‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 15 sur 150 · NOSOLOGIE · texte numérisé non relu

NOSOLOGIE

Définition. — Synonymie. — Classification.

La maladie que nous allons décrire est anatomiquement caractérisée par \' infiltration du tissu cellulaire des replis aryténoépiglottiques. — Cette infiltration est formée par de la sérosité ou par de la lymphe plastique , d'autres fois par de la sérosité purulente ou de la matière purulente , et quelquefois même par du sang.

Les diverses dénominations jusqu'à présent assignées à cette affection sont inexactes ou incomplètes.

Et d'abord, nous ne pouvons accepter celle à' œdème de la glotte , surtout parce que le siège constant de la lésion n'est point aux bords de la glotte , c'est-à-dire aux cordes vocales , mais bien au pourtour de l'orifice supérieur du larynx.

L'infiltration étant , dans certains cas , formée par de la sérosité purulente, par du pus ou du sang, les mots : angine aqueuse, — angine séreuse (Boerhaave , Van-Swieten), — angine laryngée œdémateuse (Bayle), — œdème du larynx , sont défectueux.

D'une autre part, l'infiltration n'est pas toujours la résultat d'un

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travail phlegmasique ; dès lors les expressions : laryngite œdémateuse, — laryngite sous-muqueuse (Andral, Cruveilhier, Blache) ,

— laryngite périglottique avec œdème sous-muqueux (Requin) ,

— hydro- laryngite sous-muqueuse, ne peuvent convenir qu'à certaines formes de la maladie.

D'après les principes de la nomenclature de M. le professeur Piorry, celte affection recevrait le nom à'hydro ou de pyo-stomalaryngie , suivant que de la sérosité ou de la matière purulente infiltrerait le pourtour de l'orifice supérieur (arojua) du larynx.

Nous proposons, à notre tour, la dénomination à 'angine infiltro-laryngée , qui indique que la respiration est gênée, que celte gêne provient d'un obstacle placé au larynx , et que cet obstacle est dû à l'infiltration des tissus , d'ailleurs , sans spécifier la nature du liquide infiltré ni la cause de cette infiltration. — Nous prenons ici , comme on le voit, le mot angine dans le sens que les anciens lui ont donné, c'est-à-dire une difficulté de respirer (oy^ew, angere, étrangler, suffoquer), ayant son siège dans la gorge ou dans le larynx , parfois sans inflammation des parties affectées , comme dans Yangina convulsiva , hysterica, etc. — Nous reconnaissons cependant que cette dénomination est incomplète en ce qu'elle ne spécifie point le siège particulier de l'infiltration dans les replis supérieurs du larynx. — Il serait sans doute plus clair et plus exact d'adopter simplement le terme d 'infiltration aryténoépiglottique. — Au reste, il nous arrivera souvent d'employer les diverses désignations qui précèdent, celle d'œdème de la glotte exceptée , étant d'ailleurs bien entendu qu'il s'agit de l'infiltration des replis supérieurs du larynx par un liquide variable dans sa nature.

L'infiltration aryténo-épiglottique est peut-être constamment un épiphénomène de plusieurs affections du larynx, de la gorge ou des tissus environnants, ou de plusieurs affections étrangères à ces organes : elle ne peut donc figurer dans nos palhologies au nombre des maladies primitives ; néanmoins elle mérite une descripiion à part, en raison de sa haute gravité, de ses caractères propres et du traitement qu'elle réclame.

HISTORIQUE

G.-L. Bayle, le premier, a donné Ja description exacte de l'angine laryngée œdémateuse. Le mémoire de ce célèbre pathologiste fut communiqué, le 10 août 1808, à l'ancienne Société de l'École de médecine de Paris, et malgré son importance, il resla plusieurs années enseveli dans les carions de la Faculté; il n'en fut même tiré qu'après la mort de son auteur, pour être publié dans le Nouveau journal de médecine, janvier 1819 (1). Disons cependant que Bayle l'avait déjà reproduit en partie dans le Dictionnaire des sciences ?néêicales, 1815 (2).

Avant l'écrit de Bayle, nous trouvons dans les annales de la science trois genres de documente. Ce sont : 1° quelques distinciions et quelques descriptions générales relatives à l'angine; — 2° plusieurs faits disséminés; distinctions, descriptions et faits qui nous paraissent se rapporter, tantôt vaguement, tantôt assez exactement, à l'angine laryngée œdémateuse ; — 3° enfin nous trouvons la description précise de la lésion caractéristique de cette affection , savoir l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques, mais sans les symptômes qui la font reconnaître pendant la vie des malades. — Entrons dans quelques détails à cet égard , nous verrons qu'ils ne sont pas sans importance au point de vue pratique.

Hippocrate (3) dit : « Angina gravissima quidem est, et celerrime inlerimit, quœ neque in faucibus, neque in cervice quidquam. conspicuum facit , plurimumque dolorem exhibet, et erecta cervice spirationem inducit. Haec enim eodem etiam die, et secundo, et tertio, et quarto strangulat. »

Arétée (k) indique deux espèces de synanche : l'une, caractérisée

(1) T. IV, p. 3 et suiv.

(2) T. XVIII, p. 505.

(3) Prœdict., lib. III.

(h) De la cure des maladies aiguës, liv. I, chap. vi.

k CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

par l'inflammation considérable , la tension cl le gonflement des amygdales, quelquefois même de la langue, de la luette et des parties voisines ; l'autre, par l'affaissement de ces mêmes organes, avec une suffocation excessive.

Celse (1) mentionne une angine sans rougeur ni tumeur, et cependant le malade peut à peine respirer.

Cœlius Aurelianus (2) signale une angine très promptement mortelle, sans aucune inflammation apparente de la gorge ou des parties extérieures, avec suffocation et teint plombé de la face.

