CHAPITRE XIX
L’estime pour les différens genres d’esprit est , dans chaque siècle, proportionnée à l’intérêt qu’on a de les estimer.
Pour faire sentir l’extrême justesse de cette proposition , prenons d’abord les romans pour exemple. Depuis les Amadis jusqu’aux romans de nos jours, ce genre a successivement éprouvé mille changemens. En veut -on savoir la cause? Qu’on se demande pourquoi, les romans les plus estimés il y a trois cents ans nous paraissent aujourd’hui ennuyeux ou ridicules, et l’on apercevra que le principal mérite de la plupart de ces ouvrages dépend de l’exactitude avec laquelle on y peint les vices, les vertus, les passions, les usages et les ridicules d’une nation.
Or les mœurs d’une nation changent souvent d’un siècle à l’autre; ce changement doit donc en occasionner dans le genre de ses romans et de son goût : une nation est donc, par l’intérêt de son amusement, presque toujours forcée de mépriser dans un siècle ce qu’elle admirait dans le siècle précédent1. Ce que je dis des romans peut
1 Ce n’est pas que ces anciens romans ne soient encore agréables à quelques philosophes, qui les regardent comme la vraie histoire des mœurs d’un peuple considéré dans un
s’appliquer à presque tous les ouvrages. Mais pour faire plus fortement sentir cette vérité, peutêtre faut -il comparer l’esprit des siècles d’ignorance à l’esprit de notre siècle. Arrêtons-nous un moment à cet examen.
Comme les ecclésiastiques étaient alors les seuls qui sussent écrire, je ne peux tirer mes exemples que de leurs ouvrages et de leurs sermons. Qui les lira n’apercevra pas moins de différence entre ceux de Menot 1 , et ceux du
certain siècle et une certaine forme de gouvernement. Ces philosophes, convaincus qu’il y aurait une très grande différence entre deux romans, l’un écrit par un Sybarite, et l’autre par un Crotoniate, aiment à juger le caractère et l’esprit d’une nation par le genre de roman qui la séduit. Ces sortes de jugemens sont d’ordinaire assez justes : un politique habile pourrait, avec ce secours, assez précisément déterminer les entreprises qu’il est prudent ou téméraire de tenter contre un peuple. Mais le commun des hommes qui lit les romans, moins pour s’instruire que pour s’amuser, ne les considère pas sous ce point de vue, et ne peut en conséquence en porter le même jugement.
■ Dans un des sermons de ce Menot, il s’agit de la promesse du Messie. «Dieu, dit-il, avait, de toute éternité, déterminé « l’incarnation et le salut du genre humain ; mais il voulait que « de grands personnages, tels que les saints Pères, le deman- « dassent. Adam, Énos, Énoch, Mathusalem, Lamech, Noë, « après l’avoir inutilement sollicité, s’avisèrent de lui envoyer « des ambassadeurs. Le premier fut Moïse, lcsecond David, le « troisième Isaïe , et le dernier l’Église. Ces .ambassadeurs « n ayant pas mieux réussi que les patriarches eux-mêmes, « ils crurent devoir députer des femmes. Madame Kve se pré-
1JE L’ESPRIT
père Bourdaloue , qu’entre le Chevalier du soleil et la princesse de Cl'eves. Nos mœurs ayant changé, nos lumières s’étant augmentées, l’on se moquerait aujourd’hui de ce qu’on admirait autrefois. Qui ne rirait point du sermon d’un prédicateur de Bordeaux, qui, pour prouver toute la reconnaissance des trépassés pour quiconque fait prier Dieu pour eux , et donne en conséquence de l’argent aux moines, débitait gravement en chaire,
« senta la première, à laquelle Dieu fit cette réponse : Eve , tu « as péclic ; tu n’es pas digne de mon fils. Ensuite madame Sara, « qui dit : O Dieu, aide-nous. Dieu lui dit : Tu t’en es rendue « indigne par l' incrédulité que tu marquas, lorsque je t’assurai « que tu serais mère d’Isaac. La troisième fut madame Rébecca. « Dieu lui dit : Tu as fait en faveur de Jacob trop de tort à « Ésaü. La quatrième, madame Judith , à qui Dieu dit : Tu as « assassiné. La cinquième , madame Esther, à qui il dit : Tu as « été trop coquette; tu perdais trop de temps à t'attifer pour « plaire a Assuérus. Enfin fut envoyée la chambrière , de l’âge « de quatorze ans, laquelle, tenant la vue basse et toute hon- « teuse, s’agenouilla, puis vint à dire : Que mon bien -aimé « vienne dans mon jardin , afin qu’il y mange du fruit de ses « pommes , et le jardin était le ventre virginal. Or, le fils ayant « ouï ces paroles , il dit à son père : Mon père , j’ai aimé « celle-ci dès ma jeunesse , et je veux l’avoir pour mère. A l’ins- « tant, Dieu appelle Gabriel, et lui dit : O Gabriel! va-t’en « vite en Nazareth , à Marie , et lui présente de ma part ces « lettres. Et le fils y ajouta : Dis- lui de la mienne que je la « choisis pour ma mère. Assure-la, dit ensuite le Saint-Esprit, « que j’habiterai en elle, qu’elle sera mon temple; et remets -lui « ces lettres de ma part. » Tous les autres sermons de ce Menot sont à peu près dans le même goût.
