‹ Traité de l'art des armesChapitre 88 sur 97 · ESPADON · texte numérisé non relu

ESPADON

L’espadon est un jeu qui a ses difficultés ; il n’est pourtant pas aussi compliqué que celui de la pointe; car il n’a que quatre positions, et les armes en ont huit. La garde en est bien moins difficile. L’espadonneur est droit sur ses jambes, le corps incliné sur la partie droite; c’est la position qui convient pour marcher en passe et rompre la mesure. On ne tire pas de cette position pour la pose et la grâce du corps les mêmes avantages que des positions obligées dans le jeu delà pointe. Il est néanmoins très important d’apprendre cet exercice lorsqu’on est déjà parvenu à un bon degré de force dans les armes, plutôt un élève se gâteroit. L’espadon est dangereux pour ceux qui ne le connoissent pas; c’est un jeu fort traître. L’espadonneur ne combat ou ne doit combattre que la main ; il s’exposeroit en tirant au corps; le danger est partagé par le pointeur qui doit opposer un même jeu , et tirer par conséquent à la main.

Il y a dans l’espadon deux temps, celui de lever, et celui de donner le coup. Le pointeur n’en fait qu’un , et comme physiquement celui-ci a un avantage quant à la vitesse, il s’ensuit moins de danger pour lui.

Un tireur d’armes qui apprend le jeu de l’espadon, le sait en très peu de temps; il devient même très à crain-

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dre en mêlant les deux jeux, qui lui donnent la facilité de se servir adroitement d’une canne dans un cas d’urgence et de nécessité.

Le bon tireur aura toujours le coup-d’œil plus fin, et sera plus rusé que celui qui ne saura que l’espadon. L’écolier qui aura commencé par l’usage des paniers aura beaucoup plus de peine à réussir au fleuret; les positions sont différentes et les mouvements larges de l’espadon sont difficiles à vainnre pour parvenir à l’usage de la pointe , dont les mouvements au contraire sont fins et serrés; c’est pour cette raison qu’un bon maître fait souvent recommencer une feinte ou d’autres coups , afin d’amener l’écolier à les faire le plus près possible du talon de l’épée sans le toucher.

J’engage donc les jeunes gens à commencer par la pointe; ils en tireront un véritable avantage pour parvenir à l’espadon; et comme un bon espadonneur doit être liant et leste, il doit volter, faire des passes en avant, en arrière, le tout avec vitesse et légèreté; or, cela est de difficile exécution pour quiconque n’a pas le corps souple.

Observation importante.

Il seroit bien dangereux pour un pointeur et pour un espadonneur de courir l’un sur i’autre pour se toucher le corps; le pointeur courroit risque de se faire couper le bras ou la figure; l’espadonneur en levant la main pourroit se faire arrêter en seconde sur sa marche, son coup de taille tomberoit sur la monture du fleuret de l’adversaire. T/espadon demande des connois

sances et de la prudence, et le pointeur en a également besoin devant l’espadonneur. J’ai dit, à l’article des assauts, qu’on ne pouvoit combattre un jeu qu’en en prenant les mêmes positions. D’après ce principe , il faut suivre l’espadonneur qui ne tirera qu’à la main ; le tireur d’armes dans ce cas a l’avantage , puisque le coup de pointe est bien plus vite que le coup de taille , qui exige deux temps. Le pointeur, sans donner de fer, doit avec sa garde basse attaquer la main et employer des faux temps à dessein de la faire présenter. Tous les coups de pointe doivent être lancés comme des coups de patte de chat, c’est-à-dire en retirant la main de suite; si le pointeur s’avisoit de développer pour toucher le corps, l’espadonneur, toujours droit et prêt à volter ou à faire des passes , feroit l’un ou l’autre en arrière , et le bras ou la figure du pointeur se trouvera à <• découvert; il est donc essentiel de prendre connoissance de tous les jeux pour savoir s’en préserver. D’après cette instruction, en voyant un tireur se mettre en garde, on devra sur sa position juger ce qu’on aura soi-même à faire.

Observations sur la maniéré de faire travailler les enfants et les jeunes demoiselles qui ont des défauts de conformation , et qui tiennent mal leur tête , etc.

Lorsqu’un enfant, une jeune demoiselle, sont menacés d’avoir une épaule plus forte que l’autre, on leur

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fait exercer la main opposée à l’épaule qui prend trop de force. Le maître les place droits, le talon à la cheville , les pieds formant l’équerre , le fleuret dans la main, les bras tombant le long du corps, les yeux fixes et dirigés sur l’adversaire, et, après leur avoir fait porter en arrière, et le plus possible, la tête, il la leur fait tourner à droite et à gauche par des mouvements très doux; c’est le seul moyen d’assouplir les muscles du cou , quand ils ont contracté de la dureté ; on assouplit aussi les membres en insistant, et on parvient en forçant un peu au maintien et à la position desirée. Quand on dit à un enfant de se tenir droit, il se redresse pour l’instant, mais la roideur le ramène bientôt à sa première position.

