‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 42 sur 164 · ANO-MALIES BU FREIN · texte numérisé non relu

ANO-MALIES BU FREIN

point k cause du cas dont il s'agissait : le prépuce était adhérent au gland, et il me parut l'être dans toute son étendue, ■excepté environ une ligne à la circonférence du trou de l'urètlire ; je conçus que la verge ne pouvait glisser contre les parois de la vulve et que, faisant eflbrt pour l'introduire, il en résultait deux choses : la première que l'ouverture de l'urô- • thre était violemment tirée dans tous les points de sa circonférence et lui causait beaucoup de douleur ; la seconde, c'est •que la verge, ne pouvant glisser contre les parois de la vulve, celle-ci était poussée dans le vagin et causait aussi beaucoup •de douleur à la femme; l'ayant visité elle-même, j'observais •qu^elle avait les iiymphes si longues que, dans l'action, elles se renversaient dans le vagin, parce qu'elles étaient poussées avec violence par k verge. Je commençais par faire l'opéra- ■tion qui convenait à la femme; et peut-être je ne l'aurais pas faite au mari, s'il s'était contenté du moyen que je lui indiquais pour introduire la verge et ne sentir aucune douleur dans l'introduction ; c'était le blanc d'œuf dont la femme devait mouiller la vuJve; l'entrée en devenait glissante, et la •verge «'introduisiiit avec plus de facilité. Mais soit qu'ils se ;fussent rebutés l'un et l'autre d'un préliminaire qui gênait leur passion, soit que le mari fût plus instruit sur le plaisir ■que le gland procure, il voulut absolument être opéré (1). »

'Cette opération n'est ni sans difficultés ni sans dangers : •'C'est une dissection longue, pénible et douloureuse qu'il faut faire, et qui doit constamment respecter le gland, pour éviter une hémorrhagie, quelquefois très-difficile à arrêter.

§ m* — Anomalies du frein.

'Bnèveté du frein. — Cette anomalie trop prononcée, en tirant fortement en bas le méat urinaire, a pu faire croire à

{\) J.-L. Petit, Œuvres rompleies, p. 091.

^lOA IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.

des obsen-alcurs superficiels, soit à l'existence d'un hypospadias, soit à une courbure de la verge.

Mais si la trop grande brièveté du frein ne fait que simuler ces deux vices de conformation, elle donne naissance aux mêmes accidents, et peut être, par conséquent, regardée comme contraire à une copulation régulière.

Heureusement le mal n'est pas considérable, parce que rien n'est plus facile que d'y remédier : il suffit de couper le frein. Souvent cette petite opération se fait naturellement aux premières approches, surtout si la vulve offre une ouverture étroite. Mais quand cette rupture ne s'est pas opérée pendant le coït, on incise le filet, soit par un coup de ciseaux, soit avec le bistouri, en ayant soin de placer un peu de charpie entre les lèvres de la plaie pour prévenir leur réunion.

§ IV. — Anomalies du gland.

Les vices de conformation du gland se confondent avec ceux de l'urèthre, parce que ces difformités portent toutes sur le méat urinaire, qui est la terminaison ou l'ouverture extérieure de ce canal.

De plus, la description de ces anomalies ne doit point trouver place dans ce chapitre, car, de deux choses l'une, ou l'urèthre n'existe pas, ou il est vicieusement conformé.

S'il n'existe pas, ou s'il est oblitéré dans un point de son étendue, la chirurgie aura dû intervenir avant que l'individu ne soit apte à la génération ; et si ce canal a été rétabU dans sa position normale ou dans une direction artificielle, mais de manière à donner passage à l'urine, la stérilité pourra en être la conséquence, mais l'impuissance n'en sera pas fatalement un effet.

De même, dans la vicieuse conformation de l'urèthre, comme, par exemple, dans les cas d'hypospadias et d'épispa^

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dias, les résultats sont analogues à ceux que je \iens de dire, et, par conséquent, l'examen des anomalies qui affectent le canal de l'urètlire et le gland, trouve plus naturellement sa place dans le livre consacré à la stérilité de l'homme, que dans celui dont l'impuissance fait le sujet.