qu'au seul son de l'argent qui tombe dans le tronc ou le bassin, et qui fait tin, tin, tin, toutes les âmes du purgatoire se prennent tellement à rire, quelles font lia, ha, ha, hi, hi, hi 1 II ?
Dans la simplicité des siècles d’ignorance, les objets se présentent sous un aspect très différent d<^ celui sous lequel on les considère dans les siècles éclairés. Les tragédies de la Passion, édifiantes pour nos ancêtres, nous paraîtraient à présent scandaleuses. Il en serait de même de presque toutes les questions subtiles qu’on agitait alors dans les écoles de théologie. Rien ne paraîtrait aujourd’hui plus indécent que des disputes en règle pour savoir si Dieu est habillé ou nu dans l’hostie, si Dieu est tout-puissant, s’il a le pouvoir de pécher, si Dieu pouvait prendre la nature de la femme, du diable, de l’âne, du ro-
I Dans ces temps, l’ignorance était telle, qu’un curé ayant un procès avec ses paroissiens, pour savoir aux frais de qui l’on paverait l’église, ce curé, lorsque le juge était près de le condamner, s’avisa de citer ce passage de Jérémie : Paveant ilt>- y t’t ego non paveant. Le juge ne sut que répondre à la citation : il ordonna que l’église serait pavée aux dépens des paroissiens.
II y eut un temps, dans l’Église, où la science et l’art d’écrire furent regardes comme des choses mondaines , indignes d’un chrétien. On dit même à ce sujet, que les anges fouettèrent saint Jérôme, pour avoir voulu imiter le style de Cicéron. L abbe Cariant prétend que c’est pour l’avoir mal imité.
cher, de la citrouille, et mille autres questions encore*plus extravagantes *.
Tout, jusqu’aux miracles, portait dans ce temps d’ignorance l’empreinte du mauvais goût du siècle 2.
1 Utrùm Dcus potuerit suppositare mulierem, vel diabolum , vel asimim , vel silicem , vel cucurbilam ; et , si suppositÆet cucurbitam , quemadmodùm fucrit concionatura , editura miracula, et qunnammodo fuisset fixa critci. Apolog. p. Hérodot. , tom. ni, p. 127.
2 Quelque chose qu’on dise en faveur des siècles d’ignorance , on ne fera jamais accroire qu’ils aient été favorables à la religion ; ils ne l’ont été qu’à la superstition. Aussi rien de plus ridicule que les déclamations qu’on fait ou contre les philosophes ou contre les académies de province. Ceux qui les composent, dit-on, ne peuvent éclairer la terre; ils feraient mieux delà cultiver. De pareils hommes, répliquera- 1- on , ne .sont, pas d’état à labourer la terre. D’ailleurs, vouloir pour l’intérêt de l’agriculture les enregistrer dans le rôle des laboureurs, lorsqu’on entretient tant de mendians, de soldats, d’artisans de luxe et de domestiques, c’est vouloir rétablir les finances d’un état par des ménages de bouts de chandelles. J’ajouterai même qu’en supposant que ces académies de province ne fissent que peu de découvertes, on peut du moins les considérer comme les canaux par lesquels les connaissances de ia capitale se communiquent aux provinces : or, rien de plus utile que d’éclairer les hommes. Les lumières philosophiques , dit l’abbé de Fleury, ne peuvent jamais nuire. Ce n’est qu’en perfectionnant la raison humaine, ajoute Hume, que les nations peuvent se flatter de perfectionner leur gouvernement, leurs lois et leur police. L’esprit est comme le feu ; il agit en tout sens : il y a peu de grands politiques et de grands capitaines dans un pays où il n’y a pas d’hommes illustres dans
Entre plusieurs de ces prétendus miracles rapportés dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 1 , j’en choisis un opéré eh faveur d'un moine. «Ce moine revenait d'une « maison dans laquelle il s’introduisait toutes les « nuits. Il avait, à son retour, une rivière à tra- « verser : Satan renversa le bateau, et le moine « fut noyé comme il commençait l’invitatoire des « matines de la Vierge. Deux diables se saisissent « de son ame et sont arrêtés par deux anges qui « la réclament en qualité de chrétienne. Seigneurs « anges, disent les diables, il est vrai que Dieu « est mort pour ses amis , et ce n'est pas une « fable; mais celui-ci était du nombre des ennc- « mis de Dieu : et puisque nous l’avons trouvé
les sciences et les lettres. Comment se persuader qu’un peuple qui ne sait ni l’art d’écrire, ni celui de raisonner, puisse se donner de bonnes lois, et s’affranchir du joug de cette superstition qui désole les siècles d’ignorance? Solon, Lycurgue, et ce Pythagore qui forma tant de législateurs, prouvent combien les progrès de la raison peuvent contribuer au bonheur public. On doit donc regarder ces académies de province comme très utiles. Je dirai de plus, que, si l’on considère les savans simplement comme des commercans ; et si l’on compare les cent mille livres que le roi distribue aux académies et aux gens de lettres, avec le produit de la vente de nos livres à l’étranger, on peut assurer que cette espèce de cofnmerce a rapporté plus de mille pour cent à l’état. •
