II
« 2° Le sulfate de chaux devient totalement insoluble, soit dans Feau de mer, soit dans les eaux douces, à des températures comprises entre 140 et 150* et si Ton expose à ces températures de leau contenant de ce sel en dissolution, il se précipite en entier sous forme de petits cristaux, ou de pellicules très minces, suivant que ce sel est plus ou moins abondant dans la dissolution.
« Le sulfate ainsi précipité se redissout après le refroidissement, mais avec d autant plus de lenteur que la température à laquelle il s'est déposé est plus élevée. Celui qui se dépose à 150** met plu-
sieurs jours à se redissoudre, lors même que sa proportion, relativement à TeaUj.est très faible.
« 3"* Le carbonate de chaux neutre est un peu soluble dans Teau pure. Celte solubilité à froid est, d'après Buchholz, de 1/24000*' à 1/16000®. Elle diminue à mesure que la température augmente, et quoiqu'elle diminue moins rapidement que celle du sulfate de chaux, elle devient néanmoins nulle à la température de ISO"*; à cette température Teau contenant du carbonate de chaux en dissolution l'abandonne totalement, et une fois ainsi précipité, le carbonate ne se redissout point par le refroidissement. »
Il ressort, on le voit, de ces expériences deux faits importants :
1° A une température de 150^, le sulfate et le carbonate de chaux sont totalement insolubles dans les eaux douces ou dans les eaux de mer;
2^" Les sels précipités à cette température ne se redissolvent plus que très lentement dans l'eau relativement froide.
Les analyses de nombreux expérimentateurs ont montré que, dans la grande majorité des cas, les incrustations dures sont surtout composées de sulfates de chaux.
]N'ous citerons comme exemple l'analyse suivante, d'Edwards, d'incrustations brun clair, d'une densité de 2,82 trouvées dans une chaudière à Hambourg :
Sulfate de chaux 78,00
Eau de combinaison 14,00
Sulfate de magnésie 3,20
Sulfate de potasse 1,60
Silice 2,20
Substances organiques (et traces de chlorure). . . . 1,00
Total 100,00
Les inscrustations mêmes où domine le carbonate de chaux paraissent devoir leur dureté au sulfate de chaux, qui cristallise en longues aiguilles enchevêtrées donnant à la masse une texture fibreuse. On cite cependant des exceptions à cette règle et l'on a trouvé des croûtes dures dans des chaudières alimentées avec do l'eau où le sulfate de chaux faisait complètement défaut.
Yarentrapp a même signalé un cas, où la même eau donnait
dans une chaudière des inscrustations dures et dans une autre des dépôts pulvérulents. La seule différence consistait en ce que l'eau alimentant la deuxième chaudière avait à parcourir une assez grande longueur de conduite où elle pouvait perdre une partie de son acide carbonique.
On a cherché à expliquer la différence de ces effets par le système cristallin que peut suivre le carbonate de chaux. Suivant les circonstances où il se forme, il cristallise tantôt à Tétat de spath calcaire, tantôt à l'état d'aragonite. Les eaux de Karlsbad donnent des dépôts très durs formés de 93,57 de carbonate de chaux, 3,55 d'eau, 1,50 d'oxyde de fer et d'acide phosphorique, et 1,3 de sulfate de chaux et de fluorure de calcium. Dans ces concrétions, le carbonate de chaux a cristallisé à l'état d'aragonite (Knapp).
M. Cousté a montré que la composition chimique des inscrustations variait aux différents points d'une chaudière par suite de l'inégalité de température des parois.
La chaudière où se faisait les essais, au Conservatoire des arts et métiers, avait trois bouilleurs inégalement chauffés.
Après quelque mois de marche, les bouilleurs les moins exposés au feu ne contenaient qu'un dépôt insignifiant de carbonate de chaux, mêlé à un peu de sulfate de chaux.
Le bouilleur du milieu avait des incrustations composées de 90 p. 100 de carbonate de chaux.
Celui qui était le plus directement exposé à la flamme ne contenait presque que des sulfates.
De l'ensemble de ces faits on peut déduire la façon dont se produisent en général les dépôts et les incrustations dans les générateurs :
Les bicarbonates terreux se dissocient d'abord; les bicarbonates de chaux et de magnésie sont décomposés à 60**, d'après M. Cousté. Cette décomposition est d'autant plus rapide que la température de l'eau est plus élevée; les carbonates neutres sont précipités. Si cette précipitation est lente, comme cela arrive, par exemple, dans les réchauffeurs ou avant-chauffeurs de certaines chaudières, où on utilise à l'extrême la chaleur des gaz, ce dépôt se fait sous forme cristalline, et peut devenir très dur. Si, au contraire,
132 EPURATION DES EAUX
Teau arrive rapidement à température élevée, le dépôt est pulvérulent.
