‹ Traité de l'exploitation des mines de houille; ou, Exposition comparative des méthodes employées en Belgique, en France, en Allemagne et en Angleterre, pour l'arrachement et l'extraction des minéraux combustibles; (volume 3)Chapitre 85 sur 193 · Effets de$ expUmons · texte numérisé non relu

Effets de$ expUmons

La combinaison de Thydrogène protocarboné et de Toxygéne contenu dans l*air atmosphérique , déterminée par la présence d*un corps enflammé , produit dans les mines de houille des désastreis épouvantables et d'autant plus grands que la mine a été infestée sur une plus grande partie de*son étendue.

Une partie de roxygètie s'unit au carbone ; Fautre à rhydrogène, ce qui donne lieu à la production de gax acide carbonique, de tapeur d'eau et d*une flamme qtri remplit tout l'espace. La haute température à laquelle la masse gazeuse se trouve immédiatement soumise lui fait prendre subitement un volume presque double de celui qu'elle occupait avant la réaction ; elle refoule violemment en arriére le courant d'air en circulation dans la mine et détruit tous les obstacles qui s'opposent à son expan* sion. Immédiatement après un espace de temps insaisissable, une partie de la vapeur d'eau se condense et produit un vide dans lequel vient se précipiter l'atmosphère ambiante refoulée par le premier mouvement. Tous ces phénomènes se succèdent avec une si excessive rapidité , que les mineurs ne reçoivent qu'un choc et n'entendent qu'une détonation. La flamme brûle cruellement les ouvriers ; le double refoulement de la masse d'air les cul-

bute, blesse les uns et tue les autres, en les projetant avec vîolenee eoture les parois des excavations , pendant que les poussières qui recouvrent le sol des galeries, soulevées en tourbillons, les aveuglent et les suffoquent.

Les cloisons éuint renversées, les portes d*aérage brisées. la circulation de Tair est troublée ou interrompue. Quelquefois le courant d*air est momentanément renversé. Les bois de soutènement sont arrachés ; tout ce qui donne prise au choc est brisé , détruit et entraîné. La masse du rocher est ébranlée, et des éboulements nombreux et considérables obsUtient les galeries. Cependant l'air cessant de se renouveler , les gaz irrespirables envahissent les excavations ; les malheureux ouvriers épargnés par le fléau dévastateur périssent, ou enterrés sous les éboulements, ou asphyxiés par les effets délétères du gaz acide carbonique. Pour se faire une idée de l'état atmosphérique d'une mine après un coup de feu , on doit considérer que le gaz hydrogène carboné est subitement remplacé par le même volume d'acide carbonique , et que , par suite de l'absorption d'un volume double d'oxygène , tout l'azote avec lequel il était uni reste libre dans la masse.

Le courant d'air troublé ou interrompu , l'accumulation du gaz acide carbonique et les éboulements qui obstruent les voies de communication empêchent la plupart du temps de porter secours aux malheureux ouvriers déjà atteinte par l'asphyxie. Comment pénétrer au milieu de cette atmosphère délétère? Si la circulation de l'air est provoquée par un foyer intérieur, comment le rallumer lorsqu'il est éteint? Et, si l'on parvient à le faire, ne peut-on eraindre à chaque instant de nouvelles explosions provoquées par de nouveaux dégagements de gaz inflammable , lorsque celui-ci vient au contact du foyer, et une aggravation dans l'irrcspirabilitc de Tair ?

296 CIIAPITRB IIU — VIII'. SECTION.

Quelquefois l'explosion se propage jusqu'à la surfaee, soit que la partie de la mine infestée de grisou ait été considérable et que la dilatation des gaz se soit fait sentir au dehors , soit que le quartier où le gaz s'est enflammé ait été assez voisin de l'un des puits par lequel ils ont trouvé, pour leur épanchement, une voie facile et commode. Dans ce cas, les ouvriers occupés au jour entendent d'abord un sourd mugissement accompagné d'un violent courant d'air , puis apparaît une colonne de flamme livide embrasant tous les objets inflammables qu'elle rencontre sur son passage ; souvent le fléau se dénote par un noir tourbillon de fumée qui entraine avec lui des fragments de pierres et de bois arrachés dans la mine» détruit la toiture des bâtiments de la surface et quelquefois dis* loque les machines installées à l'orifice des puits.

Heureusement le gaz inflammable n'occupe pas toujours une étendue assez considérable pour donner lieu à des efiets aussi désastreux. S'il n'a envahi que quelques tailles et quelques galeries, les résultats, toujours les mêmes , sont] cependant moins énergiques et moins généraux, et les ouvriers assez heureux pour échapper aux brûlures et aux contusions trouvent presque toujours un refuge dans les parties des travaux où circule encore un air respirable.

