit d'un peu d'attention pour reconnaître, en beaucoup de points, des traces d'anciens bassins lacustres, aujourd'hui asséchés et remplis de débris. 11 est donc probable que la disparition de ces lacs et, sans doute aussi, celle des polis glaciaires, doivent être attribuées au climat de la contrée et à la puissance des érosions qui s'accomplissent sous l'influence des effrayantes chutes de pluie dont cette région est le théâtre. Tous les paysages de l'Himalaya portent l'empreinte, profondément accentuée, de la supériorité du travail de l'érosion et c'est ainsi peut-être que les agents atmosphériques et les torrents ont eu raison, dans cette chaîne, de formes d'ancienne date dont un climat plus modéré a permis ailleurs la conservation.

Lac« de barrages glaciaires. Il y a, dans la zone tempérée froide, beaucoup de lacs qui se rattachent, presque aussi étroitement que les précédents, au phénomène glaciaire : ce sont ceux qui résultent du barrage d'une vallée par une

(1) Alpine Journal, 1, p. 7.

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ancienne moraine. Tel est le cas de la plupart des lacs des Vosges, entre autres de celui de Gérardmer, dont les eaux, arrêtées par une digue morainique dans la direction où devait se faire leur écoulement naturel, ont été obligées, de refluer en arrière jusqu'à ce qu'elles aient pu trouver une issue en se déversant de côté dans la vallée de la Vologne. Le lac Blanc, le lac de Retoumemer et d'autres de cette région sont ainsi retenus par des barrages ayant la même origine.

On conçoit qu'il n'y ait pas de démarcation bien tranchée entre ces lacs de barrage et ceux de la catégorie précédente. Toutefois l'action glaciaire y est moins directe, les traits extérieurs de la dépression lacustre sont moins abrupts et il peut se faire d'ailleurs que l'ancien glacier dont la moraine a formé bar^ rage ait occupé, non la vallée aujourd'hui transformée en lac, mais une goi^e latérale.

Ii»es BcandhiaTe». — Si de là nous portons nos regards vers les régions du globe où l'on peut dire que le phénomène lacustre est le plus développé, c'est-àdire vers la Scandinavie méridionale et la Finlande, là encore la liaison des lacs avec l'ancienne extension des glaciers apparaîtra dans toute son évidence. Ces surfaces pai*semées de lacs et d'étangs, sur lesquels aucun régime fluvial défini n'a encore eu le temps de s'établir, sont remplies de roches moutonnées et jonchées de blocs erratiques.

Leurs analogies doivent être cherchées dans cette bande littorale étroite du Groenland occidental, que la glace vient à peine d'abandonner et dont elle tend aujourd'hui à reprendre possession. On sent que toutes ces régions devaient être occupées naguère par une calotte glaciaire continue, laissant circuler entre elle et le sol sous-jacent des courants d'eau mal définis, mais suffisants pour nettoyer la surface de tous les menus débris. Ainsi se préparaient des cuvettes lacustres, où l'humidité actuelle du climat suffit à maintenir des nappes d'eau d'importance très diverse, depuis les grands lacs jusqu'à des flaques insignifiantes.

En résumé, sans méconnaître la grande multiplicité des causes qui, en barrant une vallée ou en faisant naître une dépression dans le soU sont capables de donner naissance à des bassins lacustres, on peut dire que la plupart des lacs de la zone tempérée froide doivent leur origine au phénomène glaciaire, non que la glace ait creusé les cavités où les eaux atmosphériques sont venues se réunir, mais parce que c'est presque toujours elle qui a empêché le comblement de dépressions, antérieurement creusées par les agents ordinaires d'érosion ou produites par les grands mouvements du sol.

Cirques. — Une question intimement liée aux précédentes est celle des cirques des pays de montagnes. On donne ce nom à des cavités en forme d'entonnoirs coniques, parfois même presque cylindriques, découpées à pic dans le flanc des chaînes et dont les parois entourent, en formant souvent plus que le demi-cercle, un fond plat qui devient l'origine d'un ravin ou d'une vallée. Il ne b agit donc pas ici de ces nombreux entonnoirs torrentiels, où le travail des

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