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DOSES. — INTERVALLES DES PRISES

Les considérations auxquelles nous nous sommes livrés précédemment suffisent pour faire voir que les doses ne pourront être fixées que quand on aura tenu compte de l’ûge, du sexe, de l’habitude , de l’idiosyncrasie, de l’intensité et de la nature de la maladie, etc., etc.

Quant à l’âge , les doses varient dans des proportions qui ont été déterminées d’une manière générale par Gaubius,

Pour un adulte , on donne la dose entière et on la prend pour unité. Le tableau suivant présente les graduations à observer.

Au-dessous d’un an 1/15 à 1/12.

A deux ans 1/8.

A trois ans 1/C.

A quatre ans 1/^.

A sept ans 1/3.

A quatorze ans 1/2.

A vingt ans 2/3.

De vingt à soixante 1 •

Au-dessus de soixante ans , on suit la gradation inverse.

Ce dernier précepte , donné par Gaubius , ne peut être accepté sans restriction. Il est bien certain que nombre de médicaments peuvent être administrés à des vieillards au-dessus de soixante ans aux mêmes doses que pour des adultes.

La pratique des médecins de la Salpêtrière et de Bicêtre le prouve amplement.

Bien plus, dans certaines circonstances, il faut forcer les doses chez les sujets avancés en ùge, par exemple, quand il s’agit de produire l’action vésicante , de provoquer les sueurs ou la diurèse.

Les autres règles ne sont pas plus absolues. Ainsi , les enfants supportent des doses de calomel plus fortes que les adultes.

Pour les femmes , on prescrit presque toujours des doses un peu plus faibles que pour les hommes.

Diverses circonstances feront varier ces doses , les climats surtout; ainsi les Anglais, les habitants du Nord, supportent mieux de fortes doses de médicaments chez eux que dans les pays chauds ; en Italie , par exemple.

Si le médicament est appliqué sur la surface gastrique, il faudra de moindres doses que pour la surface intestinale ou pour la peau ; aussi les doses eu lavement doivent être doubles et même triples que pour un médicament administré par la bouche.

Pour contre-balancer les effets de l’habitude, on devra élever les doses successives d’un médicament dont l’usage doit être prolongé. . .

11 sera utile de changer aussi la forme du médicament. Ainsi, lorsque par l’habitude on est parvenu à faire prendre à un malade de fortes doses d’extrait d’opium sans produire l’effet désiré, on y arrivera, en administrant des doses relativement trèspetites de laudanum ou de sels de morphine.

Nous en avons dit a.ssez pour montrer d’après quelles lois on devra, suivant les circonstances, proportionner les doses aux effets qu’on désire obtenir.

AHT DE POU.NirLER.

MaU quant à la valeur absolue des doses, dolt-on i>’en tenir à celles qui ont été prescrites généralement Jusqu'Ici T

Les homœopathes veulent qu’on n’administre que des quantités infiniment petites ; c’est absurde.

Les allopathes, de leur côtés, emploient des doses souvent beaucoup trop fortes, à des intervalies trop longs, et cette manière de faire entraîne des inconvénients de plus d’un genre.

1° Il a souvent abus. Ou donne le calomel à la dose de deux ou trois décigrammes, on un jour, pour jirovoquer la salivation : il ne s’en dissout que la moindre partie, le reste passe avec les fèces.

2“ Le médicament produit un effet différent de celui qu’on attend. Ainsi, pour prendre le môme exemple, le calomel à haute dose est purgatif.

3" Il ne produit pas l’effet désiré. I/C calomel pourrait encore nous fournir la preuve de ce fait ; mais la chose est rendue plus évidente, peut-être, par le sulfate de quinine omploj'é dans le rhumati.sme articulaire aigu.

Qu’on donne cette substance à la dose de deux grammes par jour en deux prises, la fièvre reparaît dans les intervalles, le rhumatisme est rebelle; qu’on la donne, au contraire, à dose plus faible, mais fractionnée, l’action sédative se continue, le pouls reste abaissé, la thérapeuticpie triomphe.

On comprend parfaitement qu’il en soit ainsi quand on voit combien il passe de sulfate de quinine par les urines une demiheure déjà après l’ingestion du médicament.

L’économie ne tarde pas à en être débarrassée ; pour la maintenir saturée, il faut, à de courts intervalles, renouveler la provision.

h° L’élévation peu ménagée des doses occasionne des accidents. Le sulfate de quinine produit la surdité. Les médicaments insolubles produisent une espèce d’accumulation qui a aussi ses dangers.

On pourrait multiplier les faits à l’appui de chacune de ce."; propositions.

En général, on doit prescrire à doses fractionnées, en ayant soin de rapprocher les prises :

1” Les médicaments insolubles par eux-mêmes qui ne peuvent être absorbés qu’à la faveur de leur di.ssolution dans les liquides des premières voies.

2° Les médicaments dont l’action dynamique, pour être efficace, doit être continue et prolongée.

