‹ Traité de l'art des armesChapitre 8 sur 97 · XX NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XX NOTICE HISTORIQUE

Saint-Georges n’excdloit pas seulement clans les armes, il semblait né pour tout ce qui est du ressort du goût et de l’adresse. Ses connoissances en équitation étoient profondes, et le chevalier Dugast, qui tenoit le manège aux Tuileries, se plaisoit à le considérer comme un de ses meilleurs élèves.

La grâce naturelle de Saint-Georges en avoit fait un bon danseur ; généralement on convenoit que s’il se fût appliqué à la danse ihéâtrale, il auroit fait d es choses étonnantes. En fréquentant M. La Boëssière, il partagea sa passion pour la chasse, et s’y fit une grande réputation d’adresse. Il se distingua également dans la natation , exercice dans lequel son extrême agilité piquoit la curiosité des spectateurs. Enfin, même en patinant, il déployoit une telle grâce qu’il attiroit les regards de la foule.

Organisé d’une manière délicate et sensible , tous les arts eurent de puissants attraits pour lui ; celui de la musique le touchoit plus particulièrement,- il s’y fit connoître par des compositions heureuses, notamment par des concerto de violon qui eurent la plus grande vogue. Son talent moelleux sur cet instrument lui faisoit quelquefois donner la préférence sur les plus habiles artistes de son temps.

SUR SAINT-GEORGES. XX j

Recherché dans toutes les sociétés, il fut redevable souvent à la musique de liaisons où l’amour entra pour quelque chose. Doué d’une expression vive, il aimoit et se faisoit aimer.

Avec un cœur aussi sensible il devoit être généreux, aussi l’étoit-il extrêmement; méprisant pour lui la fortune, ce qu’il possédoit appartenoit à ses amis. Libéral, bienfaisant, il se privoit pour soulager le malheureux : j’ai connu moi-même des vieillards auxquels il a porté des secours et les soins les plus touchants, tant que ses facultés le lui ont permis.

Il rendoit encore ses dons plus précieux par la délicatesse qu’il mettoit à les faire accepter. Il aimoit particulièrement les enfants. La douceur, la bonté et la confiance étoient nées en lui, et, malgré la vivacité de son caractère, il s’observoit si bien qu’on n’avoit jamais à se plaindre de ses emportements. Il étoit dangereux cependant de le pousser à bout; mais, revenu à lui, il employoit tous les moyens pour faire oublier ce que ses discours auroient pu avoir d’offensant.

Il ne vouloit pas compter un seul ennemi, et l’on étoit obligé de l’aimer et de l’admirer. Bon jusqu’à la foiblesse, il se laissoit entraîner sans songer souvent qu’une affaire d’intérêt l’appeloit ailleurs. On ne pouvoit lui en vouloir, puisqu’il

Xxij NOTICE StJR SAINT-GEORGES, s’oublioit lui-même. Il a été à portée de fixer la fortune, mais le désintéressement, et sur-tout la légèreté de son caractère ne lui ont jamais permis de poursuivre long-temps un même objet.

Saint-Georges ressentit les atteintes d’une maladie de vessie, et, par suite de sa négligence habituelle, il y fit peu d’attention; il cacha même un ulcère qui étoit la source de son mal; la gangrène s’y mit, et il succomba le 12 juin 1799. Il descendit au tombeau, accompagné des regrets de tous ceux qui avoient eu l’avantage de le connoître.

DE

L’ART DES ARMES

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