TACHES
ASTIMONIALES.
Chauffées à la flamme de l'hydrogène pur :
Ne disparaissent qu'avec diiCcullè , et laissent de l'oxyde d'antimoine pour résidu.
Ne se dissolvent pas.
Se dissolvent plus difficilement, et laissent une tache rougeâtre.
Dissolution presque nulle.
Se dissolvent après quelque temps.
Dissolution tien évidente.
,T j- 1 . (Se dissolvent immédiate-
Ne se dissolvent pas. ^
Ces caractères suffisent grandement pour distinguer ces deux sortes de taches ; d'ailleurs , l'épreuve par l'acide azotique et par l'acide sulfhydrique donne des caractères distinctifs bien précis.
L'empoisonnement par l'acide arsénieux étant celui qui se présente le plus fréquemment, nous croyons devoir insister sur les caractères des autres taches qui pourraient être confondues avec celles produites par l'arsenic ; mais avant cela , nous dirons quelques mots des taches mixtes, c'est-à-dire de celles qui seraient produites par un mélange d arsenic et d'antimoine^ dans le cas où un malade, empoisonné par l'acide arsénieux, aurait pris de l'émétique comme vomitif.
Taches d'antimoine et d'arsenic. —On comprend que laspect de ces taches doit varier selon la proportion d'arsenic ou d'antimoine qu'elles renferment; si on les chauffe à la flamme de l'hydrogène pur, l'arsenic se volatilise, l'antimoine reste; le chlorure de soude (hypochlorite ou liqueur de Labarraque) opère la même séparation; enfin, l'acide azotique, qui dissout ces deux espèces de taches, donnera une dissolution qui, évaporée et bouillie dans l'eau distillée, produira une dissolution d'acide arsénique, et laissera un résidu d'antimoniate de protoxyde d'antimoine, dès lors l'un et l'autre seront distingués par les caractères que nous avons indiqués plus haut.
Taches de zinc. ■— Ces taches se produisent lorsqu'on fait
fonctionner l'appareil de Marsh par l'acide chlorhydrique; en effet, le chlorure de zinc, qui se forme étant volatil , est facilement entraîné ; mais elles peuvent aussi se montrer lorsqu'on se sert d'acide sulfarique et que la réaction est trop vive ; aussi est-ce avec raison que l'on a proposé de mettre dans le tube à dégagement de l'amiante ou de la porcelaine pilée , afin d'empêcher cet entraînement mécanique. D'ailleurs, les taches de zinc ont à peu près l'aspect des taches arsenicales , mais elles sont facilement distinguées en ce que, exposées à l'air, elles dispa-, raissent à froid et laissent un résidu d oxyde blanc de zinc. Traitées par l'acide azotique, elles disparaissent; la solution évaporée ne précipite pas en rouge brique par le nitrate cC argent , et il précipite en blanc par l'acide sulfhydrique lorsque les liqueurs sont neutres ou alcalines, mais il ne se forme pas de précipité dans les liqueurs acides ; dans tous les cas , les sulfures solubles précipitent en blanc (sulfure de zinc). Voir Caractères des sels de zinc.
• Taches de fer. — L'existence de l'hydrogène ferré, signalée par M. Dupasquier, est contredite, de sorte que les taches de fer se formeraient dans le cas exceptionnel où l'on ferait fonctionner l'appareil de Marsh au moyen du fer, ou bien lorsque le zinc contiendrait de grandes quantités de fer. Ces taches sont d'un gris rougeâtre ; exposées à l'air, elles deviennent rouges (sesquioxyde de fer, rouille) ; chauffées , elles ne se volatilisent pas : l'acide azotique les dissout , et la solution présente les caractères des sels de fer. {Voir plus loin.)
Taches de plomb. — Les taches de plomb ont un aspect gris bleuâtre, ne disparaissant pas par la chaleur; l'acide azotique les dissout et forme du nitrate de plomb qui précipite en blanc par la potasse, en jaune par l'iodure de potassium, en blanc par l'acide sulfurique et les sulfates solubles, en noir par l'hydrogène sulfuré.
Taches sur la faïence. — L'Institut a proscrit avec raison les assiettes de faïence pour recueillir les taches d'arsenic ; car si le courant d'hydrogène était fort, le plomb ou l'étain du vernis pourraient être révivifiés ; cependant il serait facile de distinguer ces taches de celles produites par l'arsenic , comme nous venons de le voir.
Pseudo-taches. — Sous ce nom , MM, Orfila , Danger et Flandin ont fait connaître des taches qui se produiraient lorsque des restes de matière animale , des sulfites ou phosphites ammoniacaux existeraient dans l'appareil de Marsh; d'après MM. Fordos et Gélis , ces taches seraient produites par du soufre ou du charbon; elles sont en général d'une couleur plus terne que celles
d'arsenic; elles ne disparaissent pas, ou disparaissent très-difficilement par l'action de la chaleur ou de l'acide azotique; si enfin , au moyen de cet acide , on parvient à les dissoudre , la solution ne précipite pas par l'azotate d'argent et par l'acide sulfhydrique.
Taches de. phosphore. Ces taches sont très-diflficiles à produire; elles varient d'aspect selon leur épaisseur; elles sont jaune serin, ou jaune orangé, ou rouges: la chaleur les dissipe, l'acide azotique les dissout ; mais elles se transforment facilement à l'air en acide phosphoreux ou phosphorique : alors jelles attirent l'humidité de l'air. Dissoutes dans l'eau azotique, elles précipitent en jaune l'azotate d'argent, et ne forment pas un sulfure jaune soluble dans l'ammoniaque avec décoloration, lorsqu'on traite la solution par l'acide sulfhydrique.
Taches de soufre. — Elles sont jaunes et ne se dissolvent pas dans l'acide azotique à froid; par l'action de la chaleur prolongée, elles donnent de l'acide sulfurique facile à reconnaître à ses caractères.