3“ Ceux qui, devant passer dans la circulation, révolteraient le tube digestif si on les donnait à haute dose.

Les substances capables de devenir toxiques.

AHT 1>K FOBMl’LER.

Mais si nous condamnons les doses excessii'ff^ nous sommes nrka à blâmer également les doses insuffisante».

Les praticiens ne doivent pas oublier que l'action des médicaments n’est pas simplement proportionnelle aux quantités, et qu’il y a pour chacun d’eux une close au-dessous de laquelle il n’agit plus ou produit des efl'ets autres que ceux qu’on pourrait lui demancier. , . ,

C’est précisément cette dose ciTicace qu’il est nécessaire de faire parvenir dans l’économie, soit en une seule, soit eu plusieurs prises convenablement rapprochées.

L’heure du jour où un médicament sera administré mérite aiissi quelque attention.

Les purgatifs seront pris le matin de bonne heure ou le soir tard. Môme remarque à propos des altérants. Les diurétiques demanderont â être pris plutôt le jour ejue la nuit, cpiand on désirera leur action spéciale sur les reins ; en effet, la chaleur plus grande du lit pendant la nuit pourrait les transformer, la plupart du moins, en sudorifiques. Les médicaments calmants seront donnés le soir pour faciliter le sommeil, ou quclriue temps avant que les douleurs apparaissent si elles sont périodiques. Les pilules devront en général être prises en mangeant, celles surtout qui , par la nature de leurs composants, pourraient avoir une action dangereuse sur l’estomac (pilules de nitrate d’argent, pilules arsenicales, etc.). Il est vrai d’ajouter qu’il vaudrait mieux employer ces substances en dissolution.

11 en sera de môme des substances solubles seulement dans les acides de l’estomac. Quant à celles qui peuvent être absorbées directement, on a coutume de les prescrire le matin à jeun.

Les intervalles entre chaque dose seront réglés d’après la nature du médicament et de la maladie. L’intention qu’on se propose doit aussi diriger dans la prescription. Les ellets des stimulants diffusibles, tels que l’ammoniaque et les éthers, sont très-fugitifs; on est donc forcé de les reproduire à de courts intervallas. S’il s’agit de calmer la douleur et de procurer le sommeil, on emploiera l’opium à grandes dose.s et à do longs intervalles ; si on veut, au contraire, obtenir scs eiVets stimulants, on le donnera à petites do.ses et i\ de courts intervalles.

ART DE FORMI LER

ASSOCIATIONS AIÉDICAMEN'TEUSES.

Les différents buts que Ton se 'propose en combinant et en mélangeant les substances médicinales peuvent se réduire aux suivantes :

1* AUGMEMTER L’ACTION D’üN MÉDICAMENT.

A. En mêlant diverses préparations de la même substance.

Ainsi, quand l’estomac ne supporte pas la poudre de quinquina, on peut employer la décoction ; mais comme l’action est bien moindre que celle de la poudre, pour l’augmenter on réunira la décoction, la teinture et l’extrait ; on doit même poser cette loi : Lorsque tous les principes actifs d’un médicament ne sont pas solubles dans le même véhicule et qu’il est impossible de l’administrer en substance, il faut avoir recours à un mélange de ses différentes préparations. On applique tous les jours cette règle quand on active une infusion ou une décoction en y ajoutant une certaine quantité de teinture ou d’extrait de la même plante.

B. En combinant des médicaments de même genre, c’est-àdire des substances qui, par elles-mêmes, peuvent produire des effets immédiats, semblables, mais avec moins d’énergie que quand elles sont ainsi mélangées.

On sait qu’il n’y a pas de vomitif plus sûr qu’un mélanged’ipécacuanha et de tartre stibié. La manne purgeant comme un. Je séné comme deux , ces deux médicaments associés purgent comme quatre et plus.

Les toniques amers, les astringents, les cathartiques, les diurétiques, les émétiques, les antispasmodiques et les narcotiques ont une bien plus grande eflicacité combinés entre eux que pris séparément On ne doit cependant pas négliger le précepte excellent donné par M. Chapman : Prescrivez, dit-il, les remèdes stimulants séparément, et vous économiserez vos ressources dans.un grand nombre de maladies de langueur. En n’en tenant pas compte, on arriverait souvent ù. émousser la susceptibilité du malade pour toutes les substances de la môme classe. M. Magendie prétend aussi qu’en variant les diverses préparations d’un même narcotique, on peut mieux soutenir son action sur l’économie sans en augmenter la dose. 11 sera bon également, dans les maladies chroniques , de suspendre par intervalles l’administration des remèdes, puis de les reprendre, pour éviter l’influence de l’habitude, qui rend le malade insensible à leur action.

C, En ajoutant au médicament des substances d’une nature • differente qui n’exercent sur lui aucune action, mais qui rendent ou l’estomac ou tout autre organe, ou l’économie toute entière, \plus sensible à son inlluerice.

