‹ Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale; considérations nouvelles sur les hydrocéphales, description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards récemment observéeChapitre 1 sur 32 · TÉMOIGNAGE SINCERE DAMITIE , DE RESPECT ET DE RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE SINCERE DAMITIE , DE RESPECT ET DE RECONNAISSANCE

Et. MOULIN,

in 2010 with funding from

University of Ottawa

http://www.archive.org/details/traitdelapopleOOmoul

JL)e toutes les maladies qui affligent l'espèce humaine, l'apoplexie est sans contredit une des plus effrayantes et des plus funestes. Elle immole presque tautes ses victimes, ou pour le moins les estropie et les mutile. Elle frappe soudainement ; et c'est souvent à l'instant où l'homme , rayonnant de joie , plein de santé et de vie , rêve le bonheur et pense le moins à la mort , qu'elle le précipite dans la tombe. Lors même qu'il parvient à sortir sain et sauf d'une première attaque, il ne peut se flatter de lui être échappé pour toujours; sa perte n'est que reculée, elle est presque inévitable, l'apoplexie semble l'avoir jurée. Cette cruelle maladie revient bientôt avec une nouvelle fureur, elle le poursuit sans relâche, et ne cesse de le tourmenter qu'elle ne lui ait porté le coup mortel. A peine, dans quelques cas , une

sage hygiène peut-elle lui servir d'égide.

La structure molle et délicate du cerveau, l'importance de ses fonctions, la désorganisation complète de son tissu par l'épanchement sanguin , expliquent assez la gravité de l'apoplexie.

Cette affection a été connue dès la plus haute antiquité. Hippocrate en a fait le sujet de plusieurs aphorismes. Galien (i) et Cœlius jiurélianus (2), qui vivaient vers l'an i3i de l'ère chrétienne, l'avaient également remarquée.

Presque tous les médecins qui ont écrit lui ont consacré un article dans leurs ouvrages ; un grand nombre même en ont fait le sujet de monographies parti* culières.

Effrayés de l'extrême gravité de l'apoplexie , attristés de l'impuissance de l'art dans la plupart de ses attaques, les médecins durent nécessairement concentrer

(1) Galeni Opéra 9 5 vol. in-folio, Venetiis, 1625.

(2) De morbis acutis et chronicis, ï vol. in-4, edente Almeloveeri y 17227 cap, 5 3 lib. 5 , de apoplexiâ.

sur elle toute leur attention, en faire un des principauxsujets de leurs méditations et de leurs travaux, et redoubler de soins et d'activité pour la mieux connaître et trouver des mojens plus certains d'en triompher. Si leurs efforts n'ont^pas eu à cet égard tout le succès qu'ils s'en étaient promis, sî leur espoir a été frustré , on ne doit s'en prendre qu'à la maladie ellemême, qui offre peu de ressources; leur gelée philanthropie n'en mérite pas moins la plus grande reconnaissance.

Parmi ceux qui s'en sont occupés je dois plus particulièrement citer Arètée (t) , Ettmuller (2) , Tulpius (3) , Forestus (4) ,

(1) Àraetei Cappadocis acutorum et diuturnorum mor- Lorum de causis, signis et curatione, in-folio. Lugduni- Batavorum, iy359 lib. 2 , de apoplexiâ.

(2} Opéra omnia edidit Mange ti 7 4 roi. in-folio. Genevae, i^36 , lib. 2 , sect. 2, cap. 3 , art. 7.

(5) Nicolaï Tulpii Observ. medic. , lib. 5. Lugd.-Batav.

(4) Observationum et curationum medicinalium , opéra omnia, 2 vol. in-folio. Rothomagi , i655? lib. 28 , observ0 69 à 80.

io PRÉFACE.

W epfer (1) , Fe/ict Plater (i) , Gualter BrueJe (3) , J^alsaha (4), Zacutus Lusitanus (5) , Prosper Alpin (6 ) , liiolan (7), F rie nd us ti) , Albinus (9), Bonnet (10), Sentier t (il ) , Sauvages (12), Z,#/z-

(1) Observaliones medico-practicae , de affectibus capitis Tiguri, \rjI\o in-4.0 — Historiée apoplecticorum , 1 vol. in-8.J Venetiis , 1759.

(2 Praxeos medicas , 3 vol. in-folio ^ Basile», 1625 ; Dissert, de apoplevià.

(3) Tractât, medicinae theori-practicae, 1 vol. in-8.°, 1628, pag. 90.

(4) Opéra anatomica de aure humanâ , edidit Morgagni. Veniliis , 1740? 2 vol. in-4.0 , fig.

