‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 34 sur 150 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

AFFECTIONS AUTRES QUE CELLES DE LA GORGE, DU LARYNX OU DES TISSUS VOISINS.

L'angine infiltro-laryngée est apparue maintes fois dans le cours ou pendant la convalescence de diverses maladies autres que les précédentes. Ces maladies ont-elles exercé quelque influence sur son développement, et par quel mécanisme ? — Inutile de faire remarquer toute l'importance de ce genre de recherches, puisque nous apprendrons ainsi ce que nous aurons à redouter de telle ou telle de ces affections au point de vue de l'infiltration laryngée.

La broncho-trachéite ne nous a paru jouer ici qu'un rôle obscur et fort secondaire ; signalons cependant deux cas où l'inflammation a peut-être remonté des bronches et de la trachée jusqu'au larynx, où elle s'est bientôt compliquée d'infiltration. (Voyez Laryngite aiguë superficielle.)

ÉTIOLOGIE.

L'œdème aryténo-épiglottique est survenu chez une petite fille de six ans, qui, au début d'une coqueluche, fut atteinte d'angine gutturale aiguë (Benoît, n° 1).

§ ni.

On l'a également signalé chez une femme affectée de grippe et de péritonite puerpérale (Cazeaux). Nous ignorons si la gorge était à l'état sain , et si le larynx n'était pas le siège de lésions antérieures à l'apparition de la grippe.

L'angine infiltro-laryngée s'est développée une fois seulement pendant la convalescence et neuf fois dans le cours d'une pneumonie aiguë.— Cinq fois chez l'homme, et deux fois chez la femme; les trois autres sujets appartenaient à l'enfance. — - Sur les trois enfants, deux étaient âgés de U et de 6 ans : l'âge du troisième n'a pas été spécifié. Quant aux autres malades, six d'entre eux avaient de 18 à U9 ans ; le dernier était un vieillard de 71 ans.

Or, l'influence de la pneumonie nous a paru peu marquée. En effet : d'abord dans la pneumonie ordinaire, le larynx n'est pas affecté ; — ensuite, chez le très petit nombre de malades qui, dans le cours de cette affection d'ailleurs si commune, ont été atteints d'infiltration laryngée, le larynx, la gorge ou les tissus voisins étaient presque toujours le siège de lésions inflammatoires diverses auxquelles on pouvait attribuer avec juste raison celte infiltration. — Nous soupçonnons cependant que l'influence de la pneumonie , n'est pas tout à fait nulle, puisque des malades affectés de nécrose ' du larynx , d'ulcérations chroniques du pharynx , d'engorgement ganglionnaire ou de tumeur squirrheuse dans le voisinage de ces organes, n'ont été atteints d'infiltration laryngée qu'après l'invasion d'une pneumonie. N'est-il pas dès lors probable que les poumons enflammés, en réagissant sur le larynx, c'est-à-dire sur le sommet des voies respiratoires, ont eu une certaine part au développement de son œdème ?

Sur les neuf malades dont la pneumonie s'est compliquée d'angine laryngée œdémateuse, il en est trois chez lesquels la phlegmasie pulmonaire a été traitée par le tartre stibié à haute dose. Ce raédica-

PNEUMONIE. — (JAiNGRÈiNE PULiVlONAlliE. — PLEURÉSIE. 10 1

ment, ainsi administré, occasionnerait-il parfois l'œdème inflammatoire du sommet du larynx, comme on le voit maintes fois déterminer une angine pustuleuse? Avant de répondre à cette question, indiquons les principales circonstances des trois observations dont il s'agit.

Un jeune homme de dix-huit ans fut atteint d'une pleuro-pneumonie que l'on traita, entre autres moyens, à l'aide du tartre stibié à la dose de 6 , puis de 4 grains , répétés plusieurs jours de suite. Il entra en convalescence après un assez grand nombre de jours ; et ce fut seulement alors que l'angine laryngée œdémateuse apparut en môme temps qu'une violente récidive de la pleuro-pneumonie. — Outre l'infiltration purulente du larynx et un foyer également purulent placé i derrière la membrane thyro-hyoïdienne, on trouva une ulcération allongée sur le bord libre de chaque repli aryténo-épiglottique , et trois ulcérations lenticulaires sur la surface laryngée de l'épiglotte (Legroux, n° 3).