Il n’est pas de méaecin qui ne sache combien l’influence du ^ mercure est plus sûre quand on combine ce médicament à l’o- : pium. On a même été jusqu’à dire que l’opium pouvait faire renaître les effets des préparations hydrargyriques, bien qu’elles I eussent déjà cessé depuis assez longtemps. L’augmentation des propriétés sudorifiques de l’antimoine, l’opium lui étant asso- I cié, est un fait acquis à la science.

L’action purgative du jalap est singulièrement aidée par l’ipécacuanha. Cullen a observé que les feuilles de séné infusées avec une plante amère quelconque jouissaient d’une action purgative bien plus forte, même à doses très-faibles, que lorsqu’elles ■ étaient employées seules. L’infusion aqueuse de rhubarbe, à laquelle on ajoute de la racine de Colombo, devient aussi plus active. Le principe amer augmente l’énergie des purgatifs, bien que par lui-même il n’ait aucune propriété laxative. Les expériences du docteur Paris sur l’élatérium semblent le prouver; en effet, ce médecin a constaté que la matière amère contenue dans l’élatérium augmentait considérablement l’action purgative des substances auxquelles on l’associait.

Le mercure est plus facilement absorbé, étant combiné avec une matière animale. Tous les jours on conseille le lait d’une vache ou d’une chèvre soumise aux frictions mercurielles, dans l’intention de faire supporter le mercure qui ne pouvait être pris ^us aucune forme pharmaceutique; le lait d’une mère soumise à un traitement hydrargyrique est donné à un enfant atteint d’une affection syphilitique. C’est que les mercuriaux et surtout le sublimé corrosif sont avantageusement modifiés dans leur action, dulcifiés, comme on le dit, par le contact des substances animales et surtout par celles dites albuminoïdes, telles que l’albumine, le gluten, la caséine, etc.

Ajoutons toutefois que si MM.Péligot^ Reveil n’ont pu jusqu’à présent constater la présence du mercure dans le lait des mères soumises à un traitement mercuriel, il est probable cependant qu’aujourd’hui que les procédés d’analyse sont plus exacts il sera possible de découvrir le mercure dans le lait comme on l’a trouvé dans le sang et l’urine.

La saignée favorise très-souvent l’action des purgatifs, des émétiques, du mercure, etc.

On peut dire qu’en général, les purgatifs facilitent notablement l’efficacité des altérants et des diurétiques.

Le changement d’habitudes et de régime agit aussi d’une manière avantageuse et aide beaucoup à l’action des médicaments

11 ne faudrait pourtant pas que ce changement pût être trop désagréable an malade, car on obtiendrait un effet tout autre que celui que Ton se serait proposé.

2" DlMINUKn l'action TROP IRRITANTE d’UN MÉDICAMENT, ou MÊME LA DÉTRUIRE.

Dans le langage des écoles on dit que le méilicament est corrigtK

A. Par un mélange (iiii en avgmmtc ou diminue ta soluhUité.

Le séné détermine de fréquentes coliques; pour en diminuer

l’intensité, on l’associe quelquefois à des substances aromatiques, telles que l’anis et la coriandre. En mêlant la gommegutte avec une substance insoluble, on se préser\-e des nausées qui accompagnent ordinaiiTment son administration. Les drastiques produisent le plus souvent des coliques qui sont facilement évités par l’addition d’une petite quantité d’alcali. Par exemple, l’aloès associé à du savon ou à un sel alcalin agit bien moins sur le nictum et ne cause plus de ténesme.

L’action du bi-chlorure de mercure est augmentée par les chlorures alcalins et surtout par le chlorhydrate d'ammoniaque tandis qu’elle est diminuée par l’albumine, la caséine, le gluten et les substances analogues.

B. Par l’association de quelque suhslance susctqUihle de préserver l’estomac ou l'économie entilre de ses effets délétères.

C’est pour obtenir ce résultat qu’on administre le sublimé corrosif uni à une décoction de gaïae, à l’opium, à la gomme ou à un véhicule mucllagincux. L’antimoine et ses prépa)*ations agissent comme diurétiques et diaphoré'tiques, û la condition de ne pas déterminer de vomissements ou de garde-robes. L’opium paraît être la substance qui garantit le mieux l’estomac de l’action émétique des antimoniaux; quelquefois on emploie également avec avantage les stimulants aromatiques, les mucilages et les substances émollientes.

D’ailleurs d’une manière générale, l’opium empêche l’action des vomitifs; nous en voyons un exemple dans la poudre de Douer qui renferme : sulfate de potasse 125, nitrate de potasse 125, poudre d’ipécacuanha 30, poudre de réglisse 30, extrait d’opium sec 30, et qui, mêmeû la dose de 1 et 2 grammes, n’est ni narcotique ni vomitive; de là cette application, en toxicologie surtout ; que l’opium sera donné pour combattre les vomitifs et ceux-ci pour détruire l’action des stupéfiants; il est vraiqu’alors les vomitifs devront être administrés à forte dose ; ils agiront d’abord en expulsant le poison, ensuite en contrebalançant l’action narcotique.

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