CHAPITRE V. — ÉVAPORATION DIRECTE PAR L'AIR BRÛLÉ
1600. Le mode de concentration des dissolutions de soude et des dissolutions de potasse pourrait être considérablement amélioré, sous le rapport de l'économie du combustible, en employant la disposition suivante. A la suite du fourneau à réverbère destiné à la calcination des matières se trouverait une chaudière rectangulaire, disposée comme dans les figures 349 et 330, dont le fond serait un peu audessus de la sole du four, et dont toutes les faces seraient revêtues de maçonnerie, de manière que le liquide ne fût échauffé que par J'air chaud qui passerait dans l'intervalle des lames de toiles métalliques ; il est évident que Tair brûlé pourrait n'être abandonné qu'à la température de la vaporisation du liquide, et que le liquide concentré pourrait arriver directement dans le four à réverbère. Dans ce mode d'opération, en supposant qu'on emploie 18 mètres cubes d'air pour brûler 1 kilogramme de houille, le volume de gaz qui se dégagerait à 100° serait de 23"", 4 ; la chaleur entraînée par l'air serait égale à 18.1 ,3.0, 2i .100 =561 calories; la chaleur employée à la vaporisation serait alors 8000 — 561 = 7439 calories, ce qui correspond à peu près à 1 1^4 d'eau évaporée, dont le volume serait égal à 1 1 ,4 . 1 ,7 = 1 9"", 38 ; ainsi le volume total d'air et de vapeur à 100° qui se dégagerait par la cheminée serait de 23,4 + 19,38 = 42"%78. Une cheminée pourrait peut-être suffire au tirage et à l'évacuation des vapeurs ; car le mélange serait à 1 00° et la densité de la vapeur est beaucoup plus petite que celle de l'air sous la même pression et à la même température. Mais comme la vapeur produite pourrait se trouver à l'état vésiculaire, surtout à cause du refroidissement de la cheminée, on aurait à craindre que le tirage ne fût pas suffisant; il serait alors prudent de produire un tirage mécanique, qui d'ailleurs n'exigerait que peu de travail.
1601. Les conditions que nous venons d'exposer se sont trouvées réahsées dans le four de M. Porion, destiné à l'évaporation des vinasses de betterave et que nous représentons figures 335, 336 et 357, la première représente la coupe horizontale du four ; «, «, sont les fours à incinérer, chauffés au moyen de houille qu'on brûle sur les grilles b; ces fours sont représentés en coupe transversale figure 337 ; en </ se trouvent deux plaques en fonte percées de trous et qui laissent rentrer une certaine quantité d'air qui a pour but de supprimer la fumée noire des foyers ; e est le carneau d'évaporation qui reçoit la vinasse en L par un tuyau muni d'un robinet à flotteur qui règle l'alimentation ; dans ce carneau qui se rend à la cheminée k, se trouvent disposés deux arbres g portant des palettes /; ces arbres
tl
reçoivent un mouvement de rotation rapide au moyen des poulies i; j sont des portes de nettoyage ; o sont des ouvertures pratiquées dans la voûte du carneau et qui servent au nettoyage des parois verticales de ce carneau. On conçoit facilement ce qui se passe dans ce four : le liquide introduit dans le carneau e y forme une couche étendue, de 0"°, 20 d'épaisseur, soumise à une évaporation considérable qu'augmente , encore l'action des arbres à ailettes; cellesci projettent dans le courant d'air chaud le liquide à l'état de gouttelettes fines, ce qui fournit un accroissement énorme de la surface de contact du liquide et de l'air chaud. La vinasse concentrée dans le carneau est introduite dans les fours ; quand la masse prend corps, on remue avec des ringards pour régulariser l'incinération ; cette dernière ne s'achève pas dans le four, on retire le salin avant qu'elle soit complète ; on dispose le salin en tas, et le charbon qu'il contient achève de brûler lentement.
. On obtient ainsi un elFet utile, considérable : un four Porion peut servir à traiter 1600 hectolitres et plus de vinasse en vingtquatre heures. Les inconvénients qu'on lui peut reprocher sont, d'une part, l'entraînement mécanique des goutelettes les plus fines par le courant d'air et par suite une perte de salin ; d'autre part, le contact des produits de la combustion de la houille, toujours chargée d'acide sulfureux, avec le liquide à traiter, ce qui amène la transformation en sulfate du carbonate de potasse renfermé dans les sels.
1602. On a essayé de faire passer les gaz
qui sortent du four à réverbère à travers le
liquide à évaporer; la chaudière était garnie
d'un double fond percé de petits trous ; le gaz
Fig. 355, 356, 357. refoulé arrivait au-dessous et s'échappait en