CHAPITRE VIII. — DESSICCATION DU BOIS ET DE LA TOURBE
que les bois secs brûlent plus facilement et laissent dégager moins de fumée et de gaz combustibles. Toutefois, si, pour sécher les bois, il fallait en brûler une partie pour produire la chaleur nécessaire à la vaporisation de l'eau, comme il faudrait dépenser plus de chaleur que n'en exigerait rigoureusement la vaporisation de l'eau hygrométrique du bois, il n'y aurait aucun avantage à effectuer cette dessiccation, et, sans aucun doute, il y aurait accroissement de dépense.
Tout ce que nous venons de dire est exactement applicable aux tourbes.
1772. Mais quand les foyers doivent produire une température très-élevée, la présence de l'eau hygrométrique dans le combustible, en abaissant la température du foyer, présente un inconvénient beaucoup plus grave ; il peut arriver qu'une certaine proportion d'eau hygrométrique empêche d'obtenir la température nécessaire à l'opération. Nous avons vu que, pour le bois sec brûlé sans dégagement d'oxygène libre (302 bis), on pouvait produire une température <le 1959°, et que le bois à 0,30 d'eau produisait seulement 1675°; et le calcul montre qu'avec une proportion d'eau de 0,50, la température serait abaissée à peu près à 1342°. Dans le cas dont il s'agit, on conçoit qu'il devient utile et souvent indispensable de sécher le bois, môme avec une dépense considérable de combustible.
1773. L'industrie où on s'est le plus anciennement occupé de dessécher le bois pour en obtenir avec quelque régularité de hautes températures est celle de la verrerie et de la cristallerie où l'on travaillait à pots découverts. La dessiccation était opérée par un courant d'air brûlé, provenant d'un foyer qui parcourait l'enceinte où le bois était rangé. Mais Tinconvénient que pj'ésente cette disposition provient de la facilité avec laquelle le bois peut être enflammé dès que la dessiccation est un peu avancée. Cet accident arrivait plus ou moins fréquemment ; l'extinction était difficile, et il en résultait toujours une très-grande perte de bois et de temps. Le perfectionnement, qui a été mis en œuvre à la cristallerie de Baccarat, consiste à ranger le bois à dessécher sur des wagonnets en fer dont on forme un train parcourant un petit chemin de fer, posé sur le fond d'une longue galerie, que doit traverser la fumée d'un foyer établi à l'une des extrémités de celle-ci. La fumée circule en sens inverse des wagonnets que l'on retire les uns après les autres, quand on juge que la dessiccation est suffisante. Un wagonnet sorti est remplacé par un wagonnet de bois frais. Il y a donc continuité dans le fonctionnement de l'appareil. Si le feu prend dans le chargement d'un wagon, on
s'en aperçoit à la nature de la fumée qui sort par les ouvreaux du four ; alors on fait sortir le train jusqu'à ce qu'on ait atteint le wagon où le feu s'est déclaré, on le détache et on remet l'opération en marche.
M. Leplay, inspecteur général des mines, a traité la question de la dessiccation des bois dans un mémoire très-remarquable, inséré dans les Annales des mines (année 18S3). Je rapporterai d'abord les renseignements pratiques renfermés dans ce mémoire.
1774. Dans les forges de Lippitzbach, en Carinthie, on dessèche le bois en brûlant une partie de ce combustible.^ La figure 409 représente une coupe de l'appareil employé, dans le sens de la lon-
Fig. 409.
gueur du foyer. Chaque séchoir se compose d'une chambre rectangulaire en maçonnerie de S^jSo de longueur sur 5'", 52 de [largeur, terminée à la partie supérieure par une voûte dont le sommet est l\ 4™, 37 au-dessus du sol. Cette chambre est divisée en deux étages par un grillage horizontal ; l'étage supérieur, d'une capacité de 130'"^. est destiné à recevoir le bois à dessécher ; l'étage inférieur, qui n'a que 60""^ de capacité, renferme les foyers et l'espace dans lequel les gaz brûlés sont amenés à une température inférieure à celle qui altérerait le bois. Le grillage formant la séparation des deux étages se compose de poutres engagées par leurs extrémités dans les murailles, et de poutrelles mobiles posées en travers. Le bois est introduit dans le séchoir, en partie par trois orifices pratiqués dans la voûte. Pour faciliter la circulation des gaz chauds au milieu de la masse à sécher, on y réserve plus de vide qu'il n'en existe dans le bois cordé. Le