TISANES
Une tisane est une solution aqueuse peu chargée des principes médicamenteux et qui sert de boisson ordinaire aux malades.
Les tisanes doivent être peu désagréables au goût, on les changera souvent dans le seul but de ne pas lasser le malade. Les tisanes prises chaudes ont une action sudorifique ; la quantité à
prescrire par jour varie depuis un demi-litre jusqu'à deux ou plusieurs litres ; néanmoins, à part quelques cas spéciaux, on ne doit guère dépasser trois litres, car l'abus affaiblirait beaucoup. On peut éduJcorer les tisanes avec du sucre, du miel, des sirops; on peut les couper avec du lait ou du petit-lait, y ajouter dans certaines circonstances, une dose légère de vin, de teinture, d'extrait ou de sucs exprimés des végétaux, des sels, des acides, etc., qui dans tous les cas ne doivent être ajoutés qu'après que la liqueur a été passée.
Les tisanes sont prises froides ou chaudes, par verres ou par tasses, dans le courant de la journée, à des intervalles plus ou moins rapprochés, mais quelque temps avant et après les repas. On prépare les tisanes par infusion, par décoction, par macération, par digestion.
Quand on a des plantes aromatiques ou contenant des principes extractifs alliés à des fécules, et que l'on veut séparer, l'infusion doit être prescrite.
Les fleurs et les feuilles des végétaux, les fruits des ombellifères, la racine de sassafras, l'écorce de cannelle, etc., seront traités par infusion.
La décoction s'emploiera pour les substances très-denses dont les principes ne se dissolvent que par l'action de la chaleur. Les écorces, les bois, les racines, les fruits des céréales, fournissent des tisanes par décoction. Il est cependant à remarquer que toutes les racines ne peuvent pas être traitées par décoction; il en est qui, contenant beaucoup d'amidon, donneraient par une ébuUition prolongée une tisane épaisse et désagréable au goût sans gagner en efficacité ; ces substances devront être concassées et traitées à froid ou par simple macération ou par infusion.
Le tableau suivant, dressé d'après M. Robert, et que nous empruntons au manuel de M. Soubeiran, pourra être utile à consulter.
Racines amylacées.
Arrête-bœuf, aristoloche, belladone, benoîte, calamus aromaticus, capucine, carotte, colombe, chou, ellébore blanc, fougère mâle, fraisier, galanga, gingembre, guimauve, houblon, ipécacuanha, iris, iris nostras, jalap, mauve, nénuphar, ortie, oseille, patience, persil, pivoine, raifort, réglisse, rhapontic, rhubarbe, salsepareille, sassafras, serpentaire de Virginie, squine, tulipe, turbith, valériane, zédoaire.
Racines non amylacées.
Angélique, année, bourrache, chicorée, consoude, moutarde, oignon, pissenlit, scille.
ABRÉGÉ DE PHARMAGIÉ.
Là macération s'emploie encôi^è dans le cas où les principes èônt altérables par la chaleur, les som ■ ités d'absinthe, la racine de ï1nib;iibe, et donnent des tisanes par macération. Quand la macërafion est aidée par Une lé^^ère chaleur, comme celle du soleil ou du bain de sable, elle prend le nom de digf^stion.
Quand les substances contiennent un principe amer dont on veut se débarrasser, il faut les faire traiter d''alx)rd par Teau froide ou chaude en lavage ou par une lé^zère décoction : ainsi le lichen quand on vetit n'avoir que les propriétés adoucissantes. Il est impoi'tant de passer la tisane avant d'y ajouter des sels, des acides ou des sirops. Dans ces mélanges, il faut tenir compte des incompatibilités que nous avons indiquées. {Voir Tableau de substances incompatibles.)
Les tisanes se font quelquefois avec les espèces : ainsi on presci'ira une tisane avec espèces émollientes, espèces amères, etc.
Pour formuler une tisane, il suffit presque toujours de désigner la base, 1 excipient et l'opération pharmaceutique convenable.
