CHAPITRE II
Ëvaporation d'un liquide à la température ordinaire par un courant
d^air forcé.
1569. L'évaporation spontanée des liquides dans l'air atmosphérique augmente, comme nous l'avons vu, à mesure que la surface du liquide est plus étendue, que l'air se renouvelle plus rapidement, et qu'il est plus sec et plus chaud.
1570. La plupart et même la totalité de ces circonstances peuvent être réunies artificiellement : le mouvement de l'air exigerait la dépense d'une force motrice ; la dessiccation de l'air, celle d'une substance très-hygrométrique ; et son échautïement, celle d'un combustible. Je ne crois pas qu'on ait encore fait d'essai sur l'évaporation par un courant d'air forcé, desséché et chauffé. Mais Montgolfier a fait, sur l'évaporation par un courant d'air atmosphérique dans l'état où il se trouve ordinairement, des expériences qui présentent un grand intérêt ; elles ont été rapportées par Clément Désormes, dans un mémoire inséré dans les Annales de chimie, tome LXXVI.
1571. Le projet de Montgolfier était de concentrer des marcs de raisin avant leur fermentation, en leur conservant tous les principes fermentescibles, de manière qu'ils pussent être transportés à peu de frais, et convertis partout en vin, en les délayant avec une suffisante quantité d'eau et en les faisant fermenter. Pour satisfaire à ces conditions, il fallait opérer la concentration rapidement, et à une température peu élevée. Le principe de l'appareil de Montgolfier est le même que celui sur lequel sont fondés les bâtiments de graduation dont nous avons parlé ; mais le liquide très-divisé était traversé par un courant d'air produit à l'aide d'une machine. Les premiers essais eurent lieu en 1794 ; Montgolfier fit plusieurs conserves de fruits, entre autres de pommes et de raisins. La première, qui était en grande quantité, car il en avait fabriqué plus de 1500 kilogrammes avait un goût très-agréable. En 1797, il répéta ses expériences à Paris, et il obtint des résultats aussi satisfaisants.
Montgolfier avait reconnu que, dans l'état ordinaire où se trouve l'air en automne, il peut, terme moyen, prendre 3 grammes d'eau par mètre cube. Or un homme, par son travail d'un jour composé de six heures d'un travail effectif, peut donner, à l'aide d'une machine, S mètres de vitesse à environ 70,000 mètres cubes d'air. La quantité d'eau qu'il pourra évaporer sera donc 70,000 X 0^,003 = 210 kilogrammes; en supposant que le prix de la journée d'un manœuvre soit de 1 fr. SO, on voit que l'évaporation de 100 kilogrammes d'eau
coûterait '-^ = 0 fr. 71. En admettant que le sucre forme un quartdu
moût de raisin, la concentration de 400 kilogrammes de sirop exigerait une dépense de 2 fr. 10. On pourrait d'ailleurs réduire beaucoup cette dépense en diminuant la vitesse de l'air ; car on sait que la force vive, qui est réellement celle que l'on consomme et que l'on paye, croît comme le carré de la vitesse; ainsi, en diminuant la vitesse de moitié, il serait possible de quadrupler, avec le même travail, la. masse d'air mise en mouvement.
1572. On pourrait employer un grand nombre d'appareils différents pour produire le courant d'air qui doit traverser le liquide ; le plus simple est le ventilateur à force centrifuge. Clément avait imaginé pour évaporer les jus un appareil dans lequel on les faisait couler sur des baguettes de bois blanc écorcées, disposées en lits réguliers, alternativement croisées dans une caisse qui était traversée par un courant d'air obtenu.au moyen d'un ventilateur mû à la main. L'appareil était mal disposé et n'a pu être d'aucun emploi pratique. On obtiendrait un bien plus grand effet en desséchant l'air par la chaux ou en le chauffant à une température comprise entre 50 et 100% température qui, dans tous les cas, ne serait pas de nature à altérer les jus, d'autant plus qu'une grande partie de la chaleur de l'air serait employée à former de la vapeur, et non à chauffer le liquide. On pourrait même sans inconvénient élever la température du Hquide, et remplacer le travail mécanique par une cheminée d'appel dans laquelle le tirage serait produit par la chaleur qui n'aurait pas été utilisée dans le chauffage du Hquide et de l'air. Nous reviendrons plus tard sur cet objet.