(5) Opéra omnia , 2 vol. in folio. Lugduni, i649«

(6) De mediclnà melhodicâj lib. i3 , Lugd.-Batav. 1710, in-4. — ^e p^sesagiendà vilâ et morre segrolantium , lib. 7, in-4, e<iidit Boerhaave. Lugd.-Bdtav. 1733, in-4»

(7) Opéra omnia, t v. in-folio. Parisiis3 1760, morbi cerebri 11 , de apopîexiâ.

(8} Opéra omnia. Parisiîs, 1735, in-4? medic. ration., Sjstem , sec*. 2 , cap. 9.

(9) Dissertalio de aponlexiâ. Francoforti , i6qo.

(10) Sepulcretum , sive anaiotnia practica 5 3 vol. in-folio Genevae, 170c, sect. 2 , lib. 1.

(11 Danieli Sennerti Opéra inedica, 6 vol. in-folio. Lugduni } 1666, lom. 3 , cap. 2D , pag. 171, de apoplexiâ.

(12) ISobologie méthodique, 3 vol. in-8. Paris, 1771 , tom. 1.

PRÉFACE. n

cisi (i), Dehaen (2)), Boerhaave (3), Théodore Craanen (4) , Linnœus (5), V^ogel (6), TVerlof (7) , Sandifort (8) , Fernel (9) , Junker[\o)9 Baglivi(w), Aforgagni (12)*

(1) Opéra medica, in-folio. Venetiis , 1 789 ^ fig. j de subitaneis mortibus, cap. 18.

(2) Ratio medendi , 4 vol. in-4» Àmstelodami , pars 4 , pag. 85.

(3) Van-Swieten , praxis medica , sive commentaria in Herm. Boerhaavii aphorismos , 5 vol. in-4. Parisiis , 1771 ? sect. 1017.

(4) Opéra omnia, 2 vol. in-4. Antuerpise , 1689 ; medapoplexiâ correpti.

(5) Institut, amœnitates academicae', 10 vol. in-8 5 edit. tertia, Herlangje., 1787.

(6) Praelectiones de cognosc. et curand. praecipuis corporis affectibus, edente Tissot. Lausanse, 1781 > 2 vol. in-8*

(7) Opéra omnia, 2 vol. in-4. Hanoverse, 1775 , tom. 1, pag. 75.

(8) Thésaurus dissertationum. Lugduni Batavorum? ù vol. in-4 9 I77^ 5 tom. 1 , pag. i33 et 134 •> et tom. 2+

(9) Fernelii universa medicina. Ultrajecli s i656 3 in-4 . lib. 5 , cap. -3.

(10) Conspectus medicinœ practicas , 1 vpl. in-4. Halae Magd. , 1736.

(11) Opéra omnia medico-practica et analomica. Lugduni , 1745 , in-4 ? **%•

(12) De sedibus et causis morborum per anatom. indag. Historiée apoplecticorum , epistolœ 2 et 5, pag 10 et 4° j edente Tissot 5 Ebrod uni in Helvetiâ, 1779, 3 vol. in-4.

Hoffmann (1) ; Stull (2), Cullen (3), Sydenham (4), Ponsart (5), (ay (6), Ri" chelmi (7), MM. Filet (8), PoaW (9), Montàin (io^ , Pi/ze/ (11) , Riobe (12) et Kôclïoûx (i3).

Si j'ai ainsi proclamé dans ma préface les médecins auxquels la science est Se plus redevable du peu de progrès qu'elle a fait dans la connaissance

(r) Opéra omnia in sex tomos distributa. Genevae , 1748, sent. 1 , cap. 7 , p. 2/4O , de haemorrhagiâ cerebrî.

(2; Médecine pratique, traduction de Mabon, 3 roi. in-8

(3) Elémens de médecine pratique , 3 vol. in-8. Paris,

(4) Médecine pratique , 2 vol. in-8. Montpellier, 1786.

(5) Traité de l'apoplexie. Paris, T782.

(6) Vies sur l'apoplexie. Paris, 1807.

(j) Traité de l'apoplexie. Paris, 1809.

(8) Médecine expectante , 6 vol. in 8 Lvon , i8o5.

(9) Obscvations sur la nature et le traitement de l'apoplexie* Paris, 18 ti.

(10 Traité de l'apoplexie. Paris , i8n. (ri) Nosograpliie philosophique , 6.e édit. Paris, 1818. (12) Propositions sur l'apoplexie, thèse inaugurale, in- 4 Pa is , >Bi3.

(iàj Recberches sur l'apoplexie, in-8. Paris, 1814*

PRÉFACE. t3

et le traitement de l'apoplexie , c'est afin de m'en éviter la citation dans le cours de ma narration, où je me propose de n'invoquer leur témoignage que quand il me faudra appuyer une remarque importante ou justifier une idée nouvelle.

