DOUCHES
On appelle douches des jets ou filets plus ou moins considérables d'eau pure ou médicamenteuse tombant d'une certaine hauteur ou jaillissant avec plus ou moins de force, et dirigée en tout sens, à l'aide de conduits, sur les différentes parties du corps. La douche diffère de l'affusion en ce que dans celle-ci le liquide vient d'un point plus rapproché de la partie sur laquelle elle est dirigée.
Les douches sont ascendantes, descendantes ou latérales, en jet ou en nappe, en filet ou en arrosoir. Ces différents mots n'ont pas besoin d'être définis. L'eau pure et les eaux médicinales sont les liquides le plus fréquemment employés en douches; mais on peut se servir de toutes les solutions qui conviennent pour des bains, en ayant soin toutefois d'augmenter la dose des substances médicamenteuses pour que l'action des douches, qui n'est que passagère, puisse être compensée par la plus grande énergie des ingrédients.
Pour formuler une douche, on doit déterminer l'espèce, la température [voir Bains), la hauteur, la direction, la durée, la région du corps qui doit la recevoir, et s'il y a lieu de les répéter.
Douche avec le sulfure de sodium.
Sulfure de sodium 30 gram.
Chlorure de calcium 8 gram.
Faites fondre dans un kilogramme d'eau et ajoutez :
Eau 40 kil.
à recevoir tiède, tombant de deux mètres de hauteur, par un filet mince , pendant un quart d'heure, sur la partie engorgée.
TROCHISQUES.
On appelait autrefois trochisques des médicaments composés d'une ou plusieurs substances sèches réduites en poudre, et auxquels on donnait la forme d'une tablette ronde, à l'aide d'un intermède convenable non sucré, tel qu'un mucilage, un suc végétal, la mie de pain, etc. L'absence du sucre dans les trochisques
était le seul caractère distinct! f qu'on pût établir entre eux et les tablettes. Plus tard on a modifié la forme de ces préparations et on les a faites coniques, cubiques, pyramidales. Aujourd'hui les trochisques sont abandonnés, à l'exception des trochisques escarrotiques.
Ce sont des préparations officinales, le médecin n'a donc pas à les formuler; d'ailleurs elles se réduisent à deux dont les bases sont, pour la première, le sublimé associé au minium, et pour la seconde, le sublimé seul. Les trochisques ont la forme de grains d'avoine, sont du poids de 15 centigrammes et s'emploient pour l'usage externe. Ils servent à ouvrir les bubons vénériens et les tumeurs scrofuleuses ; on les introduit aussi dans les fistules, etc.
ESCARROTIQUES OU ESCHAROTIQUES.
Escarrotiques. On nomme ainsi des médicaments destinés à former une escarre : s'ils sont plus faibles on les nomme cat/iérétiques.
Aujourd'hui les uns et les autres sont confondus sous le nom de caustiques, ils se divisent :
1° Caustiques actuels, ceux dont la cause de l'action (le calorique) est libre et sensible et peut s'exercer à distance, tels sont le moxa, les métaux rougis, etc. ;
2° Caustiques potentiels, ceux dont l'action reste latente et ne peut se mettre en action qu'autant qu'ils sont en contact avec une matière animale.
Les escarrotiques sont mous, solides ou liquides ; on leur donne diverses formes selon la manière dont on les emploie.
Les plus usités parmi les médicaments simples sont, l'alun calciné, le nitrate d'argent fondu (pierre infernale) ou en solution concentrée, le protochlorure d'antimoine (beurre d'antimoine), le chlorure de zinc (beurre de zinc), la potasse à la chaux (pierre à cautère).
Parmi les composés nous citerons les suivants : le caustique de Vienne formé de parties égales de chaux vive et de potasse caustique ; celui de Filhos renferme un peu plus de potasse et on l'obtient par fusion ; la poudre arsenicale de Rousselot ou du frère Gôme; la pâte sulfo-safranique de Rust et de Velpeau; la pâte de Ganquoin au chlorure de zinc, etc.
Caustique Çanquoin n° 1 (E. Robiquet).
Farine de blé 400 gram.
Chlorure de zinc fondu. ..,.,.... 200 gram. Ilau de fonlaipç. ............ 75 gram.