Les tisanes sont presque toujours magistrales, c'est-à-dire qu'elles doivent être préparées au moment du besoin. On ne doit pas considérer comme tisanes officinales, des solutions concentrées d'extraits qui servent à préparer les tisanes proprement dites; ce sont les tisanes qu'on a désignées sous le nom très-impropre (ïessericps concentrées. Les tisanes acides sont appelées limonades et celles-ci peuvent être crues, cuites ou gazeuses.
Tisane sudcrifique.
Adultes.
Espèces sudoriûques . 60 gram.
Faites digérer pendant quatre heures dans
Eau chaude, i 1000 gram.
Passez et ajoutez :
Sirop de salsepareille composé « . . 60 gram. A prendre en cinq fois dans la journée.
Tisane alcaline.
AdnHes,
Bicarbonate de potasse cristallisé.
Teinture de cannelle. . ) ^
— de vanille. . | ''i*- • • •
Sirop de sui;re
Eau • 1000 gram.
Mêlez.— A prendre par tasses dans la journée
2 giam.
1 gram.
60 gram.
EhfanXi^ .
10 gra-m.
500 gram.
40 gram.
Enfants.
0,50 céutigT.
10 goutles.
40 ^-am.
500 gram.
LIMOAADËS
Boissons qui ont pour base un acide minéral ou végétal. Ou a
distingué les limonades en minérales et en végétales. On peut édulcoren ces préparations comme les tisanes et dans les mêmes proportions.
I onr formuler dans ce cas, il suffit de faire aciduler la quantité d'eau prescrite, usquè ad gralam acidilatcm. La limonade minérale la plus employée est celle que Ton prépare avec racide sulfurique.
Iiimonade sulfurique.
Jpau commune 1000 gram.
Sirop de sucre 60 gram.
Acide sulfurique . quantilé suffisant^
pour aciduler agréablement.
A prendre comme boisson ordinaire dans la journée On procédera dans les mêmes proportions pour les autres limonades minérales.
Les limonades végétales se préparent avec des acides véarétaux ou des fruits acidulés. Les limonades préparées avec des fruits se font par mai'ération ou par infusion ; celle obtenue par infusion, dite limonade cuite, fatigue moins parce qu'elle contient plus de matières mucoso-sucrées.
Ziimonade citrique.
Acide citrique cristallisé 2 gram.
Sucre 60 gram.
Oleo-saccharum de citron 1 gram.
Eau. 1000 gram.
Mêlez. — A prendre par verres dans la journée.
Enfants.
0,73 centig.
40 gram.
0,50 centlgF.
300 gram.
On peut remplacer les fruits acides et les acides acétique, citrique, tai'tique, par leurs sirops à la dose de 60 grammes par kilogrammes d eau.
M. Rogé a le premier indiqué le citrate de magnésie comme pouvant servir à préparer une limonade purgative d'une saveur agréable; on associe ce sel au sucre, et on peut à volonté obtenir des limonades gazeuses au moyen d'un excès d acide citrique et de bi-carbonate de soude.
60 ou 50 grammes de citrate de magnésie peuvent remplacer 30 à 35 grammes de sulfate de magnésie, mais leur action est diff< rente; le dernier sel purge plus vite et plus sûrement; le premier moins certain dans son action a des effets plus longtemps prolongés.
Voici d'après M. Soubeiran les proportions et les doses à employer pour la préparation des diverses limonades.
Limonades à 10 gram. 20 gram. 50 gram. 40 gram. 50 gram. 60 grani.
Acide citrique 6,5 15 19 26 52 59
Magnésie calcinée. . . . 1,85 5,7 5,55 7,4 9,5 11,1
ou Garhonate de magnésie. 4,1 8,2 12,5 16,2 20,5 24,4
Les limonades préparées avec la magnésie calcinée présentent une odeur sulfureuse très-prononcée, il vaut donc mieux se servir du carbonate; dans tous les cas. ces limonades ne peuvent pas être préparées à l'avance, la solution se trouble bientôt par la transformation du citrate de magnésie en carbonate, on empêche la précipitation du carbonate en ayant le soin de rendre le liquide fortement gazeux au moyen d'un appareil servant à préparer les eaux gazeuses.