1 Histoire de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , tome xvin.
« dans l’ordure du péché, nous allons le jeter « dans le bourbier de l’enfer : nous serons bien « récompensés de nos prévôts. Après bien des con- « testations, les anges proposent de porter le dif- « férent au tribunal de la Vierge. Les diables « répondent qu’ils prendront volontiers Dieu pour a juge, parce qu’il jugeait selon les lois; mais « pour la Vierge, disent-ils, nous n’en pouvons « espérer de justice : elle briserait toutes les portes « de l’enfer plutôt que d’y laisser un seul jour « celui qui de son vivant a fait quelques révé- « rences à son image. Dieu ne la contredit en « rien; elle peut dire que la pie est noire, et que « l’eau trouble est claire ; il lui accorde tout : « nous ne savons plus où nous en sommes : d’un « ambesas elle en fait un terne, d’un double deux « un quine; elle a le dé et la chance : le jour que « Dieu en fit sa mère fut bien fatal pour nous. »
L’on serait sans doute peu édifié d’un tel miracle , et l’on rirait pareillement de cet autre miracle tiré des Lettres édifiantes et curieuses , sur la visite de l'évêque d’Halicarnasse , et qui m’a paru trop plaisant pour résister au désir de la placer ici.
Pour prouver l’excellence du baptême, l’auteur raconte « qu’autrefois , dans le royaume d’Armé- « nie , il y eut un roi qui avait beaucoup de haine « contre les chrétiens; c’est pourquoi il persécuta
« la religion d’une manière bien cruelle. Il méri- « tait bien que Dieu l’eut alors puni : cependant « Dieu, infiniment bon, qui ouvrit le cœur à « saint Paul pour le convertir lorsqu’il persécute tait les fidèles, ouvrit aussi le cœur à ce roi « pour qu’il connût la sainte religion. Aussi ar- « riva- 1- il que le roi, tenant son conseil dans le « palais avec les mandarins, pour délibérer sur « les moyens d’abolir entièrement la religion chré- « tienne dans le royaume, le roi et les mandarins « furent aussitôt changés en cochons. Tout le « monde accourut aux cris de ces cochons, sans « savoir quelle pouvait être la cause d’une chose « aussi extraordinaire. Alors il y eut un chrétien, « nommé Grégoire, qui avait été mis à la ques- « tion le jour de disant, qui accourut au bruit, « et qui reprocha au roi sa cruauté envers la « religion. Au discours que fit Grégoire , les « cochons s’arrêtèrent ; et s’étant tus , ils le- « vèrent le museau en haut pour écouter Grèce goire, lequel interrogea tous les cochons en <c ces termes : Désormais, êtes- vous résolus de « vous corriger? A cette demande, tous les cote chons firent un coup de tète, et crièrent, ouen , et ouen, ouen, comme s’ils avaient dit oui. Gréée goire reprit ainsi la parole : Si vous êtes résolus et de vous corriger, si vous vous repentez de vos et péchés, et que vous veuillez être baptisés pour
dZjo
« observer la religion parfaitement, le Seigneur « vous regardera dans sa miséricorde ; sinon , « vous serez malheureux dans ce monde et dans « l’autre. Tous les cochons frappèrent la tète, « firent la révérence, et crièrent, ouen, ouen , *< ouen , comme s’ils avaient voulu dire qu’ils le « désiraient ainsi. Grégoire, voyant les cochons « humbles de cette sorte, prit de l’eau bénite, et « baptisa tous les cochons ; et il arriva sur-le- « champ un grand miracle ; car à mesure qu’il « baptisait chaque cochon , aussitôt il se-chan- « geait en une personne plus belle qu’aupara- « vant. y>
Ces miracles, ces sermons, ces tragédies et ces questions théologiques, qui maintenant nous paraîtraient si ridicules, étaient et devaient être admirés dans les siècles d’ignorance, parce qu’ils étaient proportionnés à l’esprit du temps, et que les hommes admireront toujours des idées analogues aux leurs. La grossière imbécillité de la plupart d’entre eux ne leur permettait pas de connaître la sainteté et la grandeur de la religion; dans presque toutes les tètes, la religion n’était, pour ainsi dire, qu’une superstition et qu’une idolâtrie. A l’avantage de la philosophie, on peut dire que nous en avons des idées plus relevées. Quelque injuste qu’on soit envers les sciences, quelque corruption qu’on les accuse d’introduire
