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ABLATION ET TRANSPORT

Une partie seulement des produits de la désagrégation demeure sur place, l'absence de pente et une abondante végétation mettant désormais le sol à Tabri des agents dynamiques externes. Mais une notable portion est enlevée et transportée au loin. Réservant pour les chapitres suivants Tablation et le transport par les cours d'eau, par les glaciers et par les eaux marines, auxquels incombe une grande part de ce travail, nous n'envisagerons pour le moment que

l'ablation et le transport par les agents atmosphériques, dont le rôle est loin d'être négligeable. C'est particulièrement le ruissellement des eaux météoriques et le vent qui entrent en jeu, mais il est nécessaire tout d'abord d'étudier sommairement les phénomènes d'ablation et de transport dus à la simple action de la pesanteur.

Rôle de la pesanteur, Éboulis. — Tous les fragments qui, dans les régions montagneuses, se détachent des abrupts rocheux, sous l'action des agents de désagrégation, sont désormais sollicités par la pesanteur et roulent ou glissent sur les pentes jusqu'à ce que la déclivité du terrain soit trop faible pour que ce mouvement se continue (pi. XLI). Il se forme ainsi 'au pied des escarpements des amas de débris plus ou moins anguleux, formant les cônes (Téboulis, appelés casses dans les Alpes du Dauphiné. Soi|^ ent ces cônes sont alimentés par des couloirs, où les chutes de pierres sont quelquefois pour ainsi dire constantes.

Des mesures nombreuses effectuées par Adam Piwowar [19] ont montré que l'inclinaison des talus d'éboulis varie de 26** à 43°. Elle est surtout fonction, d'après cet auteur, non dç la dimension des éléments, mais de leur forme et de la plus ou moins grande rugosité de leurs cassures. L'inclinaison des cônes d'éboulis constitués par des roches schisteuse:; varie de 26** à 32°; celle des amas de blocs calcaires est en moyenne de 32** lorsque le calcaire est compact, de 34° lorsqu'il est plus ou moins gréseux; les talus de granité présentent les pentes les plus raides et ont en moyenne 37°. Lorsque des eaux circulent dans un cône d'éboulis, la pente est un peu plus faible. Sous une nappe d'eau tranquille, par contre, les angles des talus atteignent en général 1° 1/2 de plus qu'à l'air libre.

Les blocs les plus gros sont accumulés au bas du talus et la grosseur des éléments diminue assez régulièrement vers le haut.

Souvent les chutes de pierres ont lieu sur des pentes de neige. Dans ce cas, les blocs roulent beaucoup plus loin et descendent sur des pentes infiniment plus faibles. Ils ne s'arrêtent d'ordinaire pas avant d'arriver sur des surfaces presque horizontales, où ils forment alors des accumulations ressemblant aux moraines des glaciers et disposées en arcs de cercle dont la concavité est dirigée vers le haut de la pente.

Lorsqu'une avalanche de neige descend sur un cône d'éboulis, elle y creuse souvent un profond sillon et rejette les blocs à droite et à gauche, de sorte qu'il se forme deux remparts parallèles qui suivent les lignes de plus grande pente. C'est exactement la disposition

Fipr. 151. — Plan de la région affectée par l'ébouleraent d'EIm (canton de Claris) du H septembre 1881 (d'après Albert IIeim).

ÉclicUo : environ 1/15000.

ACTION DEd AGENTS ATMOSPHÉRIQUES 383

qu'offrent les avalanches sèches, formées sur les cônes volcaniques par décollement des projections entassées, que Lacroix XVII, [12] a observées sur les flancs du cône terminal du Vésuve en 1906 (pi. XIX, 4).

Eboulements. — L'infiltration des eaux météoriques ou la désagrégation peuvent déterminer l'arrachement brusque de grands rochers ou de véritables quartiers de montagnes qui s'écroulent en masse et atteignent le fond des vallées. Ces grands éboulements sont fréquents dans les pays de montagnes, mais ce n'est guère qu'en Suisse qu'ils ont fait l'objet de travaux sérieux, dus principalement à Ileim [20-22] et à ses élèves.

L'éboulement d'Elm (fig. 151), dans le canton de Claris, le 11 septembre 1881, peut être pris comme type du phénomène. Sous l'influence des pluies persistantes, des infiltrations avaient pénétré dans les fissures des schistes éocènes formant les escarpements au-dessus d'une grande carrière dont on avait imprudemment poussé l'exploitation trop loin dans l'intérieur de la montagne. Il se produisit un brusque arrachement le long d'une de ces fissures et la masse détachée, évaluée à 10 millions de mètres cubes, descendit en se dissociant jusqu'à un ressaut, d'où les blocs rebondirent horizontalement, les derniers poussant les premiers, pour tomber ensuite dans la vallée. Là ils continuèrent leur mouvement sur une surface dont la pente ne dépassait pas 3 1/2 7^, en glissant avec une vitesse prodigieuse, entraînant tout sur leur passage et formant une vraie coulée de plus de 1 400 m de longueur, sur une largeur de 400 à 500 m, couvrant ainsi d'une nappe de débris une surface de 580 000 m*, avec une épaisseur moyenne de 15 à 20 m. La coulée a d'abord rempli la vallée latérale de l'Unterthal, puis elle a rencontré, en face de la surface d'arrachement, une croupe, le Diiniberg, au-dessous d'Alpegli, qui l'a déviée vers la gauche, dans la vallée principale, qu'elle a entièrement barrée en aval du village d'Elm. L'obstacle du Biiniberg a, de plus, donné lieu à une remontée des débris du bord droit de la coulée jusqu'à 100 m au-dessus du thalweg de la vallée.