Taches d'iode. — Les taches d'iode présentent un aspect jaune; elles colorent la solution d'amidon en bleu.
V arsenic métallique est-il venenet^o;? Malgré l'opinion émise par M.Orfila dans son Traité de toxicologie {k^ édition, 1. 1", pageSOZi), nos expériences nous ont conduit à revenir à l'opinion ancienne, et à admettre que l'arsenic n'est vénéneux que parce qu'il est transformé facilement en acide arsénieux dans l'économie animêle ; de sorte que nous renverrons à ce que nous dirons plus tard sur l'acide arsénieux, pour indiquer le traitement et les recherches à faire pour constater la présence de ce corps ; nous nous contenterons d'indiquer ici les expériences sur lesquelles nous basons notre opinion.
M. Lepetit, pharmacien à Caen, d'abord, M. Réveil ensuite, ont donné à un chien Ix grammes d'arsenic pur, brillant, récemment préparé; l'animal auquel on avait lié l'œsophage est mort le troisième jour, après avoir présenté les symptômes de l'empoisonnement par l'acide arsénieux ; la même dose d'arsenic, administrée à un autre chien et mélangée avec 200 grammes de peroxyde de fer hydraté en poudre et délayé dans l'eau, n'a produit aucun accident grave, l'œsophage ayant été délié à la fin du premier jour; l'animal a rendu par les selles du peroxyde de fer en morceaux moulés, dans lequel on reconnaissait facilement la présence de l'arsenic métallique : cette expérience a été répétée avec la magnésie comme contre-poison, et a donné les mêmes résultats ; enfin, le même chien a été tué avec 2 grammes d'arsenic métallique brillant et lavé, et, comme dans le premier
cas, ranimai a succombé avec les symptômes d'empoisonnement par l'acide arsénieux : il est incontestable, dès lors, que la mort est le résultat de la transformation de l'arsenic métallique en un composé soluble ; et quel serait ce composé, si ce n'est l'acide arsénieux?
EMPOISONNEMENT PAR L'ACIDE ARSÉNIEUX (oxyde blanc d'arsenic).
Nous traiterons seulement ici de l'empoisonnement par l'acide arsénieux. Les sulfures naturels (orpiment, réalgar), en raison de leur insolubilité, sont peu dangereux, tandis que le sulfure jaune (orpiment) artificiel, renferme jusqu'à 9Zi pour 100 d'acide arsénieux, d'après M. Guibourt : il doit donc agir, à peu de chose près, comme l'acide arsénieux lui-même ; quant à l'acide arsénique et aux arséniates, ils sont plus actifs que l'acide arsénieux; mais ils sont rarement la cause d'empoisonnements, à cause de la difficulté que l'on éprouve à se les procurer, tandis que l'acide arsénieux figure pour les deux tiers dans les empoisonnements commis dans des intentions criminelles.
Ce grand nombre d'empoisonnements s'explique par la facilité avec laquelle on se procure l'acide arsénieux, qui est employé par les verriers, les fabricants de plomb de chasse, les indienneurs; il entre dans la composition du savon de Bécœur, qu'emploient les naturalistes; les papiers peints en vert renferment de l'arsénite de cuivre (vert de Scheele) ; dans l'agriculture, on chaule avec l'acide arsénieux les graines destinées à la semence. Enfin, ce poison est employé dans l'économie domestique pour détruire les rats ; de plus, le défaut de couleur, sa presque insipidité, son action énergique, expliquent la préférence que les empoisonneurs donnent à cette substance toxique.
Il serait à désirer que la loi réglât, d'une manière p7us rigoureuse, la vente de l'acide arsénieux; on préviendrait ainsi beaucoup d'empoisonnements, si l'on obligeait les marchands à colorer l'acide arsénieux par du bleu de Prusse, et à lui donner une saveur très-amère au moyen de l'aloès ou de la coloquinte.
Signes de r empoisonnement; action p/iysiotogique. — Quelles que soient les voies par lesquelles l'acide arsénieux a été introduit dans l'économie animale, il a les mêmes propriétés délétères, et détermine les mêmes symptômes; seulement ceux-ci sont plus ou moins violents, et se manifestent plus ou moins vite ; toujours il augmente la plupart des sécrétions, diminue la contractilité des muscles de la volonté, produit des convulsions, l'anéantissement et la mort; il n'agit qu'après avoir été absorbé : aussi plus l'ab-
sorption sera rapide, plus les symptômes seront intenses ; souvent l'acide arsénieux en poudre introduit dans l'estomac est rejeté avec les premiers vomissements, et il ne produit alors que de légers accidents. D'ailleurs, l'acide arsénieux est un corps dimorphe : récemment préparé, il est vitreux et assez soluble dans l'eau. Plus tard, il devient opaque et moins soluble. On conçoit, dès lors, que le premier de ces deux acides agisse rapidement et avec plus d'activité: il est évident aussi que ce poison agira d'autant plus qu'il sera employé en solution très-étendue.
En général, les premiers symptômes ne se manifestent que quelques heures après Tingestion du poison ; ce sont d'abord des nausées, des vomissements muqueux, quelquefois sanguinolents; puis il survient de l'anxiété, un sentiment de chaleur et de brûlure à l'estomac, soif ardente avec constriction à l'œsophage ; les boissons sont vomies ; il survient des coliques avec des évacuations alvines abondantes, pouls fréquent fort, battements du cœur tumultueux, respiration gênée, haletante, sueurs abondantes froides, visqueuses, suivies de démangeaisons et d'éruptions à la peau. Souvent il survient des convulsions violentes suivies d'une grande prostration des forces, qui amène un calme trompeur ; à l'approche de la mort, les mouvements du cœur se ralentissent, la peau se recouvre d'une sueur froide, et le malade meurt dans un grand abattement. D'ailleurs, la marche de la maladie est modifiée selon la dose et le mode d'administration du poison.