Par les mêmes motifs et pour éviter les redites, je renvoie au cadre de la stérilité la description des anomalies du verumontanum, des canaux éjaculateurs, des vésicules séminales, des canaux déférents et des testicules, tout en me réservant le droit d'indiquer celles de ces anomalies qui seront tout à la fois causes d'impuissance et de stérilité.

§ V. — Anomalies «le la vessie.

Des différents vices de conformation qui affectent la vessie, un seul rentre dans mon sujet : c'est l'exstrophie ou la hernie congénitale de cet organe.

L'exstrophie de la vessie n'est pas précisément par ellemême une cause d'impuissance ; mais, dans la majorité des cas, elle s'accompagne, soit d'une atrophie, soit d'une vicieuse conformation de la verge, qui entrament à leur suite l'impossibilité du coït, et qui me forcent, par cela même, à lui donner ici une place.

L'exstroj)hie de la vessie, que l'on appelle encore l'extroversion, l'inversion, la hernie congénitale de la vessie, est caractérisée par l'absence de la paroi antérieure de cet organe et par la sortie de sa paroi postérieure à travers les fibres écartées de la ligne blanche. Cette tumeur est globuleuse, fongoïde, et présente un volume variable selon l'âge du sujet, selon sa position et selon l'état de repos ou de fatigue. Sa surface, d'un rouge plus ou moins vif, enduite de mucosités, est facilement irritable et continuellement le siège d'un suintement involontaire d'urine.

!l06 JMPUJSSANCli CHEZ l'hOMME.

Cet état a la plus grande influence, non-seulement sur la fonction urinairc, dontjeai'ai pas à m'occuper, mais encore sur la fonction copulatrice et fécoïKiante.

Au point de vue de la copulation, elle peut, dans quelques ■cas rares, ne porter atteinte ni aux désirs vénériens, ni au coït. M. Huguier en a rencontré un exemple à l'iiôpital de la Charité de Paris, alors qu'il suppléait M. Gerdy. Passant eu revue les diverses lésions de l'appareil génito-urinaire qm accompagnaient l'exsti'ophie de la vessie dont il raconte l'observation, il arrive .à la verge, et dit : « Le pénis de ce sujet présente aussi des vices de conformation. Cet organe a l'aspect d'un tubercule long d'un pouce environ ; il est pourvu d'un gland imperforc ; le canal de l'urèthre manque entièrement. La totalité du pénis rudimentaire est formée par les corps caverneux médiocrement développés. Le malade nous a assuré ■cependant qu'il jwuvait accomplir parfaitement l'acte du coït, ïl paraît même que depuis l'âge de quinze ans il se livre aux plaisirs de l'amour. Dans ce moment-là, dit-il, la verge entre en érection et acquiert une longueur de trois pouces environ. Le spasme voluptueux est toujours suivi, au dire du sujet, d'une émission spermatique ; le fluide se répand alors autour de la base de la tumeur; il n'est pas lancé, il coule eu nappe (1). »

Mais, ainsi que je le disais plus liaut, les cas oîi la fonction copulatrice est conservée sont rares. Tantôt la verge, réduite •à quelques centimètres chez Tadulte, présente à sa partie supérieure une gouttière, formée par la paroi inférieure de l'urètJire, et au-dessous du gland, un lambeau de peau qui rap])elle iin prépuce feodu dans sa partie supérieure ; tantôt le pénis offre une bifurcation dont une seule branche supporte le gland ; tantôt enfin les désirs vénériens eux-mêmes sont anéan-

(1) Gazette des hôpitaux, 18i0, n" H7, p. 407.

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fis, comme pour ne pas éveiller des oi^anes incapables de remplir les fonctions qui leur sont dévolues.

Qu'on me permette, à cet effet, de rapporter deux exemples des anomalies dont la verge peut être frappée, ii la suite de l'exstrophie de la vessie.