Voici maintenant les formules qui sont le plus souvent employées pour la préparation de ces limonades.
Iiimonade au citrate de magnésie à 50 grammes.
(non gazeuse).
ûlagnésie calcinée 9 gram.
Acide citrique 52 gram.
Eau 500 gram.
Sirop de limons 70 gram.
La magnésie calcinée peut être remplacée par 20 grammes de carbonate.
Iiimonade gazeuse au citrate de magnésie à 50 grammes.
Magnésie calcinée 5 gram. 50 cent,
ou
Carbonate de magnésie 12 gram. 50 cent.
Acide citrique 52 gram.
Carbonate de magnésie 8 gram.
Sirop de limons 80 gram.
Eau q. s.
Il faut d'abord faire dissoudre les 5 grammes 30 centigrammes de magnésie calcinée ou les 12 grammes 30 centigrammes de carbonate flans 19 grammes 65 centigrammes d'acide citrique; la liqueur filtrée est placée dans une bouteille, on y ajoute alors le reste de l'acide citrique et les 8 grammes de cai-bonate de magnésie, on bouche immédiatement et on maintient le bouchon à l'aide d'une ficelle. On agite.
Comme la conservation des limonades préparées à l'avance est très-difficile , on est dans l'habitude de préparer une limo-
nade sèche qu'il siifFit de faire dissoudre dans l'eau pour obtenir des limonades gazeuses ou non gazeuses.
Poudre pour limonade non g;azeuse.
Magnésie calcinée 9 gram.
Sucre fiotlé sur un zeste de cilron frais . . 50 gram. Acide citrique en fragments 53 gram.
Poudre pour limonade gazeuse.
Carbonate de magnésie 8 gram.
Acide citrique en fragments 55 gram.
Sucre frotté sur un zeste de citron frais. . 50 gram.
Desséchez l'acide citrique à une douce chaleur; mêlez aux autres substances et aromatisez avec la teinture de zestes de citrons.
Cette dose représente une limonade sèche à 8o grammes.
Le tartrate de magnésie qui est également insipide peut trèsbien remplacer le citrate.
APOZEMES.
Les apozèmes sont des solutions dans l'eau des principes immédiats des végétaux, comme les tisanes; mais ils en diffèrent en ce qu'ils contiennent une proportion beaucoup plus grande de ces principes médicamenteux, et qu'ils ne servent pas de boisson ordinaire aux malades. Les apozèmes sont des préparations magistrales peu employées aujourd'hui; leur goût désagréable n'a pas peu contribué à les faire négliger; d'ailleurs les malades ont souvent de la peine à les digérer, ils éprouvent des pesanteurs d'estomac qui ne sont pas sans inconvénient : ces médicaments remplissent des indications spéciales, ils sont sudorifiques, purgatifs, et les plus usités sont la décoction blanche de Sydenham , le bouillon aux herbes, l'apozème anti-scorbutique, la tisane de Keltz, etc.; bien que les apozèmes soient des préparations magistrales, l'usage ayant consacré leur formule, il suffit d'indiquer la quantité à employer. On les prescrit froids ou tièdes, en une dose ou en plusieurs, le matin à jeun ou à différentes heures de la journée. On n'en fera préparer que pour un jour : gardés plus longtemps, ils s altéreraient.
Les médecines peuvent être regardées comme une espèce d'apozème, du moins pour la plupart, le médecin n'a pas besoin d'en faire la formule, il suffit d'indiquer la médecine que l'on désire, et le pharmacien la préparera très-bien sur ce renseignement.
n ABRÉGÉ DE PHARMACIE.