Le sulfate de chaux se dépose ensuite et à des états différents, mais d'autant moins cristallin que la précipitation se fait plus vite.
L'a petite quantité de carbonate neutre qui est restée en solution dans Teau devient à son tour insoluble, et vient s'ajouter aux précipités déjà formés. C'est vraisemblablement cette partie du carbonate de chaux qui, se déposant au fur et à mesure que la vaporisation se fait, concourt avec le sulfate de chaux à la formation des inscrustations dures.
M. Cousté conclut de l'examen des particularités que présentent les sels terreux que c'est dans l'utilisation de ces propriétés physiques et non dans l'action des agents chimiques que l'on trouvera le moyen d'empêcher l'incrustation, puisqu'elle n'est due qu'à la cristallisation des sels.
Sans partager entièrement l'opinion du savant expérimentateur, nous admettrons que l'injection, dans la chaudière, de l'eau d'alimentation avec des dispositifs pour produire rapidement l'élévation de température favorisera la formation de dépôts pulvérulents. Sous ce rapport, les chaudières à haute pression où on dépasse la température critique de ISO^ sont plus favorisées que les autres. Le remède se trouve là à côté du mal, car le plus souvent ces générateurs sont tubulaircs et ont des organes délicats auxquels l'incrustation est extrêmement nuisible.
Aspect et texture des incrustations. — Les incrustations ont des aspects très divers et qui ne peuvent pas toujours faire préjuger de leur composition. Quelques-unes ont une structure terreuse ou grenue comme de la ponce, d'autres se rapprochent de la craie, les unes sont poreuses, friables, d'autres ont une dureté extraordinaire, et se laissent entamer difficilement par le fer. Celles-ci ont une stucture cristalline, grenue ou fibreuse et assez souvent lamellaire; la cassure est le plus souvent hétérogène. On distingue une série de couches plus ou moins régulières dont l'aspect peut varier ; les couches qui sont au contact des tôles et qui ont été soumises à l'action du feu diffèrent, de texture et de couleur, de celles qui sont venues les recouvrir.
Les sédiments apportés par les eaux troubles, les corps étrangers introduits dans la chaudière, comme les graisses ou les désincrustants, font varier Taspëct des dépôts et incrustations.
La couleur varie du blanc, ce qui est fréquemment le cas des eaux de source ou de forage, au jaune, au brun, au gris et même au noir, ce que Ton obtient avec les eaux chargées de limons, de graisses ou de résidus organiques.
Des incrustations poreuses, grisâtres, d'une densité de 1,45, se désagrégeant facilement, donnant au toucher la sensation d'un corps gras, brûlant avec flamme et prenant dans l'eau une consistance p&teuse, présentaient, d'après Renner, les résultats suivants :
Matières grasses » . . . . 75,2
Chaux 8,4
Oxyde de fer 3,6
Sulfate de chaux 0,i
Silice 1,8
Eau 10,8
Total 100,00
Une incrustation du même genre fournie par la rivière de l'Helpe mineure, à Fourmies (eau souillée par les déjections de deux peignages de laine) a donné, d'après MM. Gaillet et Huet :
Matières grasses 59,4
Matières minérales (chaux, sable, etc.) 39,5
Eau 1,10
Epaisseur des incrustations et importance des dépôts. — Les parois des générateurs se recouvrent plus ou moins rapidement d'incrustations, suivant leur régime et la nature des eaux employées.
Les générateurs à petit volume et production intensive de vapeur sont rapidement recouverts de concrétions ou obstrués par les dépôts, surtout avec des eaux très chargées de sels terreux.
Dans des chaudières tubulaires on a trouvé des tubes de 0°',10 de diamètre complètement bouchés par les incrustations. Il n'est pas
134 EPURATION DES EAUX
rare de voir des épaisseurs de 3 à 4 centimètres de tartre sur les parois des chaudières mal entretenues.
Il est facile de se rendre compte de la quantité considérable de sédiments qui peuvent se déposer dans une chaudière fonctionnant avec des eaux impures et sans extraction.
Une chaudière alimentée à Teau de Seine, par exemple, consommant 1 000 kilogrammes de charbon par jour et produisant 8 000 kilogrammes de vapeur, reçoit journellement :
8,000 X 0P^,26 = 2 kilogrammes.
