‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 39 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

entrailles, elles n'achèvent de former le cei'cte que jusqu'à un certain endroit, au-dessous duquel elles laissent un vide, a6n que le dedans puisse s'élargir avec facilité pour la respiration et pour la nourriture.

Pour répine du dos, on ne voit rien , dans tous les ouvrages des hommes, qui soit travaillé avec un tel art : elle serait trop roide et trop fragile, si elle n'était faite que d'un seul os; en ce cas, les hommes ne pourraient jamais se plier. L'auteur de cette machine a remédié à cet inconvénient en formant des vertèbres, qui, s'emboitant les unes dans les autres^ font un tout de pièces rapportées, qui a plus de force qu'un tout d'une seule pièce. Ce composé est tantôt souple et tantôt roide : il se redresse et se replie en un moment, comme on le veut. Toutes ces vertèbres ont dans le milieu une ouverture qui sert pour faire passer un allongement de la substance du cerveau jusqu'aux extrémités du corps, et pour y envoyer promptement des esprits par ce canal.

Mais qui n'admirera la nature des os? Ils sont très-durs, et on voit que la corruption même de tout le reste du corps ne les altère en rien. Cependant ils sont pleins de trous innombrables qui les rendent plus légers; et ils sont même, dans le milieu, pleins de la moelle qui doit les nourrir. Ils sont percés précisément dans les endroits oti doivent passer les ligaments qui les attachent les uns aux autres. De plus , leurs extrémités sont plus grosses que le milieu , et font comme deux têtes à demi rondes pour faire tourner plus facilement un os avec un autre, afin que le tout puisse se replier sans peine.

Dans l'enceinte des côtes sont placés avec ordre tous les grands organes, tels que ceux qui servent à faire respirer rhomme, ceux qui digèrent les aliments, et ceux qui font un sang nouveau. La respiration est nécessaire pour tempérer la chaleur intime, causée par le bouillonnement du sang et par le cours impétueux des esprits '. L'air est comme un aliment dont

4. n n'est pas Trai que la chaleur animale soil causée par le bouillonnement du sang et par le cours impétueux des esprits. Sur ce point, Fénelon se trompe avec la science de son temps. La chaleur animale a d'autres causes, dont la principale est Ja combinaison qui s'opère ewVt^ Vovi^^îkfe ^<&>i«v\.^ introduit dans les poumons par la rcspiraUcn^ el \q colcX^qh^ ^vi ^«Sk^.^À^^

l'animal se nourrit, et par le moyen duquel il se renouvelle dans tous les moments de la vie.

La digestion n'est pas moins nécessaire pour préparer les aliments à être changés en sang. Le sang est une liqueur propre à s'insinuer partout, et à s'épaissir en chair dans les extrémités , pour réparer dans tous les membres ce qu'ils perdent sans cesse par la transpiration et par la dissipation des esprits. Les poumons sont comme de grandes enveloppes qui, étant spongieuses, se dilatent et se compriment facilement ; et comme ils prennent et rendent sans cesse beaucoup d'air, ils forment une espèce de soufÏÏet en mouvement continuel.

L'estomac a un dissolvant qui cause la faim, et qui avertit l'homme du besoin de manger. Ce dissolvant, qui picote l'estomac, lui prépare par ce mésaise * un plaisir très-vif, lorsqu'il est apaisé par les aliments. Alors l'homme se remplit délicieusement d'une matière étrangère, qui lui ferait horreur s'il la pouvait voir dès qu'elle est introduite dans son estomac , et qui lui dépitt même quand il la voit étant déjà rassasié. L'estomac est iait comme une poche. Là les aliments, changés par une prompte coction, se confondent tous en une liqueur douce, qui devient ensuite une espèce de lait nommé chyle, et qui, parvenant enin au cœur, y reçoit, par l'abondance des esprits, la forme, la vivacité et la couleur de sang. Mais, pendant que le suc le plus pur des aliments passe de l'estomac dans les canaux destinés à faire le chyle et le sang, les parties grossières de ces mêmes aliments sont séparées, comme le son l'est de la fleur de farine, par un tamis; et elles sont rejetées en bas, pour en délivrer le corps par

si la respiration sert à entretenir en nous la chalenr, elle contribue aussi à la tempérer, comme dit Fénelon, et cela par raclion d'une cause que probablement Fénelon ne soupçonnait pas, et qui est TéTaporation pulmonaire, a Les anciens n'avaient pa$ tout i fait tort, dit M. Milne Edward, loiffqnlls prétendaient qne la respiration sert i rafraîchir le sang ; teUti ea$ vrai. Salement tout en agissant de la sorte, l'air inspiré délenniiw nn réenltat cqvtraire, par suite des phénomènes chimiques auxquels la re$piraUon donne lieu, et c^ second résultat est beaucoup plus considérable que I» premier. > Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée de rkomme et des animaux, ll/p. 627. {Note de l'éditeur.)