Décoction blanche de Sydenbam.
Corne de cerf calcinée et porphyrisée. . . 8 gratn.
Mie (le pain 24 grara.
* Gomme arabique pulvérisée 8 gram.
Sucre 5-2 gram.
Eau de fleurs d'oranger 16 gram.
Eau q. s.
Après avoir trituré avec soin dans ini mortier de marbre la corne do cerf avec la mie de pain, on piace le mélange dans un poêlon avec un peu plus d'un litre d'eau et la gomme, on fait bouillir en agitant. Lorsque la liqueur est réduite à un peu moins d'un litre, on passe avec lég:ère expression à travers uueétamine peu serrée, on ajou e alors le sucre ou l'eau de fleurs d oranger que l'on remplace souvent par 8 grammes d'eau da cannelle orgée.
Employée comme anti-diarrheïque il faut agiter avant l'administration qui se fait par verrées ou demi-verrées.
BOUILLOXS.
Les bouillons s'obtiennent par la décoction de la chair de certains animaux dans l'eau. On doit avoir la précaution de les faire passer à froid pour en séparer la graisse. Du reste, tout le monde sachant faire du bouiliun, le médecin n'a guère qu'à le prescrire, sans indiquer le mode d'opération.
On a à tort décoré du nom de bouillon aux herbes, un liquide dans lequel on a fait cuire des herbes en y ajoutant du beurre çt du sel : ce n'est qu'un apoz.'^me. Les bouillons sont alinien-. taires ou médicinaux. Les bouillons alimentaires sont préparé^ avec des viandes d'animaux mammifères arrivés à l'âge de puberté ; les bouillons médicinaux sont faits avec des viandes moin? nourrissantes, telles que celles du veau, du poulet, etc.
On peut ajouter des plantes aux boni Ions, suivant le but qu§ l'on se propose; ellej» seront adouci^ssantes, aromatiques, etç,
MUCILAGES.
Les mucilages sont des préparations ayant pour base de 1^ gomme ou d'autres princip>'S analogues, tenus en dissolution ou en suspension dans Peau. Les mucillages sont 1 quides, mais de la consistance du blanc d'ceuf le plus ordinairement. Du reste, on approprie la consistance des mucilages à leurs usages divers. On les rend plus ou moins liquides en employant une plus oi| moins grande quantité d'eau.
Les mucilages peuvent présenter dos couleurs variées. Celui de semences de coings est rougeâtre, la racine de guimauve en
fournît un légèrement coloré en jaune. Les substances employées pour préparer les mucilages sont la gomme arabique, la gomme adragante, les racinus de gui nauve et de mauve, les graines : de lin, de coings, de psyllium, les fécules, etc.
Dans la prescription, le médecin indique la quantité de mucilage et le nom de la plante on de Torgane qui le fournit.
Les mucilagps sont employés délayés dans de Tcau, sous forme de tisane, ou par cuillerées à café, édulcorés avec du sucre, du sirop, etc.
Les mucilages de gomme sont surtout indiqués comme intermède pour suspendre les matières qui sont insolubles dans un véhicule, ou comme excipients despilules et des tablettes.
ÉMULSIONS.
L'émulslon est un médicament magistral liquide, d'appnrence laiteu^e, de couleur blanche ou blanc jaunâtre; préparé ou avec des semences huileuses et de l'eau, ou avec de Thulle tenue en suspensioii dans Teau au moyen d'un mucilage, d'un jaune d'reuf ou du sucre ou avec des résines et des gommes-résines suspendues d'après le même procédé.
On appel e fausses émulsions celles qui sont préparées en délayant des huiles, des résines ou des gommes résin-^s, dans Teau, au moyen d'un mucilage ou d'un jaune d'œuf. Les émulsions ne se préparent guère quavec des amandes douces, les pistaches, les graines de chanvre, les semences de melon, de citrouille, de pastèque et de concombre. Ces quatre dernières subt-tances sont appelées semences froides.