8 000 X 0'',26 = 2 kilogrammes de sels en dissolution et matières en suspension, qui se déposent sous forme de concrétions ou de boues, soit, par mois, en supposant un travail continu :
2 X 30 = 60 kilogrammes.
soit au bout de Tannée 60 x 12 = 720 kilogrammes.
Avec des eaux dures, comme le sont certaines eaux de source ou de forage, parmi lesquelles nous citerons celles du bassin de Paris qui traversent les terrains gypsifères, cette quantité peut être triplée et même quadruplée (l'eau de Seine titre 18 à 23"" hydrotimétriques, les sources des Prés-Saint-Gervais 76"^, Feau des puits de Saint- Denis 80*^, les sources de Belleville, 155^}.
On voit quelle énorme quantité de matières peut se déposer dans une chaudière à vapeur et quelle importance la nature des eaux a dans le fonctionnement des générateurs.
Inconvénients des incrustations. — Diminution de puissance des chaudières. — A cause de la surépaisseur qu'il vient ajouter aux parois des chaudières et de sa faible conductibilité, le tartre est iine cause de diminution de puissance des générateurs. Il résulte d'expériences faites par M. Tresca au Conservatoire des arts et métiers que de fortes incrustations peuvent diminuer le rendement d'une chaudière de 50 p. 100.
Les industriels ne se rendent pas toujours compte de cette perte de puissance de leurs générateurs, considérable déjà pour de faibles épaisseurs et qui devient énorme quand cette épaisseur est grande.
On s'en aperçoit dans les industries où la source de chaleur est
INCONVÉNIENTS DE L'IMPURETÉ DES EAUX i35
constante et invariable, comme, par exemple, dans les usines métallurgiques où des générateurs utilisent la chaleur perdue des fours dont le travail est continu et régulier. Il est facile, dans ce cas, de constater la diminution de rendement des chaudières par suite de la présence des incrustations. MM. Gaillet et Huet relatent le cas d'une usine de ce genre alimentée par des eaux très calcaires et dont le propriétaire recourait à un nettoyage hebdomadaire pour éviter une perte énorme due à la mauvaise transmission de la chaleur *.
Perte de combustible. — Il est très fréquent de voir un générateur diminuer, au bout de quelques jours de marche, de 20 à 30 p. 100 de puissance, par suite de la formation de croûtes calcaires. On force alors le feu, et comme la surface reste la même et conduit moins bien, on arrive à des consommations exagérées de charbon. Des chaudières qui ont donné 8 à 9 kilogrammes de vapeur par kilogramme de charbon brûlé, aux essais, arrivent à n'en donner que 6 ou 7, et même moins.
D'après M. Cousté, qui justifie ses chiffres par des résultats expérimentaux très dignes de foi et par le calcul, la dépense augmenterait ainsi de 40 p. 100 dans les chaudières ordinaires, de 22 p. 100 dans les locomotives, de 65 p. 100 dans les chaudières de vaisseau.
Détérioration des tôles et des tubes. — Les parois des chaudières soumises à l'action du feu étant séparées de l'eau par des incrustations ou par des dépôts isolants se surchauffent ; il en résulte des dilatations inégales, qui font fendre les tôles, dessertissent les tubes et mettent le générateur hors de service. Le métal recouvert de tartre arrive souvent au rouge, se brûle sous l'action des gaz oxydants ou sulfurants dégagés par le combustible, et, par suite de la diminution de résistance due à ces diverses causes, se boursoufle et crève en occasionnant parfois des accidents graves.
En se détachant des parois, les incrustations laissent quelquefois
* Étude des eaux industrielles et de leur épuration, Gaillet et Huet, 1884, Lille, Danel, éditeur.
l'eau arriver tout d'un coup au contact de la tôle surchauffée. Il en résulte une production brusque de vapeur que ne peuvent écouler les orifices d'échappement et la chaudière fait explosion.
Môme lorsqu'elles ne causent pas des accidents de cette gravité, les incrustations sont une cause d'usure rapide des générateurs. D'autre part, elles forcent à des nettoyages fréquents qui se traduisent par une perte de temps et d'argent. Les organes de la chaudière, soumis au choc fréquent du marteau à piquer et du burin, sont rapidement mis hors de service.