JEtius et d'autres auteurs anciens indiquent aussi cette espèce d'angine.

Jusqu'ici nous ne trouvons qu'un fort petit nombre de caractères qui puissent s'appliquer à certaines formes d'angine laryngée œdémateuse; c'est, disent les auteurs cités , une angine excessivement grave, en général rapidement mortelle et sans lésion apparente de V arrière-bouche. — Celte dernière circonstance nous porte à admettre qu'il ne s'agit pas du croup, lequel est très souvent chez les enfants, et presque constamment chez les adultes, précédé d'une phlegmasie couenneuse de la gorge. N'est-il pas dès lors très probable que ces auteurs ont fait allusion à notre angine laryngée œdémateuse sans inflammation gutturale?

Les documents laissés par Boerhaave et par Van-Swieten sont autrement plus nombreux et moins vagues que les précédents; examinons-les avec attention.

Dans son aphorisme 78fr, Boerhaave s'exprime ainsi :

« Cujus (anginse) duplex observatur species : prima sine ullo signo tumoris externi , internive apparet ; altéra verô cum aliquo tumore in aliqua parte organorum descriptorum (783) deprehenditur semper. »

L'aphorisme 791 est ainsi conçu :

« Angina aquosa, œdematosa, calarrhosa tennis, est impedita , vel dolens respirandi, vel deglutiendi exercitatio, cum tumore lymphatico partium, quibus illa fit, vel vicinarum. »

(1) De mcd., lib. IV, cap. iv.

(2) Acutor. morbor., lib. III, cap. n.

HISTORIQUE

Van-Swieten, dans les commentaires de cet aphorisme, dit :

« Quando tumor albus, aquosus, frigidus , absque inflammation^ validas comitantis signis, occupât illas partes quœ deglutitioni vel respirationi serviunt , vel in vicinis locis similis tumor natus horum organorum functiones turbat, dicitur adesse angina aquosa vel œdematosa. Rarô magnus dolor hanc speciem anginae comitatur. .. Si autem quis dolor adsit, ille plerumque tantùm a distractione partium per hos tumores factâ nasc'itur. — In debilibus, pallidis, leucophlegmaticis , in quibus totum ferè corpus frigido et inerti tumore turget, quandoque talis angina observatur; in reliquis apparet ferè nunquam. Uvula tune plerumque elongata, pellucida ferè, aggesto humore aquoso turget, ton-

sillae quandoque pariter tument, pallidse omnino Si ergo illa mem-

branae pars, quas uvulam, pharyngem, tonsillas, etc., investit, simili affîciatur modo, deglutitio lassa erit; si laryngem vel asperiam arteriam idem morhus corripiat, cum molestissima tussi impedielur libéra respiratio . . . »

Dans son aphorisme 793, Boerhaave signale, entre autres causes de l'angine œdémateuse, la compression des veines ; et dans ses commentaires Van-Swieten rapporte une expérience faite par Lower [Tractât, de corde, cap. il, p. 123) :

« Venas jugulares subducto filo ligaverat arctè in cane vivo, et post aliquot horas parles omnes supra ligaturam miré intumescebant , et intra duos dies canis, quasi anginû suffocatus, inleriit. Toto hoc tem~ pore non solùm lacrymœ copiosiùs fluebant, sed et plurima saliva ex ore (stillabat) non aliter quàm si ab assumpto mercurio, fluxus ille concitatus fuisset. — Post mortem animalis dum cutim à tumefactis partibus separaret, credens se sanguine extravasato turgida inventurum omnia, mirabatur quod nullum vestigium, vel colorem ferè, sanguinis observaret, sed musculi omnes etglandulœ sero limpido maxime distentœ, et admodum pellucidœ, apparerent. — Atheromata , steatomata, similesve tumores circa hase loca nati, comprimendo vicinas venas molo suâ, aquosam anginam sic facere possent. »

Quant au pronostic de cette affection, Van-Swieten (§ 795) dit:

« Longé majus discrimen imminet, si circa laryngem taies tumores hœserint, quam si pharyngem aut tonsillas occupent. »

Dans l'aphorisme 796, Boerhaave indique le traitement à suivre, et signale, entre autres moyens, les vésicatoires, les sudorifiques, les diurétiques, les purgatifs hydragogues, ainsi que l'emploi des caustiques et de l'instrument tranchant. Et Van-Swieten conseille

6 CONSIDÉKATIONS PRÉLIMINAIRES.

en particulier l'usage du caustique et du bistouri lorsqu'il est urgent de pratiquer un passage à l'air :

« Aut si periculum in mora videatur esse , ne tumores aucti suffocalionis periculum inducant , causticis vel scalpello via conciliatur aggestis aquosis tumoribus. »

Van-Swieten mentionne plus particulièrement ici la pratique ÏÏHippocrate et de Celse, lorsque la luette considérablement œdématiée menace le malade de suffocation. Il insiste aussi sur l'importance des vésicatoires à la nuque, au cou, derrière les oreilles; il veut que l'on cherche à obtenir ainsi des vessies pleines de sérosité (vesicas lymphâ plenas). Les sialagogues pourront aussi être utiles, et il signale la pyrèthre, le poivre, le gingembre, etc.

Il est pour nous assez bien démontré, par les divers passages précédents, que Boerhaave et Van-Swieten ont décrit, sous le nom d'angine aqueuse : 1° l'une des formes de notre angine laryngée œdémateuse; 2° l'œdème de l'isthme guttural; comprenant ainsi sous la même dénomination deux affections qui certainement se ressemblent par la nature de la lésion (l'infiltration œdémateuse), mais qui diffèrent complètement l'une de l'autre par le siège de cette lésion, et par conséquent par leurs symptômes et surtout par leur gravité.

Les aphorismes 801 et 802 nous paraissent se rapporter, en partie du moins, à la forme inflammatoire aiguë de l'angine laryngée œdémateuse.