Faites fondre à chaud le chlorure de zinc dans l'eau, en opérant, soit dans une capsule de porcelaine, soit dans un poêlon
d'argent, laissez refroidir complètement et ajoutez peu à peu la farine ; pétrissez ce mélange pendant un quart d'heure environ et étendez en plaques d'une grandeur d'un millimètre; la substitution du chlorure de zinc fondu au chlorure cristallisé présente l'avantage de donner une pâte plus homogène, et qui se conserve bien sans attirer l'humidité de l'air.
Pour le n° 2, on emploie :
Farine de blé 400 gram.
Chlorure de zinc fondu 400 gram.
Eau , 100 gram.
Et pour le n° 3 :
Farine de blé i ...... . 400 gram.
Chlorure de zinc fondu 600 gram.
Eau 125 gram.
Pour préparer la poudre de Vienne, on broie dans un mortier de fer chauffé, parties égales de potasse caustique à la chaux et de chaux vive, on conserve dans un flacon bien sec bouché à l'émeril.
Lorsqu'on veut faire usage de ce caustique, on en fait une pâte avec de l'alcool, et on l'applique sur la partie que l'on veut cautériser.
Le caustique de Filhos s'obtient en fondant dans un poêlon d'argent U parties de potasse à la chaux et 1 partie de chaux vive que l'on coule dans des tubes en plomb.
CAUSTIQUES FILHOS (ROBIQDET) A LA POTASSE.
Les anciens caustiques étaient coulés dans des tubes de plomb. Ceux-ci sont coulés dans une lingotière (ce qui permet de les chauffer à une température beaucoup plus élevée); puis ensuite, enveloppés de gutta-percha. La combinaison de potasse et de chaux est complètement anhydre et agit avec une grande rapidité. De plus, la légèreté de l'enveloppe permet au chirurgien de manier, avec la plus grande facilité, ces nouveaux caustiques qui sont trois fois plus légers que les anciens cylindres recouverts de plomb.
Des moxas. On nomme ainsi des matières combustibles qu'on applique sur la peau et qu'on y fait brûler : toute matière susceptible de brûler peut servir de moxa, mais il faut que la combustion soit graduelle ; on a employé l'amadou, l'absinthe, l'armoise; les moxas de Percy sont faits avec du chanvre ou du coton trempé dans du nitre ; on a employé encore la tige du grand soleil (helianthus annuus), la moelle de sureau, les pains à cacheter trempés dans du nitre, etc.
FORMULAIRE MAGISTRAL. lir
Ingredientium numerus Yix , unquàm ultra très Tel quatuor augeatur.
Gaubius.
Maintenant nous sommes en mesure de poser les règles qui doivent guider le praticien lorsqu'il veut formuler.
Avant d'entrer en matière, il est nécessaire de donner quelques définitions.
Médicament. On appelle ainsi toute substance administrée à l'homme malade dans un but thérapeutique.
Un médicament est simple quand il n'est formé que par une seule substance, ainsi la gomme; mais il faut remarquer qu'un médicament simple peut être composé de nombreux principes élémentaires.
On dira le médicament composé, lorsqu'il sera le résultat de l'association de plusieurs substances médicamenteuses. La thériaque (électuaire) est un type de médicament composé.
Les médicaments se distinguent encore en ojficmaux et en magistraux.
Les premiers doivent se trouver tout prêts chez les pharmaciens, et sont peu susceptibles de s'altérer par le temps : tels sont les eaux distillées, les conserves, les teintures, les vins, les sirops, les pastilles, les poudres, etc. Les seconds ne se préparent qu'au fur et à mesure du besoin, d'après les ordres du médecin. Dans cette catégorie, nous citerons les tisanes, les apozèmes, les potions, les émulsions, les juleps, les mixtures, les liniments, les cataplasmes, etc.; c'est plus particulièrement aux médicaments magistraux que s'appliquera ce que nous avons à dire dans ce traité.
Formule» Faire une formule, c'est désigner par écrit au phar-
macien, et d'après les règles conventionnelles, l'espèce, le nombre et la dose des médicaments à employer, la forme pharmaceutique à leur donner et la manière de les administrer.