Corrosions par le chlorure de magnésium. — Le chlorure de magnésium, qui se trouve dans les eaux de mer, dans les eaux de sources salées, et même dans certaines eaux douces, ne se comporte pas comme le chlorure de sodium ou le chlorure de calcium. A la température de 100**, en présence de l'eau, il se décompose en donnant un précipité de magnésie et laissant dégager de l'acide chlorhydrique. Cet acide, se répandant dans l'eau de la chaudière et dans la vapeur, produit une attaque des tôles. Entraîné par la vapeur, il ronge les conduites et les cylindres.
On a constaté des attaques locales des parois en contact avec la vapeur, dues au chlorure de magnésium et provenant de gouttes projetées sur les surfaces chaudes et qui s'y vaporisent, laissant un résidu, dans lequel le chlorure de magnésium se décompose.
D'autres attaques locales, dans les parties constamment immergées, s'expliqueraient par le fait de l'emprisonnement du chlorure de magnésium dans des dépôts cristallins de sels. Au contact de la paroi chauffée il y a décomposition et, suivant certains auteurs, attaque presque indéfinie, par suite de la formation et de la décomposition successive du chlorure de fer.
Ces actions locales mettent plus vite en éveil que l'usure régulière due à la décomposition du chlorure en dissolution dans l'eau et fournissant une eau acide dont l'action se répartit sur toutes les surfaces métalliques.
Corrosion par l'oxygène et l'acide carbonique. — L'attaque des tôles par l'oxygène et l'acide carbonique contenus dans les eaux est extrêmement fréquente.
Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire à ce sujet la communication de M. Cornut, ingénieur en chef de l'Association du Nord au Congrès tenu en 1877 par les ingénieurs en chef des diverses associations de propriétaires d'appareils à vapeur.
M. Cornut croit que presque toutes les tôles de chaudière se rongent par une action lente et continue.
On a reconnu jusqu'à présent trois types principaux de cette corrosion.
1^ La corrosion par pustules. — Les tôles ne sont attaquées que par points. Des cavités plus ou moins profondes se forment dans la tôle, le trou se creuse en se remplissant d'une poussière brune, contenant principalement de l'oxyde de fer.
Au-dessus de la tôle et correspondant à ce trou, on trouve une espèce de champignon solide, qui est un composé d'oxyde de fer et de sel de chaux ;
2** La corrosion par surfaces. — Les tôles sont attaquées à peu près régulièrement ;
3* Lorsque des pièces sont soumises à des efforts de flexion, successivement dans un sens ou dans l'autre, les parties soumises à cette flexion se fendent, l'eau peut alors séjourner dans ces fentes et la tôle se ronge très rapidement.
On peut citer comme exemples les plaques tubulaires des locomotives.
Quelles sont les causes de ces corrosions?
On a cru d'abord qu'il était absolument nécessaire que les eaux fussent acides ou bien continssent des chlorures.
D'autres personnes ont reconnu des oxydations de ce genre dues à la présence de graisses dans les eaux d'alimentation.
n n'est pas douteux, d'après les exemples si nombreux que nous avons sous les yeux, que, dans tous les cas, la présence de substances corrosives donne une explication toute naturelle des phénomènes, mais j'ai été appelé à étudier des corrosions du premier type, c'est-à-dire des corrosions par pustules dont l'explication ne pouvait ressortir des causes qui viennent d'être rappelées.
Après réflexion, il semblait que l'explication ne pouvait se rechercher que dans l'action sur les métaux de l'oxygène de l'air dissous dans l'eau et de celui entraîné par le Giffard.
i38 EPURATION DES EAUX
M. Cornut se proposait donc de faire des expériences pour mettre ce fait en évidence lorsque la lecture de deux travaux (dont il est donné ci-dessous une rapide analyse) lui montra que la question avait été parfaitement élucidée par des hommes éminenls, MM. Scheurer-Kestner et Meunier-DoUfus, de Mulhouse, et M. le professeur Crau-Calvert, de Manchester.
EXPÉRIENCES DE MM. SCHEUREK-KE STNER ET MEDNIER-DOLLFUS
Trois flacons, ayant chacun un volume de 10 litres, furent remplis d'eau.
Le flacon n"" 1 contenait de Teau de la vallée Saint-Ajnarin, exempte de sels calcaires, mais très aérée.
Le n® 2 renfermait de Teau calcaire du terrain jurassique bien aérée et contenant de l'acide carbonique.
Le n^ 3 contenait de Teau distillée récemment bouillie pour en chasser Toxygène dissous.
Ces messieurs prirent toutes les précautions nécessaires pour assurer l'exactitude de leurs expériences et placèrent dans le milieu .des flacons des barres de fer bien nettoyées et polies.
