DE LA DISTILLATION
ET DES MéDICAMESTS OBTENUS PAR DISTILLATION.
La distillation s’exécute toujours en vase clos, elle a pour but de séparer les parties volatiles de celles qui ne le sont pas ou qui le sont moins, les corps susceptibles d’être réduits en vapeur par la chaleur pourront donc seuls être distillés.
Des trois espèces de distillation admises par les anciens, une nous est restée, c’est la distillation par ascensum ou par l’alambic ; quant à la distillation par latus, ou à la cornue, on ne l’emploie guère que lorsqu’on opère sur de très-petites quantités, et la distillation par descensum est tout à fait abandonnée.
L’alambic en cuivre étamé se compose : 1° de la cucurbite, 2” du bain-marie, 3” du chapiteau, U" du serpentin renfermé dans une cuve. Dans la distillation à la cornue, l’appareil se compose de la cornue, de l’allonge et d’un ballon récipient tubulé, auquel est adapté un long tube afin de porter au dehors les gaz infects ou délétères et incoercibles. On chauffe la cornue à feu nu au bain de sable, ou au bain-marie d’eau, d’eau salée, d’huile, etc., selon la volatilité plus ou moins grande du liquide à distiller. La condensation des gaz par l’appareil de Woulf n’est qu’une sorte de distillation que nous nous contenterons de signaler ici.
EAUX DISTILLÉES (HTDROLATS).
Ce sont des médicaments officinaux liquides obtenus par la distillation de l’eau sur une ou plusieurs substances. Leur b^ , d’après les recherches des chimistes , est formée de principes volatils de nature très-variée. Les huiles essentielles paraissent être la partie active de ces préparations.
Intérieurement , les eaux distillées servent d’excipient pour les juleps, les mixtures, les potions; on en met quelquefois dans les tisanes.
Extérieurement , on les emploie en collutoires, en collyres , en fomentations , en gargarismes , en injections , en lavements
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et en lotions. Les doses sont soumises aux différentes préparations dont elles font partie.
L’huile essentielle domine dans les eaux distillées, cependant il ne faut pas les considérer comme de simples solutions d’essence, on a cherché A les obtenir artificiellement et on n’a pu encore y parvenir. Enfin certaines eaux distillées contiennent des principes particuliers, celle de valériane renferme de l’acide valérianique, celle de poivre est ammoniacale, etc.
Les eaux distillées sont préparées par la distillation des substances au contact de l’eau, ou bien à la vapeur; le premier mode est indispensable pour les eaux distillées d’amandes amères et de moutarde, on l’emploie encore pour la laitue, le raifort, etc. L’expérience a prononcé en faveur de la distillation à la vapeur pour les roses, les fleurs d’oranger, le tilleul, la mélisse, l’hysope, etc., etc. Divers appareils ont été indiqués pour opérer cette distillation, celui décrit par M. Soubeiran dans son traité de pharmacie doit être préféré.
En général, ce sont des végétaux frais qu’on emploie pour la préparation des eaux distillées, cependant on préfère les plantes sèches pour les eaux distillées de mélilot, d’origan, de tilleul, etc., dans tous les cas, une macération préalabie est trèsutile.
Les eaux distillées sont sujettes à des altérations dont la nature n’est pas bien connue, on recommande de les conserver dans des lieux frais et obscurs ; l’eau de fleurs d’oranger, par exemple, renferme souvent de l’acide acétique, on conçoit dès lors combien il est imprudent de la conserver dans des vases de cuivre {cstagnons) qui doivent être remplacés par des vases en fer battu. L’eau de fleurs d’oranger bien préparée par la distillation des fleurs, rougit par l’acide sulfurique ; celle qui est faite artificiellement par l’eau distillée et le néroli ne rougit pas par le même acide.
ALCOOLATS (ESPRITS).
On appelle ainsi les préparations pharmaceutiques oQicinales provenant de la distillation de l’alcool sur une ou plusieurs substances médicamenteuses.
Les alcoolats s’emploient à l’intérieur, en potions ou étendus ou dans des tisanes, A la dose de quelques gouttes , une ou plusieurs fois par jour. On peut encore les faire prendre sur du sucre ou mêlés avec un sirop. Ceux qui contiennent des huiles essentielles en grande quantité , ou des résines , précipitent par l’eau et donnent A la mixture une couleur ordinairement opaline.
A l’extérieur, on s’en sert en fomentations , en frictions , en
AUIŒGK DE PHARMACIE.
famijçations , en injections et en lotions. Les do.ses sont alors moins précises. On en prescrit depuis 30 gnimmes jusqu’à 60 grammes et plus.
ÉTHÉROLATS (ESPRITS ÉTHÉRÉS)l
On désigne sous le nom d’éthérolats, le produit de la distillation de l’éther sur une ou plusieurs substances médicamenteuses, ils ne renferment conséquemment que les principes volatils des plantes, ils sont peu usités.
ACÉTOLATS (ESPRITS ACÉTIQUES).
