CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES
refroidir le fourneau, d'enlever les boues par des lavages, et les matières solides, adhérentes aux surfaces de la chaudière, à l'aide du burin et d'un travail long et très-pénible. Lorsque les incrustations renferment beaucoup de carbonate de chaux, on facilite le nettoyage en introduisant dans la chaudière de l'acide chlorhydrique, qui, er décomposant ce sel, détruit la cohésion des incrustations et les réduit à l'état de boue, qu'on enlève ensuite par des lavages ; mais cette opération est dangereuse, parce que l'acide attaque fortement le fer.
1217. On a employé différents moyens pour éviter les incrustations. On s'est d'abord servi des pommes de terre; la colle de fécule qui se produit s'interpose dans les dépôts, et ne leur permet pas de prendre de l'adhérence. Mais la colle donne à l'eau une certaine viscosité qui favorise son entraînement par la vapeur. On a aussi employé le son ; cette matière agit, comme les pommes de terre, par la petite quantité de fécule qui s'y trouve, et en outre en s'interposant directement dans les dépôts.
1218. M. Chaix, en 1836, a proposé, pour éviter l'adhérence, d'introduire dans les chaudières une certaine quantité d'argile plastique. L'argile, interposée dans les dépôts, détruit complètement toute adhérence, et il suffit de laver les chaudières à grande eau, après certains intervalles, opération qui n'exige pas que les fourneaux soient refroidis. L'emploi de la terre argileuse avait déjà été indiqué dans le même but, en 1826, par M. Pelouze, dans le Manuel du manufacturier.
Les ingénieurs de la Marine ont rendu le compte le plus favorable de l'emploi de l'argile dans les chaudières de bateaux à vapeur. Voici, en outre, les résultats de plusieurs expériences faites par une commission de la Société d'encouragement dans les ateliers de M. Cave, sur la chaudière d'une machine de 10 chevaux. On a introduit dans la chaudière 20 kilog. d'argile délayée dans l'eau, et, après huit jours de travail, il n'y avait aucune incrustation ; de sorte qu'un simple lavage, qui dure une demi-heure, suffît pour mettre la chaudière en état. L'expérience fut répétée, mais prolongée pendant quinze jours, et les résultats furent les mêmes. Une troisième expérience, faite sur une autre chaudière, réussit également.
1219. Mais l'emploi de l'argile a un très-grand inconvénient; il faut que cette substance soit délayée dans un grand volume d'eau ; car, si on l'introduit en masse ou en pâte épaisse, elle se dépose au fond de la chaudière et la fait rougir. Le même effet a heu lors-
qu'une chaudière reste en repos pendant plusieurs jours. Pour employer l'argile dans des conditions favorables, il faudrait l'introduire d'une manière continue avec l'eau d'alimentation elle-même, et ne pas laisser longtemps l'eau en repos dans la chaudière quand elle ne produit pas de vapeur, ce qui est impossible. C'est probablement à cause de ces inconvénients, et probablement aussi de quelques autres circonstances qui ont accompagné les expériences des ingénieurs de la Marine, que l'emploi de l'argile est complètement abandonné, même dans la marine de l'État.
On a quelquefois employé la graisse et l'huile pour lubréfier les dépôts et empêcher l'adhérence ; mais les substances sont presque souvent inutiles et peuvent devenir dangereuses ; les morceaux de graisse qu'on introduit dans la chaudière, au heu de fondre se combinent à leur surface avec la chaux, et forment un savon calcaire insoluble qui se réunit en boule et roule ou s'attache sur le fond de la chaudière.
On voit donc qu'on peut employer des substances en grand nombre dont l'action est purement mécanique, sert seulement à maintenir les dépôts à l'état de boue et ne les laisse pas adhérer sous la forme d'incrustation. On voit aussi que cette action peut s'exercer de deux façons : 1° par une action lubréfiante et toutes les substances qui donnent à l'eau une certaine viscosité amènent ce résultat, comme il arrive pour la fécule, les pommes de terre, la gélatine, les os, la gomme, la corne, les ergots, les huiles, les graisses, la stéarine ; nous avons indiqué les inconvénients des matières grasses, les matières visqueuses ont le désavantage d'amener la production de mousse par l'ébullition, et cette vapeur prime dans les machines; 2° par une simple interposition entre les particules du dépôt; c'est le cas de l'argile, ce serait aussi celui du sable, du coke ou du verre pilé, etc. Nous avons dit ce qui a fait abandonler l'argile, quant aux autres substances inertes, elles ont l'incon- «^énient d'augmenter la quantité de matière qu'il s'agit d'enlever de la chaudière ; d'ailleurs ces substances peuvent être entraînées dans les conduits de vapeur et devenir une cause d'altérations des robinets, valves et même des cylindres des machines.
Pour prévenir l'adhérence des dépôts sur la paroi, on enduit quelquefois la chaudière à l'intérieur, soit d'une couche de goudron, soit d'un mélange de suif, de mine de plomb et de savon mou ; ce dernier mélange est souvent employé en Angleterre. Nous ne croyons guère à l'efficacité de ces enduits qui doivent être rapide-