§ 801. Si sola laborat pulmonalis fistula illsesis aliis,m internâ sud membranâ musculosâ, tum oritur ibi tumor, calor, dolor, febris acuta calida, cseterùm externa signa nulla ; vox acuta, clangosa, sibilans; inspiratio acutè dolens ; respiratio parva , frequens, erecta, cum summo moîi'miné ; hinc circulatio sanguinis per pulmonestlifficilis ; pul- •sus miré et citô vacillans; angustiae summae; cita mors. Estque hœc una ex iis, quee funestissimae, nec externa dant signa : quo verô propiùs glottidi et epiglottidi malum, eo sanè magis lethale.

§802. Si larynx inprimisacutèinflammatur, etsedem habuerit malum in musculo albo glottidis et simul in carnosis ei claudendœ inservientibus , oritur dirissima, subito strangulans, angina. Signa ut priora (80 I); dolor in elevatione laryngis ad deglutitionem ingens, acutus inler loquendum atque vociferandum ; vox acuti.ssima, stridula ; citissima, cum

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summis angustiis , mors. Estque h<rec, sine signis externis, omnium pessima.

Le muscle blanc de la glotte serait, pour les anatomistes modernes, le muscle thyro-aryténoïdien recouvert d'une couche de tissu cellulaire et de la membrane muqueuse. Mais est-ce bien ce muscle que Boerhaave a voulu désigner? ne serait-ce pas plutôt le ligament ou le repli aryténo-épiglottique? Car il paraît qu'à cette époque on donnait le nom de glotte, non pas à l'espace compris entre les cordes vocales, mais à l'orifice supérieur du larynx. Ce qui est positif, c'est que Van-Swieten, dans son commentaire de l'aphorisme 802, dit qu'on peut apercevoir seulement l'extrémité de l'épiglotte , mais que rarement ou jamais on ne peut découvrir la glotte (glottidis verô rima raro vel nunquam conspici possit). Certes s'il s'était agi de ce que les modernes appellent glotte (espace compris entre les cordes vocales), Van-Swieten n'aurait pas dit que rarement la vue arrive jusqu'à elle, puisqu'il est évident que jamais elle ne peut l'atteindre.

Enfin dans son commentaire sur les aphorismes 814 et 815 de Boerhaave, relatifs à Vangina suppuratoria , Van-Swieten, en parlant des diverses espèces d'angine, s'exprime ainsi :

« Illas autem anginae species, quae numeris in textu citatis descriptae fuerunt, suppurantur nunquam vel saitem rarissimè. Cùm enim vel in pulmonali fîstula , vel circa laryngem baereat malum, et omnia inflammationis symptomata augeantur, dum Ma in suppurationem tendit, suffocabitur œger anlequam abscessus maturescere possit... . Intérim non omnino impossibile videlur nalam circa laryngem inflammationem suppurari posse; si nempe bronchotome tempestivè adhibita sustulerit suffocationis periculum. »

Van-Swieten ne ferait-il pas allusion, dans ce passage, à l'infiltration purulente ou séro-purulente du pourtour du sommet du larynx, c'est-à-dire à l'une de nos formes d'angine infiltro-laryngée?

Suivant Hoffmann (1) :

« Nimirum vetustissima est distinctio anginae generalis m inleriorem et exteriorem , sivè manifestam et occultam. Illa in interioribus nerveis et musculosis faucium tunicis consistit , et ob id neque in collo exterius.

(1) Medic. rat., tom. IV, pars I, sect. n, cap. iv, De anginà.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

nequein ore , quantum visui patet, tumor et inflammatio conspicitur , sed ardor internus, febris acuta, in graviori casu non modo spirandi, sed et deglutiendi difficultés, multumque periculi subest... » Et § ix : « Inprimis maximum suffocationis est periculum, quando musculus, qui vocatur thyro-arythenoideus , rimœ occlusioni dicatus, affeclus. »

Cullen (1) s'exprime ainsi :

« On a donné le nom d' esquinancie trachéale à V inflammation de la glotte, du larynx ou de la partie supérieure de la trachée-artère , soit qu'elle affecte les membranes de ces parties ou les muscles qui y sont adhérents. L'inflammation peut y naître d'abord et s'y fixer, ou bien s'y porter, dans le cas d'esquinancie tonsillaire ou maligne. » — « On a rarement observé cette maladie , soit primitive , soit à la suite de l'esquinancie tonsillaire ; il y en a peu d'exemples indiqués et décrits par les médecins : elle se reconnaît à un son rauque particulier de la voix , à la difficulté de la respiration , à un sentiment de constriction du larynx , et à la pyrexie qui l'accompagne. » — « D'après la nature de ces symptômes et l'ouverture des cadavres de ceux qui sont morts de cette esquinancie , on ne peut douter qu'elle ne soit inflammatoire. Néanmoins , elle ne suit pas toujours la marche des affections de ce genre ; fréquemment elle bouche tellement le passage de l'air, quelle suffoque le malade, et produit tout à coup la mort. » — Les observations qui se rapportent à cette maladie ont presque toutes été faites sur des adultes, ajoute l'auteur. Il la distingue avec soin de la laryngite polypeuse, membraneuse (ou croup).

Bo?*sieri (2), en parlant des angines aqueuses, lymphatiques, pituiteuses, œdémateuses des auteurs, angines qui affectent en général l'arrière-bouche et ne sont accompagnées d'aucun danger, ajoute :

« Negari tamen haud potest interdum hujusmodi anginas periculosas fieri, cum nempe epiglottidem , glottidem et laryngem afficiunt, aut aliter vias spiritus angustiores reddunt, vocis raucitate, aphonia, tussi, stertore, aliisque cognoscitur. »

Plusieurs faits disséminés dans les écrits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles se rapportent assez bien à l'angine laryngée œdéma-

(1) Éléments de médecine pratique, liv. II, chap. v, sect. m.