Le fait que les blocs peuvent remonter les pentes après s'être déplacés horizontalement avec une vitesse prodigieuse se retrouve souvent dans les grands éboulements. Ileim en tire la conclusion que les lois de l'éboulement des solides ne s'appliquent pas à ces phénomènes, qui semblent régis plutôt par les mêmes lois que l'écoulement des liquides.

Il est des éboulements où l'arrachement est moins brusque, puis-

qu'ils sont dus à un glissement lent, puis de plus en plus accéléré, sans phénomènes de rebondissement, comme dans le cas précédent. Mais là aussi les roches se dissocient et, arrivées au bas de la pente, peuvent se déplacer horizontalement.

Souvent les grands éboulements forment au travers des vallées des barrages qui donnent lieu à des lacs, dans lesquels la rivière e-^t obligée de se creuser un nouveau lit. C'est ce qui s'est produit par exemple lors du grand éboulement de Servoz, qui barra la vallée sur une longueur de plusieurs kilomètres, jusqu'à ce que l'Arve se soit frayé un passage en déblayant le front de l'éboulement (pi. I).

Les cours d'eau s'emparent ainsi des matériaux apportés dans les vallées par les éboulements et les entraînent vers l'aval. Ils peuvent en faire autant pour les cônes d'éboulis (pi. XLII, 1). Toutefois, lorsque, sous un climat très sec, l'action des eaux courantes est presque nulle, les détritus s'accumulent indéfiniment, si bien que l'on a pu dire de certaines montagnes de l'Asie centrale qu'elles étaient ensevelies sous leurs propres débris.

Coulées de boue. — Les eaux météoriques peuvent s'infiltrer dans des roches argileuses à la faveur de fissures ou des plans de stratification. Pour peu que la désagrégation ait fait son œuvre, il se forme alors une masse boueuse, qui, sollicitée par la pesanteur, s'écoule soit lentement et d'une manière presque continue, soit subitennent, après de violentes averses, et alors avec une très grande vitesse. Quelquefois c'est tout un flanc de montagne qui descend ainsi dans la vallée; d'autres fois la coulée suit le lit d'un torrent (pi. XLII, 2) et la ressemblance avec une coulée volcanique est telle, que le mot de hne est employé dans les Alpes fi-ançaises pour désigner le phénomène. Cependant, la région axiale de la coulée présente quelquefois un sillon étroit, creusé par les eaux courantes (pi. XLII, 2).

A l'origine de la coulée, on observe des surfaces d'arrachement et des fissures parallèles à celles-ci, qui indiquent une descente par paquets successifs (pi. XLIII).

Dans le Tyrol méridional les coulées de boue, qui se produisent au détriment des marnes triasiques, causent souvent de grands dégâts. En France, les marnes noires et les schistes argileux du Jurassique du bassin de la Durance, connus des forestiers sous le nom de « terres noires », sont en quelque sorte le lieu d'élection du phénomène; mais on rencontre aussi dans nos Alpes des arg-îles tertiaires et des boues glaciaires qui donnent lieu à de grands glissements de terrain.

É. Haug. — Traité de Géologie.

Pl. XXXIX.

Cliché Janie» Jacksou.

PAROI ORIENTALE DE l'kNTR^IE DU CIRQUE DE MADAS (AveyrOIl).

Modelé des dolnmies jurassiques dû h Inetion des agents atmosphériques.

Cliché A. Bigot.

PRISMES BASALTIQUES C0.M.ME.NC:AMT A SE D^:SAGRÉGER EX BOULES.

Perrier, près Issoire (Puy-de-Dùmo).

É. Haug. — Traité de Géologie.

Pl. XL.

Cliché Léon Bertrand.

DIACLASES DA.NS LE GRANITE ET DÉBt'T DE LA DÉSAGRÉGATION EN BOULES..

Carrière de Diélette (Manche).

Cliché communiqué par M. Ch. Vélain.

DÉSAGRÉGATION EN BOILES

du granile porphyroïde de la Margeridc Aliène (Lozère).

É. Haug. — Traité de Géologie.

Pl. XLI.

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Ciich<^ James Jackson.

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