360. Eooemples d^eff^ mécaniques prodtUts par les explosions.

Les efiets mécaniques des explosions sont quelquefois prodigieux. M. Bischoff (1 ) rapporte à ce sujet des faits

( 1 ) Des Moyens de soustraire l'Exploitation des mines de hçuill^ aux chances d'explosion , p. 302.

remarquables. Bans une mine de Saarbrûeken , sept digues ea briques construites dans les ateliers d'arrachement formaient, aTec la galerie, un angle aigu tourné du côté de rorifice; ces digues, situées & 3 ou 4 mètres au-dessus de la galerie principale d'exploitation, étaient, par conséquent, en dehors de la direction du courant destructeur, et se trouvaient, en outre, à une distance de plus de 4S0 mètres du lieu de l'explosion; néanmoins elles furent renversées et détruites. Dans ce cas , l'ouragan était évidemment dû à la réaction de l'air appelé à l'intérieur par le refroidissement des gaz brûlés et par la condensation de la vapeur d'eau. A une distance de 360 mètres, une porte d'aérage, des bois de 0.1 S mètre d'épaisseur, des poulies et des bandes de fer furent fracassés. Enfin , à l'orifice de la galerie, c'est-à-dire à une distance de 1100 mètres du foyer de l'explosion , le courant d'air enleva le bonnet qui recouvrait la tète d'un mineur.

A Schaumboui^ , le grisou s'étant enflammé sur un foyer, l'explosion fut telle que des pierres d'un poids de 1,500 kilogrammes, formant une voûte sur laquelle reposait une machine hydraulique pesant elle-même 5,600 kilogrammes, furent soulevées et déplacées de 6 à 7 millimètres. Les étançons , qui l'étayaient dans un sens contraire à la direction du courant , furent brisés , de même que toutes les pièces de bois des fondations et de la machine.

Cette prodigieuse force d'expansion se porte principalement sur les portes et les cloisons destinées à diriger le courant ventilateur. Il en résulte que ce dernier^ prenant le chemin le plus court , cesse de circuler dans différents quartiers, où les ouvriers, s'il s'en trouve, ne peuvent manquer d'être asphyxiés.

On exploite quelquefois au moyen d'un seul puits divisé en deux compartiments, dont l'un sert à l'introduction,

398 CHAPITRE m. — Vlli*. SBGTION.

ÏMite à la Borlie de l'air. Si, par l'effel d'ane teplononi la cloison est renversée, même partiellement, lomè Ven* lilatioD cesse dans l'intérieur de la* mine et les ourrien qu'elle eontieni périssem asphyxiés»

361. Circonstances relatives à Vemhrasetnent des gaz inflammables dans tes mines de houiUe.

8i le mélange d'air et de.gas infiammable n'est pas en proportion convenable pour déterminer une expltaion \ son inflammation est quelquefois sans danger et ne produit qu'un météore fugitif analogue à un feu-follet. Mais aouveoi il bràle les ouvriers plus ou moins cruellement y quel* quefeis il enflamme les bois de soutènement, ks portes d'aérage , etc. , et même produit souvent des ineendies souterrains. M. Bisohoff rapporte qu'une explosion arrivée dons une mine de Schaumbourg détermina l'inflammation d'une couche trèS'-bitumineuse qui , lorsque l'incendie fut éteint 4 se trouva réduite en coke jusqu'à une profondeur d'en-» viron un mètre. Mais les causée de destruction les plus terribles protiennent de l'acide carbonique. qui se répond en masse dans la mine, et s'empare de ses victimes ouasi bien dans les lieux écartés de l'explosion que dans Is foyer de rexplosioD elle-même.

Le gaz inflammable se répartit dons une mine et oième dans le parcours d!une seule galerie , d'une manière très* irrégulière; dans le même instant, des mélanges en eontoot les uns avec les autres peuvent èire , les uns déionaants , d'autres inflamnoables, et cela dans les proportions les plus variables, proportions qui changent à chaque instant sous Tinfluenee de lu ventilation, de la température et d^une circulation plus ou moins active. Si des ouvriers, travail-

EXPLOSIOffS DB GRISOU. 999

hni dMS Yûn des ateliers d*arrachement dont Tatmosphèfe n'est pas assez ohsi^e de gaz inflammable pour déterminer la déUmatioB, y mettent le feu d'une manière queleonque» l'embrasement , semblable à une traînée de poudre, se pro* pagera dans toutes les galeries voisines; s'il arrive dans une excavdtion dont le mélange soit explosif, la détonation aura lieu ^ célle-ei , à son tour , pourra déterminer Tinflammatiot) ou l'explosion dans un autre espace^ qui lui-même la communiquera plus loin. On voit , d'après cela , eombieo il y a de danger à user sans prudence des lampes de Mrelé et à faire sauter une mine , lors même que le lieu où Ton se trouve ne contient pas de mélange déton* natit^ puisque Fincendie, en se propageant, peut déter* miner une ^plosiôn dans un lieu même fort éloigné de celui où le feu a été mis par un corps incandescent. On voit , en outre, combien il est imprudent d'attendre, pour se retirer, le moment oii la lampe est reniplie de flamme.

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