(2) Institulionum medicinœ practicœ, vol. III, p. 364. Lipsiae, 1708.

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teuse, et plus particulièrement à sa forme inflammatoire aiguë , laquelle est souvent précédée, comme nous le verrons, d'une angine gutturale plus ou moins intense, quelquefois avec tuméfaction du cou. — Malgré l'obscurité plus ou moins grande qui règne sur la nature précise de l'affection mentionnée dans ces observations , il n'est pas cependant sans importance de les signaler ici. — Plusieurs d'entre elles ont été citées par Louis dans son premier mémoire sur la bronchotomie (1).

\ . — Lanfranc (2), cité par Rivière (3), s'exprime ainsi : « ... Ponam in loco quid mini accidit in civitate Mediolani de quadam domina quinquagenaria quinta , quae squinantiam phlegmaticam patiebatur, quae totam occupavit gulam , intus et extrà, ita quod extra tumor maximus apparebat et cum his non loquebatur, nec poterat transglutire. Cum essem vocatus, tangens pulsum, in ultima inveni debi» litate ; tangens locum corruptum, sensi materiam in profundo, et cognovi quod potius suffocaretur, quàm exteriùs apostema vel interiùs rumperetur : tune mihi praeparavi rasorium , et locum palpans cum digitis, inveni maturam materiam inter mentum et epiglottum plusquam in alio loco congregatam, et vulnus ibi feci profundum, per quod de corrupta et malefœtente materia magnam partem extraxi, magnamque partem dimisi, quam tune evacuare poteram... Tune segra leniorem habuit anhelitum , pulsusque fuit fortificatus, etc... »

2. — Nicolas Rota, au rapport d'Ant. Benivenius (4), était atteint d'une esquinancie : on n apercevait ni rougeur ni tumeur au dedans ni au dehors; il respirait à peine, et rejetait par la bouche et par les narines tout ce qu'il essayait d'avaler. Le malade, paraissant voué à une mort certaine, avait été abandonné des médecins qui lui avaient donné des soins , lorsque Benivenius jugea à propos de faire de profondes scarifications sous la mâchoire et au cou ; il s'en écoula une grande quantité de sanie , ce qui rétablit la respiration et la déglutition. Le malade recouvra la santé. — (« ... locum altioribus plagis sub ipsis maxillis, ac etiam supra collum incido, ex quo cum sanies multa prorumperet, adeo morbus levatus est, ut faucibus ipsis spiritum simul , et cibum capientibus , facilis deinde ad bonam valetudinem aegro ipsi daretur regressio. » )

3. — Brasavole, dans ses commentaires sur le 4e livre d'Hippo-

(1) Mémoires de V Académie de chirurgie , in-8, t. IV.

(2) Chirurgiœ major, doclrin. 2, tract. 3, c. 5.

(3) Praxeos medicœ, lib. VI, cap. vu.— Voyez aussi Récolin, Mémoires de l'Académie de chirurgie, in-8, t. IV, p. 423.

(h) De abdit. morb. caus., c. xxxvin. — Sennerti, Praclicœ, lib. II , pars I, cap. xxiv, De anginâ. — Boneti, Polyalthes, De atiginà, t. II, p. 11.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

crate , concernant le régime des maladies aiguës, rapporte l'exemple d'un courtisan, favori d'Alphonse, duc de Ferrare, qui, s'étant couché en bonne santé, sentit à la dixième heure une douleur à la gorge, avec difficulté de respirer et d'avaler. Brasavole lui tira \ 0 à 4 2 onces de sang du bras. Un autre médecin vint ensuite, et obtint une livre de sang par une seconde saignée. Un troisième , que les amis du malade amenèrent, fit répandre la même quantité de sang. Puis ces médecins rassemblés convinrent d'une saignée aux veines sublinguales ; on appliqua ensuite des ventouses scarifiées, et malgré tous ces secours le malade mourut au bout de huit heures.

4. — Fernel ( I) donne comme une chose ordinaire de voir périr les malades, dans le cas d'esquinancie, en dix-huit heures. — «Hoc seepe vidimus sublatum segrotum horis octodecim , constante mente integrisque sensibus. »

5. — Louis Duret, dans ses scolies sur le livre des maladies internes de Houllier, a vu mourir subitement un homme, trois heures après qu'on l'eut saigné, pour une inflammation aux muscles de la partie droite du larynx, laquelle ne se manifestait pas à la vue, mais seulement par une douleur lorsqu'on touchait le cou extérieurement.

6. — Rodrigues a Fonsecafi) parle de l'esquinancie dont une femme vigoureuse fut attaquée à l'âge de trente ans. Vers la dixième heure du jour, elle sentit une douleur de gorge. Elle respirait très difficilement et ne pouvait se tenir qu'assise ; la déglutition était entièrement empêchée ; cependant on n'apercevait ni rougeur ni tumeur dans le gosier. La voix était éteinte et les yeux saillants. Rodrigues, appelé sur-lé^ champ, fit tirer une livre de sang de la veine céphalique du bras droit ; deux heures après, on en tira une pareille quantité du bras gauche. Le mal ne diminuait pas; au bout de trois heures, on pratiqua une saignée de 4 0 onces au bras droit. Les symptômes persistant , on recourut à la saignée des ranules , aux ventouses scarifiées derrière les oreilles, sous le menton et partout le corps, depuis les pieds jusqu'aux bras. On fit au cou des embrocations avec de l'huile d'amandes douces tiède, des lavements âcres furent administrés, et, malgré tous ces secours, la malade mourut au bout de dix heures — Elle ne voulut pas se soumettre à l'opération de la bronchotomie.