Lésions produites par Cacide arsénieux. Piougeur très-vive de la bouche, de l'œsophage, de l'estomac. Les vaisseaux de cet organe sont injectés ; souvent on trouve des ecchymoses; l'inflammation s'étend jusqu'aux intestins grêles et jusqu'au rectum; mais ces lésions varieront selon que le séjour aura été plus ou moins prolongé. Les poumons sont gorgés de sang; la muqueuse de la trachée-artère est plus rouge ; le cœur présente, à sa partie interne, des taches d'un rouge foncé ou noirâtres, et la cavité droite renferme en général beaucoup de sang ; le système nerveux n'est pas atteint, cependant quelquefois les vaisseaux qni se ramifient à la surface du cerveau sont gorgés de sang.
11 est important de se tenir en garde contre la présence de petits grains arrondis, brillants, qui ont été pris pour de l'acide arsénieux, et qui paraissent être formés de matières grasses mêlées à une matière animale particulière.
Ajoutons enfin que l'acide arsénieux paraît se localiser dans les organes sécréteurs très-vasculaires dans lesquels il séjourne longtemps ; mais il finit par être expulsé, soit par les urines ou par d'autres voies d'excrétion. Appliqué à l'extérieur, il est d'autant plus facilement absorbé que le tissu sur lequel on le place communique plus directement avec le système sanguin. Injecté dans les veines, il est plus actif que lorsqu'on l'introduit dans
l'estomac, le rectum ou le vagin. Appliqué sur la peau saine et dure, il est très-difficilement absorbé ; placé sur le tissu nerveux, il ne produit aucun accident. En général, l'action de l'acide arsénieux est slhénique, malgré l'assertion contraire de quelques auteurs, qui l'avaient classé dans les asthéniques ou hyposthénisants.
Traitement de C empoisonnement par Cacide arsênieux. ^- Si les vomissements ont lieu, on les favorise en titillant la luette et en administrant une grande quantité d'hydrate de peroxyde de fer gélatineux, ou le même corps réduit en poudre et délayé dans une grande quantité d'eau sucrée ; si les vomissements n'ont pas lieu, ce qui est rare, on les provoquera en administrant 0,50 à 1 gramme de sulfate de zinc ou de la poudre d'ipécacuanha, et en titillant la luette. On peut donner jusqu'à 500 grammes de peroxyde de fer hydraté. Si l'empoisonnement datait de quelques heures, et que l'on pût supposer que le poison a franchi le pylore, on administrerait un lavement purgatif, dans le cas de constipation. Après avoir ainsi déterminé l'expulsion du poison, et combattu celui qui n'a pu être évacué, on s'occupe de provoquer l'élimination de la partie absorbée : pour cela, on administrera les diurétiques et les sudorifiques en abondance, par exemple du vin blanc nitré mêlé d'eau de Seltz ; enfin, on com-battra l'irritation produite, par lesémollients, les calmants, les saignées générales ou locales, qui ne pourraient pas être pratiquées avant cette époque sans danger.
M. Rognetta, se basant sur ce que l'action de l'acide arsênieux est asthénique, conseille les stliéniques ; aussi fait-il prendre un mélange de bouillon, de vin et d'eau-de-vie. Sans insister davantage sur ce mode de traitement, disons qu'il est plutôt nuisible qu'utile.
Disons maintenant quelques mots des divers contre-poisons de l'acide arsênieux qui ont été tour à tour proposés.
Sulfures alcalins et acide suif hydrique, La dissolution de cet acide dans l'eau n'est pas d'un grand secours, mais elle pourrait être prise sans inconvénient; mais il n'en est pas de même des sulfures alcalins, qui précipitent bien l'acide arsênieux, mais qui eux-mêmes sont des poisons irritants très-énergiques.
Charbon. Le charbon délayé dans l'eau a été conseillé par M. Bertrand ; le raisonnement dit que ce corps ne doit diminuer en rien l'action de l'acide arsênieux, ce que l'expérience a confirmé.
Eau de chaux. Coupée avec du lait, a été conseillée par Navier. Elle n'agit que lorsque l'acide arsênieux est en dissolution, et encore alors d'une manière incomplète.
Goicothar (peroxyde de fer anhydre). Tout à fait sans action sur l'acide arsénieux ; il doit être rejeté.
Sesquîoxyde ou peroxyde de fer hydraté gélatineux. Il a été proposé par Bunzen ; c'est un des meilleurs contre-poisons de l'acide arsénieux, si on a le soin de l'administrer avant que le poison soit absorbé. Il forme, avec le peroxyde de fer, un arsénite insoluble et sans action sur l'économie. MM. Guibourt, Nouât, Deville et Sandras préfèrent avec raison le même oxyde hydraté, réduit en poudre et délayé dans Peau.
Il est important de se rappeler que souvent le peroxyde de fer du commerce peut renfermer de l'arsénite de fer, qui n'est pas vénéneux puisqu'il est insoluble, mais qui pourrait devenir la cause d'erreurs graves dans le cas où le malade venant de succomber, il faudrait se livrer à des recherches médico-légales ; et alors l'ars3nic renfermé dans l'antidote viendrait compliquer les résultats. Il faudra donc, avant de conclure, que l'expert recherche, en agissant sur le même oxyde de fer qui aurait été administré au malade, afin de s'assurer s'il est ou non arsenical ; d'ailleurs, il est fort simple aujourd'hui d'obtenir du peroxyde de fer hydraté exempt d'arsenic, en employant le procédé décrit par M. Legrip, et qui consiste à faire passer un courant d'acide sulfhydrique dans le sulfate de protoxyde de fer destiné à préparer le peroxyde de fer ; l'arsenic est alors précipité à l'état de sulfure insoluble, et le fer n'est pas atteint.
