‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 47 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ment éloigné de tous les points de la circonférence; un triangle équilatéral n'a aucun angle obtus ni droit; toutes ces vérités ne peuvent souffrir aucune exception ; il ne pourra jamais y avoir d'être, de ligne, de cercle, d'angle qui ne soit suivant ces règles. Ces règles sont de tous les temps , ou , pour mieux dire, elles sont avant tous les temps, et seront toujours au delà de toute , durée compréhensible. Que Tunivers se bouleverse et s*anéanî tisse, qu'il n'y ait plus même aucun esprit pour raisonner sur les (êtres, surlesl^nes, sur les cercles et sur les angles; il sera ' toujours également vrai en soi que la même chose ne peut tout ensemble être et n'être pas, qu'un cercle parfait ne peut avoir aucune portion de ligne droite, que le centre d'un cercle parfait ne peut être plus d'un côté de la circonférence que de l'autre, etc. On peut bien ne penser pas actuellement à ces vérités , et il pourrait même se faire qu'il n'y aurait ni univers, ni esprit capable de penser à ces vérités; mais enfin ces vérités n'en seraient pas moins constantes en elles-mêmes, quoique nul esprit ne les connût ; comme les rayons du soleil n'en seraient pas moins véritables, quand même tous les hommes seraient aveugles, et que personne n'aurait des yeux pour en être éclairé.

En assurant que deux et deux font quatre, dit saint Augustin*, non-seulement on est assuré de dire vrai; mais on ne peut douter que cette proposition n'ait été toujours également vraie, et qu'elle ne doive l'être éternellement. Ces idées que nous portons au fond de nous-mêmes n'ont point de bornes et n'en peuvent souffrir. On ne peut point dire que ce que j'ai avancé sur le centre des cercles parfaits ne soit vrai que pour un certain nombre de cercles; cette proposition est vraie par une nécessité évidente pour tous les cercles à l'infini.

Ces idées sans bornes ne peuvent jamais ni changer, ni s'effacer en nous, ni être altérées; elles sont le fond de la raison. Il est impossible, quelque effort qu'on fasse sur son propre esprit, de parvenir à douter jamais sérieusement de ce que ces idées

4 . Septem et tria decem sunt ; et non solum nunc, sed etiam semper } neque ullo modo aijguando septem et tria non tueranV. decem, «mV «&\<Q^^ia.^^ Meptem et tria non emnt decem. De lib, Arb»^ l\b. Il, cap. "na, il.^\.

nous représentent avec clarté. Par exemple , je ne puis entrer dans un doute sérieux pour savoir si le tout est plus grand qu*uDe de ses parties, si le centre d'un cercle parfait est également éloigné de tous les points de la circonférence. L'idée de Tinfim est en moi comme celles des nombres, des lignes, des cerclejs, d'un tout et d'une partie. Changer nos idées, ce serait anéantir la raison même. Jugeons de notre grandeur par l'inûni immuable qui est empreint au dedans de nous, et qui ne peut jamais y ôtre effacé.

Mais,de peur qu'une grandeur si réelle ne nous éblouisseetne nous flatte dangereusement, hâtons-nous de jeter les yeux sur notre faiblesse. Ce même esprit qui voit sans cesse l'infini , et dans la règle de l'infini toutes les choses finies , ignore aussi à l'inflni tous les objets qui Tenvironnent. Il s'ignore profondément lui-même; il marche comme à tâtons dans un abîme de ténèbres ; il ne sait ni ce qu'il est, ni comment il est attaché à un corps, ni comment il a tant d'empire sur tous les ressorts de ce corps qu'il ne connaît point. Il ignore ses propres pensées et ses propres volontés; il ne sait avec certitude ni ce qu'il croit, ni ce qu'il veut. Souvent il s'imagine croire et vouloir ce qu'il n'a ni cru ni voulu. Il se trompe, et ce qu'il a de meilleur, c'est de le reconnaître. Il joint à l'erreur des pensées le dérèglement de la volonté ; il est réduit à gémir dans l'expérience de sa corruption.

Voilà l'esprit de l'homme, faible, incertain, borné, plein d'erreurs. Qui est-ce qui a mis l'idée de l'infini, c'est-à-dire du parfait, dans un sujet si borné et si rempli d'imperfection? Se l'estil donnée lui-même, cette idée si haute et si pure, cette idée qui est elle-même une espèce d'infini en représentation? Quel être fini distingué de lui a pu lui donner ce qui est si disproportionné avec tout ce qui est renfermé dans quelque borne ? Supposons que l'esprit de l'homme est comme un miroir où les images de tous les corps voisins viennent s'imprimer; quel être a pu mettre en nous l'image de l'infini, si l'infini ne fut jamais? Qui peutmettre dans un miroir l'image d'un objet chimérique qui n'a jamais été visà-vis de la glace de ce miroir? Cette image de l'infini n'est point un amas confus d'objets finis, que l'esprit prenne mal à propos pour un infini véritable; c'est le vrai infini dont nous avons la pensée. Nous le coQQSÛssons si bien, que nous le distinguons précisément

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