Ordonnance. L'ordonnance se borne à indiquer par écrit le nom du médicament, la dose à employer et la manière de s'en servir. Dans une ordonnance, le médecin peut donner encore au malade des renseignements sur le régime qu'il a à suivre, et lui conseiller telles ou telles précautions hygiéniques.
L'ordonnance diffère donc de la formule, bien que souvent ces deux mots soient employés comme synonymes ; la distinction à établir entre eux est fondée sur la classification des médicaments en officinaux et magistraux; on ordonne un médicament officinal, et on formule un médicament magistral.
Les formules sont simples ou composées. Une formule est simple lorsqu'elle ne renferme qu'un seul médicament principal ; elle sera composée lorsqu'elle réunira plusieurs substances actives. Nous devons recommander aux praticiens de ne faire que des formules le moins composées possible ; elles seront sans contredit le plus souvent les meilleures dans leurs résultats et les plus faciles dans leur exécution ; exemptes d'erreurs graves et de réactions chimiques plus ou moins inconnues, n'inspirant presque jamais de dégoût aux malades, elles méritent constamment la préférence. Tout médecin ne sait-il pas combien il est difficile d'apprécier rigoureusement les effets d'une seule substance? alors que d'obstacles ne rencontrera-t-on pas lorsqu'il y aura à démêler les actions dues à chacun des corps formant un médicament composé!
Parties constituantes de la formule.
Une formule magistrale comprend trois parties principales : ^° rinscriplion, ou Findication des noms des substances qui doivent en faire partie et de leurs doses; 2° la souscription, ou ce qni est relatif à la préparation et à la confection du médicament; 3° iinstruction^ ou ce qui concerne son administration.
La formule réunit ordinairement plusieurs substances médicam.enteuses, et, d'après le rôle que remplit chacune d'elles, on leur a donné les noms de : 1° base, 2° excipient, 3" adjuvant, 4° correctif, 5° intermède.
Baryc. La base ou médicament principal de la formule en est la subp^tance; on doit connaître ù. quelle dose cette base sera prescrite, suivant qu'elle appartient à telle ou telle substance ; mais encore il faut savoir à quelle dose l'employer, suivant qu'on veut la mettre sous telle forme ou en obtenir tel résultat.
C'est ainsi que l'on indiquera dans une potion purgative des doses toutes différentes, selon que Témétine ou Tipécacuanha sera pris pour base. La noix vomique ne se donnera pas aux mêmes doses pour son extrait alcoolique que pour sa teinture. Le sulfate de quinine sera employé à doses bien plus faibles quand il sera prescrit comme tonique que lorsqu'on s'en servira comme fébrifuge actif; c'est sur ses effets que le médecin peut surtout compter. La base peut être composée dans une formule; parexemple, on prescrit un mélange d'ipécacuanha etd'émétique comme vomitif; des substances sont employées comme parties actives et constituent la base du vomitif. Enfin la nature de la base doit toujours être en rapport avec celle de l'excipient, de telle sorte qu'il n'y ait pas de décomposition ou de réaction changeant les propriétés, à moins toutefois que ce ne soit avec intention.
Excipient. L'excipient est la substance qui donne à la préparation sa forme, sa consistance particulière. L'excipient est quelquefois un dissolvant. L'eau sert d'excipient dans une tisane, un apozème, une émulsion, une limonade, etc.; les eaux distillées des plantes (et alors c'est encore l'eau) remplissent le même but dans une potion, une mixture, etc. Les légères infusions, les macérations et les solutions aqueuses sont les excipients dans les juleps, les médecines. Les émulsions sont également employées comme excipients pour les loochs. Enfin les sirops, les mellites, les pulpes, les conserves, le sucre, les poudres, etc., sont prescrits tous les jours comme excipients pour les pilules et les bols. On indique assez rarement la quantité d'excipient nécessaire à la préparation magistrale; on laisse au pharmacien à la déterminer. Toutefois il est important de la préciser dans certains cas. L'excipient est le plus ordinairement une substance peu active ; néanmoins on l'emploie dans certaines circonstances comme adjuvant ou même comme correctif.