Après plusieurs semaines, voici ce qu'ils observèrent :
Le flacon n° 1 (eau non calcaire) présenta le premier des phénomènes d'oxydation; des stries jaunes ne tardèrent pas à sillonner le fond de l'eau, descendant de la barre de fer qui, peu à peu, se couvrit de champignons de rouille. Lorsque tout l'oxygène de l'air fut consommé, les phénomènes d'oxydation cessèrent et la barre sortie du flacon, nettoyée et remise en place, resta brillante comme si elle était vernie.
Le flacon n'^ 2 (eau calcaire) présenta les mêmes phénomènes d'oxydation ; seulement, ils furent beaucoup plus lents et les stries jaunes étaient mélangées de stries blanches de sels calcaires qui se précipitaient. Au bout de quelque temps, la barre sortie du flacon, nettoyée et remise en place, se recouvrait d'une nouvelle couche d'ocre. Ainsi, les sels calcaires, par leur dépôt sur le métal, entravent l'oxydation et la retardent.
Le flacon n* 3 (eau distillée privée d'air) ne présenta aucun phénomène d'oxydation, la barre y resta brillante.
Ces phénomènes se passent de commentaires ; ils donnent l'idée exacte de ce qui a lieu dans les réchauffeurs.
EXPERIENCES SUR L OXYDATION DU FER, PAR LE PROFESSEUR F. CRAU-CALVERT, DE MANCHESTER*
La première partie du mémoire est employée à rendre compte des essais entrepris par ce savant pour se rendre compte de l'oxydation du fer à l'air.
La conclusion ayant un rapport direct avec les phénomènes d'oxydation du fer dans les conditions que nous étudions, nous ne pouvons la passer sous silence.
L'oxydation du fer est nulle dans l'oxygène comme dans l'acide carbonique pur et sec. L'oxygène humide agit faiblement, l'acide carbonique n'a pas d'action.
Le mélange d'oxygène et d'acide carbonique à l'état sec n'oxyde pas le fer. Ce mélange des deux gaz à l'état humide produit une oxydation très rapide du fer.
Il se forme d'abord du peroxyde -de fer, puis du carbonate, et enfin un mélange d'oxyde et d'hydrate de sesquioxyde.
La seconde série d'essais du savant professeur a été entreprise pour se rendre compte des phénomènes d'oxydation du fer en présence de l'eau.
n plongeait une tige de fer dans un flacon rempli d'eau ordinaire de la ville de Manchester, contenant en dissolution de l'oxygène et de l'acide carbonique. La rouille se manifestait de suite avec une grande intensité.
Il mettait ensuite une lame de fer dans un flacon rempli de la même eau, mais préalablement bouillie pour chasser l'oxygène et l'acide carbonique. Après plusieurs semaines, aucune trace d'oxydation n'était apparue.
En résumé, je crois que ces expériences donnent la justification des faits que j'ai observés.
* Mémoire of the Philosophie Society of Manchester (5* volume, 5* série) .
Une eau ordinaire qui contient de l'air dissous et de l'acide carbonique soit à l'état libre, soit par suite de la décomposition des bicarbonates qu'elle renferme, donnera lieu à l'oxydation des tôles par pustules.
Corrosions parles graisses. — L'emploi des eaux grasses provenant des condenseurs, surtout des condenseurs à surface, dont l'emploi se répand de plus en plus dans la marine, fait entrer dans les chaudières des matières grasses qui ont servi à lubréfîer les cylindres des machines. Ces substances ne sont pas sans danger puisqu'elles peuvent contribuer à la formation de dépôts ou d'enduits isolants. D'autre part, les acides gras ont une action énergique sur le fer et peuvent en amener la corrosion.
M. le professeur Stingl, de Vienne, a étudié cette question \
D'après lui, la haute température que rencontrent les graisses dans les cylindres de machines et ensuite dans les chaudières, la présence de sels calcaires facilement décomposables amènent la décomposition des corps gras (d'origine animale ou végétale) en acides gras et glycérine. L'acide gras, le plus souvent l'acide oléique, forme des savons calcaires qui se décomposent à leur tour, sous l'influence de la chaleur, en acide oléique et en un savon plus basique.
On connaît, dit cet auteur, l'action destructive de l'acide oléique sur les pompes à l'huile des stéarineries. Il conclut en affirmant le fait de la dissolution graduelle du fer, qui disparaît sous forme d'oxyde dans les incrustations.