L’acide acétique concentré ou cristallisable bout à 120®. Leplus concentré renferme un équivalent d'eau et est représenté par la formule C4l '0^, 110 : mais c’est le vinaigre de viu que l’on, emploie exclusivement à la préparation des acétolés et des^ acétolats; cent parties de bon vinaigre doivent saturer dis parties de carbonate de potasse pur et desséché ; on peut il est vrai augmenter son pouvoir de saturation en y ajoutant des acides minéraux, tels que le sulfui’ique, l’ajutique, le chlorhydrique, etc., dont on reconnaîtra la présence par les moyens que nous indiquerons à l’article des erapoisonneaieuts pai' les acides. (Voyez Toxicologie.)
Les acétolats sont donc le produit de la distillation du virnaigre sur une ou plusieurs substances médicamenteuses, ils ne renferment aussi que des produits volatils, ils sont simples lorsqu’ils ne contiennent que les principes d’uue seule substance, composés s’ils en renferment plusieurs. D’ailleurs ce gem'e de médicaments est peu usi té.
MKDlCAMEiVrS PRÉPARÉS P.VR L’ÉVAPORATION.
DES EXTRAVÏS.
On appelle cxiraii le produit d’ane macération , d’une infusion, d’une décoction, d’un suc clarifié ou non clarifié ob.' tenu par évaporation. On fait des e.\traits avec des substances végétales ou animales,
La composition des extraits est e.xtrômement compliquée, et CCS médicaments n’oû'rcnt pas beaucoup de fidélité dans leur emploi, ce qui tient aux divers procédés que l’on suit dans leur préparation.
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Les extraits divisés d’après leur mode de préparation peuvent former (“iiîfii classes:
1“ Les extraits préparés avec les sués des végétaux.
2“ Les extraits dont le véhicule d’extraction est l’eau.
3“ Les extraits préparés avec le vin.
Zi° Les extraits préparés avec l’alcool.
5° Les extraits des matières animales.
Les extraits de suc dos végétaux seraient préférables à tous les autres, s’ils étaient préparés dans le vide; mais ce n’est ^ue très-rarement cju’on en rencontre dans les pharmacies i il faut donc avoir surtout recours aux extraits aqueux et aux extraits alcooliques. Mous ne parions pas des extraits préparé! avec le vin, car ils ne sont qu’au nombre de deux aujourd’hui : l’extrait d’opium au vin ou laudanum opiatum , et extrait d’ellélx)re noir de Hacher.
L’énergie des extraits alcooliques est en général bien plus grande que celle des extraits aqueux corresjimndants, il faut donc bien se garder de les substituer les uns aux autres. Los extraits alcooliques s’emploient le plus souvent en pilules; parce que si on les faisait entrer dans des potions, ils les rendraient troubles et désagréables. Les extraits aqueux s’ajoutent plus volontiers aux potions, à cause de leur facile dissolution. On ne peut pas préciser à quelles doses les exti-aits s’emploient, car elles varient suivant chaque e.Spèce. Cependant on peut dire qu’elles sont les mêmes que celles des poudres correspondantes.
Les extraits avec les sucs de fruits sont appelés robs {voit ce mot); les extraits préparés an moyen de l’éther, du vinaigre, sont peu usités: on n’emploie guère que l’extrait étbéré de fougère maie et l’extrait acétique d’opium ; enfin l’extrait de fiel de bœuf est le seul qu’on prépare avec les matières animales.
I.cs extraits ont trois consistances : ils sont mous, quand ils ont la consistance de miel (genièvre) ; solide ou consistance piliilaire , r|ïiand on peut les rouler dans les doigts sans oirils y adhèrent (opium); secs, quand ils sont ca.ssants (thridaco).
Les extraits ont aussi reçu düTérents noms , suivant les pnncip(!3 qui y prédominent. On dit extraits gommeux, mucilagineux , résineux, gommo-résineux, etc.
Dans les extraits préparés avec le suc des plantes il est indispeasable de distingueur ceux qui sont avec fécule, et ceux qui .sont dépurés ou .sans fécule, les premiers sont plus actifs parce qu ii.s renferment tous les i)rincipe.s de la plante, tandis que les .seconds ont jmrdu par la séparation de la chlorophvHo et de l’albumine à une température élevée, une partie des matières extractives et des sub.stances volatiles.
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On appelait rofrs, autrefois , les extraits préparés avec les sucs des fruits. Il serait peut-être bon de conserver ce mot, car on pourrait distinguer facilement deux extraits d’une même plante, l’un préparé avec les feuilles, l’autre avec les fruits, comme cela a lieu pour la belladone. H est vrai que les robs de sureau et de nerprun sont seuls employés.
Ajoutons que par un nouveau procédé d’évaporation dans le vide, AI. Granval, pharmacien de l’hôpital de Reims , prépare les extraits d’une grande pureté et d’une action telle, que si le procédé de M. Granval était adopté, l’action thérapeutique des extraits serait tellement augmentée que toutes les doses devraient être considérablement diminuées.
Les extraits s’emploient sous la forme de poudre s’ils sont secs ; de pilule, de potion, de mixture, de lavement, etc.
Les doses sont très-variables. Pour les extraits très-actifs (noix vomique, aconit, belladone, opium) elles varient de 0,01 à 0,20 centig. D’autres extraits presque inertes : gentiane, trèfle d’eau, chicorée, salsepareille, peuvent être employés à toute dose.