Adjuvant. L'adjuvant, comme son nom l'indique, vient en aide à la base ; il en augmente l'action et sert même à la développer dans quelques cas. On peut, à la rigueur, considérer l'adjuvant comme une nouvelle base, et la base devient alors composée. Quelquefois, si la substance servant de base est convenablement active, on peut supprimer l'adjuvant.
Correctif. Le correctif est la substance employée : 1" pour masquer la saveur ou l'odeur de la base ; il se prend alors parmi les édulcorants (sucre, sirop, miel, etc.), parmi les aromates (les eaux distillées, les huiles essentielles, les teintures, etc.). Les feuilles d'or et d'argent dont on recouvre les pilules s'emploient
aussi dans le même but. 2° Pour diminuer la trop grande activité de la base et quelquefois son action corrosive ; dans ce cas, les poudres inertes ou mucilagineuses, telles que celles de réglisse, de guimauve, d'amidon, de gomme arabique, etc., ou un sirop tel, que la base ne réagisse pas sur lui, pourront être utilement employés. Le goût du malade devra décider autant que faire se pourra du choix du correctif; mais la quantité sera toujours telle que l'effet du médicament ne s'en trouve pas annulé.
Intermède. Il nous reste à dire deux mots de l'intermède qui n'est qu'une variété de l'excipient.
En employant un intermède, on se propose de réunir des substances non miscibles entre elles ou non miscibles avec l'excipient; à sa faveur, on les suspend ou on en opère la mixtion. Le jaune d'œuf et les mucilages de gomme sont les intermèdes le plus en usage quand, dans une préparation, on fait entrer des matières résineuses, oléo-résineuses, huileuses, et de l'huile en même temps que de l'eau.
L'intermède n'est pas indifférent, et la quantité à employer dépend de la dose du médicament à suspendre ou à mêler.
On n'est pas obligé , pour qu'une formule soit bien faite, d'y réunir les cinq éléments dont nous venons de parler. La base et l'excipient sont les deux parties rigoureusement nécessaires. En effet, il existe un grand nombre de médicaments qui n'ont besoin d'aucun adjuvant pour aider à leur action; la saveur et l'odeur agréables dont jouissent certains autres, la nature douce et innocente de beaucoup de remèdes, rendent inutile l'intervention d'aucun correctif; enfin la plupart des substances sont assez miscibles par elles-mêmes pour ne pas exiger d'intermède. Nous devons dire aussi qu'un seul élément est susceptible de remplir deux ou plusieurs indications. L'adjuvant peut agir en même temps comme correctif; par exemple, l'addition du savon à l'aloès ou à l'extrait de jalap mitigé leur âcreté et accélère leur action. De même encore les sels neutres corrigent et accélèrent les tranchées qui suivent l'usage des purgatifs résineux.
Bègles à observe?' dans (a rédaction d'une formule»
L'usage a fixé des règles pour la rédaction de chacune des trois parties constituantes d'une formule magistrale, et aucun médecin , qu'on se le persuade bien , ne peut les transgresser sans passer pour ignorant aux yeux du pharmacien chargé d'exécuter sa formule.
Les deux premières parties de la formule , l'inscription et la souscription, regardent le pharmacien, la troisième est l'affaire du malade ou des personnes qui le soignent.
1° La formule doit être écrite en langue vulgaire ou en latin , et quand un corps a plusieurs dénominations , il faut employer les plus . onnues dans le pays où l'on exerce , ou bien inscrire le nom scientifique et à la suite, entre parenthèses, la dénomination ordinaire : deutoctiiorure de mercure (sublimé corrosif). Néanmoins on aura toute liberté , quand il sera nécessaire de cacher au malade le nom d'un médicament qui lui répugnerait, qui aurait été refusé , ou que l'on craindrait de voir rejeter. Ainsi on dira : cigarettes de Dîoscoride , au lieu de cigarettes arsenicales; onguent napolitain, ou lieu d'onguent mercuriel, etc. ; les mots latins pourront même être employés. Il sera encore bon de ne pas faire usage du langage vulgaire quand les noms des médicaments pourraient mettre sur la voie d'une maladie que le malade a intérêt de dissimuler aux étrangers.
