CHAPITRE XII Explosions des chaudières à vapeur
1441. Les chaudières à vapeur éclatent quelquefois : l'eau bouillante et les parties déchirées de l'enveloppe sont projetées au loin avec une grande force, renversent les obstacles qu'elles rencontrent, et il en résulte souvent les plus terribles accidents. Ces catastrophes sont trop fréquentes pour qu'on ne cherche pas à les prévenir ; mais elles sont cependant assez rares, relativement au nombre des chau dières qui travaillent, pour que l'on soit assuré que les circonstances qui les produisent se réalisent difficilement.
1442. M. Arago, dans V Annuaire du Bureau des longitudes, a donné les détails circonstanciés d'un certain nombre d'explosions, et les Annales des mines renferment les procès- verbaux, rédigés par les ingénieurs des mines, de toutes celles qui ont eu lieu depuis un grand nombre d'années. Je me bornerai ici à indiquer les différentes causes d'explosion qui ont été constatées.
1443. 1° Défauts de construction. — Ces défauts peuvent provenir de la mauvaise qualité de la tôle ou de formes vicieuses dans la disposition de la chaudière, et quelquefois dans celle du fourneau quand la surface de chauffe s'élève au-dessus du niveau de l'eau. Les essais de la résistance de la chaudière à la pompe de compression peuvent ne pas mettre ces défauts en évidence, parce qu'on opère à froid et que les fuites ne se manifestent souvent que par une pression intérieure beaucoup plus prolongée que la durée ordinaire de ces expériences.
1444. 2° Altération des chaudières par un long usage. — Les chaudières s'altèrent toujours avec le temps, principalement par les fuites, autour desquelles le métal s'oxyde rapidement, et surtout par
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les incrustations qui élèvent beaucoup la température du métal qu'elles recouvrent, et, par suite, facilitent son oxydation et diminuent la résistance. Les chaudières sont aussi rongées très-rapidement, quand les eaux d'alimentation sont acides, comme dans certaines mines (1235). On conçoit facilement que par ces causes d'altération, isolées ou réunies, la résistance de la chaudière, diminuant progressivement, finit par atteindre la limite qui correspond à la rupture. Il ne faudrait pas cependant conclure de là que toutes les chaudières à vapeur doivent finir par éclater après un service plus ou moins prolongé ; car il en existe un grand nombre, construites dans de bonnes conditions, dirigées par des chauffeurs intelligents, qui fonctionnent régulièrement depuis un grand nombre d'années sans avoir éprouvé d'altérations sensibles. Quoi qu'il en soit, il est absolument nécessaire de s'astreindre à une surveillance convenable et à des vérifications périodiques de la chaudière à cet égard.
i 445 . Indépendamment des causes d'altération intérieure des chaudières que nous avons signalées, il se produit quelquefois des causes d'altération extérieure ; nous avons déjà parlé des causes d'altération spéciales aux réchauffeurs et qui ont été signalées et étudiées par M. Scheurer-Kestner ; on trouve un exemple d'altération analogue d'un bouilleur de chaudière à propos d'un cas d'explosion qui s'est produit à la fabrique d'Ougrée [Revue universelle de Cuyper, 1875J. La chaudière, à deux bouilleurs, était chauffée par les flammes perdues de trois fours à puddler. Les visites périodiques de la chaudière n'avaient jamais fait constater de fuite; les nettoyages intérieurs n'avaient jamais fourni d'indices d'altération ou de corrosion de la tôle; la pression était de 2 atmosphères 3/4 au moment de l'explosion, le niveau était normal ; il n'y eut ni détonation ni fracas au moment de la rupture, qui se borna à la déchirure de la tôle supérieure de l'extrémité de l'un des bouilleurs ; le long de la ligne de rivets, suivant laquelle eut lieu la déchirure^ l'épaisseur de la tôle était réduite à I"'",5; à O^jlO des rivets, l'épaisseur était de 3"'", et à O^jSO on retrouva l'épaisseur normale; l'amincissement avait été extérieur, la partie corrodée n'était pas directement exposée à l'action des flammes. La partie altérée était recouverte d'un enduit déposé par les fumées et qui au bout de peu de temps était devenu pâteux et humide ; cet enduit contenait 39,65 p. 100 d'acide sulturique, soit hbre, soit à l'élat de sulfate de fer ; la présence de cet acide était due à la suroxydation de l'acide sulfureux du gaz en présence de l'air et de la vapeur d'eau. La partie amincie était diffi-