Sulfures de fer. MM. Bouchardat et Sandras conseillent le persulfure de fer hydraté, et M. Mialhe préfère le protosulfure du même métal. D'après ce dernier chimiste, d'ailleurs, ce que l'on appelle persulfure de fer hydraté ne serait qu'un mélange de protosulfure et de soufre. Quoi qu'il en soit, ces sulfures décomposent rapidement l'acide arsénieux, et nous adopterions trèsvolontiers ce contre-poison, en ce qu'il est plus général, c'est-àdire qu'il s'attaque à presque tous les métaux vénéneux : or il peut bien arriver qu'on ne soit pas certain de la nature du poison ; il est bien évident qu'on ne ferait rien si l'on employait le peroxyde de fer hydraté dans un empoisonnement par un sel de plomb ; et que les sulfates solubles administrés dans la croyance où on serait que l'on a affaire à un composé plombique, ne s'opposeraient nullement à l'action de l'acide arsénieux, si celui-ci était réellement la cause de l'empoisonnement que l'on cherche à combattre ; tandis que dans le doute le sulfure de fer hydraté détruirait aussi bien le sel de plomb que l'acide arsénieux, le sublimé corrosif, les sels d'antimoine, d'étain, de bismuth, d'argent, etc. Nous le répétons, nous donnerions la préférence au sulfure de fer hydraté, parce qu'il paraît agir aussi bien que l'hydrate de peroxyde, et que son action s'étend à un grand nombre de poisons.
Albumine. L'albumine est non-seulement un bon antidote des sels de cuivre et du bichlorure de mercure, mais encore de la plupart des poisons métalliques. L'eau albumineuse pourra donc être employée avec succès pour combattre Fempoisonnementpar l'acide arsénieux, non-seulement parce qu'elle précipite cet acide, mais encore parce qu'elle est nauséeuse, qu'elle provoque les vomissements, et que son action émolliente pourra calmer l'irritation produite. Dans ces derniers temps, plusieurs empoisonnements par l'acide arsénieux ont été traités avec succès par l'eau albumineuse et les diurétiques.
Magnésie, La magnésie, proposée en 1796 par Mandel, pharmacien à Nancy, comme contre-poison de l'acide arsénieux, avait été oubliée, lorsqu'on 18/i6 M. le professeur Bussy démontra d'une manière péremptoire qu'elle était un excellent antidote de ce toxique ; d'après lui, elle devrait être placée au-dessus du sesquioxyde de fer hydraté : parce qu'il est plus facile de se la procurer que ce dernier, parce qu'elle est laxative et qu'elle détermine plus facilement l'évacuation du poison. Aujourd'hui la magnésie est acquise à la science comme un excellent contre-poison, non-seulement des acides, mais encore de l'acide arsénieux, avec lequel elle forme un arsénite insoluble. On doit l'administrer en grande quantité, et mieux, à l'état gélatineux ; les pharmaciens feront donc bien d'en avoir ainsi préparée à l'avance.
Quant au sucre proposé par M. Duval, il ne peut être considéré comme un antidote de l'acide arsénieux, mais bien comme un simple émollient. Il en est de même du lait, de l'eau de gomme, du bouillon de veau ou de poulet, et des différentes tisanes mucilagineuses.
Enfin, les corps gras, la thériaque tant prônée, les infusions de quinquina, de noix de galles ou d'autres substances renfeimant du tannin, n'agissent pas autrement que ne le ferait l'eau tiède, et doivent être proscrites.
Quant aux bains et demi- bains tièdes, les émollients et les narcotiques appliqués sous toutes formes, ils ne sont utiles que lorsqu'il s'agit de calmer l'inflammation produite. 11 est bon d'observer en outre que le succès du traitement dépend surtout de la manière dont il a été dirigé, et du régime que l'on a fait observer au malade pendant sa convalescence, qui est longue, et pendant laquelle l'alimentation doit être peu abondante, et composée de fécules ou autres substances mucilagineuses.
Recherches médicO'lég aies. L'acide arsénieux se présente sous la forme de masses blanches vitreuses demi - transparentes , opaque à l'extérieur lorsqu'il a été longtemps exposé à l'air, ou sous forme d'une poudre blanche. Il est inodore, d'une saveur âpre non corrosive, un peu styptique, qui ne se fait sentir
qu'au bout de quelques minutes, excitant la salivation; chauffé sur une lame métallique , il se volatilise et produit des vapeurs blanches inodores ; mais si on le place sur les charbons ardents, il est décomposé , il produit des vapeurs épaisses ^'arsenic métallique qui ont une odeur d'ail très-prononcée. Cette odeur est donc due à l'arsenic en vapeurs ou à un sous oxyde d'arsenic , et non à l'acide arsénieux ; ces vapeurs, à mesure qu'elles s'élèvent dans l'atmosphère, absorbent l'oxygène de l'air et se transforment en acide arsénieux ; d'ailleurs cette odeur d'ail que répandent les vapeurs arsenicales , n'est pas suffisante pour conclure à la présence d'un composé arsenical : en effet, l'ail, le phosphore et d'autres substances répandent la même odeur. D'ailleurs, il est facile de se tromper lorsqu'il s'agit d'apprécier les odeurs ; ce caractère ne doit être considéré que comme un indice; et la présence de l'acide arsénieux ne peut être mise hors de doute qu'à l'aide des expériences suivantes.