J'emprunterai le premier à l'observation communiquée en 1789, par Descliamps, à l'Académie de-cliirurgie, et rapportée par Cliopart (1) : « Un homme âgé d'environ trente ans, mort d'une fièvre putride à l'hôpital de la Charité, avait les parties de la génération tellement conformées que l'étendue -de la verge, depuis la symphyse du pubis, était d'un pouce, et depuis la racine du scrotum de deux pouces. Ce corps était aplati supérieurement et convexe inférieurement. Cet aplatissement présentait une goutiôret prolongée depuis la pointe du gland jusqu'à un corps rougeâtre, situé entre les os pubis, d'où l'urine s'écoulait par la paroi postérieure de la vessie. Cette gouttière était plus large à son origine, et l'on voyait dans le miheu de cette partie le verumontanum, les orifices des canaux éjaculateurs et ceux des conduits de la glande prostate. Le gland était divisé en deux parties. L'orifice des corps caverneux n'offrait rien de remarquable ; mais ces deux corps, au lieu de se confondre à la verge, étaient seulement appliqués l'un contre l'autre et ne se réunissaient que par leur extrémité antérieure à la base du gland. Cette union était telle que l'air, poussé dans un de ces corps, ne passait point dans l'autre... »

Le second exemple est encore plus remarquable que cclui-ei, parce qu'avec les vices de conformation de la verge, il offre l'absence complète des désirs vénériens. Il est rapporté par De Villeneuve, en 1767, et a pour sujet un musicien de Béziers,

(1) Chopart, Traité des maladies des voies nrinaires, Paris, 1830> t. l, p. 330

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ûgé de quarante- deux an?, nommé Alexandre-Louis Fabre. Après la description de l'exstrophie de la vessie et des anomalies de l'appareil urinaire, l'auteur aborde l'appareil générateur, et s'exprime ainsi : <( Immédiatement sous la tumeur était une verge informe, courte, chétive, et comme fendue en dessus et tout de son long. Le gland était fort reconnaissable et sa couronne aussi. Sa couleur et sa substance spongieuse étaient dans leur état naturel ; on y voyait quelques lacunes sébacées ; ce bout de verge semblait avoir le dessus et le dessous en sens inverse ; à la partie supérieure, on voyait comme la trace de l'urèthre ouvert ; ce trajet était exprimé par une espèce de bandelette longitudinale, mais n'était enduit d'aucune humeur, comme j'ai dit que l'était le velouté delà vessie. On juge bien que le gland devait être imperforé, comme il l'était en effet. Des observateurs prétendent avoir vu, dans la commissure du pénis et de la tumeur, une portion supérieure de l'urèthre qui n'était pas fendue comme le reste du trajet. 11 n'était pas aisé de vérifier la chose, à cause de l'obscurité et de la douleur que l'écartement des parties causait au sujet, et du rétrécissement du réduit. Mais attendu l'inutilité dont était l'urèthre, ne charriant rien, le fait ne me paraît pas important. Ou n'avait point sondé ce reste d'urèthre ; on ne voyait qu'un petit bout antérieur des corps caverneux, comme si le reste fût caché dans le bas de l'hypogastre... Ce qu'il y a de très-curieux, mais en même temps de très-étonnant, c'est que (si la bouche d'Alexandre est sincère) il n'avait jamais ressenti : 1° de désirs charnels ni d'érection ; 2° pas môme de chatouillement au tact, etc. (1). »

De pareilles infirmités ne sont susceptibles d'aucun traitement, car les sujets qui en sont atteints, parvinssent-ils à accomplir l'acte de la copulation, seraient pour toujours et fata-

(1) De Villeneuve, Journal de médecine, Paris, 17G7, t. XXVII, p. 2!).

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lement voués à la stérilité, comme je le dirai plus loin, à cause de la difformité de l'urôthre qui accompagne constamment la hernie congénitale du réservoir urinaire.

§ VI. — Anomalies multiples de l'appareil copulateur.

Les vices de conformation de l'appareil ^'énital tiennent ou h un excès ou, bien plus souvent encore, à un arrêt de développement; quand ces anomalies atteignent plusieurs parties de l'appareil, .elles donnent lieu à des monstruosités dont quelques-unes sont de véritables hermaphrodismes.

L'hermaphrodisme, non celui que les anciens adoraient, chez quelques individus, sous le nom à'androgynes^ ayant la faculté de se reproduire avec des organes mâles et femelles dont ils étaient porteurs, mais l'hermaphrodisme anatomique, si je puis ainsi dire, est constitué principalement par l'existence simultanée des organes essentiels, mâles et femelles, c'est-à-dire glande formatrice de la semence chez l'homme, et glande formatrice de l'ovule chez la femme.