dans les mœurs , il est certain que celles de notre clergé sont maintenant aussi pures quelles étaient alors dépravées, du moins si l’on consulte et l’histoire et les anciens prédicateurs. Maillard etMenot, les plus célèbres d’entre eux, ont toujours ce mot à la bouche. Sacerdotes religiosi concubinarii. «Damnés , infâmes , s’écrie Maillard , « dont les noms sont inscrits dans les registres du « diable; larrons, voleurs, comme dit saint Ber- « nard, pensez-vous que les fondateurs de vos bé- « néfices vous les aient donnés pour ne faire autre « chose que de vivre à pot et à cuiller avec des « filles, et jouer au glic? Et vous, messieurs les « gros abbés, avec vos bénéfices, qui nourris- « sez chevaux, chiens et filles, demandez à saint « Étienne s’il a eu paradis pour mener une telle « vie, fesant grande chère, étant toujours parmi « les festins et banquets, et donnant les biens de « l’Église et du crucifix aux filles de joie »
1 Ce Maillard, qui déclamait de cette manière contre le clergé, n’était pas lui-même exempt des vices qu’il reprochait à ses confrères. On l’appelait le docteur gomorrhéen. On avait fait contre lui cette épigramme, qui me paraît assez bien tournée pour le temps :
Notre maistre Maillard tout partout met le nez, Tantost va chez le roy, tantost va chez la royne ; 11 fait tout, il sait tout, et à rien n’est idoine;
11 est grand orateur, poète des mieux nés,
Juge si bon qu’au feu mille en a condamnés ;
Dli L ESPRIT.
Je ne m’arrêterai pas davantage à considérer ces siècles grossiers où tous les hommes superstitieux et braves ne s’amusaient que des contes des moines et des hauts faits de la chevalerie. L’ignorance et la simplicité sont toujours monotones : avant le renouvellement de la philosophie, les auteurs, quoique nés dans des siècles différens, écrivaient tous sur le même ton. Ce qu’on appelle le goût suppose connaissance. Il n’est point de goût, ni par conséquent de révolutions de goût chez des peuples encore barbares; ce n’est du moins que dans les siècles éclairés quelles sont remarquables. Or ces sortes de révolutions y sont toujours précédées de quelque changement dans la forme du gouvernement, dans les mœurs , les lois et la position d’un peuple. Il est donc une dépendance secrètement établie entre le goût d’une nation et ses intérêts.
Pour éclaircir ce principe par quelques applications, qu’on se demande pourquoi la peinture tragique des vengeances les plus mémorables,
Sophiste aussy aigu que les fesses d’un moine.
Mais il est si meschant , pour n’estre que chanoine , Qu’auprès de lny sont saincts le diable et les damnés. Si se fourrer partout à gloire il le réputé ,
Pourquoy dedans Poissy n’est-il à la dispute ? tl dit qu’à grand regret il en est éloigné ;
Car Bèze il eust vaincu, tant il est habile homme. Pourquoy donc n’y est-il ? il est embesoigné Après les fondcmens pour rebastir Sodome.
telles que celle des Atrides , n’allumerait plus en nous les memes transports quelle excitait autrefois chez les Grecs, et l’on verra que cette différence d’impression tient à la différence de notre religion, de notre police, avec la police et la religion des Grecs.
Les anciens élevaient des temples à la vengeance : cette passion, mise aujourd’hui au nombre des vices, était alors comptée parmi les vertus. La police ancienne favorisait ce culte. Dans un siècle trop guerrier pour n’ètre pas un peu féroce, l’unique moyen d’enchaîner la colère, la fureur et la trahison, était d’attacher le déshonneur à l’oubli de l’injure, de placer toujours le tableau de la vengeance à côté du tableau de l’affront : c’est ainsi qu’on entretenait dans le cœur des citoyens une crainte respective et salutaire qui suppléait au défaut de police. La peinture de cette passion était donc trop analogue au besoin , au préjugé des peuples anciens, pour n’y être pas considérée avec plaisir.
Mais dans le siècle où nous vivons, dans un temps où la police est à cet égard fort perfectionnée, où d’ailleurs nous ne sommes plus asservis aux mêmes préjugés, il est évident qu’en consultant pareillement notre intérêt, nous ne devons voir qu’avec indifférence la peinture d’une passion qui, loin de maintenir la paix et l’har-
UK K ESPRIT.
monie dans la société, n’y occasionnerait que des désordres et des cruautés inutiles. Pourquoi des tragédies pleines de ces sentimens mâles et courageux qu’inspire l’amour de la patrie, ne feraient-elles plus sur nous que des impressions légères? C’est qu’il est très rare que les peuples allient une certaine espèce de courage et de vertu avec l’extrême soumission ; c’est que les Romains devinrent bas et vils sitôt qu’ils eurent un maître, et qu’ enfin comme dit Homère :
L’affreux instant qui met un homme libre aux fers
Lui ravit la moitié de sa vertu première.