L'acide arsénieux , chauffé dans un tube effilé à une de ses extrémités avec du flux noir (mélange de carbonate de potasse et de charbon), forme un peu au-dessus de la partie chauffée un anneau d'arsenic métallique. L'acide arsénieux précipite en jaune par l'acide sulfhydrique ; le précipité de sulfure d'arsenic est soluble dans l'ammoniaque avec décoloration de la liqueur ; chauffé dans un tube effilé avec du flux noir, il produit un anneau métallique. La solution d'acide arsénieux précipite en bla7ic jaunâtre par le nitrate d'argent; le précipité darsénite d'argent exposé à l'air devient noir; l'eau de chaux est précipitée en blanc par l'acide arsénieux , le sulfate de cuivre ammoniacal en vert (vert de Scheele, arsénite de cuivre); les sulfures solubles précipitent aussi en jaune par l'acide arsénieux, comme le fait l'acide sulfhydrique; mais avec ces deux réactifs, si la quantité d'acide arsénieux est très-minime, il y a seulement coloration jaune, et le précipité ne se forme que lorsqu'on ajoute une goutte d'acide hydrochlorique ou que l'on concentre les liqueurs; d'ailleurs, tous ces précipités chauffés avec du flux noir donnent l'anneau arsenical, expérience à laquelle il est indispensable d'avoir recours.
On a beaucoup parlé des verres renfermant de l'arsenic : il est vrai que la commission de l'Académie a constaté la présence de ce corps dans un verre de montre opaque; mais, en général, on n'emploie pas en France l'acide arsénieux à la fabrication du verre, et les verres bien transparents n'en renferment jamais. Dans tous les cas, il sera bon de s'assurer par l'analyse si les divers appareils en verre dont on fait usage renferment ou non de l'arsenic.
Les moyens que nous venons de rapporter ont été regardés pendant longtemps comme suffisants pour constater la présence de l'acide arsénieux; mais depuis la découverte de Marsh, en
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1836, on doit toujours avoir recours au procédé qu'il a indiqué. vScheele, illustre chimiste suédois, reconnut en 1725 que Farsenic formait avec l'hydrogène une combinaison qui laissait en brûlant , du régule cCarsenic (arsenic métallique). Depuis cette époque , l'hydrogène arsénié fut successivement étudié par Proust, Tromsdorff, Stromeyer, Gay-Lussac, Sérullas, David et l'infortuné Gehlen,qui périt empoisonné par ce gaz; enfin Marsh fit connaître son procédé, qui était très-incommode tel qu'il l'avait décrit, mais qui a été modifié bien des fois et de bien des manières. Nous ne pouvons pas faire connaître toutes ces modifications plus ou moins heureuses : nous nous bornerons à indiquer ici l'appareil le plus simple, qui est aujourd'hui généralement adopté , et que nous devons à Orfila.
Dans un flacon à large ouverture, d'un litre de capacité environ, on place 500 grammes d'eau distillée, 50 à 60 grammes de zinc laminé coupé par morceaux, et environ Zi. à 5 grammes d'acide sulfurique pur à 66° Cartier; à la tubulure on adapte exactement un fort bouchon en liège , bien homogène , percé de deux trous dont l'un donne passage à un tube droit terminé en entonnoir à la partie supérieure. Ce tube doit plonger dans le liquide. A la seconde ouverture est engagé un tube courbé à angle obtus, effilé à sa partie antérieure et taillé en biseau à sa partie postérieure. Avant de recourber ce tube on y a engagé de l'amiante, qui doit être placée dans le tiers postérieur de la courbure. L'appareil ainsi disposé, on le fait fonctionner pendant une demi -heure et plus : il dégage de l'hydrogène pur, si les agents employés Tétaient eux-mêmes; cet hydrogène, enflammé à la sortie du tube effilé, ne produit pas de taches sur une assiette en porcelaine qu'on présente à la flamme ; de même qu'il ne se forme pas d'anneau si l'on chauffe au moyen d'une lampe à alcool la partie du tube dans laquelle l'amiante est placée ; si , après s'être assuré par une expérience longtemps prolongée, de la pureté des matières renfermées dans l'appareil, on introduit par l'entonnoir la liqueur suspectée arsenicale, dans laquelle la matière animale aura été détruite par un des procédés que nous décrirons plus bas, à l'instant même, pour peu qu'il y ait de l'arsenic dans cette matière, la couleur de la flamme de l'hydrogène pâlira, et on obtiendra de nombreuses taches d'un brun fauve, plus ou moins foncées, brillantes et miroitantes, présentant tous les caractères que nous avons indiqués plus haut (page 38Zi).
Si d'ailleurs on chauffe avec la lampe à alcool la partie du tube renfermant l'amiante, l'hydrogène arsénié est décomposé en arsenic, qui se dépose en anneau un peu en avant de l'endroit chaufiTé, et en hj^drogène qui, étant enflammé, ne déposera que de l'eau sur la porcelaine froide si la décomposition a été complète, mais qui cependant, dans le cas contraire, donnerait des taches arsenicales. Aussi est-il bon de faire marcher les deux
expériences simultanément, c'est-à-dire de chauffer au-dessous de l'amiante pour avoir l'anneau , et d'enflammer l'hydrogène pour obtenir des taches. Dans le cas où l'hydrogène arsénié n'aurait pas été complètement décomposé par ce procédé, on rend sensible la présence d'un miliionièine d'acide arsénieux ; avec un deux-millionème, les taches commencent à se produire.
L'amiante a pour but d'accumuler une plus grande quantité de calorique sur un seul point , et d'empêcher le passage du sulfate de zinc qui se forme dans l'appareil, et qui pourrait être entraîné dans le cas où le dégagement de gaz serait trop tumultueux, et alors il faudrait le diminuer en ajoutant de l'eau dans l'appareil.