Dans ce cas, l'influence du tartre stibié à hautes doses nous paraît fort douteuse ; car il y avait déjà longtemps qu'on avait cessé l'emploi de ce médicament lorsque l'angine infiitro -laryngée se développa. — On peut cependant se demander si les ulcérations des replis et de répiglotle n'ont pas été occasionnées elles-mêmes par le tartre stibié? N'auraient-elles pas été plutôt le résultat de l'action de l'ongle qui fut employé, pendant la vie du malade, dans le but d'évacuer le liquide infiltré ?

Une femme de quarante-deux ans, atteinte de pleuro-pneumonie , fut traitée à l'aide d'une potion avec 60 centigrammes, puis avec 1 gramme de tartre stibié. Ce fut quatre à cinq jours après la cessa tion de ce médicament qu'apparut une légère inflammation de l'arrière- I bouche, bientôt suivie d'angine laryngée œdémateuse. — On trouva des altérations profondes des cartilages du larynx, altérations qui, certainement, avaient précédé l'invasion de la pneumonie et de l'angine gutturale (Bricheteau, n° 2).

Le tartre stibié n'aurait-il pas été ici pour quelque chose dans l'apparition de l'inflammation gutturale , laquelle, agissant à son tour sur un larynx déjà profondément lésé, aurait été la cause déterminante de son infiltration ?

Un homme de vingt- cinq ans, affecté de pneumonie, prit 30 grains de tartre stibié en trois jours. Au cinquième jour de la maladie apparut

ÉTIOLOGIE.

une inflammation aiguë de l'arrière-bouche, presque immédiatement suivie d'angine œdémateuse (Benoît, n° 2).

Le tartre stibié aurait-il, chez ce sujet, occasionné l'inflammation de la gorge, puis l'œdème laryngé ? Rappelons que la phlegmasie gutturale est apparue immédiatement après l'administration du médicament.

Cependant si nous remarquons que des pneumoniques ont été atteints d'angine gutturale, puis d'œdème sus-glottique, sans avoir été traités par le tartre stibié à haute dose ; si surtout nous avons égard au grand nombre d'affections diverses qui ont été traitées de cette manière sans qu'il en soit résulté une angine gutturale avec œdème laryngé, nous serons peu disposé à attribuer au tartre stibié à haute dose quelque influence notable sur le développement de cet œdème. — « C'est là cependant un point de médecine pratique sur lequel nous appelons de nouvelles recherches.

Une gangrène pulmonaire, circonscrite ou diffuse, a été constatée sur trois individus du sexe masculin : chez l'un, le larynx était le siège d'une production accidentelle de consistance Iardacée (Trousseau, n° 1) ; — chez l'autre, la région droite du larynx était atteinte de gangrène, et sur le côté correspondant du cou existait une tumeur allongée et squirrheuse (l'auteur). — Le troisième sujet, enfin, était affecté d'un anévrisme de la région postérieure de la crosse de l'aorte. Georges Green, qui rapporte ce fait, signale seulement l'œdème de la glotte sans spécifier d'ailleurs l'état du larynx.

Plusieurs fois, l'angine œdémateuse est apparue chez des individus convalescents ou atteints d'épanchement pleurétique, le plus ordinairement lié à la pneumonie ou aux tubercules pulmonaires. — Signalons en particulier un malade chez qui l'épanchement fut suivi d'une infiltration séreuse considérable du cou et de la face. Cette observation de M. Benoît (n° 6) manque de détails propres à nous faire connaître la cause de l'infiltration extérieure et celle qui a présidé à l'apparition de l'angine œdémateuse.

tuberc, pulm.— maladies organ. du coeur et de l'aorte. 103

§ vu.