D’où je conclus que les siècles de liberté, dans lesquels s’engendrent les grands hommes et les grandes passions, sont aussi les seuls où les peuples soient vraiment admirateurs des sentimens nobles et courageux.
Pourquoi le genre de Corneille, maintenant moins goûté, 1 était -il davantage du vivant de cet illustre poète ? C’est qu’on sortait alors de la Ligue, de la Fronde, de ces temps de trouble où les esprits, encore échauffés du feu de la sédition, sont plus audacieux, plus estimateurs des sentimens hardis, et plus susceptibles d’ambition ; c’est que les caractères que Corneille donne à ses héros, les projets qu’il fait concevoir à ses ambitieux, étaient par conséquent plus analogues à
l’esprit du siècle qu’ils ne le seraient maintenant; qu’on rencontre peu de héros x, de citoyens et d’ambitieux, qu’un calme heureux a succédé à tant d’orages, et que les volcans de la sédition sont de toutes parts éteints.
Comment un artisan habitué à gémir sous le faix de l’indigence et du mépris, un homme riche et même un grand seigneur accoutumé à ramper devant un homme en place, à le regarder avec le saint respect que l’Égyptien a pour ses dieux, et le nègre pour son fétiche, seraient-ils fortement frappés de ces vers où Corneille dit :
Pour être plus qu’un roi, tu te crois quelque chose ?
De pareils sentimens doivent leur paraître fous et gigantesques ; ils n’en pourraient admirer l’élévation, sans avoir souvent à rougir de la bassesse des leurs : c’est pourquoi si l’on en excepte un petit nombre d’esprits et de caractères élevés, qui conservent encore pour Corneille une estime raisonnée et sentie, les autres admirateurs de ce grand poète l’estiment moins par sentiment que par préjugé et sur parole.
Tout changement arrivé dans le gouvernement ou dans les mœurs d’un peuple, doit nécessaire-
1 Les guerres civiles sont un malheur auquel on doit souvent de grands hommes.
DE L ESPIUT.
ment amener des révolutions dans son goût. D’un siècle à l’autre , un peuple est différemment frappé des mêmes objets, selon la passion différente qui l’anime.
Il en est des sentimens des hommes comme de leurs idées : si nous ne concevons dans les autres que les idées analogues aux nôtres , nous ne pouvons, dit Salluste, être affectés que des passions qui nous affectent nous-mêmes fortement r.
Pour être touché de la peinture de quelque passion, il faut soi-même en avoir été le jouet.
Supposons que le berger Tircis et Catilina se rencontrent, et se fassent réciproquement confidence des sentimens d’amour et d’ambition qui les agitent; ils ne pourront certainement pas se communiquer l’impression différente qu’excitent en eux les différentes passions dont ils sont animés. Le premier ne conçoit point ce qu’a de si séduisant le pouvoir suprême, et le second, ce que la conquête d’une femme a de si flatteur. Or, pour faire aux différens genres tragiques l’application de ce principe, je dis qu’en tout pays où les habitans n’ont point de part au maniement des affaires publiques, où l’on cite rarement le mot de patrie et de citoyen , on ne plaît au pu-
1 Du récit d’une action héroïque , le lecteur ne croit que ce qu’il est capable de faire lui-même; il rejette le reste comme inventé.
ljlic qu’en présentant sur le théâtre des passions convenables à des particuliers; telles, par exemple , que celles de l’amour. Ce n’est pas que tous les hommes y soient également sensibles : il est certain que des âmes fières et hardies, des ambitieux, des politiques, des avares, des vieillards ou des gens chargés d’affaires, sont peu touchés de la peinture de cette passion : et c’est précisément la raison pour laquelle les pièces de théâtre n’ont de succès pleins et entiers que dans les états républicains, où la haine des tyrans, l’amour de la patrie et de la liberté, sont, si je l'ose dire, des points de ralliement pour l’estime publique.
Dans tout autre gouvernement, les citoyens n’étant pas réunis par un intérêt commun, la diversité des intérêts personnels doit nécessairement s’opposer à l’universalité des applaudissemens. Dans ces pays, on ne peut prétendre qu’à des succès plus ou moins étendus, en peignant des passions plus ou moins généralement intéressantes pour les particuliers. Or, parmi les passions de cette espèce, nul doute que celle de l’amour, fondée en partie sur un besoin de la nature, ne soit la plus universellement sentie. Aussi préfère- 1 -on maintenant, en France, le genre de Racine a celui de Corneille, qui, dans un autre siècle ou un pays différent, tel que l’Angleterre, aurait vraisemblablement la préférence.