2" On indiquera, en tête de la formule, la forme pharmaceutique l'on veut donner au médicament , et on spécifiera autant que possible son espèce. On dira : potion^ tisane, décoction, •poudre^ pilules, etc., et mieux, potion tonique, potion antispasmodique, pilules diurétiques, tisane émolliente, etc. Le titre de la formule est quelquefois déterminé en même temps que le mode de préparation ; on dit par exemple : faites la potion selon l'art.
3* L'usage veut qu'avant d'indiquer les substances qui doivent constituer la préparation, on mette un P qui signifie prenez, ou un R, ou ce signe ■^, qui veulent dire recipe, prenez. Pour nous, nous regardons ces signes comme complètement inutiles, et nous ne les indiquons que pour mémoire.
lx° Chaque substance est écrite sur une seule ligne, pour qu'elle soit facilement distinguée des autres. Si on a lieu de désigner plusieurs médicaments analogues , par exemple des racines, ou des feuilles, ou des fleurs de diverses plantes, on a soin de placer leurs noms immédiatement les uns au-dessous des autres , en n'écrivant pour abréger qu'au premier médicament le mot qui leur est commun comme celui de racines, ou de feuilles, ou de fleurs.
L'ordre selon lequel les composants d'une formule sont indiqués peut être quelquefois indifférent; mais, le plus ordinairement, on doit les disposer d'après les opérations pharmaceutiques qu'ils ont à subir.
Il faut, règle générale, indiquer d'abord la base, puis l'adjuvant, vient ensuite ou l'excipient ou l'intermède, enfin on termine par le correctif.
Employez -vous un excipient dont le poids ne puisse pas être fixé d'avance, pour des pilules par exemple, ne l'inscrivez qu'en dernier lieu, après les substances dont la dose doit être fixée rigoureusement.
Il est important de se rappeler que les substances volatiles,
quel que soit le rôle qu'elles remplissent dans la formule , doivent toujours être ajoutées les dernières.
A la suite de chaque substance, on fixera exactement la dose à employer au moyen des poids décimaux. L'expèce d'unité employée sera toujours écrite en toutes lettres^ les signes abréviatifs ne devant s'employer que dans certains cas, laissés à l'appréciation des médecins. Il est inutile de justifier ce principe; les erreurs graves commises trop souvent expliquent suffisamment nos craintes. Qu'on emploie les abréviations ou qu'on ne les emploie pas, le poids des substances et non leur volume sera déterminé , les propriétés médicales des corps dépendant de la quantité de matière et non de leur volume. Ces préceptes doivent surtout s'appliquer scrupuleusement quand on formule sur des médicaments très-actifs.
Quand deux ou plusieurs substances se suivent immédiatement et sont employées aux mêmes doses, on les réunit par une accolade, et le poids n'est indiqué qu'une seule fois; on les fait précéder de l'abréviation aa ou ana qui signifie de chacun, La proportion d'une substance peut être indéterminée et laissée à l'appréciation du pharmacien; l'abréviation q. s. placée à la suite du nom de ce corps, indique qu'il faut en m.ettre quantité suffisante. Ces deux abréviations et celle que nous indiquerons plus bas sont les seules que l'on puisse conserver sans inconvénients.
5° Le mode particulier de la préparation sera expliqué. Souvent il suffit de recommander le mélange des substances désignées dans la formule, et de spécifier la forme que l'on désire. On écrit alors tout simplement ces mots : Faites selon l'art une potion, une mixture, des pilules, etc. ; on peut employer dans ce cas l'abréviation F. S. A. P., c'est-à-dire que la potion soit faite selon l'art {{iat secundum artem potio). Mais comme les propriétés thérapeutiques de certaines substances dépendent du mode d'opération auquel on les soumet, il est nécessaire, dans un grand nombre de cas, quand on met ces agents en usage, d'indiquer l'ordre et la manière de les combiner. Nous considérons cette remarque comme de la plus haute importance. C'est ainsi que toutes les fois qu'une substance pourra être employée en infusion ou en décoction , il faudra déterminer laquelle des deux formes doit être préférée.