Après avoir obtenu le redressement de la tête, on la fait tourner à droite; on fait ouvrir la poitrine et mettre le pied droit à une distance convenable, et selon la force de l’enfant. On peut placer la main qui ne travaille pas sur la hanche, pour forcer l’épaule à rentrer davantage; on place la main qui tient le fleuret à la hauteur convenable. On n’exige pas de développement des enfants, encore moins des petites demoiselles qui n’ont pas assez de force. On y supplée par des passes, c’est-à-dire, qu’étant en garde et un peu ployés, on leur fait porter le pied gauche devant le droit ( en supposant qu’ils soient en garde du pied droit), à la distance de quatre doigts, plus ou moins, selon la force; car l’exécution est toujours subordonnée aux moyens. Le talon doit raser le pied droit.

Après avoir examiné la position, le maître fait re>;

mettre en garde et tirer quarte en dedans en volte. À cet effet, la main se porte au plus haut, tandis que le corps pivote sur le pied droit, et que le gauche revient derrière. Dans cette position, le corps se trouve effacé, de manière à laisser passer un coup développé. Ce coup étoit bon jadis, qu’on se tenoit à-peu-près aussi droit sur ses jambes que dans l’espadon; mais aujourd’hui, que la position des armes est d’être extrêmement ployé pour favoriser la vitesse, ce coup ne pourroit avoir lieu, attendu que pour volter, le tireur, devant d’abord se redresser, se verroit obligé à deux temps. Le premier empêchant l’effet du second qui par lui-même est déjà lent, on seroit touché. En supposant qu’on ne le fût pas après la volte, au moins ne seroit-on pas en position de défense; or, tout coup tiré et manqué qui dans la retraite interdit tous moyens de défense, n est point admissible dans l’assaut.

On ajoute à l’exercice des enfants le salut tel qu’il est démontré, ce qui leur donne de la grâce quand ils y mettent de l’intelligence. De là on passe aux désarmements qui ne se pratiquenr plus dans les assauts, mais qui, étant exécutés par de jeunes personnes , sont néanmoins fort jolis et perfectionnent leurs grâces naturelles.

Premier désarmement.

Aprèsla parade de quarte, l’écolier exécute la première passe en portant le pied gauche en avant, et en pivotant sur la pointe du droit pour se trouver effacé , alors saisissant la main du maître en dedans , il présente sa pointe

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au corps en levant le coude. Il faut avoir la tête extrêmement haute dans ce mouvement pour donner de la grâce, de la fierté et du mérite à la position. En garde.

Deuxième désarmement.

Après la parade de tierce, la même passe se fait en avant. L’élève prend la main du maître en dehors, et pour varier, au lieu de présenter sa pointe comme précé- ' demment, il la dirige hien au corps, mais en la passant derrière son dos. Ces deux positions sont fort jolies étant exécutées par de petits enfants.

Troisième désarmement.

Ce désarmement est appelé désarmement du manchot. Après la parade de quarte, l’élève, portant le pied droit en avant de la valeur d’une semelle , se trouve plus à portée de prendre le fer du maître et de le placer sous son bras droit en le serrant; tournant ensuite à gauche en pivotant sur les deux pieds , il arrache le fleuret et le fait tomber.

Quatrième désarmement.

L’élève, après la parade de prime, fait une passe du pied gauche , prend le fleuret du maître sous son bras gauche et repasse la main dessous le fort du fleuret pour s’assurer de la garde, ce qui fait un entrelacement, ensuite il présente la poinjte au corps.

Cinquième désarmement.

Après avoir fait parer quarte, la passe en avant ne se fait que dans le cas où le coup est développé de loin par un tireur qui ne se relève pas; le pareur ne quitte pas le fer avec le sien, et saisit le talon du fleuret de son adversaire tout près de la garde, tire à soi en appuyant avec le fort de son fleuret sur le foible du fleuret adverse et le désarmement s’ensuit. Il faut qu’il s’opère la main gauche haute, et que la main droite présente la pointe au corps en tierce, le coude haut.

Ce désarmement produit de l’effet au théâtre, et est très joli, sur-tout exécuté par des enfants. 11 faut toujours leur faire faire la passe du pied gauche , parcequ ils auront plus de force.

Sixième désarmement.

L’élève, après la parade de quarte, fait une passe du pied gauche, passe son hras gauche sous le fort du fleuret adverse, tout près de la garde, ce qui forme la croix; il lève le hras en appuyant avec son fleuret sur le foîhle, ce qui produit encore l’effet d'un fort lévier. Ce désarmement n’est pas aussi remarquable que le précédent ; il termine à-peu-près tout ce qu’on peut montrer à des enfants , en proportionnant l’exercice à leurs forces. Tous ces désarmements conviennent dans les combats de théâtre , pourvu qu’on les y employé avec adresse.

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