Nous avons déjà indiqué quelques précautions qui doivent être ponctuellement observées, surtout celle qui consiste à s'assurer de la pureté des matières employées, car le zinc et l'acide sulfurique pourraient renfermer de l'arsenic. Nous ajouterons que la coupure en biseau de la partie postérieure du tube recourbé a pour but d'empêcher que l'eau entraînée soit retenue par capillarité à l'ouverture du tube; au moyen de la précaution indiquée, l'eau retombe constamment dans l'appareil. Ajoutons qu'il est indispensable, avant d'enflammer l'hydrogène, de donner le temps à l'air renfermé dans l'appareil de se dégager, car si l'oxygène et l'hydrogène se trouvaient en présence au moment de l'inflammation, il y aurait production d'eau avec détonation ; on devra attendre d'autant plus, avant d'enflammer que le flacon sera plus grand et qu'il renfermera moins de liquide.
Il faut que le jet d'hydrogène ne soit pas trop grand, une flamme de 1 à 1/2 centimètre suffit ; l'assiette doit être placée dans la flamme de réduction, et on doit changer de place à chaque instant ; car l'arsenic ne pourrait pas se déposer sur un corps chaud : la trop grande dimension de la flamme peut donc empê-
rique. Si, après quinze à vingt minutes d'expériences, on n'a pas obtenu des taches, on peut être certain de la pureté des réactifs; alors on jette le liquide, on renouvelle les matières en les plaçant dans l'ordre que nous avons indiqué; on enflamme l'hydrogène après quelques minutes pour laisser expulser l'air, et on ajoute la matière suspecte par petites portions.
Si, au lieu d'apérer comme nous venons de le dire, on mettait l'acide sulfurique sur le zinc, il se dégagerait de l'acide sulfureux qui, au contact de l'hydrogène naissant, produirait de l'eau et de l'acide suif hydrique; celui-ci précipiterait l'acide arsénieux à l'état de sulfure jaune, qui ne donne pas de taches dans tappareil de Marsli, En effet, pour que ces taches soient produites, il faut que La préparation arsenicale soit oxygénée ou qu'elle
puisse s'oxygéner dans CappareiL Or les sulfures d'arsenic purs ne peuvent pas s'oxygéner ; de plus, la présence de l'acide suifhydrique pourrait être la cause de la production des taches de soufre.
Au lieu d'enflammer l'hydrogène arsénié à la sortie de l'appareil , de manière à obtenir des taches sur une soucoupe en porcelaine (nous avons dit ailleurs que la faïence devait être proscrite), M. Lassaigne propose de faire passer le gaz dans un tube à boules de Liebig, renfermant une solution de nitrate d'argent bien neutre ; dans ce cas, il se précipite de l'argent métallique noir, et il reste de l'acide arsénieux ou de l'acide arsénique en dissolution : on précipite alors ce qui reste d'azotate d'argent par l'acide chlorhydrique pur. On filtre, et on obtient, par l'évaporation du liquide de l'acide arsénieux ou de l'acide arsénique faciles à reconnaître à leurs différents caractères. Ce procédé est plus sensible que celui que nous venons d'indiquer ; mais il faut constater la présence de l'acide arsénieux dans la liqueur, et ne pas conclure d'après la précipitation de l'argent métallique qui peut se faire par l'hydrogène pur, et même par l'action seule de la lumière ; de plus , le précipité noir pourrait être dû à du sulfure d'argent formé, parce que l'hydrogène renferme des traces d'acide sulfhydrique.
M. Jacquelain, après avoir détruit la matière organique au (moyen du chlore, chasse l'excès de chlore par la chaleur, place le liquide dans un appareil auquel est adapté un tube courbé à un angle obtus, renfermant dans sa branche horizontale de l'amiante calcinée ou de l'acide sulfurique. Ce tube est enveloppé vers son milieu d'une feuille de clinquant, et est adapté à un tube à boules de Liebig renfermant du clilorure dor pur. On chauffe le clinquant, et l'arsenic se dépose à l'extérieur du tube en avant de la partie chaufïee : s'il échappe de l'hydrogène arsénié non décomposé, il réduit le chlorure d'or, et il se forme de l'acide arsénieux qui reste en dissolution dans la liqueur ; on précipite alors l'or qui est resté à l'état de chlorure ; par l'acide sulfureux , et après filtration, on reconnaît dans la liqueur la présence de l'acide arsénieux, par l'évaporation et par les procédés indiqués. Ce procédé est encore plus sensible que celui de M. Lassaigne.
M Reinsch propose, pour constater la présence de l'acide arsénieux, d'aciduler les liqueurs par l'acide chlorhydrique, et de faire bouillir la liqueur avec une lame de cuivre qui se recouvre d'une couche grisâtre d'arsenic métallique. Ce procédé est loin d'avoir la sensibilité que lui attribue son auteur.
Certains liquides arsénieux, peu chargés de matières organiques, comme les urines claires, par exemple, peuvent être mis directement dans l'appareil de Marsh, en ayant le soin de placer sur le liquide une couche d'huile qui empêche le liquide de mousser ; mais si la liqueur contient une certaine quantité de
matières organiques, il est indispensable de les détruire. Pour cela, on a proposé une infinité de procédés ; nous nous contenterons d'indiquer ceux qui sont le plus souvent mis en usage et reconnus les meilleurs.
Lorsqu'il s'agit de détruire les matières animales mélangées à un liquide comme des matières de vomissements, ou celles que Ton trouve dans l'estomac, on délaye les matières dans l'eau, et on porteà l'ébullition. L'albumine, en se coagulant, entraîne la plus grande partie de la matière organique ; on filtre et on traite la liqueur par l'alcool absolu qui achève la précipitation. On pourrait encore employer avec succès un courant de chlore qui détruit parfaitement les matières animales, et qui a en outre l'avantage de décolorer les liquides, tandis que, par le premier procédé, on est souvent obligé d'avoir recours au charbon animal lavé, qui a Fiaconvénient de retenir une grande portion de la matière toxique.
Dans ce procédé qui est du à M. Braconnot, il n'y a pas destruction, mais bien simple séparation des matières organiques; or cette séparation est incomplète, donc le procédé est insuffisant.