Par le titre que j'ai donné à cet ouvrage j'ai voulu à la fois indiquer les objets que j'j traite, et faire pressentir mon opinion sur la nature de l'apoplexie.

En effet , je ne donne ce nom qu'à l'hémorrhagie cérébrale , qu'à l'espèce d'apoplexie que les auteurs ont appelée sanguine. Je rejette les prétendues apoplexies séreuse et nerveuse, ou plutôt, les regardant comme deux maladies particulières et entièrement distinctes de l'hémorrhagie cérébrale, je nomme la première hydrocéphale essentielle aiguë des adultes et des vieillards , et la seconde névrose cérebrahle apoplectifonne.

Je développerai plus loin les raisons

qui m'ont engagé à en agir ainsi ; je dirai seulement ici par anticipation qu'il m'avait paru tout -à -fait inconvenant qu'on eût confondu sous la même dénomination trois maladies essentiellement différentes , et groupé ainsi dans un même cadre une hémorrhagie , une hjdropisie et une névrose.

Voici l'ordre que je suivrai dans l'exposition de mon sujet : je passerai successivement en revue , et dans autant d'articles séparés ; i.° les définitions de l'apoplexie ; 2°. ses espèces et variétés ; 3.° ses causes; 4.0 ses sjmptômes ; 5.° ses modes de terminaison ; 6.° les résultats de l'autopsie cadavérique ; 7.0 le diagnostic ; 8.° les diverses complications ; 9.0 le prognostic; io.° et le traitement ; et comme à l'article diagnostic se présentera tout naturellement l'occasion de parler des hjdrocéphales , je m'étendrai beaucoup sur ces hjdropisies; je les envisagerai sous un point de vue nouveau , et décrirai très-au long

PRÉFACE. i5

l'hydrocéphale chronique des vieillards, maladie dont aucun auteur n'a parlé.

Depuis long-temps l'apoplexie et les hydrocéphales avaient , par leur fréquence et leur extrême gravité, excité en moi un sentiment d'étonnement et d'effroi, et inspiré par là un vif désir de les bien connaître. M'étant convaincu par la lecture des auteurs que l'art n'était que peu avancé sur leur histoire, et qu'il restait encore beaucoup à faire , ce fut pour moi un nouvel aiguillon; j'étudiai ces maladies avec ardeur ; j'en fis le principal objet de mes recherches; mais, malgré mon empressement à recueillir tous les faits épars que je rencontrais , j'étais encore loin , au bout de six ans , d'en posséder assez: pour pouvoir en déduire des résultats certains, des conséquences justes et invariables , et asseoir mon opinion , lorsqu'en 181 5 je fus nommé médecin interne d'un hôpital de vieiilards (Hospice des Femmes incurables). Dès-lors je

n'eus plus rien à désirer; un vaste champ s'ouvrit à mon observation ; les faits se présentèrent en foule , se multiplièrent chaque jour, et me permirent ainsi d'étudier l'apopTexie et les hydrocéphales sous toutes leurs formes et à tous leurs degrés f de saisir même des nuances qui avaient jusqu'alors échappé à l'œil des observateurs , de détruire de vaines hypothèses , de rectifier un grand nombre d'erreurs , d'épurer en quelque sorte l'histoire de ces maladies , et conséquemment d'en acquérir une connaissance plus parfaite.

L'apoplexie et les hydrocéphales ont déjà fait le sujet de ma thèse de réception ; je devais nécessairement choisir pour mon écrit inaugural, et préférer à tous les autres points de la pathologie , des maladies que j'avais eues sans cesse sous les jeux , et qui m'étaient pour ainsi dire devenues familières.

L'accueil flatteur que les savans professeurs de l'Ecole de médecine ont

daigné faire à cette esquisse de mon travail , la sanction unanime qu'ils lui ont donnée , m'engagent aujourd'hui à le completter, et m'imposent la douce obligation de le rendre public.

Cet ouvrage est purement pratique ; il ne contient que des faits ou les conséquences qui en ont été déduites. L'exactitude et l'impartialité ont été mes suprêmes lois; je leur ai tout sacrifié, jusqu'à l'élégance ; qu'on ne s'attende donc pas à trouver ici un style fleuri, des expressions choisies 9 des tours de phrases recherchés; une description de maladies est toujours aride et sèche; d'ailleurs la nature est simple , et ce n'est qu'en imitant sa sage et belle simplicité qu'on peu t prétendre à l'honneur d'être sou interprête.

Donner une description fidèle de l'apoplexie , répandre un nouveau jour sur les hydrocéphales, signaler une maladie jusqu'alors inconnue , appeler sur elle l'attention des praticiens , provoquer de

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nouvelles recherches et de plus amples découvertes , tel est le but que je me suis proposé ; téméraire peut-être de lavoir considéré; heureux si seulement j'ai pu en approcher!

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