7. — Tulpius (3) cite un matelot qui succomba rapidement à une angine suffocante, malgré les secours les plus actifs; les veines des deux bras furent ouvertes, les ranules furent incisées ; les ventouses, les gargarismes, les lavements, les cataplasmes et d'autres moyens furent mis en usage et avec célérité.

8. — Sydenham (4) parle de l'esquinancie, avec enflure des amyg-

(1) Patkol., lib. V, cap. ix.

(2) Consultât, medic, t. I, cons. xxn.

(3) Observ. medic. , lib- 1, cap. li, p. 96.

(U) OEuvres de médecine pratique, sect. vi, chap. vm.

HISTORIQUE

dales,dela luette, du pharynx etdu larynx, comme d'une maladie extrêmement dangereuse et qui enlève quelquefois le malade en peu d'heures.

9. — Au rapport de Verduc{\), un boulanger, étant venu à Paris vendre son pain, fut attaqué d'une esquinancie si violente, que l'on ne croyait pas qu'il pût passer la nuit. Binart, maître -chirurgien , pratiqua une simple paracentèse à la trachée-artère, et le malade fut enétat de retourner chez lui vingt-quatre heures après.

10. — Van-Swieten (2) a vu un homme de cinquante-cinq ans qui périt en peu d'heures , nonobstant les secours de tout genre qui lui furent apportés. Chez ce malade, la déglutition était difficile et la voix striduleuse. — Le même auteur rapporte que Boerhaave avait eu connaissance d'un homme qui, au milieu d'un repas, fut pris subitement d'acuité dans la voix, et qui périt avant qu'aucun secours pût lui être donné, et pendant que les convives croyaient que l'altération de sa voix n'était qu'une sorte de plaisanterie à laquelle il se livrait.

41. — Mead (3) parle d'une angine aqueuse qui régna épidémiquement dans la principauté de Galles; plusieurs malades périrent dans l'espace de deux à trois jours.

4 2. — Tissot (4) fait mention d'une esquinancie dans laquelle les parties les plus voisines de la glotte, « c'est-à-dire, de l'entrée du canal de la inspiration , » la glotte elle-même, ainsi que les amygdales, la luette, la base de la langue, sont enflammées. C'est, dit-il , une des maladies les plus dangereuses et les plus horribles. « Le visage est enflé et enflammé , tout l'intérieur de la gorge l'est également, le malade n'avale quoi que ce soit, il respire avec une peine et une angoisse qui, jointes à l'engorgement du cerveau, le jettent dans une espèce de délire furieux ; la langue enfle et sort de la bouche , les narines sont dilatées pour respirer; tout le cou, jusqu'au-dessus de la poitrine , est excessivement gonflé; le pouls est très fréquent, très faible, et souvent intermittent; le malade n'a point de forces et meurt ordinairement le second ou le troisième jour. » Tissot dit avoir vu souvent cette espèce d'angine en Languedoc. — « Quelquefois, ajoute t-il, le mal quitte les parties intérieures, et se jette à l'extérieur. La peau du cou et de la poitrine rougit et devient douloureuse, et le malade se trouve mieux. » — « D'autres fois le mal quitte la gorge, mais c'est pour se porter au cerveau ou sur le poumon. L'un et l'autre de ces deux derniers cas sont mortels, quand on n'a pas sur-le-champ de très bons secours, qui sont même fort souvent inutiles. * — Dans cette dangereuse espèce d'angine, « il faut, dit Tissot, faire quatre ou cinq saignées dans peu d'heures , et quelquefois on est obligé d'y re-

(1) Traité des opérations.

(2) Comment, ad aphor., 802.

(3) Monit. et prcrcept. med., cap. iv; édition française, 177A, t. II, p. 2A9. (k) Œuvres choisies annotées par Halle, 1. 1, p. 166-171.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

venir. Quand elle est au degré le plus considérable, tous les remèdes sont le plus souvent inutiles, mais il faut les tenter. » Les ventouses scarifiées appliquées autour du cou, après deux ou trois saignées, sont souvent extrêmement utiles. « Dans des cas presque désespérés, quand le cou est extrêmement gonflé , une ou deux incisions profondes, faites avec un rasoir sur cette enflure extériéure, ont sauvé le malade. »

4 3. — En 4 774, le docteur Vidal (4) sauva, par la bronchotomie, un homme âgé de vingt-cinq à trente ans, sur le point d'être suffoqué par une angine sans gonflement apparent à l 'extérieur du cou, ni dans le fond de la bouche. Le même auteur parle de trois autres adultes qui succombèrent en vingt-quatre à trente-six heures à la même affection.

4 4. — Houdry (2) fut appelé en 4 783 au secours d'un marinier atteint, dit-il, d'une angine œdémateuse, avec suffocation et tuméfaction considérable du cou. Plusieurs saignées échouèrent, mais de profondes scarifications sur le cou eurent un plein succès. (Nous reviendrons sur cette intéressante observation. Voyez Traitement.)

« En plus de trente années de pratique, dit Houdry, je n'ai observé que deux fois cette espèce de maladie avec des symptômes aussi pressants. »

Sous le titre d'observations sur Y angine œdémateuse, Ferrière (3) rapporte les deux faits suivants, dont nous ne signalons que les principaux détails :

4 5. — Vers la fin de novembre 4 778, un homme âgé de soixante ans environ , d'un tempérament phlegmatique , et sujet à l'enflure des jambes, fut atteint d'un mal de gorge; le cou était gonflé de manière qu'il était presque de niveau avec la base du menton. Le malade respirait à peine, ne pouvait rien avaler, et articulait difficilement quelques mots. « Je voulus le faire asseoir sur son lit, dit l'auteur, pour examiner le fond de sa bouche, mais il ne fut pas plutôt posé sur son siège que sa respiration s'intercepta , son visage devint violet, il frappa plusieurs fois des mains sur son lit, les porta au cou, et expira en moins de dix secondes en se renversant fortement en arrière. Je portai mon doigt dans la bouche que je trouvai fraîche, pleine d'eau et de glaires ; en abaissant la langue, je ne pus rien distinguer que le gonflement général de toutes les parties : celui du voile du palais et de la base de la langue était si considérable , qu'à peine mon doigt pouvait y passer; je trouvai au-dessus du voile du palais deux cloches pleines d'eau que je déchirai. » L'ouverture du cadavre ne fut pas permise.