Si, au contraire, on a à constater la présence de l'acide arsénieux dans un organe, foie, rate, reins, etc., on peut faire bouillir ces organes dans de l'eau distillée aiguisée d'acide chlorhydrique, et on opère ensuite sur le liquide comme nous l'avons dit plus haut; mais, en général, il vaut mieux détruire la matière organique; pour cela, Orfila conseille de la mélanger avec le double de son poids environ d'azotate de potasse pur, et à dessécher le mélange dans une capsule en porcelaine à une douce chaleur, en agitant de temps en temps. On projette ensuite la matière, par petites portions, dans un creuset de terre chauffé au rouge obscur ; la matière blanchit ou devient grisâtre; si elle restait charbonneuse, ce serait une preuve que la proportion de nitre n'est pas assez grande ; il faudrait y en ajouter une nouvelle quantité quand l'incinération est terminée; on en laisse refroidir le creuset et on y met peu a peu de l'eau distillée, afin de détacher toute la matière saline que l'on verse dans une capsule. On évapore la liqueur jusqu'à consistance sirupeuse, et on ajoute de l'acide sulfurique concentré et pur par petites portions jusqu'à ce qu'il ne se produise plus d'effervescence; alors on fait bouillir jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs blanches d'acide azotique ou des vapeurs jaunes orangées d'acide azoteux. Cette précaution est indispensable; car sans elle le dégagement n'aurait pas lieu, et les explosions seraient inévitables. Cette opération terminée, on reprend par l'eau le produit de l'évaporation saline, et on l'introduit dans l'appareil de Marsh; si la solution était acide, on la saturerait parla potasse à l'alcool.
On a reproché à ce procédé sa longueur et l'emploi d'une
grande quantité d'acide sulfurique ; mais il faut s'assurer préalablement de la pureté des matières employées.
Bailleurs, il se forme de grandes quantités de sulfate de potasse qui cristallise simultanément dans l'appareil avec le sulfate de zinc, ce qui détermine bientôt l'obstruction des tubes.
M. Devergie, après avoir dissous la matière organique dans de la potasse, la traite par Vazotate de chaux, et il reprend par l'acide chlorhydrique; mais alors cet acide est employé pour faire fonctionner l'appareil de Marsh, et c'est dans ce cas que les taches de zinc se produisent ; nous avons donné plus haut leurs caractères.
MM. Fiandin et Danger carbonisent les matières par le sixième de leur poids d'acide sulfurique ; on chauffe en remuant jusqu'à ce que la matière soit sèche et pulvérulente; on laisse refroidir la capsule et on y ajoute une petite quantité d'acide azotique concentré, dans le but de faire passer l'acide arsénieux à l'état d'acide arsénique plus fixe et plus soluble ; on évapore de nouveau à siccité, on reprend par l'eau distillée, on filtre et on introduit le liquide dans l'appareil de Marsh. On reproche à ce procédé de donner un charbon sulfureux. Or la présence de l'acide sulfureux dans l'appareil de Marsh amène la formation de l'acide sulfiîydrique, et subséquemment celle du sulfure d'arsenic jaune qui, nous le savons déjà, ne donne pas de taches dans l'appareil de Marsh.
L'addition de l'acide azotique a encore pour effet de transformer l'acide sulfureux que peut renfermer le résidu charbonneux en acide sulfurique.
M. Blondelot a remarqué que dans les empoisonnements par 'acide arsénieux on pouvait trouver du sulfure dans le canal iigestif. Ce fait avait été signalé par Orfila; mais M. Clondelot a ijouté qu'il était indispensable de reprendre le charbon sulfurique par l'eau d'abord, par l'ammoniaque ensuite, dans le but de iissoudre le sulfure d'arsenic, Nous sommes convaincus qu'il faut préférer à l'ammoniaque le traitement par l'acide azotique :iui attaque parfaitement le sulfure d'arsenic.
MM. Malaguti et Sarzeau ont proposé un procédé qui ressemble beaucoup à ceux qui ont été indiqués par MM. Gaultier de Claubry, Abreu, Fresenius etBabo; voici en quoi il consiste: on introduit dans une grande cornue à large ouverture. Ib matière suspecte coupée en morceaux, on la baigne avec de l'eau régale, on chauffe en ayant le soin de faire plonger le col de la cornue dans un peu d'eau. Lorsque ia dissolution est opérée, on décante le liquide et on ielaiose refroidir, la matière grasse concrétée qui surnage le liquide csLséparéeet malaxée avec l'eau dans laquelle plongeait le col de la cornue; l'eau de lavage est mélangée avec la olution de matière animale dans l'eau régale, et le tout est sou-
mis à une distillation ménagée de manière à recueillir les 19 vingtièmes du liquide. Comme il pourrait se dégager du chlorure d'arsenic, il faut avoir le soin d'adapter au récipient un tube recourbé qui conduit les gaz et les vapeurs dans un flacon tubulé contenant un peu d'eau; celle-ci, mélangée au produit de la distillation, est traitée par un courant longtemps soutenu d'acide sulfhydrique ; il se forme un dépôt que l'on traite par l'ammoniaque, qui dissout le sulfure d'arsenic et peu de soufre ; on filtre et on fait évaporer a siccité la solution ammoniacale ; le résidu est repris par l'acide azotique concentré ; on évapore à une douce chaleur à siccité, on reprend par l'eau, et on introduit dans l'appareil de Marsh.
L'appareil de Marsh a l'inconvénient de laisser perdre des portions notables d'arsenic, à cause des intermittences qui se produisent pendant la condensation de l'arsenic sur des soucoupes en porcelaine ; c'est pour obvier à cet inconvénient que MM. Danger et Feandin ont proposé de faire brûler l'hydrogène arsénié dans un petit appareil : dans lequel il se forme de l'eau et de l'acide arsénieux, celui-ci est recueilli, on le reconnaît aux caractères que nous avons indiqués.