4, Le dictionnaire de l'Académie remaïque qiiQ le mot mésaise, employé pour ma/aise , est maintenant peu u^ixè . VF^otc de l? èdUewr :^

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les issues les plus cachées et les plus reculées des organes des sens, de peur qu'ils n'en soient incommodés. Ainsi les merveil« les de cette machine sont si grandes, qu'on en trouve d'inépui* sables, môme jusque dans les fonctions les plus humiliantes que l'on n'oserait expliquer en détail.

Il est vrai que les parties internes de l'homme ne sont pas agréables à voir comme les extérieures ; mais remarquez qu'elles ne sont pas faites pour être vues. Il fallait même, selon le but de l'art, qu'elles ne pussent être découvertes sans horreur; et qu'ainsi un homme ne pût les découvrir, et entamer cette machine dans un autre homme, qu'avec une violente répugnance. C'est cette horreur qui prépare la compassion et l'humanité dans les cœurs, quand un homme en voit un autre qui est blessé. Ajoutez, avec saint Augustin *, qu'il y a dans ces parties internes une proportion, un ordre et une industrie qui charment encore plus l'esprit attentif, que la beauté extérieure ne saurait plaire aux yeux du corps. Ce dedans de l'homme, qui est tout ensemble si hideux et si admirable, est précisément comme il doit être pour montrer une boue travaillée de main divine. On y voit tout ensemble également, et la fragilité de la créature, et l'art du Gréa* teur.

Du haut de cet ouvrage si précieux que nous avons dépeint, pendent les deux bras, qui sont terminés par les mains, et qui ont une parfaite symétrie entre eux. Les bras tiennent aux épaules, de sorte qu'ils ont un mouvement libre dans cette jointure. Us sont encore brisés au coude et au poignet, pour pouvoir se replier et se tourner avec promptitude. Les bras sont de la juste longueur qu'il faut pour atteindre à toutes les parties du corps. Ils sont nerveux et pleins de muscles , afin qu'ils puissent , avec les reins, être souvent en action, et soutenir les plus grandes fatigues de tout le corps. Les mains sont un tissu de nerfs et d'os- «elets encbâissés les uns dans les autres^ qui ont toute la foroe et

4. Si nmneri mensnrarttm , qnibus inter se cnncta cpnnexa sont et coaptata, noti esse potuissent, in inrerioribus quoque yisceribatf, queB nullum ostentant decns, ita delectaret pulchritudo rationis, ut omni fonnœ apparenti qu» oculis placet, ipsins mentis, cpin oculis utitux ^ ^T«tett«t!at arbiUio, 8, Ava, De Cmtate Dei, lib. XXU, cap. xcrfi^U, %.

toute la souplesse convenables pour tâter les corps voisins, pour 'les saisir, pour s'y accrocher, pour les lancer, pour les attirer^ pour les repousser, pour les démêler, et pour les détacher les uns des autres. Les doigts, dont les bouts sont armés d'ongles , sont faits pour exercer, par la variété et la délicatesse de leurs mouvements, les arts les plus merveilleux. Les bras et les mains servent encore, suivant qu'on les étend ou qu'on les replie, à mettre le corps en état de se pencher, sans s'exposer à aucune chute. La machine a en elle-même, indépendamment de toutes les pensées qui viennent après coup, une espèce de ressort qui lui fait trouver soudainement l'équilibre dans tous ses contrastes. Au-dessus du corps s'élève le cou, ferme ou flexible, selon qu'on le veut. Est-il question de porter un pesant fardeau sur la tète, le cou devient roide, comme s"il n'était que d'un seul os. Faut-il pencher ou tourner la tête, le cou se plie en tout sens, conmie si on en démontait tous les os. Ce cou, médiocrement élevé au-dessus des épaules, porte sans peine la tête, qui règne sur tout le corps. Si elle était moins grosse, elle n'aurait aucune proportion avec le reste de la machine. Si elle était plus grosse, outre qu'elle serait disproportionnée et difforme, sa pesanteur accablerait le cou, et courrait risque de faire tomber l'homme du côté où elle pencherait un peu trop. Cette tête, fortifiée de tous côtés par des os trèsépais et très-durs, pour mieux conserver le précieux trésor qu'elle enferme, s'embotte dans les vertèbres du cou, et a une commuaication très-prompte avec toutes les autres parties du corps. Elle contient le cerveau, dont la substance humide, molle et spongieuse est composée de fils tendres et entrelacés. Cest là le centre des merveilles dont nous parlerons dans la suite. Le crâne se trouve percé régulièrement, avec une proportion et une symétrie exacte, pour les deux yeux, pour les deux oreilles, pour la bouche et pour le nez. Il y a des nerfs destinés aux sensations qui s'exercent dans la plupart de ces conduits. Le nez, quiu'a pointde nerfs pour sa sensation, a un os cribleux pour faire passer les odeurs jusqu'au cerveau *.

4 . L'os cribleux dont parle Fénelon existe en effet, mais ce n'est pas à déf&at de nerfs ; il y a pour le nez le necC olCactlf, tout comme il y a des aerfa propres aux autres organeft. V^ote d« VëdÀAvwt^v

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