C’est une certaine faiblesse de caractère, suite nécessaire du luxe et du changement arrivé dans nos mœurs, qui, nous privant de toute force et de toute élévation dans l’ame, nous fait déjà préférer les comédies aux tragédies, qui 11e sont plus maintenant que des comédies d’un style élevé, et dont 1 action se passe dans les palais des rois.
C’est l’heureux accroissement de l’autorité souveraine, qui, désarmant la sédition, avilissant la condition des bourgeois, a dû presque entièrement les bannir de la scène comique, où l’on ne voit plus que des gens du bon air et du grand monde, lesquels y tiennent réellement la place qu’occupaient les gens d’une condition commune, et sont proprement les bourgeois du siècle.
On voit donc qu’en des temps différens, certains genres d’esprit font sur le public des impressions très différentes, mais toujours proportionnées à l’intérêt qu’il a de les estimer. Or cet intérêt public est quelquefois d’un siècle à l’autre, assez différent de lui -même, pour occasionner, comme je vais le prouver, la création ou l’anéantissement subit de certains genres d’idées et d’ouvrages ; tels sont tous les ouvrages de controverse, ouvrages maintenant aussi ignorés qu’ils étaient et devaient être autrefois connus et admirés.
En effet, dans un temps où les peuples, par-
DISCOURS II, CHAPITRE XIX. 34q
tagés sur leur croyance, étaient animés de 1 esprit de fanatisme, où chaque secte, ardente à soutenir ses opinions, voulait, armée de fer ou d’argumens, les annoncer, les prouver, les faire adopter à l’univers, les controverses étaient, premièrement, quant au choix du sujet, des ouvrages trop généralement intéressans, pour n’ètre pas universellement estimés : d’ailleurs, ces ouvrages devaient être faits, du moins de la part de certains hérétiques, avec toute l’adresse et l’esprit imaginables; car enfin, pour persuader aux nations des contes de Peau d’âne et de la Barbe bleue, comme sont quelques hérésies1, il était impossible que les controversistcs n’employassent dans leurs écrits toute la souplesse, la force et les ressources de la logique; que leurs ouvrages ne fussent des chefs-d’œuvre de subtilité, et peutêtre en ce genre, le dernier effort de l’esprit humain. Il est donc certain que, tant par l’importance de la matière que par la manière de la traiter , les controversistes devaient alors être regardés comme les écrivains les plus estimables.
Mais dans un siècle où l’esprit de fanatisme a presque entièrement disparu, où les peuples et les rois, instruits par les malheurs passés, ne s’occupent plus des disputes théologiques ; où
' Voyez Y Histoire des Hérésies , par saint Épiphane.
OE L ESPRIT
d’ailleurs les principes de la vraie religion s’affermissent de jour en jour, ces mêmes écrivains ne doivent plus faire la même impression sur les esprits. Aussi l’homme du monde ne lirait-il maintenant leurs écrits qu’avec le dégoût qu’il éprouverait à la lecture d’une controverse péruvienne dans laquelle on examinerait si Manco-Capac est ou n’est pas fils du soleil.
Pour confirmer ce que je viens de dire par un fait passé sous nos yeux, qu’on se rappelle le fanatisme avec lequel on disputait sur la prééminence des modernes sur les anciens. Ce fanatisme fit alors la réputation de plusieurs dissertations médiocres composées sur ce sujet : et c’est l’indifférence avec laquelle on a considéré cette dispute, qui depuis a laissé dans l’oubli les dissertations de l’illustre M. de La Motte et du savant abbé Terrasson ; dissertations qui, regardées à juste titre comme des chefs-d’œuvre et des modèles en ce genre, ne sont cependant presque plus connues que des gens de lettres.
Ces exemples suffisent pour prouver que c’est à l’intérêt public, différemment modifié selon les différens siècles , qu’on doit attribuer la création et l’anéantissement de certains genres d’idées et d’ouvrages.
Il ne me reste plus qu’à montrer comment ce même intérêt public , malgré les changemens
journellement arrivés clans les mœurs, les passions et les goûts d’un peuple, peut cependant assurer à certains genres d’ouvrage l’estime constante de tous les siècles.