Cette angine s'est montrée dix-huit fois chez des individus atteints de tubercules pulmonaires ; quatorze d'entre eux étaient affectés de laryngite chronique. Ainsi, la phthisie pulmonaire tuberculeuse devient très particulièrement une cause d'angine œdémateuse par l'intermédiaire d'une laryngite chronique. — Chez les quatre autres tuberculeux, on trouva : dans un premier cas, des ulcérations sur la muqueuse des bords de la glotte sans que nous puissions dire si elles étaient aiguës ou chroniques ; dans un second cas, une vaste ! tumeur tuberculeuse au cou, et un foyer purulent et gangréneux | sur l'un des côtés du larynx. — Enfin, chez deux enfants tuberculeux, le point de départ de l'infiltration laryngée a été : chez l'un, une gangrène de l'arrière-bouche, et, chez l'autre, une inflammation aiguë du sommet du larynx, avec un vaste foyer purulent ! extérieur à cet organe.

§ VIIÏ.

Il est digne de remarque que les individus affectés de maladie organique du cœur sont fort rarement atteints d'angine laryngée œdémateuse. — Nous ne connaissons, en effet, que cinq cas de cette espèce. Les sujets étaient du sexe masculin, et âgés de ôfr, de 60 et de 70 ans; l'âge des deux autres malades n'a pas été spécifié. — Trois d'entre eux étaient atteints d'anasarque; le quatrième d'hydrothorax; il n'a été fait mention ni d'anasarque ni d'épanchement séreux chez le cinquième.

D'une autre part, on trouva : — chez l'un de ces cinq sujets, des ulcérations nombreuses et superficielles, et une rougeur très vive de la membrane muqueuse du larynx (Fournet, n° 1) ; — chez un autre, les replis aryléno-épiglottiques infiltrés de sérosité purulente (Lacaze-Duthiers, n° 2) ; — chez le troisième, une inflammation aiguë de la gorge (Pidoux) ; — chez un quatrième sujet (Jackson), ni l'arrière-bouche, ni le larynx, ni les tissus voisins, ne présentèrent de lésion inflammatoire ; en sorte que nous serions disposé à croire que l'œdème laryngé a été réellement ici le résultat de l'extension pure et simple au larynx de l'infiltration séreuse qui occupait déjà depuis quelque temps diverses régions du corps, le cou en particulier, si nous ne soupçonnions que les médicaments irritants dont le malade a fait usage ont pu déterminer, à leur

ÉTiOLOGiE.

passage dans la gorge, un commencement de phlegmasie dont les traces auraient disparu après la mort ; — une cinquième observation, enfin, ne contient aucun détail sur l'état du larynx et de la gorge ; mais suivant son auteur (Barrier, n° 2), elle semblerait démontrer que l'anasarque par maladie du cœur s'étend parfois jusqu'au larynx.

D'après les faits précédents, tout en admettant la grande rareté de l'œdème laryngé dans le cours des maladies organiques du cœur, il nous paraît cependant qu'elles peuvent devenir la cause de cet œdème : — tantôt en occasionnant une diathèse séreuse qui finit par envahir le larynx ; — tantôt surtout en imprimant un caractère séreux aux inflammations intercurrentes de l'arrière-bouche ou du larynx. — Aussi tiendrons-nous comme fort suspecte toute phlegmasie gutturale ou laryngée survenant chez des individus atteints de maladie organique du cœur, avec anasarque ou épanchements séreux.

L'angine œdémateuse s'est développée chez deux hommes âgés de 46 et de 48 ans, affectés d'un anévrisme de la crosse de l'aorte (Georges Green). — Chez l'un, la bronche gauche était comprimée et altérée par la tumeur anévrismatique j une inflammation s'étendait de là au larynx ; en outre, le poumon gauche était frappé de gangrène. — Chez l'autre, les veines jugulaires, celles de la poitrine et des bras étaient gonflées ; les lèvres et le cou-de-pied des deux côtés étaient œdématiés; le cœur était hypertrophié et dilaté. — Il semblerait donc, d'après ces deux faits, qui manquent d'ailleurs de détails suffisants, que l'anévrisme de la crosse de l'aorte peut favoriser le développement de l'angine infiltro-laryngée , soit en occasionnant une inflammation ascendante des bronches au larynx, soit en gênant la circulation veineuse du cou.

Deux individus convalescents de congestion cérébrale ont été affectés d'infiltration laryngée: l'un à la suite d'une légère inflammation gutturale; l'autre consécutivement à un « mal de gorge » peut-être rhumatismal.

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