On peut faire entrer des poudres et des sels dans les émulsions ; mais on doit se garder d'y ajouter des liqueurs acides ou alcooli(iues qui les coaguleraient Les acides formeraient avec l'albumine végétale un composé insoluble; l'alcool s'emparerait de l'eau, et TalbiuTiine serait également coagulée.
On mêle quelquefois, par parties égaies, des tisanes et des émulsions, par ex8U)pie les tisanes d'orge, de chiendent, de gomme, etc.
Les émulsions sont très-altérables et ne doivent se prescrire que pour être prises de suite. La quantité ù emplo3''er dans les vingt-quatre heures ne va pas au delà de 500 à 600 grammes.
£îniulsion simpie ou lait d'amandes.
Amandes douces, 30 gram.
Sucre 30 gram.
Eau froide 500 gram.
Eau de fleurs d'oranger 15 gram.
Pilez les amandes après les avoir mondées dans un morlier en marbre avec le sucre, ajoutez un peu d'eau et faiies une pâle homogène que "vous délayez ensuite dans l'eau. Passez à travers un linge ou une élamine en laine, et ajoutez l'eau de fleurs d'oranger.
Les véritables émiilsions se font toutes d'après la même formule.
Soit pour les émulsions, soit pour les loochs, nous recommandons de prescrire toujours les amandes douces et amères par poids, et non par nombre, comme on le fait souvent. En effet, la grosseur des amandes peut varier.
Ëmulsion de copahu.
Adultes.
Eau commune 350 gram.
Copahu 60 gram.
Mucilage de gomme arabique. . . 60 gram.
Sirop simple 60 gram.
150 gram.
10 gram.
10 gram.
20 gram.
Faites une émulsion à prendre par tasses à café dans la journée.
Éixiulsions pur§;atives avec Thuile de ricin.
Adultes.
Huile fraîche de ricin 50 gram.
Broyez l'huile dans un demi-jaune d'œuf et ajoutez :
Eau commune 200 gram.
Eau de fleurs d'oranger.. .). g^
Sirop simple ) °
Enfants .
10 gram.
100 gram.
50 gram.
Itavement antihystérique.
Racine de Yalèriane 30 gram.
Faites digérer dans :
Eau bouillante 250 gram.
Passez après refroidissement et ajoutez :
Poudre d'assa-fœtida 2 gram.
Emulsionnez avec un jaune d'œuf.
On fait précéder l'administration de ce lavement d'un lavement à l'eau simple.
Potion antispasmodique.
Sirop de fleurs d'oranger 30 gram.
Teinture de castoréum 2 gram.
Mêlez et agitez fortement, et ajoutez :
Eau distillée de mélisse.
— de tilleul. .
aa.
50 gram.
A prendre par cuillerées toutes les heures.
SOLUTIONS PAR L'ALCOOL (âlcoolés).
L'alcool de vin, le seul qui soit employé en pharmacie, est le produit du dédoublement du sucre que renferme le jus de raisin, sous l'influence d'un ferment qui ne se forme qu'au contact de l'air; c'est un liquide incolore d'une odeur forte aromatique, d'une saveur acre et brûlante; il peut être considéré comme un bihydrate d'hydrogène bicarboné = CHÏ' + 2 HO ou bien comme un monohydrate dether = G^H^O + HO; sa formule brute =^ C^l^Ol
L'alcool dissout parmi les corps simples le phosphore, le soufre, l'iode, le brome; parmi les corps composés, les résines, les huiles volatiles, presque tous les acides et les alcaloïdes, le tannin, le sucre de raisin, les corps gras à une température élevée; il ne dissout ni la gomme, ni l'amidon, ni l'albumine végétale, ni le sucre de canne quand il est anhydre, mais il le dissout s'il est étendu d'eau.