(1) Journal de médecine de Vandermonde, t. XXXVIII, p. 358.

(2) Id., t. LXI, p. 483.

(3) ld., t. LXII, p. 248 et 249.

HISTORIQUE

16. L'année suivante, au mois de septembre, le môme praticien fut appelé auprès d'un homme âgé de cinquante ans, d'un tempérament phlegmatique, et habitant un petit hameau situé dans un marais, et environné de fossés toujours pleins d'eau. L'état de ce malade était le même que celui du sujet précédent. La broncholomie fut pratiquée et réussit complètement.

Terminons ce rapide exposé par l'observation suivante à laquelle s'attache un vif intérêt :

17. — L'illustre Washington ( 1 ) avait atteint sa soixante-huitième année lorsque , dirigeant des travaux sur son habitation (13 décembre 1799), il fut exposé à une petite pluie qui lui mouilla la nuque et les cheveux. Il passa l'après-midi sans rien éprouver; mais, dans la nuit, survint un frisson violent, avec une légère douleur et un sentiment de constriction dans la partie supérieure et antérieure de la gorge. Toux , très peu d'expectoration, déglutition plus difficile que douloureuse, respiration courte et laborieuse. Cette nuit même une saignée de 12 à 14 onces fut pratiquée. Déjà, vers onze heures du matin, l'état du malade était très alarmant. Deux autres saignées abondantes furent faites coup sur coup; un vésicatoire fut placé sur la partie malade; deux doses modérées de calomel furent administrées et suivies d'un lavement; quelques évacuations eurent lieu ; mais il ne résulta de ce traitement aucun avantage; la respiration devint encore plus difficile. Vers trois heures et demie, une quatrième saignée fut pratiquée; elle fut de 32 onces environ ; elle n'apporta pas le plus léger soulagement. On fit inspirer fréquemment de la vapeur d'eau et de vinaigre; on donna des grains de calomel , suivis de 5 ou 6 grains de tartrite antimoniéde potasse par petites doses. Ces médicaments ne produisirent d'autre effet qu'une abondante évacuation alvine. Cependant les forces paraissant, diminuer considérablement, on appliqua des vésicatoires aux extrémités et un cataplasme de son et de vinaigre sur la gorge. La pa-

I rôle, qui avait été pénible dès le commencement de la maladie, était alors presque impossible ; la respiration devint de plus en plus laborieuse , imparfaite et entrecoupée , et la mort arriva à onze heures et demie, dans la nuit du 14, le malade ayant conservé toute sa présence d'esprit jusqu'à ce moment. (La nécropsie ne fut pas faite.)

Cette maladie n'a duré que vingt- quatre heures environ. — Le Croup des adultes ou des vieillards ne marche pas avec cette excessive rapidité. — Étant admis comme infiniment probable, sinon comme certain, que Washington a succombé à une angine laryngée

(1) The médical repository of New-York, vol. III, p. 311. — Third sup« plement to the Philad. medic. and phys. journ., p. 252. — Valentin , Traité \ du croup, p. 376. — The cyclopedia of practical médiane, vol. III, p. 17.

1k CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.

œdémateuse de forme inflammatoire aiguë, nous trouvons ici un remarquable exemple de l'insuffisance des saignées abondantes et répétées coup sur coup dans le traitement de celte affection. Quatre larges saignées, qui enlevèrent 80 à 90 onces de sang (mesure anglaise), furent pratiquées entre la nuit et trois heures environ de l'après-midi du jour suivant, et elles ne produisirent pas la plus légère amélioration ; bien plus, la maladie ne fit que s'aggraver de moment en moment. — Combien il est à regretter que la trachéotomie, proposée alors par le docteur Dick, n'ait pas été acceptée par ses confrères !

Dans les observations qui précèdent, nous voyons :

1° Des adultes succomber rapidement à une inflammation delà gorge.- — Or, une angine gutturale simple se termine fort rarement, et par elle-même, d'une manière funeste, — et comme d'ailleurs il n'est fait mention, chez ces malades, ni de fausses membranes, ni de gangrène de l'arrière-bouche, il nous paraît très probable qu'ils étaient affectés d'une angine laryngée œdémateuse subordonnée à une inflammation aiguë et simple de la gorge.

2° D'autres adultes, auparavant bien portants, ont été promptement enlevés par une angine, saris que V arrière- bouche parût affectée. — Il ne s'agit pas ici d'une laryngite érythémateuse ; car cette espèce de laryngite, ordinairement liée à une angine gutturale aiguë , n'entraîne presque jamais la mort des adultes. — Il s'agit encore moins du croup ; car, chez les adultes, cette affection est presque toujours précédée d'une inflammation pseudo-membraneuse de la gorge ; — et d'ailleurs, chez eux, le croup ne marche pas avec autant de rapidité. — Nous sommes dès lors fort disposé à croire que les malades dont nous parlons ont été atteints d'une angine laryngée œdémateuse succédant à une inflammation aiguë du sommet du larynx.

3° Et cette angine laryngée œdémateuse nous paraît presque démontrée chez quelques adultes leucophlegmatiques, affectés de suffocation laryngée, avec énorme infiltration du cou, avec engorgement œdémateux de l'arrière-bouche, et présence de cloches pleines dJeau sur le voile du palais.