Pour cet effet, il faut se rappeler que le genre d’esprit le plus estimé dans un siècle et dans un pays, est souvent le plus méprisé dans un autre siècle et dans un autre pays; que l’esprit par conséquent n’est proprement cpie ce qu’on est convenu de nommer esprit. Or, parmi les conventions faites à ce sujet, les unes sont passagères, et les autres durables. On peut donc réduire à deux espèces toutes les différentes sortes d’esprit : l’une , dont l’utilité momentanée est dépendante des changemens survenus dans le commerce, le gouvernement, les passions, les occupations et les préjugés d’un peuple, n’est pour ainsi dire qu’un esprit de mode1-, l’autre, dont futilité éternelle, inaltérable, indépendante des mœurs et des gouvernemens divers, tient à la nature même de l’homme, est par conséquent toujours invariable, et peut être regardée comme
1 J’entends, par ce mot, tout ce qui n’appartient pas à la nature de l’homme et des choses : je comprends par conséquent, sous ce même mot, les ouvrages qui nous paraissent les plus durables : telles sont les fausses religions, qui, successivement remplacées les unes par les autres, doivent, relativement à l’étendue des siècles, être comptées parmi les ouvrages de mode.
DF. L’ESPItll'.
le vrai esprit, c’est-à-dire comme l'esprit le plus désirable.
Tous les genres d’esprit réduits ainsi à ces deux espèces, je distinguerai en conséquence deux différentes sortes d’ouvrages.
Les uns sont faits pour avoir un succès brillant et rapide ; les autres un succès étendu et durable. Un roman satirique où l’on peindra, par exemple, d’une manière vraie et maligne les ridicules des grands, sera certainement couru de tous les gens d’une condition commune. La nature, qui grave dans tous les coeurs le sentiment d’une égalité primitive, a mis un germe éternel de haine entre les grands et les petits : ces derniers saisissent donc, avec tout le plaisir et la sagacité possible, les traits les plus fins des tableaux ridicules où ces grands paraissent indignes de leur supériorité. I)e tels ouvrages doivent donc avoir un succès rapide et brillant, mais peu étendu et peu durable : peu étendu, parce qu’il a nécessairement pour limites les pays où ces ridicules prennent naissance; peu durable, parce que la mode, en remplaçant continuellement un ancien ridicule par un nouveau, efface bientôt du souvenir des hommes les ridicules anciens et les auteurs qui les ont peints ; parce qu’enfin , ennuyée de la contemplation du même ridicule, la malignité des petits cherche, dans de nouveaux défauts,
DISCOURS Tl, CHAPITRE XIX. 353
de nouveaux motifs de justifier ses mépris poulies grands. Leur impatience à cet égard hâte donc encore la chute de ces sortes d’ouvrages dont la célébrité souvent n’égale pas la durée du ridicule.
Tel est le genre de réussite que doivent avoir les romans satiriques. A l’égard d’un ouvrage de morale et de métaphysique, son succès ne peut être le même : le désir de s’instruire, toujours plus rare et moins vif que celui de censurer, ne peut fournir dans une nation ni un si grand nombre de lecteurs, ni des lecteurs si passionnés. D’ailleurs, les principes de ces sciences, avec quelque clarté qu’on les présente, exigent toujours des lecteurs une certaine attention qui doit encore en diminuer considérablement le nombre.
Mais si le mérite de cet ouvrage de morale ou de métaphysique est moins rapidement senti que celui d’un ouvrage satirique, il est plus généralement reconnu ; parce que des traités tels que ceux de Locke ou de Nicole, où il ne s’agit ni d’un Italien, ni d’un Français, ni d’un Anglais, mais de l’homme en général, doivent nécessairement trouver des lecteurs chez tous les peuples du monde, et même les conserver dans chaque siècle. Tout ouvrage qui ne tire son mérite que de la finesse des observations faites sur la nature de l’homme
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et des choses, ne peut cesser de plaire en aucun temps.
J’en ai dit assez pour faire connaître la vraie cause des différentes espèces d’estime attachées aux différens genres d’esprit : s’il reste encore quelque doute sur ce sujet, on peut, par de nouvelles applications des principes ci-dessus établis, acquérir de nouvelles preuves de leur vérité.
Veut-on savoir, par exemple, quels seraient les divers succès de deux écrivains, dont l’un se distinguerait uniquement par la force et la profondeur de ses pensées, et 1 autre par la manière heureuse de les exprimer? conséquemment à ce que j’ai dit, la réussite du premier doit être plus lente, parce qu’il est beaucoup plus de juges de la finesse, des grâces, des agrémens d’un tour ou d’une expression, et enfin de toutes les beautés de style, qu’il n’est de juges de la beauté des idées. Un écrivain poli, comme Malherbe, doit donc avoir des succès plus rapides qu’étendus, et plus brillans que durables. Il en est deux causes : la première, c’est qu’un ouvrage traduit d’une langue dans une autre, perd toujours dans la traduction la fraîcheur et la force de son coloris, et ne passe par conséquent aux étrangers que dépouillé des charmes du style, qui, dans ma supposition, en fesaient le principal agrément : la seconde, c’est que la langue vieillit insensiblement;
c’est que les tours les plus heureux deviennent h la longue les plus communs; et qu’un ouvrage enfin, dépourvu, dans le pays même où il a été composé, des beautés qui l’y rendaient agréable, ne doit tout au plus conserver à son tour qu’une estime de tradition.
