FILTRES DE FIBRES, DE POILS, DE TONTISSES
On emploie encore comme filtres industriels ouverts, à grande section, des filtres formés de fibres de bois. Ces filtres sont assez répandus aujourd'hui, surtout dans les appareils d*épuration chimique. On les compose de copeaux grossiers, résidus du rabotage des bois ou de fibres ou pailles de bois fabriquées aujourd'hui spécialement pour cet usage ou pour remballage. Ces fibres sont employées telles quelles ou rendues imputrescibles au moyen d'agents chimiques, comme les sels de fer ou de cuivre.
On emploie pour le même usage le coton, préconisé par May en Angleterre en 1840, et la tontisse des draps. Cette dernière substance, d'après Bernard, qui en généralisa l'emploi à Paris dans les fontaines marchandes, doit être traitée par des sels de fer pour être indestructible à l'eau.
Les éponges donnent d'assez bons résultats comme clarification. Elles ont l'inconvénient d'être relativement coûteuses, de pourrir rapidement dans certaines eaux et d'être, en général, d'un nettoyage difficile. On les nettoie, le plus souvent, d'une fagon efficace, avec l'aide de Tacide chlorhydrique.
Filtres des papeteries. — Knapp décrit un filtre employé dans les fabriques de papier et dont la matière filtrante est le poil de vache bien lavé.
On en met une épaisseur de 8 à 10 centimètres entre deux toiles métalliques maintenues par deux cadres. Ces éléments, de 1 mètre carré de surface, sont au nombre de 6, 8 ou 10, ou même plus suivant les besoins de l'usine. Ils sont disposés horizontalement dans une longue caisse en forme de pyramide quadrangulaire tronquée, la plus petite base en bas. Ils portent sur des traverses étaJ)lies dans la caisse, assez bas pour laisser audessus d'eux une partie du bac formant réservoir et où arrivent les eaux à filtrer. Ces eaux, le plus souvent décantées au préalable dans des réservoirs de dépôt, arrivent le long du réservoir et s'y déversent par une rigole longitudinale. On dispose, au-dessous des
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orifices, des feutres qui brisent le courant et répartissent Teau sur la surface..
Ces eaux, perdant de leur acide carbonique par le passage à travers le poil, laissent parfois des dépôts calcaires ou ocreux dont on se débarrasse par décantation.
La partie de la caisse où Teau se rassemble, a une hauteur d'au moins O'^ySO ; les dépôts peuvent tomber au fond pendant que Teau clarifiée est prise immédiatement au-dessous des filtres par un tuyau.
Les impuretés les plus lourdes de Teau se déposent dans les réservoirs de dépôt; les plus légères, comme les feuilles, les algues, les morceaux de bois, sont retenues par les toiles métalliques, les matières plus ténues par le filtre, et enfin le carbonate de chaux et l'oxyde de fer se déposent dans le décanteur inférieur. Chaque filtre sert quarante-huit heures, et on en change chaque jour la moitié. On retire le poil pour le nettoyer et le laver, et on le remplace par des matières fraîches.
« Une batterie de 6 filtres fournit par vingt-quatre heures jusqu'à 3 000 mètres cubes d'eau filtrée propre à la fabrication du papier \ »
Il est évident qu'il ne s'agit ni d'eau bourbeuse ni de papier fin, car un semblable filtre serait impuissant à retenir les particules ténues, et l'emploi de la décantation pour retenir à pareille vitesse des dépôts ocreux ou calcaires semble bien illusoire.
Ce genre de filtres paraît devoir surtout rendre de bons services avec des eaux qui sont rendues impropres à la fabrication du papier par la présence de débris végétaux, d'animalcules aquatiques comme les limnées, planorbes, sangsues, crevettes d'eau douce, etc., par certaines substances glutineuses d'origine animale ou végétale, comme le frai de grenouilles, les détritus de certaines algues ou plantes palustres.
• Knapp. Chimie technologique, p. 84.