Dans ces occurrences il arrive, presque toujours, que les organes accessoires suivent les destinées des organes essentiels et présentent des anomalies qui font présumer l'hermaphrodisme, quand il existe.

Mais l'hermaphrodisme, c'est-à-dire l'existence simultanée des organes essentiels mâles et femelles est chose très-rare; presque toujours les anomalies portent sur un sexe bien déterminé et simulent si bien les organes de l'autre sexe qu'il est quelquefois difficile d'établir exactement l'identité du malade.

La science et les annales judiciaires sont pleines de faits de ce genre; Thistoire nous offre, en effet, de nombreux individus ayant passé la moitié de leur vie sous des habits d'hommes et l'autre moitié sous des habits de femme, sans compter ceux

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qui, réputés hommes, ont enfanté, comme le moine dont parle Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire (1), ou qui, réputés femmes, ont eu des maîtresses, comme Alexina B..., dont le professeur Tardieu a raconté l'odyssée tragique (2) .

Mais pour aborder dans son ensemble la question de l'hermaphrodisme, il faut que nous ayons successivement passé en revue les anomalies de tous les organes génitaux des deux sexes, tant externes qu'internes.

Chaque partie de cette étude sera faite en son lieu et place.

A cette heure je n'ai à m'occuper que des malformations des organes génitaux externes de l'homme qui, par leur ensemble, masquent les caractères masculins de l'appareil copulateur.

Lorsqu'il n'existe qu'une seule des anomalies dont j'ai parlé, c'est-à-dire lorsqu'un seul des organes est mal conformé, il est impossible qu'il y ait confusion sur le sexe véritable : l'arrêt de développement de la verge, ou l'hypospadias, ou la cryptorchidie sont insuffisants, chacun pris séparément, pour induire en erreur sur la personne.

Mais si le pénis n'a guère plus de grosseur que le clitoris, s''il est imperforé, si le canal de l'urèthre s'ouvre au-dessous de la verge, presque au pubis, et si d'autre part, les testicules sont restés dans la cavité abdominale et que, grâce à leur absence du scrotum, les deux portions latérales de celui-ci ne se soient pas réunies et que cette solution de continuité se perde en infimdibuhtm, on aura toutes les apparences de l'appareil génital externe du sexe féminin.

L'hypospadias et la petitesse delà verge simuleront le chtoris et le méat urinaire dans leurs rapports chez la femme;, la cryptorchidie, la non-réunion des deux parties latérales des

(1) Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des wnomalies de l'organisation chez l homme. Paris, 1832-1836.

(2) Tardieu, Question médico-légale de l'identité, etc. Pans, 1874.

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l>ourses et l'ampoule qui ferme eu arrière la solution de continuité, donneront l'image d'un orifice vulvaire protégé par degrandes lèvres.

Le pénis peut être assez développé pour permettre les rap^ ports sexuels, comme on le voit dans l'histoire d'Alexina B... ; d^autre part, rinfundibuium a quelquefois une profondeur de () à 8 centimètres que des tentatives répétées de coït augmentent encore; de telle sorte que, si ces deux conditions se rencontrent, on peut avoir le spectacle, comme M. Tardieu en cite un exemple, d'un individu remplissant, dans le coït, tour à tour le rôle de l'homme et celui de la femme.

En résumé, l'hypospadias et la cryptorchidie avec séparation des deux parties latérales du scrotum, sont les anomalies qui^ réunies sur le môme individu, peuvent le mieux induire sur la réalité de son sexe.

Le dommage porte surtout sur la propriété fécondante, car j aidit tout à l'heure que, dans beaucoup de cas, le pouvoir copiilateur était conservé.

C'est i>ourquoi j'ai remis à la partie de cet ouvrage qui traite de la stérilité chez l'homipe, l'histoire de l'hypospadias et celle de la cryptorchidie.

J'y renvoie le lecteur, ainsi qu'aux vices de conformation de la ^ ulve qui simulent les organes externes de l'homme, et à ceux des organes essentiels dans les deux sexes, études multiples dont la synthèse me permettra d'aborder fructueusement 'histoire de l'hermaphrodisme.

IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.

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