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GRANDES DUNES DU GRAND ERG

région de FOutir.

É. Haug. — Traité de Géologie.

Pl. XLYIIl.

Cliché Capitaine Béreager.

PALMKRAIE DE GUKRZIN,

vallée de la Saoura (3ahara Oranais), envahie par les dunes.

Cliché communiqué par M. A. Dereim».

BARKHANES DE LA JOYA (AU. 1380 Hl),

entre Mollendo et Arequipa (Pérou méridional).

NU

Poussé avec violence, par le vent qui souffle en tempête, contre des parois rocheuses, le sable siliceux polit, grâce à la dureté de ses grains, toutes les surfaces contre lesquelles il est projeté; il arrondit peu à peu toutes les aspérités et accentue tous les creux en les affouillant. 11 use rapidement les roches tendres et. met, par suite, en saillie les roches dures.

Foureau a remarqué maintes fois au Sahara [33] que le sable poussé par le vent se tient à une faible hauteur au-dessus du sol, à 2 ou 3 m tout au plus.

Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que ce soit surtout à la base des escarpements que la déflation et la corrasion agissent, d'où les singulières formes en champignon qu'affectent les rochers isolés dans le désert et le caractère tabulaire très accentué que présentent les témoins formés de terrains horizontaux.

D'ailleurs ces phénomènes de corrasion ne se rencontrent pas exclusivement dans .

les régions à climat désertique, comme le montrent, dans la vallée du Rhône, les murs exposés à l'action du mistral. Un exemple particulièrement probant a été signalé par Futterer [38] au château de Heidelberg. On en trouve de tout à fait semblables sur les châteaux des Vosges.

La corrasion ne se produit pas seulement au pied des parois rocheuses, elle s'attaque également aux surfaces horizontales, les polit simplement, lorsque la roche est dure, mais y détermine des excavations lorsque le sol est facile à entamer. Sven Iledin [33] a observé dans l'Asie centrale, dans le désert de Lop, où le sol est constitué par des couches argileuses, de longs sillons en forme de gouttières, séparés par des jardanrjs, crêtes assez irrégulières, mais généralement parallèles entre elles (fig. 154-136). Le fond des gouttières est souvent encore rempli de sable (fig. 136) et il est incontestable que c'est le sable poussé par le vent qui a creusé ces sillons,

Fig. 154. — Pion schématique d'un désert à jardang:s (d'après iivEN Hedin).

tous à peu près également profonds, laissant entre eux des crêtes qui sont les parties de l'ancienne surface épargnées par la corrasion. Les tourbillons causés par le déplacement de l'air donnent lieu à des formes de corrasion tout à fait spéciales. Des excavations coniques ou cylindriques, dont Taxe est vertical, prennent naissance par le mouvement g}Tatoire du sable. Leur analogie avec le.s

Fig. 135. — Coupe schématique transversale de jardangs (d'après Sven Hedin).

« marmites » creusées par l'érosion torrentielle est complète. Jean Brunhes [40] en a décrit d'intéressants exemples dans le désert de Nubie.

En dehors des roches en place la corrasion produit également ses effets sur les cailloux épars qui jonchent la surface du désert. Les phénomènes d'usure sont les mêmes et ils se traduisent par la mise en relief des parties dures (pi. L, 1). Dans les roches tendres les fossiles sont mis à nu et fréquemment dégagés aussi nettement

Fig. 156. — Jardanjçs séparés par des sillons remplis de sable (d'après Sven Hedin).

que s'ils avaient été préparés au moyen d'une fine brosse métallique. Sur des roches homogènes et dures, telles que les calcaires com pacts et l'hématite rouge, il se forme de petites cupules juxtaposées ,qui donnent lieu à un aspect alvéolaire de la surface (pi. L, 2). Souvent les excavations prennent un aspect vermiculé (pi. L, 3-5), dû à ce qu'elles s'allongent suivant la direction du vent dominant. Il y a parfois deux ou plusieurs directions qui se croisent, d'où résulte une sorte de giiiUochage, que Foureau attribue à la grande finesse du sable dans les régions du Sahara septentrional, si riches en cailloux présentant

É. Hauc. — Traité de Géologie.

Pl. L.

1, 5, 7, d'après F. Foureau ; 6, rliclié 11. iia^roi. CAILLOUX lAÇONNKS PAR l'uSURK KOLIKXNK,

1, mise en relief des parties dures, dolomie zonée, Sahara du Nord;

2, formation d'alvéoles sur un calcaire en plaquettes, Erg d'Issaouan (Sahara du Nord);

3, vermiculations sur lune des faces d'un éclat calcaire, désert de Mokrane (Algérie) ;

4, instrument paléolithique corrodé, Erg d'Issaouan ;

5, vermiculations partant d'un point central, calcaire sublithographique du Nummulitique,

désert de Mokrane;

6, caillou ti facettes, Pazo del Portillo, Quebrador (République Argentine);

7, caillou à facettes, plateau d'In-Azaoua (Sahara du Nord).

■^ es

É. Hauc. — Traité de Géologie.

Pl. lu.

Clictié E . A. Martel. Ciselures dues au ruissellement.

Ciicbé h. A. Martel.

Grande crevasse et sommet de Chabrières (calcaires jurassiques charriés).

Cliché Emile Haug.

Fond de la grande crevasse.