Le Colombo est plus amer traité par infusion que par décoction , le lichen d'Islande devient émollient et adoucissant par une décoction peu prolongée, par simple infusion il est amer. Certaines substances doivent être soumises ù, une infusion , d'autres à une décoction, pour qu'on puisse obtenir les principes médicamenteux. Le quinquina ne donne tout son principe actif que par la décoction ; ce procédé nuirait singulièrement aux propriétés de la serpentaire. Certains mélanges ne seront faits
que dans des conditions déterminées; par exemple, si on fait une décoction de salsepareille composée, on ne doit ajouter de sassafras que lorsque les autres ingrédients ont déjà subi l'ébuUition. On emploie quelquefois les décoctions de lichen d'Islande et de salsepareille dans la phthisie; les décoctions se feront alors séparément, puis on les mélangera, car sans cette précaution le lichen, par une longue coction, perdrait ses propriétés ; la salsepareille, au contraire, exige cette longue ébullition.
Le médecin , qui seul sait dans quel but il a prescrit sa formule, doit donc indiquer le modus faciendi; et il n'obtiendra souvent l'effet qu'il attend de sa prescription qu'à la seule condition que sa composition sera conforme aux règles que nous traçons.
Le mode de préparation se trouve quelquefois intercalée dans l'inscription, certaines manipulations étant indispensables avant de pouvoir désigner les substances suivantes :
6° Le médecin indiquera non-seulement de vive voix le mode d'administration de la préparation, mais encore il écrira dans la langue familière au malade ou à ceux qui le soignent, quel usage on doit faire du médicament , s'il doit être administré intérieurement ou extérieurement, en une ou plusieurs fois. Le médicament est-il pris intérieurement , on marquera la dose à employer chaque fois , selon que ce sera par cuillerées , par tasses, par gouttes, etc. La préparation a-t-elle été prescrite pour l'usage externe , on spécifiera la partie du corps sur laquelle elle sera appliquée. Le régime et les différentes précautions que ces médicaments pourraient exiger devront être attentivement déterminés.
Il est inutile de recommander au médecin d'apporter la plus grande réserve dans le choix des expressions , surtout quand on a à traiter des maladies syphilitiques ou des affections propres aux femmes. D'ailleurs ce que nous avons dit sur le choix des mots, à l'égard de l'inscription, s'applique également à l'instruction.
On a ordinairement soin de faire précéder l'instruction de la lettre (transcrivez) qui indique au pharmacien que l'étiquette appliquée sur l'enveloppe ou sur le vase contenant le médicament, doit donner les renseignements fournis par l'instruction de la formule. Pour terminer sa formule, le médecin datera et signera, puis mettra le nom de la personne pour laquelle a été faite la prescription. Cette précaution tend à éviter toute erreur de la part du pharmacien et de la garde-malade. Le pharmacien pourrait, en effet, délivrer une préparation qui aurait été prescrite pour un tout autre malade, et une garde-malade ayant plusieurs personnes à soigner dans un même appartement, commettrait peut-être quelque méprise fâcheuse. On comprend
néanmoins que s'il pouvait être utile de taire le nom , le médecin n'aurait rien à ajouter après sa signature.
MODÈLE d'une FORMULE.
Potion balsamique.
Adultes.
2i Oléo-résine de copahu 50 gram.
Jaune d'œuf no 1.
Sirop de baume de Tolu. ... 50 gram.
Eau distillée 60 gram.
— — d'hyssope. ... 25 gram.
Enfants.
10 gram. (Base.) no 1. (Intermède.) 20 gram. (Adjuvant.) 50 gram. (Excipient.) 10 gram. (Correctif.)
Emulsionnez dans un mortier le copahu avec le jaune d'œuf; ajoutez peu à peu le sirop, puis les eaux distillées.
Ou Lien
F. S. A. P. (Faites selon l'art une potion).
Prendre deux cuillerées à houclie de celte potion, en ayant le soin do bien agiter la fiole chaque fois. Prendre après chaque cuillerée un demi-verre d'eau sucrée.
Régime.
Date.
Nom du malade. Signature.
Pour les médicaments destinés à l'usage externe ou pour ceux qui sont altérés par la lumière, le médecin fera bien d'indiquer qu'ils doivent être placés dans des vases noirs ou bleus.
Nous ne terminerons pas ce qui concerne la rédaction de la formule magistrale sans engager le praticien à écrire lisiblement, les plus graves erreurs pouvant résulter d'une mauvaise écriture. On ne devra pas non plus omettre de relire les formules quelques simples qu'elles puissent être : ce sera le seul moyen d'être sûr de leur correction.