HISTORIQUE

Mais, le premier, Morgagni a décrit d'une manière assez exacte la lésion caractéristique de l'angine laryngée œdémateuse, savoir : l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques ; seulement il n'en a pas indiqué les symptômes, et ajoutons qu'il n'en a pas reconnu toute la gravité, puisqu'il attribue la mort des malades plutôt à l'apoplexie séreuse qu'à la lésion même du sommet du larynx.

Ainsi, dans sa IVe lettre {De l'apoplexie séreuse, § 2U), il parle d'un charcutier affecté d'un gonflement très considérable à la joue gauche, et qui s'étendait jusqu'au-dessous du menton et de l'oreille. La mort fut presque subite. — A l'ouverture du cadavre, on trouva les tissus qui recouvrent la parotide engorgés de sérosité; du sang comme extravasé avait tacheté la face postérieure du pharynx et d'autres parties intérieures du cou. Les membranes qui tapissent la racine de la langue, les amygdales et tout V extérieur du larynx, étaient très engorgés d'une sérosité visqueuse et jaunâtre, de telle sorte cependant que les amygdales elles-mêmes, et l'intérieur du pharynx et du larynx, étaient dans l'état naturel.

a Conspectse igitur sunt membranae quas linguae radicem, tonsillas, et exteriorem undique laryngem convestiunt, lento subflavo sero plurimum turgidae sic tamen, ut tonsillse ipsae, et canalium quos memoravimus, interiora secundum naturam se haberent. »

L'infiltration des replis aryténo-épiglottiques n'est ici , comme on le voit, qu'assez vaguement décrite ; mais elle l'est beaucoup plus exactement dans les deux observations qui suivent.

La première est rapportée dans la même lettre (§ 26). Il s'agit d'un paysan âgé de quarante ans environ, atteint d'une affection qui paraît avoir été la fièvre typhoïde des auteurs modernes. — A l'ouverture du cadavre, on trouva, entre autres lésions, une tumeur à peu près de la grosseur d'une noix, occupant, avec la gencive à | laquelle elle était continue, la partie droite du palais, à l'endroit où j l'une des dents molaires était extrêmement cariée; cette tumeur était ! remplie de pus. La membrane qui recouvre le voile du palais et les parties contiguës, ainsi que l'extérieur du larynx jusqu'au sommet

16 CONSIDÉRATIONS PRELIMINAIRES

de l'épiglotte, était livide au dernier degré, déchirée, et laissa voir, après qu'elle eut été incisée, une infinité d'espèces de cellules dont les parois, minces et un peu rouges, étaient distendues par une sorte de gélatine. Ce qui était au-dessous de ces cellules paraissait être sain ; mais la face interne du larynx, près de la glotte, était teinte d'une couleur rougeâtre, et les côtés mêmes de la glotte, qui du reste avaient la couleur blanchâtre ordinaire, étaient beaucoup plus rapprochés qu'ils ne le sont habituellement.

« Porro membrana qua uvula, et contiguae partes, atque exterior larynx ad extremum usque epiglottidis apicem conteguntur, cum in summo Hvida erat , tum concisa innumeras quasi cellulas sub se oston dit , quarum tenues, et subrubri parietes quadatn , ut sic dicam , gelalina cellulas complente, distendebantur. Quee his cellulis suberant, ea quidem sana apparebant ; at interior tamen laryngis faciès subrubro colore prope glottidem infecta erat, ipsaque glottidis latera, quse caeteroquin albicabant, ut soient, multo magis quam soleant, connivebant. »

Dans sa XLIVe lettre (§ 3) , Morgagni parle d'un charpentier âgé d'environ trente-trois ans, qui succomba à une violente angine inflammatoire malgré des saignées répétées. — A l'ouverture cadavérique, on trouva la membrane qui recouvre les tonsilles épaissie par de la sérosité, semblable à de la gélatine jaunâtre. — L 'épiglotte était tuméfiée par de la sérosité et du sang ; puis l'auteur décrit une lésion qui rappelle les bourrelets de l'angine œdémateuse inflammatoire. En effet, il s'élevait de chaque côté du sommet du larynx une protubérance un peu moins g?*osse que l'épaisseur du petit doigt, etc. « Vous auriez dit deux condylomes enflammés.., »

« In singulis enim lateribus se attollebat in singulas protuberantias paulo minori quam digiti minimi crassitudine. Hae ab regione imge basis cricoidis cartilaginis profectse , et inter ascendendum convergentes, eo usque perveniebant, ut altitudinem cartilaginum arytsenoidum aliquanto superarent, ab his tamen , ab eaque summa laryngis parte omnino sejunctse, reliquse inferiori adhaerentes. Duo inflammata condylomata esse dixisses, formam et colorem aspiciens, eumdem videlicet atque ad epiglottidem descripsi , nisi quod in his plus erat ex coccineo, minus ex fusco. »

Nous trouvons enfin dans Bichat la description parfaitement exacte de l'infiltration aryténo-épiglottique, et cet illustre auteur semble croire que les symptômes de cette lésion redoutable étaient

historiqui:. 17 connus des médecins de son temps. Ainsi, dans son Anatomie descriptive (t. II, p. 399), après avoir décrit la membrane muqueuse qui tapisse le larynx, Bichat ajoute « que la portion qui forme l'ouverture supérieure du larynx est soumise à une espèce particulière d'engorgement séreux qui ne se manifeste en aucun autre endroit, et qui, épaississant beaucoup ses parois, suffoque souvent en très peu de temps les malades. Lesauleurs, dit-il, ont indiqué les symptômes de celte angine particulière ; mais ils ne connaissentpas l'état anatomique que présentent alors les parties. » — Plus loin (p. Zi04) , Bichat rend compte de plusieurs expériences faites sur des chiens, et dans lesquelles il pratiquait des incisions au-dessous de la langue et perçait l'épiglotle, et il ajoute : a Une fois un des chiens soumis à cette expérience est mort, le lendemain, d'une angine séreuse, exactement analogue à celle qui suffoque tout à coup les malades, et qui a son siège dans les deux replis de la membrane muqueuse étendus entre les aryténoïdes et l'épiglotle. »

À l'exception des descriptions et des indications anatomiques de Morgagni et de Bichat, on voit combien, avant Bayle, les documents relatifs à l'angine laryngée œdémateuse étaient vagues et imparfaits, et combien, par conséquent, nous avons raison d'attribuer à cet auteur la découverte de l'affection dont nous parlons, puisque, le premier, il en a très nettement décrit à la fois les lésions et les symptômes.