M. le professeur Wartha, de Buda-Pesth, ayant reconnu la présence d'acide oléique et d'oxyde de fer, dans des dépôts formés dans les réchauffeurs d'un générateur^ [entreprit une recherche sur ces composés. « J'ai fait par la synthèse, dit cet expérimentateur, un essai comparatif avec de l'acide oléique libre, lequel, après être resté longtemps au contact de l'air, s'est coloré en brun jaune; j'ai pris alors quelques centimètres cubes de cet acide gras, j'y ai ajouté de l'eau et j'ai mélangé le tout avec de la limaille de fer; ensuite j'ai chauffé ; il s'est alors dégagé, avec boursouflement
* Gazette Polytechnique de Dingler (vol. CCXV, page li5).
et bouillonnement, de grandes quantités de gaz hydrogène et il m'est resté une masse gluante d'oléate de fer, de couleur brune, soluble dans Féther; cette masse contenait il p. 100 d'oxyde de fer et était en tous points semblable à la substance trouvée dans le réchaufTeur.
« L'explication des réactions que je viens de décrire est très simple. Dans l'usine en question on emploie les retours de vapeur pour échafTer l'eau d'alimentation. L'acide gras, c'est-à-dire l'acide oléique formé au contact de la vapeur d'eau et sous l'influence de la pression, est emporté avec la vapeur condensée et arrive ainsi dans le réchaufieur.
« Dans cet appareil les gouttes d'huile condensée s'attachent aux parois sous forme de masse pâteuse, et sous l'influence de la pression, le fer est alors attaqué au point de contact.
« Sous l'influence de la pression et à l'aide .de l'eau chaude il se forme constamment de l'oxyde de fer et de l'acide gras libre, lequel dissout une nouvelle partie de fer pour faire de l'oléate de fer. De sorte que la goutte ronge toujours et de plus en plus la tôle et s'enfonce, pour ainsi dire, dans le métal. Au bout d'un temps très court, les parois du métal se trouvaient donc rongées et l'appareil avait commencé à fuir.
« D'après ce qui précède, on peut se rendre compte comment une quantité relativement très minime d'acide oléique peut être capable de percer, au bout d'un temps très court, une tôle de 7 millimètres d'épaisseur. »
On voit, d'après ces expériences, quelle influence néfaste peuvent exercer sur les chaudières les graisses qu'y introduisent les vapeurs de retour, ou les eaux du condenseur, surtout si on se sert de graisses susceptibles d'être décomposées par le fer de la chaudière à la température élevée qui est atteinte. Il est donc prudent, quand on est contraint d'employer ces eaux, de leur faire subir une épuration qui les débarrasse des matières grasses qui y sont contenues.
C'est dans ce but que M. Hétet, déjà cité, a proposé de saponifier les matières grasses au moyen de la chaux et de les faire passer ainsi à l'état de savons insolubles. On peut craindre cependant que ces savons puissent être décomposés dans le générateur. On
ne serait à l'abri de tout inconvénient qu'en séparant à l'avance ces graisses amenées à l'état de savons calcaires. C'est là une complication qui se joint à celles que nécessite le traitement à la chaux et ces difficultés sont causes du peu d'extension pris par ce procédé.
Dans les machines de torpilleurs, utilisant les eaux grasses provenant de la vapeur d'eau condensée dans le condenseur à surface, on fait traverser à ces eaux un filtre d'épongés qui absorbe assez efficacement les grsdsses. On n'évite cependant pas la présence d'une certaine quantité de graisses dans les eaux \
Corrosions par les acides. — Les eaux de certaines rivières provenant de terrains volcaniques peuvent contenir, nous l'avons vu, page 23, des acides minéraux libres. Il en est de même des eaux de certaines mines, qui ont traversé des couches pyriteuses (p. 80 et 83) et qui contiennent de l'acide sulfurique libre. Ces eaux ne peuvent être employées telles quelles à l'alimentation des générateurs dont elles rongeraient les tôles.
Si l'on est contraint de s'en servir, comme dans les mines de Silésie citées par Knapp, on leur fait subir une correction par la chaux, la baryte ou un alcali.
D'après M. Léo Vignon, le tannin, souvent employé dans les formules de désincrustants, produirait l'attaque des chaudières «. Il est à supposer que beaucoup d'acides organiques, qui paraissent inofTensifs, ou de substances susceptibles de donner ces acides par leur décomposition dans la chaudière produiraient le même eiïel.
* Sote sur la machine à vapeur^ par A. Normand, Société des Ing. civils. Décembre
* Bulletin de la Société chimique, 5 août 1890.