DEUXIÈME SECTION DES NARCOTICO-ACRES
Cette section comprend la stryclinitie^ Vigasurine , la brucine^ Ib, noijc vomique , ]a, fève de Saint-Ignace, la fausse angusture, Vupas tieuté.
Symptômes produits par ces substances. Le phénomène domi-
ABREGE DE TOXICOLOGIE. i5Y
liant dans les empoisonnements par ces substances est Taction spéciale qu'ils exercent sur le système nerveux , et qui se manifeste par une contraction générale de tous les muscles du corps avec redressement de la colonne vertébrale ; bientôt succède un grand calme qui est suivi d'un nouvel accès tétanique plus long que le premier, et pendant lequel la respiration est accélérée, puis les accidents cessent, la respiration est ralentie; il y a stupéfaction, suivie d'une nouvelle contraction générale. Chez les chiens, il y a roideur et rapprochement des pattes antérieures qui se dirigent en arrière, redressement de la colonne vertébrale et renversement de la tête sur le cou : les animaux tombent sur la mâchoire inférieure et bientôt après sur le côté ; alors le tétanos est complet, le thorax est immobile et la respiration nulle , coloration des lèvres et des gencives en violet. Cet état d'asphyxie dure une à deux minutes , et à moins que l'asphyxie ne soit portée à un très-haut degré , les organes des sens et le cerveau continuent à exercer leurs fonctions. Après quelque temps, le tétanos cesse et la respiration est rétablie. Ces accès, de plus en plus violents, se renouvellent jusqu'à quatre et cinq fois. La mort survient après le cinquième. Un phénomène qui doit être signalé et quine se trouve que dans les empoisonnements par ces substances, c'est que l'attouchement d'une partie du corps quelconque, ou bien la menace ou le bruit , produisent à l'instant le tétanos.
Lésions. On remarque les mêmes altérations que chez les individus asphyxiés, mais pas de lésions dans le canal digestif dans le plus grand nombre de cas.
STPtYCHNINE.
Cet alcali organique est un des poisons le plus violents que l'on connaisse : les symptômes qu'il détermine sont ceux que nous venons d'indiquer. 11 en est de même des lésions.
Traitement. Le traitement que nous allons indiquer pour la strychnine s'applique à l'empoisonnement par la brucine, la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, la fausse angusture^ le camphre et la coque du Levant ou le principe immédiat qu'on en retire, la picrotoxine.
Les individus blessés par les upas emploient le chlorure de sodium comme contre-poison. MM. Magendie et Delille ont prouvé que ce sel ne produisait aucun effet , soit que le poison ait été appliqué à l'extérieur ou introduit dans l'estomac ; or, les upas , produisant les mêmes symptômes que la strychnine et les autres poisons de cette section, il en résulte que l'empoisonnement doit être traité de la même manière, c'est-à-dire qu'il faut se hâter d'administrer un vomitif, et de provoquer ainsi les vomissements,
et aussi par la titillation de la luette. Il est urgent en outre de s'opposer à l'asphyxie, qui est la principale cause de la mort, en pratiquant la trachéotomie, et en insufflant de lair dans les poumons. Si le poison a été appliqué au moyen de blessures faites aux membres par des flèches imprégnées de poison ou par tout autre moyen, on doit cautériser immédiatement et pratiquer une ligature au-dessus de l'endroit blessé. Si le poison a été ingéré dans l'estomac depuis quelque temps, il faut administrer un lavement purgatif et faire prendre des potions renfermant de l'éther sulfurique ou de l'essence de térébenthine qui sont , dans la plupart des cas, d'un effet salutaire; enfin, les injections de chlore et la décoction de tannin seront d'un grand secours, principalement dans les cas d'empoisonnement par la strychnine, labrucine ou par la noix vomique. Ajoutons, toutefois, que les inspirations d'air, faites avec patience et avec la plus grande précaution , sont le moyen le plus efficace dans ces sortes d'empoisonnements.
Recherches médico-légales de la strychnine et de la briicine. Ces deux alcalis organiques n'agissent que lorsqu'ils ont été absorbés : ils sont l'un et l'autre faciles à reconnaître, même lorsqu'ils sont mélangés avec des liquides organiques colorés : quelquefois cependant il est difficile de constater l'ensemble de leurs caractères. Dans le cas où il s'agit de reconnaître la présence de ces alcaloïdes mélangés à des matières organiques, il faut faire bouillir ces matières soit avec de l'alcool concentré, soit avec de Peau acidulée par l'acide acétique. Dans le premier cas, on pourra isoler ainsi le principe immédiat lui-même; dans le second, sa combinaison avec l'acide acétique pourra être décomposée par l'ammoniaque qui précipitera la strychnine et la brucine, et toujours on distinguera ces deux alcaloïdes aux caractères suivants :
CARACTÈRES
STRYCHWmE.
BBUCINE.
Saveur
Gi'istallisation i
Acide azotique concentré.
Nitrate
Alcool
Acide sulfurique et bioxyde de plomb, ou bichromate de potasse. .
Extrêmement amère,
Octaèdres ou en prismes, à quatre pans terminés par des pyramides à quatre faces.
Coloration jaune.
Cristallise facilement.
Insoluble dans ralcool étendu.
Coloration yiolette très-belle ,
Amère.
Prismes droits à base rhomboïdale.
Coloration rouge de sang qni passe au violet par le protochlorure d'étain.
Ne cristallise pas.
Soluble dans l'alcool étendu.
Rien.
Mais c'est surtout le procédé de M. Stass qu'il faudra employer pour la recherche de la strychnine.
Nous devons ajouter que très-souvent la strychnine du commerce est impure, et que, renfermant de la brucine, elle est colorée en rouge par l'acide azotique. Il paraîtrait, d'ailleurs, d'après les expériences récentes de M. Desnoix, que nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici, que la coloration en rouge, qui se produit lorsqu'on traite la strychnine par l'acide azotique, serait due à une base très-énergique, qu'il a isolée, et qu'il nomme igazurine. Cet alcaloïde se distingue surtout des précédents par sa très-grande solubilité dans l'eau. De plus, il rougit bien mieux par Tacide azotique que ne le fait la brucine ellemême.
A propos du célèbre procès de Palmer, jugé en Angleterre il y a quatre ans , on a produit une opinion contre laquelle nous ne pouvons que protester. On a prétendu que l'on ne pouvait pas retrouver la strychnine après la mort lorsqu'on l'avait administrée en quantité juste suffisante pour produire la mort, et que ce n'était que lorsqu'on en administrait un excès qu'il était possible de la retrouver; des faits nombreux sont venus démontrer combien cette opinion était erronée.