§ iv.

Cinq années s'étaient écoulées depuis la lecture de Bayle, lorsque le docteur Finaz, de Seyssel, publia, dans sa thèse (1J, une observation d'angine laryngée œdémateuse fort intéressante à noter, puisque l'auteur indique, le premier, l'emploi du toucher dans le but de reconnaître l'état du sommet du larynx... « Le doigt, porté jusqu'au cartilage épiglotlique, ne me fit rien reconnaître de particulier, » dit-il. — Une autre circonstance qui augmente encore l'intérêt attaché à cette observation, c'est que le docteur Finaz est

(1) Quelques observations chirurgicales recueillies à l'Hôtel-Dieu de Lyon, 1813, n° 78, p. 9.

18 CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

aussi le premier qui ait proposé la sonde de gomme élastique dans le cas d'angine laryngée œdémateuse.

Huit années après la lecture du mémoire de Bayle, M. Tuilier, qui, dit-il , n'avait pu prendre connaissance de ce travail, présenta devant la Faculté de médecine de Paris sa dissertation inaugurale, intitulée : Essai sur V angine laryngée œdémateuse, 1815. Cet auteur, aujourd'hui médecin distingué à Limoges, a le premier réussi à constater à l'aide du toucher la présence des bourrelets aryténo-épiglottiqius (VIe observation); et, le premier aussi, il a insisté sur ce mode précieux d'exploration.

En lisant les écrits de Bayle et de M. Tuilier, il est facile de reconnaître que ces auteurs n'ont signalé que certaines formes de la maladie; nous n'y trouvons nulle part l'angine œdémateuse subordonnée à V inflammation aiguë de la gorge. Cette variété, qui joue aujourd'hui un rôle fort important, vaguement indiquée par plusieurs auteurs anciens, a été, pour la première fois, exactement décrite par M. Bouillaud (1) ; et M. Bayer a insisté sur ce point intéressant dans son article du Dictionnaire de médecine (2).

Enfin, c'est seulement dans ces dernières années que les auteurs ont positivement démontré , a l'aide de quelques faits , l'existence de X œdème simple et non phlegmasique du sommet du larynx.

Plus tard , nous indiquerons les principales circonstances historiques qui se rattachent à chacune des parties de l'étude de l'angine laryngée œdémateuse.

(1) Archives de médecine, 1825, t. VII, p. 175.

(2) 1826, t. IV, p. 241.

BIBLIOGRAPHIE

lo Divers écrits antérieurs au mémoire de Bayle.

(Voyez Historique.)

2o Mémoires, Recherches , Considéra lions, etc.

Bayle (G.-Ii.). Mémoire sur V oedème de la glotte, ou angine laryngée œdémateuse. — Nouveau journ. de méd., t. IV, p. 3. Janvier 1819.

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Bouiliaud. Recherches et observations -pour servir à V histoire de l'angine œdémateuse. — Archives génér. demédec, lre série, 1825, t. VII, p. 174.

Dubreuil. Réflexions sur l'angine laryngée œdémateuse aiguë. — Mémorial des hôpitaux du Midi, 1. 1, p. 28. 1829.

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Bricheteau. Nouvelles recherches sur la maladie appelée angine aqueuse, angine laryngée œdémateuse, œdème de la glotte, angine sous-muqueuse. Archives de méd., 3e série, t. XII, p. 314. 1841.

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de Montpellier, t. IX, p. 1. 1844.

Fleury (louis) Des causes, de la nature et du traitement de l'angine laryngée œdémateuse. Journ. de méd., t. II, p. 12. 1844.

Szafkowski-Rufin. Quelques mots sur l'angine laryngée œdémateuse.

Gazette médic. de Montpellier, 1844, p. 81 et 151.

De X-asiauve. De V angine laryngée œdémateuse. Mémoire publié, partie dans l'Expérience, partie dans les Annales de la chirurgie française et étrangère, t. XII, p. 313, 1844, et t. XIV, p. 42, 1845. — L'auteur, ayant fait tirer à part ce mémoire, a eu l'extrême obligeance de nous en envoyer un exemplaire.

Valleix. Mémoire sur l'œdème de la glotte. Mémoires de l'Acad. royale de médecine, t. XI, p. 82. 4 845.

— Quelques considérations sur les causes et le traitement de l'œdème de la glotte. Bull, de thérap. , t. XXVIII, p. 10. 1845.

Peyraud. Note sur quelques cas d'angines laryngées œdémateuses observés à V Hôtel-Dieu de Lyon en mars 1847. Journ. de médec.

de Lyon, 2e série, t. I. Mai 1847.

Gordon-Buck. Du traitement de l'angine laryngée œdémateuse pâlies scarifications de la glotte et de l'épiglotte. The transac. of the Americ. med. associât., vol. I. 1848. — Revue médico-chirurgie, t. VIII, p. 281. -Bullet. de thérapeutique, t. XXXIX, p. 15. — Archives de médec, 4e série, t. XXV, p. 227.

Bartlett. The history, diagnosis, and treatment of œdematous laryngitis. Louisville, 4850.

Nous avons lu à l'Académie de méde-

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