Quand la formule sera rédigée, le praticien devra encore s'entourer de quelques précautions.
Pour ne point donner de fausses indications au malade et ne point être traité d'ignorant, il faudra qu'il se représente bien la quantité en poids et en volume, la forme et les autres qualités du médicament qu'il prescrit. Le médecin veillera à ce que le nom du médicament qu'il a indiqué ne soit pas changé par le pharmacien. Des changements de cette nature, sans inconvé-
nîents réels tant que la formule est scrupuleusement exécutée, ont néanmoins ceci de fâcheux , que le malade pourrait s'en préoccuper dans la crainte de quelque méprise.
Il est bon que le médecin tienne compte de la fortune du client, lorsque toutefois la médication pourra amener les mêmes résultats ; aussi préférera-t-on pour le pauvre le sulfate de magnésie à l'eau de Sedlitz , celle-ci à la limonade au citrate de magnésie, la valériane au musc, la morphine à la codéine , le quinquina au sulfate de quinine, etc.; mais cette substitution, qui peut être faite par le médecin, ne doit jamais être permise chez le pharmacien.
Dans aucun cas le pharmacien ne doit changer quelque chose à une formule , à moins que l'erreur ne soit de la dernière évidence; jamais il ne fera de réflexions sur l'ordonnance, et s'il juge des changements indispensables, il faut qu'il en prévienne le médecin ; et même lorsque cela sera possible, il fera mieux de consulter le médecin avant d'opérer ces changements.
Il faut encore que le praticien calcule dans quelle proportion sera la base à chaque prise du médicament, si le malade doit l'employer en plusieurs fois. C'est une précaution de la plus haute importance ; car si toute une potion , par exemple , n'a pas été bue et a produit certains effets attendus ou non , il ne faudrait pas les attribuer à la dose entière, des conséquences fâcheuses pourraient s'ensuivre.
Tout ceci bien observé , il n'arrivera pas que le médecin ordonne par cuillerées une mixture de quelques gouttes, qu'il indique de prendre par verrées un médicament solide ou mou ; il faut se rappeler aussi qu'en général la potion est de 100 à 150 grammes; les tisanes se prescrivent par 1,000 grammes; les apozèmes par A ou 500 grammes, les opiats, les électuaires sont préparés par 50 à 200 grammes à la fois; le poids des pilules ne doit pas dépasser /lO centigrammes, au-dessus de ce poids ce serait des l3ols qui au plus doivent peser 1 gramme ; enfin les gargarismes se prescrivent par 200 à 250 grammes, les lavements par 500 grammes, les demi-lavements 250 grammes, les quarts de lavements 125, etc.
Nous terminerons ces généralités par l'indication de l'évaluation des quantités diverses, telles qu'elles sont adoptées par le Codex.
La cuillerée à café d'eau équivaut à 5 gram.
La cuillerée ordinaire abouche, à 4 cuillerées à café, ou à. . 20 gram,
La Terrée, à 8 cuillerées ordinaires, ou à 160 gram,
La pincée de feuilles ou de fleurs, en moyenne à 5 gram.
La poignée id. id. id, à 40 gram.
Les 20 gouttes d'éther hydrique, à 0,35
Les 20 gouttes d'alcool ou des teintures, à, , 0,45
Les 20 gouttes d'eau distillée , à 0,70
Les 20 gouttes de laudanum de Sydenham, à 0,75
Les 20 gouttes de laudanum de Rousseau, à 4,10
La tasse, environ à 200 gram.
Le Loi, à 2 tasses, ou 400 gram.
Tous les sirops peuvent être employés à la dose de 30 grammes, quelques-uns à toute dose, jamais par gouttes; il vaut mieux, en général, prescrire par poids et non par gouttes, parce que celles-ci peui^nt être plus ou moins grosses, selon la manière de verser et aussi suivant la capacité du flacon qui renferme le liquide.
MÉDICATIOS TOSÎQCB
RECONSTITUANTE OU ANALEPTIQUE.
MEDICATION FEB.B.UGIBîi:uSi:.