‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 29 sur 70 · OPHTHALMIES SPECIALES. ] (J I · texte numérisé non relu

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d'une nature aussi fixe que l'inflammation simple et non cornbinée. La prédisposition morbide répandue sur tout un système est cause que le travail morbide local se transporte aisément d'un endroit à l'autre. Cette fugacité ou volatilité de l'inflammation, s'il est permis de s'exprimer ainsi, déterminée par ce genre de causes constitutionnelles , forme un des principaux caractères qui la distinguent de l'inflammation simple.

Nous devons ajouter encore qu'il ne peut y avoir de travail morbide isolé dans les solides sans une altération concomitante des liquides , et vice versa. Loin de nous l'idée de soulever de nouveau les anciennes discussions systématiques des solidistes et des humoristes sur l'affection primitive et secondaire des solides et des liquides dans les maladies. Nous n'avons eu d'autre but que celui de prendre acte des faits que l'observation journalière nous met à même de constater , savoir : l'affection simultanée et successive de plusieurs parties d'un même système , précédée de l'action d'une cause spéciale ; la modification que cet état peut imprimer indubitablement à l'ophtlialmie ; et enfin l'altération des liquides qui peut l'accompagner et qui se manifeste non seulement dans la composition du sang , mais plus encore dans la qualité des sécrétions , des excrétions et dans la nutrition. Nous désignerons quelquefois du nom de dyscrasies ces altérations des liquides et les états morbides qui en résultent.

8° Plus un tissu est complexe , plus il entre dans sa composition des éléments hétérogènes appartenant à divers systèmes organiques , et plus la différence des causes morbifiques imprimera aux affections de ce tissu des différences dans les caractères anatomiques et physiologiques.

Il est probable qu'un jour où la connaissance de l'anatomie fine des tissus aura atteint le degré nécessaire de perfection , il nous sera facile délocaliser telle ou telle injection morbide dans tel ou tel ordre de vaisseaux, et de rattacher toute modification

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pathologique à l'une ou l'autre partie intégrante du tissu affecte. Jusqu'ici nos notions sur ce point sont encore incomplètes. Tout ce que nous savons à cet égard , c'est que la variété des formes d'inflammation dans tel ou tel tissu s'accroît en raison de la complexité de son organisation. Nulle part l'inflammation n'est aussi polymorphe que dans les muqueuses (par exemple, dans la conjonctive) et dans la peau; aussi sont-ce là des tissus très composés. C'est ainsi que plusieurs ordres de vaisseaux artériels , veineux et lymphatiques entrent , dans l'organisation de la conjonctive; une partie de ces vaisseaux proviennent des vaisseaux palpébraux, d'autres naissent de ceux des muscles droits ; ils affectent une disposition différente dans les diverses parties de la membrane ; sa portion palpébrale est pourvue d'un corps papillaire et d'un épithélium qui disparaissent dans la conjonctive scléroticale ; cette membrane change de caractère histologique et devient presque un tissu véritablement séreux en se réfléchissant de la surface interne des pau pières sur la surface antérieure du globe ; le tissu cellulaire qui unit la conjonctive aux tissus sous-jacents présente une densité très différente dans les diverses parties de cette membrane. Yoilà un grand nombre de circonstances ( et il y en a d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, d'autres encore que nous ne connaissons qu'imparfaitement jusqu'à présent ) qui peuvent contribuer à modifier les inflammations d'un tissu aussi complexe que la conjonctive.

C'est précisément cette complexité de l'organisation qui expliquera peut-être plus tard pourquoi et comment plusieurs causes de nature spéciale peuvent déterminer différentes formes d'inflammation dans la même membrane. Vouloir résoudre cette question avant d'avoir mieux étudié l'histologie de ces tissus , serait nous hasarder dans le champ des hypothèses.

L'observateur attentif distinguera sans peine les modifications différentielles que la diversité des causes et des combinai-

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sons imprime à la phlegmasie des tissus externes de l'œil , tels que la conjonctive , la sclérotique , la cornée et même encore l'iris. Les affections de ces tissus se trouvant pour ainsi dire à découvert et se prêtant facilement à l'investigation de tous les changements organiques et fonctionnels dont ils sont le siège , doivent servir de base à l'étude des inflammations spéciales. Cela s'applique également, comme nous l'avons déjà fait remarquer dans les généralités sur l'ophthalmologie , aux maladies de la peau et aux ulcères dermatiques , comme affectant des tissus externes. Combien sont nombreuses les formes et les variétés des dermatoses , dont il est certainement impossible de ramener l'origine à l'inflammation simple et identique ! Avec quelle précision, je dirais presque mathématique, ne devinonsnous pas par les caractères anatomiques seuls de beaucoup de maladies exan thématiques , l'invariabilité des causes qui les ont produites , et certains états dyscrasiques , auxquels elles se rattachent ! L'existence de certaines syphilides ou de quelques pustules varioliques ne nous autorise-t-elle pas à supposer avec une grande certitude l'action antérieure du virus vénérien ou variolique? Ces mêmes dispositions pathologiques qui impriment un cachet pathognomonique aux ophthalmies, avec quelle constance ne modifient-elles pas l'aspect, la sécrétion , la marche des ulcères ? Le choix d'une médication spéciale et différentielle , de quelle influence immense n'est-il pas sur le succès du traitement de ces derniers ? Sont-ce là des rêveries et des hypothèses ? Rejettera-t-on à la fois l'évidence de tous ces faits pour soutenir hypothétiquement et contrairement à l'observation et à l'expérience, que l'inflammation ne subit d'autre modification que celle qui résulte de la diversité de son siège ?

Ainsi , nous le répétons , pour ceux qui , amis de la vérité , ne voudront pas renier les faits par prédilection pour quelques idées d'école , il sera aisé d'interroger la nature en observant

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