L'alcool anhydre ou absolu comme on l'appelle, s'obtient en distillant celui du commerce avec des corps avides d eau, mais qui ne peuvent agir sur lui, comme la chaux vive, le carbonate de potasse desséché, etc., etc.
L'eau-de-vie provient de la distillation du vin, elle marque de h1° à 65° centigrades, elle a une saveur fraîche et agréable, on la fabrique souvent avec l'alcool du commerce et de l'eau, et on la colore avec le caramel , souvent aussi on y ajoute des matières acres pour lui donner du montant; le goût est le meilleur moyen de distinguer ces falsifications.
L'alcool de pommes de terre ou de fécule, que l'on substitue souvent à l'alcool de vin, a absolument la même composition, c'est-à-dire qu'il peut être considéré lui-même comme de l'alcool de vin; mais il est presque toujours souillé par une huile essentielle qui peut être considérée chimiquement comme un alcool (amylique) qui lui donne une saveur acre, pénétrante et désagréable; ma^s comme l'alcool amylique est insoluble dans l'eau, il est facile de le séparer de l'alcool de vin que l'eau dissout trèsbien.
TEINTURES ALCOOLIQUES (aLCOOLÉs).
Les teintures sont des préparations officinales obtenues par a solution, la macération ou la digestion , des principes de cer- :aines substances dans l'alcool, ou par la simple mixtion de l'al- ;ool avec un liquide acide ou alcalin; elles sont simples quand îUes renferment les principes d'une seule substance ; composées ipand elles contiennent ceux de plusieurs.
70 ABREGE DE PHAKMACIE.
Le Codex emploie l'alcool à trois degrés : 1" à 88" cent. (3/i° Cartier) poDr les résines et les baumes tels que raml>re, le 'lolu, le succin, etc.; T Talcool à 80° cent. (31" Cartier) pour les suustances renfermant des principes résineux et des huiles essentielles, comme Taloès, Tanis, le castpréum, !e musc, la noix vomique , la vanille, le safran, etc., etc.; SM'alcool à 56° cent. (21" Cartier) pour les matières de naiure extractive. exemple : l'absinthe, les cantharides, le colchique, l'opium, le gaïac, l'ipécacuanha, le quinquina, la scille, la valériane, etc., etc.
A part quelques exceptions, le rapport de la substance à l'alcool est comme 1 est à Zi, et mieux de 1 est à 5, comme l'a démontré M. Personne.
Dans ces derniers temps, M. Buignet a cherché à remettre en vigueur pour la préparation des teintures la méthode de lixiviation ciui avait été proposée autrefois; il résulte des observationsi fort bien faites de M. Buignet que cette méthode présente des avantages qui doivent la faire préférer.
Les alcoolulures sont des médicaments ainsi nommés par M. B-^ral et qui ne difïèrent de^^ teintures qu'en ce qu ils sont préparés avec les substances fraîches ou avec le suc d'une plante : les principales alcoolatures sont celles d'aconit, de beiladone, de (jH^^itale^ dejusquiame, etc.
VINS MÉDÏCIIVAUX (OENÉOLÉS).
Un vin est dit médicinal quand il tient en dissolution un ou plusieurs principes médicamenteux. La fermentation, la macération et les teintures alcooliques peuvent fournir des vins médicinaux.
Employés purs ou étendus dans une potion, une tisane ou tout autre véhicule, ils se donnent intérieurement aux mêmes doses que les vinaigres; cependant ceux obtenus avec l'opium ou les substances narcotiques ne se prennent que par goutte.^?. Exté- Heuremient ils s'administrent en frictions, en fomentaiions , en lotions, en lavements, etc.; les doses sont plus forte.-^. Cep'^ndant les vin^ d'opium et des substances narcotiques ne sont toujours prescriis qu'en tr^s-pe*ite quantité.
