CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES
fisanle, et avec une petite vitesse. Mais, pour abréger le temps, il serait plus avantageux d'employer un plus grand volume d'eau impure. On pourrait se servir d'un grand nombre de dispositions différentes, qui seront examinées à l'occasion du chauffage des liquides.
1286. En résumé, le pratique enseigne que quand on a à construire un établissement industriel où la vapeur joue un rôle important, il faut d'abord chercher à alimenter ses chaudières avec des eaux courantes, aussi dépourvues que possible de matières incrustantes, comme l'eau de Seine par exemple ; il est vrai qu'on ne sera pas ainsi absolument à l'abri des dépôts et des incrustations, mais ils ne seront pas considérables; on pourra en éviter les inconvénients par une bonne installation, un bon système de chaudière et par une surveillance bien réglée. Le chauffage préalable de l'eau d'alimentation à la température de 150° dans un réchauffeur placé à la suite de la chaudière, afin d'éviter les dépôts dans celle-ci, n'est pas toujours praticable ; de plus, pour produire tout l'effet voulu, il faudrait que l'eau ne fût pas agitée; aussi ce moyen ne donnera-til de résultats utiles que dans le cas d'eaux très-chargées de matières incrustantes, et il faudra prendre le soin de disposer le bouilleur de façon à ce qu'il soit facile d'en enlever les incrustations. Les réchauffeurs utilisés en Alsace ayant surtout pour but d'abaisser le plus possible la température de la fumée avant de la livrer à la cheminée ne produisent guère de ces dépôts.
1287. L'enlèvement au burin des incrustations doit être fait avec le plus grand soin ; dans certains cas, il sera bon d'imaginer des outils convenables pour agir sur les parties de la chaudière difficilement accessibles ; dans tous les cas, il faudra éviter d'attaquer le métal avec l'outil employé. Chaque point de la chaudière déchiré par le burin devient un centre de dépôt des incrustations ou un point plus facilement altérable par les agents qui peuvent détruire la chaudière.
On emploie quelquefois pour rompre et détacher les incrustations un moyen qui doit être proscrit d'une façon absolue ; il consiste à refroidir brusquement la chaudière après qu'on l'a vidée, en y faisant arriver de l'eau froide ; ou bien encore à ouvrir complètement les portes et les registres du fourneau, la différence de dilatibilité du métal et des incrustations détermine la rupture de ce dernier ; mais il en résulte une fatigue de métal et des rivures qui peut devenir dangereuse; il esk bon aussi de se mettre en garde contre ce lourde main qui peut dans certains cas être employé pour prouver l'efficacité de certaines substances contre les incrustations.
1288. Quand on sera dans la nécessité d'employer des eaux impures, il faudra recourir à un moyen chimique d'épuration, et il sera toujours bon de l'appliquer à l'eau d'alimentation avant son entrée dans la chaudière. Pour les eaux corrosives des mines et des houillères, on les corrigera avec le carbonate de soude ou de potasse ou tel autre sel convenable suivant leur nature et avant de les introduire dans la chaudière.
1289. Pour les chaudières marines, il n'existait pas autrefois d'autre moyen pratique de mettre obstacle aux incrustations que l'évacuation de l'eau quand elle approchait du point de saturation. L'usage des condenseurs à surface a de beaucoup réduit la nécessité de cette opération qui retardait ou diminuait la production des incrustations, mais ne les supprimait pas absolument.
L'extraction se faisait au moyen d'une pompe dite de désaturation qui enlevait l'eau saturée de la chaudière pour la rejeter hors du navire. Cette pompe qui, suivant les uns, devait prendre l'eau à 0",10 environ au-dessous du niveau dans la chaudière, ou près du fond, suivant les autres, fonctionnait soit d'une façon continue, soit d'une manière intermittente, en se guidant, dans ce dernier cas, d'après les indications d'un Salinomètre. Ce système a été abandonné et remplacé par l'extraction à la main et par intermittence, à l'aide de la manœuvre de simples robinets. On devait dès lors se régler avec soin sur le saUnomètre pour opérer en temps opportun ; mais, pour M plus de sécurité, l'extraction se fait en général à des intervalles réguhers. Pour les chaudières multitubulaires, qui sont pour ainsi dire les seules en fonctionnement aujourd'hui, l'extraction a lieu à peu près d'heure en heure.
L'extraction occasionne une perte importante de combustible, car avec la pompe de désaturation à marche continue elle était réglée à la moitié de l'eau fournie par la pompe alimentaire. Pour remplir son objet, l'extraction doit être au moins d'un tiers ou un quart du volume de l'eau d'alimentation. Avec les condenseurs à surface, elle est encore utile, mais dans de bien moindres proportions.
En résumé, les chaudières marines ne sont pas à l'abri de dépôts que rien ne supprime absolument, ni de leurs conséquences.
1290. On a attribué à l'eau distillée et particuhèrement à celle des condensateurs à surface une action corrosive sur le fer et l'acier. M. James Jack a constaté [Bulletin de la Société d'encouragement, 1866) qu'avec l'eau des condensateurs à surface des chaudières contenant un dépôt d'oxyde de fer hydraté dont l'épaisseur était de