ARTICLE VI. — -MALADIES DES BRONCHES, DES POUMONS ET DU COEUR
Toute affection , essentiellement caractérisée par une dyspnée intermittente ou rémittente , offre avec l'angine infillro-laryngée une analogie plus ou moins marquée. Mais il faut établir sous ce rapport une très grande différence entre la dyspnée intermittente laryngée et la dyspnée intermittente thoracique. Celle-ci est assez généralement facile à distinguer de la première ; aussi ne dironsnous que quelques mots sur ce point de diagnostic différentiel.
Rappelons, par exemple, que chez une phthisique, de violents accès de suffocation furent expliqués par la présence d'une concrétion fibrineuse d'environ un pouce et demi de longueur et de quatre à cinq lignes de diamètre, qui adhérait intimement à l'éperon des bronches primitives, de manière que son extrémité droite, arrondie en forme de champignon, faisait quelquefois bascule sur l'éperon et oblitérait momentanément ainsi la bronche droite (Laè'nnec (2) ).
Un accès à'asthme, par son invasion ordinairement au milieu de la nuit, par l'extrême difficulté de l'inspiration, par la position qu'affecte le plus souvent le malade pour respirer avec moins de peine, par la faiblesse du murmure respiratoire, etc., rappelle assez bien un accès de suffocation par angine œdémateuse, — Mais les antécédents serviront à éclairer le diagnostic : d'ailleurs le malade rapporte à la poitrine, et non pas au larynx, la suffocation qu'ij
(1) Gazette des hôpitaux, 1849.
(2) Traité de l'auscultation, t. I, p. 261, 2e édition.
éprouve. Signalons aussi les phénomènes si tranchés que Tauscullaiion et la percussion révèlent dans l'emphysème pulmonaire (cause si fréquente d'asthme), la nature des matières expectorées, la persistance du timbre de la voix, etc. Le loucher du sommet du larynx dissiperait, le plus ordinairement, toute espèce de doute.
Il est cependant deux circonstances qui pourraient induire en erreur :
Un accès d'asthme survient chez un malade atteint déjà de laryngite chronique; l'existence de cette dernière affection dispose tout naturellement à croire que l'accès de suffocation est dû à une angine laryngée œdémateuse.
Cette angine se développe chez un individu qu'on sait être affecté d'asthme, et l'on attribue à celte dernière maladie la suffocation, qui est réellement due à l'angine œdémateuse intercurrente. — M. Fournet (n° 2) a cité un cas remarquable de ce dernier genre d'erreur. Il s'agit d'un homme âgé de soixante ans atteint d'un emphysème pulmonaire général et d'une maladie organique du cœur. Les accès de suffocation qui survinrent furent uniquement attribués à ces deux affections, et la perle de la voix fut prise pour de la faiblesse. Or, l'ouverture du cadavre permit de constater, outre la maladie du poumon et du cœur, un gonflement œdémateux fort considérable des replis ary-épiglottiques, avec tuméfaction œdémophlegmoneuse de tout l'intérieur du larynx et ulcérations superficielles de cet organe et de la trachée.
Il nous paraît fort difficile, nous allions dire impossible, de confondre X angine de poitrine avec l'angine infiltro- laryngée, et réciproquement. Nous trouvons cependant un exemple de ce genre d'erreur dans le Traité de médecine opératoire de M. le professeur Sédillot, 18^6, p 806. On crut que le malade était affecté d'une angine de poitrine; M. Sédillot, qui ne partageait pas cette opinion, proposa la bronchotomie, qui ne fut acceptée que trop lard. La nécropsie révéla l'existence d'une laryngite œdémateuse.
Terminons en citant en abrégé une très intéressante observation de M. le professeur Andral, observation qui paraît se rapportera une dyspnée rémittente, sans lésions appréciables ou suffisantes pour l'expliquer.