OUGANE DE CHABRIERKS,

près Chorges (Hautes-Alpes).

ces sculptures remarquables. Parfois les vermiculations rayonnent à partir d'un point central (pi. L, 3). 0. Abel [39], qui a étudié tout particulièrement ces formes étoilées, les compare à celles que F. E. Suess a décrites comme caractéristiques d'une catégorie spéciale de météorites vitreuses, les moldavites, et que ce même géologue a pu reproduire expérimentalement en projetant très obliquement de la vapeur d'eau sur des disques de colophane doués d'un mouvement de rotation. Il est incontestable que ces analogies sont frappantes; mais des observations faites sur place sur le mode de sculpture des cailloux du désert permettront seules de donner une interprétation définitive de ces étoilements.

Il est ensuite des blocs qui sont simplement usés et polis par

l'action du sable auquel ils font obstacle. Il se forme alors dans la

direction du vent, sur les deux faces, des surfaces planes, qui, venant

à se couper, donnent naissance à une arête axiale. Les deux surfaces

ainsi formées délimitent avec la face sur laquelle repose le bloc un

prisme à trois faces, ou plutôt un corps affûté aux deux bouts, mais

dont les sections perpendiculaires à l'axe sont toujours triangulaires

(pl.L,6,7). Ce sont les caillovx à facettes, les Ih'eikanter, si communs

dans le désert et que l'on retrouve quelquefois dans les formations

désertiques des périodes géologiques. D'autres fois le nombre des

faces est plus grand, parce que les cailloux se sont déplacés et se

présentent au vent avec une autre orientation. C'est surtout sur les

calcaires compacts très durs et sur les roches siliceuses que naissent

ces surfaces d'usure planes et polies.

Corrosion. — Nous avons vu plus haut que les eaux de ruissellement produisent, suivant les lignes de plus grande pente, dans les terrains meubles et homogènes, des entailles assez régulières, séparées par des crêtes parallèles. Un effet semblable est produit non plus par ablation, mais par dissolution, sur les pentes constituées par des roches solubles.

Les surfaces où affleurent des couches de sel gemme (« rochers de sel » de l'Afrique du Nord) ou de gypse sont creusées de rainures simples ou subdivisées, dont les crêtes séparatrices sont remarquablement aiguës (pi. LI). Le ruissellement d'eaux, même très pures, suffit parfaitement à expliquer ces formes dans un terrain aussi soluble.

Sur les terrains calcaires de pareils aspects de ravinement ne peuvent s'expliquer que par une certaine teneur en acide carbonique dans les eaux de ruissellement.

On sait, en effet, que les eaux de pluie en renferment une quantité assez notable, de sorte que c'est à elles seules que Ton doit attribuer les véritables ciselures qui entament souvent les surfaces calcaires (pi. LII, 2). C'est ici tout particulièrement que le terme de corrosion convient pour caractériser le phénomène.

On a donné le nom de lapiaz ou de rascles (en allemand Karren) aux plateaux calcaires où s'est exercée sur une grande échelle la corrosion par les eaux de ruissellement [41-43].

Lorsque les surfaces sont inclinées, les rigoles suivent très régulièrement les lignes de plus grande pente. Elles sont d'abord peu profondes, mais ne tardent pas à s'encaisser davantage, mettant ainsi en saillie les arêtes séparatrices, qui ne tardent pas à se

Fig. 157. — Lnpioz du Sentis (d'aprts A. IIeim).

segmenter, de sorte que le lapiaz est comme hérissé de pointes, toutes dirigées vers l'amont. C'est ce que l'on observe surtout au Silbern, dans le canton de Claris et au Sentis (iîg. 137). Lorsque le plateau calcaire est peu incliné, le rôle du ruissellement est moindre et la corrosion par les eaux pluviales s'effectue surtout le long des diaclases et de failles qui sont ainsi mises en évidence. La surface prend alors l'aspect d'une ville avec des rues à angle droit (pi. LU; fig. 158). Le lapiaz ou « oucane » de Chabrières près Chorges (Hautes-Alpes) est un exemple admirable de ce type spécial, où les ciselures dues au ruissellement ne jouent qu'un rôle secondaire [43\ Les lapiaz les plus typiques prennent naissance aux altitudes les plus différentes, de sorte qu'il n'est pas possible d'invoquer, comme on l'a fait quelquefois, la présence d'anciens glaciers ou celle de la neige pour expliquer leur formation. On les rencontre partout où des calcaires affleurent sans être recouverts d'une végétation protectrice. Les ciselures les plus fines s'observent sur les calcaires compacts, mais des formes plus grossières se retrouvent sur tous les calcaires et même sur des grès à ciment calcaire, ou sur des granités.

Partout le ruissellement, se produisant sur des surfaces inclinées, donne lieu aux mêmes aspects, qu'il agisse par ablation sur des roches meubles et homogènes, ou par simple dissolution sur des roches très solubles, ou bien par corrosion sur des roches calcaires [25] - Son action se traduit encore par des effets tout à fait semblables sur les vieilles neiges que ravinent les pluies tièdes. Rien ne ressemble davantage à un lapiaz que la nieve pénitente des Andes, dont divers auteurs, et en particulier R. Hauthal, ont donné des représentations si expressives. Cependant on en attribue souvent l'origine, non à des pluies, mais à des vents secs et chauds, qui déterminent la fonte delà neige.

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