CHAPITRE X. — DISPOSITIONS DES GÉNÉRATEURS A VAPEUR
une partie de l'eau surchargée de sels, en la faisant écouler dans la mer à des intervalles assez rapprochés, ou même d'une manière continue.
On a reconnu par expérience que, pour éviter toute incrustation dangereuse, il ne fallait pas que la proportion de sel dépassât 0,09, c'est-à-dire le triple de la proportion normale dans l'eau de mer. Il conviendrait même, pour plus de sécurité, de ne pas aller au delà de 0,06. Il en résulte que les extractions doivent être dirigées de manière à évacuer environ une quantité d'eau égale à celle qui est vaporisée; malgré cette précaution, il se forme toujours des dépôts adhérents qui sont une cause de destruction rapide.
Pendant longtemps les extractions se sont faites sans règles bien précises ; aujourd'hui, au moyen d'un instrument appelé pèse-sel^ on peut apprécier la proportion de sel dans l'eau de la chaudière, et diriger les extractions en conséquence. Le pèse-sel est une espèce d'aréomètre gradué qu'on plonge dans l'eau extraite de la chaudière à certains intervalles ; la densité de cette eau étant d'autant plus grande que la proportion de sel est plus considérable, l'instrument s'enfonce plus ou moins suivant le degré de saturation, qui est indiqué par le chitTre de la graduation qui affleure. Pour que le pèsesel fournisse des indications exactes, il est nécessaire de le graduer à la température de l'eau dans laquelle on le plonge pour les épreuves ; il doit de plus être nettoyé souvent. L'instrument, disposé pour cet emploi , prend ordinairement le nom de salinomètre.
1399. La perte de chaleur provenant des extractions est assez considérable. Supposons que, dans une chaudière fonctionnant à 2 atmosphères et alimentée par de l'eau à 30°, on règle l'extraction de manière à ne pas dépasser une proportion de sel égale à 0,06. La température de l'ébullition étant à peu près de 122°, le nombre de calories nécessaires pour vaporiser, à cette température, un kilogramme d'eau prise à 30% est donné parla formule : A = 606, 5 -{-0,305 x 112 —30 = 613,7. Comme, pour chaque kilogramme d'eau vaporisée, il y a un kilogramme pris parles extractions, la quantité de chaleur perdue, en admettant que l'eau salée ait la même chaleur spécifique que l'eau pure, sera 122 — 30 =92, c'est-à-dire environ 0,15 de la chaleur utilisée.
On avait imaginé, pour tirer parti de cette chaleur perdue, de faire passer l'eau extraite de la chaudière dans un grand nombre de petits tubes, autour desquels circulait l'eau d'alimentation ; mais ces appa- Péclet. II. . 13
reils fort compliqués tiennent beaucoup de place, et les tubes sont sujets à s'engorger.
Pour opérer les extractions, on laisse le niveau de l'eau s'élever dans la chaudière de plusieurs centimètres au-dessus du niveau moyen. On ouvre alors un robinet qui établit la communication avec la mer, et on le laisse ouvert jusqu'à ce que le niveau soit tombé de quelques centimètres au-dessous du niveau moyen. D'autres fois on laisse le robinet constamment ouvert et on règle l'orifice de sortie, pour qu'il s'échappe une quantité d'eau convenable, réglée au moyen du pèsesel. On s'était servi d'abord de pompes convenablement calibrées et fonctionnant soit d'une manière continue, soit par intermittence, on les appelait pompes de désaturation.
Le tuyau d'extraction doit prendre l'eau de la chaudière un peu au-dessous du niveau. On a remarqué, en effet, que l'eau la plus concontrée se trouvait toujours à la partie supérieure. On diminue ainsi la perte de chaleur qui résulte des extractions; de plus, on enlève les écumes qui, dans certaines eaux, se forment à la surface et sont une des principales causes des entraînements d'eau par la vapeur.
L'emploi des condenseurs à surfaces a considérablement amélioré les conditions des chaudières marines, en permettant de réduire considérablement l'extraction.
1400. Les chaudières de mer sont exposées à une destruction rapide. Elles sont rongées extérieurement, au réservoir de vapeur par l'eau qui tombe du pont, dans les cendriers par l'eau que jettent les chauffeurs pour éteindre les escarbilles ; et, quand on n'installe pas les chaudières sur une couche de mastic, elles sont détruites à la partie inférieure par l'air humide de la cale.
Les chaudières sont aussi rongées intérieurement et principalement dans la partie du réservoir de vapeur en contact avec la cheminée. Il est probable que l'altération remarquée dans cette partie provient du suréchauffement de la vapeur. Quant à la corrosion des autres points de la chaudière, nous avons indiqué les causes qui la produisent, en parlant des incrustations.
En somme, la durée moyenne des chaudières marines est trèshmitée et ne dépasse guère quatre ans ; encore ne sont-elles réellement en service que pendant le quart de ce temps.
La difficulté ou, pour mieux dire, l'impossibilité de nettoyages intérieurs est certainement une des principales causes de cette faible durée, et on conçoit quel grand avantage offrirait une chaudière facilement accessible dans toutes ses parties.