Pour obtenir un succès entier, il faut aux grâces de l’expression, joindre le choix des idées. Sans cet heureux choix, un ouvrage ne peut soutenir lepreuve du temps, et surtout d’une traduction, qu’on doit regarder comme le creuset le plus propre à séparer l'or pur du clinquant. Aussi ne doit -on attribuer qu’à ce défaut d’idées, trop commun à nos anciens poètes, le mépris injuste que quelques gens raisonnables ont conçu pour la poésie.
Je n’ajouterai qu’un mot à ce que j’ai déjà dit : c'est qu’entre les ouvrages dont la célébrité doit s’étendre dans tous les siècles et les pays divers, il en est qui, plus vivement et plus généralement intéressans pour l’humanité, doivent avoir des succès plus prompts et plus grands. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que, parmi les hommes, il en est peu qui n’aient éprouvé quelque passion, que la plupart d’entre eux sont moins frappés de la profondeur d’une idée que de la beauté dune description; qu ils ont, comme 1 expérience le prouve, presque tous, plus senti
DE l’eSPIUT.
que vu, mais plus vu que réfléchi1; qu’ainsi la peinture des passions doit être plus généralement agréable que la peinture des objets de la nature; et la description poétique de ces mêmes objets doit trouver plus d’admiration que les ouvrages philosophiques. A l’égard même de ces derniers ouvrages, les hommes étant communément moins curieux de la connaissance de la botanique, de la géographie et des beaux-arts, que de la connaissance du cœur humain , les philosophes excellens en ce dernier genre doivent être plus généralement connus et estimés que les botanistes, les géographes et les grands critiques. Aussi M. de La Motte (qu’il me soit permis de le citer pour exemple) eût -il été, sans contredit, plus généralement estimé, s’il eût appliqué à des sujets plus intéressans la même finesse, la même élégance et la même netteté qu’il a portées dans ses discours sur l’ode, la fable et la tragédie.
Le public, content d’admirer les chefs-d’œuvre des grands poètes, fait peu de cas des grands critiques; leurs ouvrages ne sont lus, jugés et appréciés que par les gens de l’art auxquels ils sont utiles. Voilà la vraie cause du peu de proportion
' Voilà pourquoi dans la Grèce , à Rome et dans presque tous les pays, le siècle des poètes a toujours annoncé et précédé celui des philosophes.
DISCOURS II, CIIA.PITRK XIX. 357
qu’on remarque entre la réputation et le mérite de M. de La Motte.
Voyons maintenant quels sont les ouvrages qui doivent, au succès rapide et brillant, unir le succès étendu et durable.
On n’obtient à la fois ces deux espèces de succès que par des ouvrages où , conformément à mes principes, l’on a su joindre, à l’utilité momentanée , l’utilité durable ; tels sont certains genres de poèmes, de romans, de pièces de théâtre et d’écrits moraux ou politiques : sur quoi il est bon d’observer que ces ouvrages, bientôt dépouillés des beautés dépendantes des moeurs, des préjugés , du temps et du pays où ils sont faits, ne conservent, aux yeux de la postérité, que les seules beautés communes à tous les siècles et à tous les pays ; et qu’Homère , par cette raison, doit nous paraître moins agréable qu’il ne le parut aux Grecs de son temps. Mais cette perte, et, si je l’ose dire, ce déchet en mérite, est plus ou moins grand, selon que les beautés durables qui entrent dans la composition d’un ouvrage, et qui y sont toujours inégalement mélangées aux beautés du jour, l’emportent plus ou moins sur ces dernières. Pourquoi les Femmes savantes de l’illustre Molière sont -elles déjà moins estimées que son Avare, son Tartufe et son Misanthrope? On n a point calcule le nombre d’idées renfermées
UK L ESPRIT.
dans chacune de ces pièces; on n’a point en conséquence déterminé le degré d’estime qui leur est dû ; mais on a éprouvé qu’une comédie telle que l’Avare , dont le succès est fondé sur la peinture d’un vice toujours subsistant, et toujours nuisible aux hommes, renfermait nécessairement, dans ses détails, une infinité de beautés analogues au choix heureux de ce sujet, c’est-à-dire de beautés durables; qu’au contraire, une comédie telle que les Femmes Savantes , dont la réussite n’est appuyée que sur un ridicule passager, ne pouvait étinceler que de ces beautés momentanées, qui plus analogues à la nature de ce sujet, et peut-être plus propres à faire des impressions vives sur le public , n’en pouvaient faire d’aussi durables. C’est pourquoi l’on ne voit guère, chez les différentes nations , que les pièces de caractère passer avec succès d’un théâtre à l’autre.
La conclusion de ce chapitre, c’est que l’estime accordée aux divers genres d’esprit est, dans chaque siècle, toujours proportionnée à l’intérêt qu’on a de les estimer.
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