ACTE COPULATEUR CHEZ l'iIOMME
'La volonté exerce sur le sens génital im empire presque absolu.: l'histoire d'Ulysse se bouchant les oreilles pour ne ;pas se laisser séduire par le chant des sirènes, est une fable poétique en contradiction avec la nature, surtout en ayant 'égard à l'âge et à l'expérience du roi d'Ithaque. Ne voyonsnous pas tous les jours l'homme, aussi bien que la femme, résister aux séductions les plus provocantes et sortir victorieux d'une lutte où les deux adversaires étaient les sens et l'imagination ?
Sans doute, si l'on ne se prémunit pas contre la tentation, les excitations extérieures entraîneront la volonté, car le silence de celle-ci équivaut à son consentement.
fBien plus, la volonté, par sa seule puissance et sans le •secours d'aucune sensation, peut évoquer les désirs vénériens. C'est alors qu'elle éveille l'imagination, par qui le passé se ranime et l'avenir se fait réalité; grâce à elle, l'heure présente se peuple de formes indicibles que le regard caresse, que les lèvres embrassent et que les mains saisissent; fantômes -gracieux dont l'existence tout à la fois idéale et réelle plonge il'âme et les sens dans l'extase voluptueuse de l'amour le plus complet. Les poètes, les/omanciers, les artistes, tous ceux enfui chez qui l'imaginatian occupe une large place, jouissent ■delà réputation méritée d'être fort enclins à l'amour; mais ce n'est point à dire qu'ils soient les plus aptes à accomplir l'acte, car nous verrons ailleurs l'influence fâcheuse que les travaux de l'intelligence exercent sur l'énergie virile. Mais tel '.est l'empire de l'imagination que, par sa seule force, en dehors •de l'instinct et de toute sensation, elle peut non-seulement produire l'éréthisme vénérien, mais encore déterminer l'éjaculation spermatique, ainsi qu'il arrivait à un de mes camarades d'études toutes les fois qu'il pensait à sa maîtresse.
Quel qu'ait été le promoteur des désirs vénériens, ceux-ci, ^une fois éveillés, réagissent sur l'appareil génital, et pendant
8 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.
que, sous leur influence, la sécrétion spermatique augmente d'énergie, la verge subit une métamorphose presque complète, dans laquelle son volume est accru et sa direction entièrement changée.
Cette métamorphose est ce qu'on appelle l'érection, dont je vais essayer d'expliquer le mécanisme.
A l'époque oii les esprits animaux étaient considérés comme les moteurs de la machine humaine, on pensait que ces esprits remplissaient la verge, et que les muscles du périnée soutenaient celle-ci et la redressaient comme un bâton retenu par des cordes. Vésale consacra cette opinion en donnant à ses muscles le nom de erectores jienis^ que Winslow changea contre celui à'ischio-caverneux, qu'ils portent encore aujourd'hui. R. de Graaf s'éleva contre cette explication qui, malgré ses efforts, continua d'être acceptée parla majorité des anatomistes.
Et cependant, ce savant était sur la voie de la vérité ; le premier il soutint et démontra expérimentalement que l'érection résulte de la présence du sang accumulé dans la verge. Ayant lié le pénis d'un chien à sa racine au moment du coït, il trouva ce corps rempli de sang et le vit revenir à sa flaccidité ordinaire lorsque le liquide en eut été expulsé. De plus, ayant injecté de l'eau par les veines honteuses dans la verge d'un cadavre, il obtint une distension et une érection plus énergiques encore que sur le vivant. Il pressentit aussi que la turgescence des corps caverneux pouvait tenir à un défaut d'équilibre entre la sortie et l'arrivée du liquide sanguin, et il se demanda quels étaient les obstacles qui s'opposaient à l'écoulement du sang veineux. Les muscles ischio-caverneux, dont il avait nié le rôle comme suspenseurs, furent, à ses yeux, les moteurs de cet obstacle. Cependant, les rapports anatomiques ne lui rendant pas suffisamment compte du mécanisme de cette compression, de Graaf avoue que l'action de ces muscles est indirecte,