On emploie à leur préparation trois sortes de vins :
1" Vins rouges, riches en taintin, renferment de Talcool, dont la proportion varie de 25 à 6 p. 100, des acides tartri(|ue, œnantique et acétique, du tartrate acide de potasse, du tartrate de chaux, du tannin, une matière colorante jaune, une matière colorante bleue, rougissant par les acides , et tenue en dissolution par l'alcool.
2" Les vins blancs ne renferment ni matière colorante bleue ni tai^nin, ou bien ils en renferment très peu.
3° Les vins généreux qui se rapprochent des vins blancs par
leur composition, mais qui sont plus riches en sucre et en alcool. On emi)Ioie ces derniers lorsqu'il s'agit d'opérer sur des maiières de nature délicate et facilement altérable, comme le safran, l'opium, etc.
W Les vins gazeux ne sont pas usités en mé^lecine.
Les vins sont souvent employés purs, soit comme toniques idif" fusibles, soit comme reconstituants. Les vins de Bordeaux sont plus légers, moins capiteux (|ue les vins de Bourgogne, mais c'est à tort qu'on les ccmsidère comme plus toniques et plus alcooliques. Si les propriétés toniqufs sont attnbi'ées exclusivement au tannin, il est incontestable que les vins de Bourgogne doivent être préférés , car ce princijie s"y trouve en plus grande quantité que dans le Bordeaux; il en est d ailleurs de même de l'alcool, contrairement à tout ce qui a été écrit depuis longtemps. Jl n'en est pas moins vrai que les hauts crus de Bordeaux sont mieux supportés et qu'ils doivent être préférés pour les convalescents; mais s'il s'agit de ia préparation des vins médicinaux, nous donnons sans hésiter la préférence aux bons vins de Bourgogne.
Pour déterminer la proportion dalcool absolu contenu dans un vin, il suffit d'opérer la distillation d'après les principes établis par Gay-i-ussac ; le petit appareil de M. Salleron est très-commode pour cet usage.
VINAIGRES MÉDICINAUX (ACiTOLÉS).
Médicaments officinaux, liquides, formés de vinaigré châtié par macération de divers principes médicamenteux
On les emploie à l'intérieur comme à Textérieur. Intérieurement, on les donne étendus dans une tisane, une potion, etc., à la dose de k griimmes à 15 grammes, et par cuillerées à café ou à bouche. On s'en sert à l'extéiieur en frictions, en fomentations, en lotions, en fumigations, etc ; les doses ne sont plus précises.
Le vinaigre de vin doit être seul employé. L'o.\ycras est fait avec vinaigre. 30 grammes; eau froide, 1,000 grammes.
Les vinaigres médicinaux sont simples ou composés.
Depuis quelques années les vinaigi^es de vins sont très-rares, et ceux que l'on trouve dans le commerce sont le plus souvent trèsétendus d'eau. On est dans Thubitude, dans le commerce, de mesurer la force des vinaigres au moyeu de densimètres qui donnent des indications très-inexactes; il vaut beaucoup mieux se servir de l'acétimètre de iVI.\L Ueveil et Salleron qui donne rapidement et d'une manière suffisamment exacte la quantité d'acide acétitiue réel contenu dans les vinaigres. Cet instrument est adopté par l'octroi de Paris.
BIÈRES MÉDICINALES (BRUTOLÉs).
Médicaments magistraux résultant de Faction de la bière sur certaines substances, telles que le quinquina, les bourgeons de sapin, les feuilles de petite centaurée, les plantes antiscorbutiques, etc Ce médicament, destiné à l'usage interne, est j)eu employé en France. Le médecin n'a qu'à l'ordonner, le pliarmacien n'ayant pas besoin de formule particulière. Les bières ne seront prescrites qu'au fur et à mesure du besoin, à cause de leur facile altération.
La bière bien préparée constitue une excellente boisson tonique et rafraîchissante ; mais il arrive souvent qu'elle subit des altérations qui sont la cause d'accidents passagers. Le médecin doit être prévenu que souvent les dérangements survenus dans la santé des buveurs de bière n'ont pas d'autre cause.