Arsenic normal. — L'arsenic normal signalé par MM. Couerbe et Orfila n'a pu être trouvé ni par la commission de l'Institut ni par Orfila lui-même. Il est probable qu'Orfila, lorsqu'il a trouvé de l'arsenic, qu'il croyait être normal, avait eu affaire à un cadavre renfermant accidentellement ce corps.
De la pureté des réactifs. — Dans toute recherche médicolégale^ il est indispensable que l'expert s'assure de la pureté des réactifs : ceci s'applique surtout à l'empoisonnement par l'acide arsénieux.
Orfila a prouvé que Vacide sulfurique du commerce renfermait souvent de l'acide arsénieux et de l'acide arsénique; on l'essaye en saturant par la potasse et plaçant le sulfate formé dans l'appareil de Marsh : s'il est arsenical et qu'ori ne puisse pas s'en procurer d'autre, on le purifie en le distillant sur du sulfure de barium.
L'acide azotique ne renferme pas habituellement d'arsenic, mais on est certain d'avoir de l'acide azotique exempt de composés arenicaux, lorsqu'on le distille sur de l'azotate d'argent. |
L'acide clilor hydrique réactif est rarement arsenical ; on pourrait le purifier en le distillant sur le chlorure de barium, et rejetant les premières portions, on reconnaîtrait sa pureté en le saturant par la potasse, introduisant le chlorure de potassium formé dans l'appareil de Marsh, que l'on ferait alors fonctionner au moyen de l'acide chlorhydrique.
La potasse à l'alcool n'est presque jamais arsenicale. On s'assure de sa pureté en la saturant par l'acide sulfurique pur, et on l'essaye par l'appareil de Marsh.
On trouve très-raremenl dans le commerce de Vazotate de potasse arsenical ; on l'essaye en le décomposant par l'acide sulfurique pur et par l'appareil de Marsh.
Enfin, il est plus rare qu'on ne l'a prétendu, de trouver du zinc et du fer renfermant de l'arsenic ; d'ailleurs, on les essaye aussi par l'appareil de Marsh. L'expert devra toujours faire une exrience de contrôle en employant les mêmes réactifs, et en même quantité que dans les expériences faites sur la substance soupçonnée empoisonnée, et en opérant sur du foie de mouton ou toute autre matière non empoisonnée, c'est ce que l'on désigne sous le nom cCeocpérience à blanc.
Terrains des cimetières. — Certaines terres renferment de l'arsenic généralement à l'état d'arsénite de chaux ou de sulfure, tous deux insolubles : l'expert devra, dans les cas d'exhumation juridique, essayer la terre située au-dessus ou au-dessous, à droite, à gauche, et dans un ou plusieurs points plus ou moins éloignés de la fosse. Pour cela, après avoir fait longtemps bouillir la terre dans de l'eau distillée pure, on l'attaquera par l'acide sulfurique concentré, et les liqueurs seront essayées dans l'appareil de Marsh.
Sulfures d'arsenic. Le sulfure jaune (orpiment) et le sulfure rouge (réalgar), projetés par les charbons ardents, dégagent des vapeurs alliacées. Chauffés dans un tube effilé avec du flux noir, ils donnent un anneau arsenical.
L'acide arsénique est très-soluble, déliquescent, ainsi que les arséniates solubles; il précipite en rouge brique l'azotate d'argent et l'azotate d'argent ammoniacal ; il ne précipite par l'acide suifhydrique que lorsqu'on y ajoute quelques gouttes d'acide sulfureux, et, plus tard, d'acide chlorhydrique. il précipite en blanc bleuâtre le sulfate de cuivre ammoniacal.
Varsénile de potasse., liqueur de Fowler^ précipite en jaune par l'acide sulfhydrique, et en blanc jaunâtre parle nitrate d'argent. D'ailleurs, il présente les autres caractères de l'acide arsénieux.
Nous terminerons en disant que dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux comme dans les autres empoisonnements, il faut perdre le moins de matière possible à produire des réactions, il faut toujours s'attacher à isoler le poison, et, dans ce cas, chercher à obtenir des taches et l'anneau.
EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉPARATIONS
ANTIMONIÂLES.
Toutes les préparations antimoniales, prise à haute dose, occasionnent des vomissements, des déjections alvines, des tranchées très-vives, l'inflammation des parties avec lesquelles elles se trouvent en contact ; mais comme les vomissements abondants expulsent le poison, il en résulte qu'il est rare que l'empoisonnement soit mortel ; il est même probable que les accidents décrits parPlenck, comme déterminés par l'antimoine métallique, doivent être attribués en grande partie à l'arsenic qu'il renferme toujours, comme Ta démontré Sérullas.
L'antimoine métallique peut se présenter sous trois états : en masse, en anneau et en tache. Sous ces deux dernières formes, on le recoTinaîtra aux caractères que nous avons indiqués pages 386 et 387. S'il est en masse, il est en lames d'un blanc bleuâtre, brillants, fragiles, cristallisant à sa surface sous la forme de feuilles de fougères. Traité par l'acide azotique concentré, il fournira de l'acide antimonieux solide, et d'après M. Frémy, de l'antimoniate de protoxyde d'antimoine : ce résidu est soluble dans l'acide chlorhydrique, avec lequel il forme un chlorure qui précipite en blanc par l'eau, et en jaune orangé par l'acide suif hydrique; les préparations antimoniales oxygénées ou celles qui peuvent s'oxygéner dans l'appareil de Marsh donnent des taches et des anneaux.
Nous allons traiter seulement de l'empoisonnement par l'émétique. Tout ce que nous en dirons s'appliquera aux autres préparations antimoniales. En effet, à Pintensité près, les lésions et les symptômes seront les mêmes.